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H;::J.s: Van Cleeve
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CAVE VE AS
59 .s'1. /
D'E LA
GENERATION
DESVERS
DANSLECORPSDE L'HOMME,
DE LA NATURE ET DES ESPECES
de cette maladie ; des Moyens de s'en préferver
& de la guérir.
FROISTE ME EDITION.
Confidérablement augmentée , & formant.
un Ouvrage nouveau; avec Figures,
PAR M. ANDRY ,; CONSEILLER DT ROT ;
Lecteur ç& Profeféur en Médecine an Collège Royal,
Docteur Régent, dr ancien Doyen de la Faculté de
Médecine de Paris , dre.
ATOME PRIVMIER,
GED
A PARIS,
la Veuve AL1x , au-deflus de la rue
Chez des Noybrs , au Griffon, de D
LAMBERT & Duraxp , à la Sagefe Jacques,
& à faint Landry.
NE: CC: SCORE:
AVEC APPROBATION ET PRIVILEGE DV ROI:
Vermiculi vrvos nos torquent , à mor-
zuos confumunt ,ut vere. Job. Cap. VIII.
v. $. Caro mea undique verminofa eff.
Thom. Barth. A@a Med. & Philofoph.
M V.T
Les Vers nous tourmentent pendant
notre vie, & nous confument après no-
tre mort : Ce qui confirme bien la pa-
rolede Job, chap. VIII. v. $. Ma cHAIR
NEST QUE POURRITURE. Thom. Barth.
Ad. de Med. & de Philofoph. T. F.
* Ce paffage n'efi pas dans la Vulgate , [elon les mêmes
termes que le cite ici Bartholin. Elle porte : CARO MEA
REPLETA EST PUTREDINE ; MA CHAIR EST PLEINE
DE POURRITURE. Mais l'Hébreu porte : MA CHAIR
EST CHARGE E DE VERS; @ la Verfion des Sepiante,
Mon cORPS EST COUVERT DS FOURRITURE ET DE
VERS,
A MESSIRE
RUXCRESCENT
: FAGO N:
- CONSEILLER D'ETAT ORDINAIRE,
E T
PREMIER MEDECIN
BE KR O:Y.
> :
JoONSIEUR,
VOICI vx Ouvrage
‘qui vous ef? di ab{olument.
_ Tome I. a
FE PTT RUE
Quand taus les Jentimens
de reconnoiffance , qui m at-
cachent 4 vous , ne me
Papprendrotent pas , l’occa-
fion qui me l’a fait compo-
fer, Jufiroit pour m'en con-
vaincre. C'efé la guérifon
d'un malade , redevable de
la vie au foin que j'at tou-
jours ew de vous étudier.
avoirs long-temps regardé
comme un problème s'il con-
venoit de purger au com-
mencement des maladies :
Mais je me dérerminai bien-
r, quand j'appris quelle
étoit fur cela wutre Prati=
que. Elle me confrma dans
la Doétrine d'Hippocrate ,
qui recommande alors les
BAPIT RE
purgatifs , dès que Les bu-
mburs en fougue menacent
d'attaquer les principales
parties du corps. fe trai-
sois un pleuretique , auquel
étoit furvenu un tranfport
an cerveau : Le mal com-
mençoit , j'en CxXaminat LORS
les [ymptômes ; g) apres
avoir remarqué une ferimen-
tation violente d'humeurs ,
je crus qu'il falloit recou-
rir au purgatif, Je le fs,
MONSIEUR , perfuadé
qu'on ne pouvoit Je tromper
avec vos maximes, qui font
les fruits d'une [? longue
expérience, € d'ine médi-
tation f? profonde Ce pur-
gatif, pris avant la coétion
| a ij
EPAIT RUE:
des humeurs, auroit d& , fe.
lon quelques gens prévenus,
caufer la mort au malade :
Mais loin de lui ôter La
vie , 11 la lui rendit , em
le délivrant d'un Ver plar,
UE de plus de quatre au-
.. C'eft de ce. Fer ; dont
a vous prefentai l Efampe
11 y a plufieurs mots, Mo N-
SIEUR. ÿC me fouviens que
vous me frites l'honneur de
me dire a ce [ujet , qu'en
différentes rencontres vous
aviez vu des Vers [embla.
bles : Ce qui doit ramener
que. lques efpries opiniätres,
qui ayantggui parler de ce.
lui ci, n'ont ph croire le
fait poffible. La circonftan-
ÉPLTRE.
ce de’cette guérifon eft ce
qui a donné lieu au Traité
que je vous préfente : Il
ne paroîtra ‘point [ans vo-
tre confentement , M O N-
SIEUR. Mais j'efpere que
vous ne me. Le refuferez
pas , quand vous confidere.
rex que je ne cherche en ce-
c1 que l'avantage du Public:
car c'efe Là le principal motif
qui peut vous faire agréer
un Ouvrage , comme c'eft un
des principaux motifs de tou-
res vos altions. En effet ;:
MONSIEUR, quand fe
pe Je tout ce que vous fai-
, je ny irouve vien qui
ne a une preuve de votre
aéle pour l'urilité publique.
à ii]
ÉERET RE
S2 vous travaillez avec tant
de confiance à l'avancement
de la Médecine | c'eft que
vous ne goûte? pas de dou-
ceur plus grande que de con-
tribuer au plus grand bien
des Citoyens , en perfeltion-
nant un Art qui ne tend
qu'a le leur conferver. Si
vous éloignez les impofteurs,
ces gens [ans avem | qui,
dans une profeffion toute cha.
ritable, ne fongent qu'a con-
tenter leur avarice, c'eft que
vous fonffrez avec douleur,
que le Peuple, incapable de
difcerner par lui - même la
vérité , foit le jouet , on,
pour micux dire , la wibti-
me du menfonge. Si vous
EPITREÉ.
“employez l'autorité du Sou-
Verain , pour empêcher cer
Laines Facultés du Royau-
me d'accorder indiffinéte-
ment des décrés à quicon-
que fe préfente, c'ef que
vous ne voulez pas qu'on
| dreffe ainfi des pieges a la
vie des hommes , en prodi-
£uant à des jenorans les t1-
tres d'une dira: , qu ils ne
poffedent pas. Si " OR VOUS
LE ff attentif à conferver
la fanté du monde la plus
précieufè , Eÿ confiée a vos
foins pour le bonbeur de la
France, c'eff que vous f[ça-
vez qu'en Vous acquitant
d'un devoir fi indifpenfa-
ble | avons affurez le repos
div
EPATIR ES
€5 le [alut de l'Etat. Enfin
f vous protegez avec tant
de bonté notre Compagnie,
votre vue ef? de l'animer à
rendre [es Ecoles de jour en
jour plus florifflantes ; vous
vous en êtes expliqué ,
MonsiEuURr, æ c'eff le
témoignage qu'elle vous a
donné elle - méme dans ce
Remerciment [olemnel , que
par Jon ordre j at traduit
en notve Langue avec tant
de plaifir. On peut dire
qu'elle remplit avec fuccès
VOS 1ntentions : Vous voyez,
qu'elle s'applique unique-
ment à former des Médecins
fages , éclairés , laborieux,
€ qui envifagent moins leun
ÉPITRE
intérér que le foulagement
de leurs malades. Auffi ,
MONSIEUR, tout for
but ef? de faire des Méde-
cins capables de vous imi-
ter : Elle ne propofe a fes
Eleves d'autre modéle que
le defintéreffement , la géné.
rofite , la droiture , les prin-
cipes de probité g) de re-
ligion, que l'on remarque en
toute votre conduite : Eîile
leur remet devant les yeux
cette élevation de Génie ,
cette grandeur d'Ame, cette
profondeur d'Erudition ff ho-
norables au difcernement dw
Prince, qui les a dignement
recompenfées en vous au gré
de tons fes Peuples. Elle
ÉPETIKLE
leur préfente ces [çavantes
Thefes , vu la délicatefle de
vos expreffions n'ôte rien à
la folidite de vos penfées ,
æ) où l'une €$ l'autre enfem-
ble prefcrivenr les regles [a-
lutatres d'un Art, qui de-
mande tant de circon/pec-
tion g) de prudence. La der-
niere de ces Théfes, entre
auires , m'a paru f; achevée,
qu'après en avoir cité plu-
fieurs endroits dans mon Li-
vre, je n'ai pu m'empêcher
de l'y traduire toute entie-
ve ; non par l'efperance ,
MONSIEUR, d'en pou-
voir exprimer les beautés,
mais par le defir d'en don-
2er au moins une legere idée
EPITRE.
a ceux a qui le fecours des
traduitions eft néceffaire. La
Faculté enfin n a d'autre vo-
lonté que la vôtre. Elle vous
chérit comme fon Proteëteur,
g) vous révere comme [on
Oracle, Ce que je dis d'elle
en général, Je peut dire en
particulier, de tous ceux qui
la compofent , ou fi quel-
qu'un de nous étoit affez
malheureux pour mériter
une exception , le Corps le
défavoueroit , € ne le re-
garderoit plus comme un de
fes membres. Te ne cours
point ce rique , Mon-
SIEUR , car dans le def-
{ein commun de nous former
€ de nous régler [ur vous,
EPYTRE.
ff je nai pas le talent des
autres pOur y parvenir , nul
au MOINS 4 plus de vené-
ration & de deference que
mot pour vos fentimens , &)
pour votre 1llufire Perfon-
ne. Te [uis avec un profond
refpeét,
MONSIEUR,
Votre très-hümble , très--
obéiflant & très-obligé” |
Serviteur , ANDRY,
A Parisce premier Novembre 1699. .
REPONSE
DE M. LE PREMIER MEDECIN.
A Verfailles le 24, Novembre 1699.
M onsteur,
Si je ne vous invitois pas a don-
ner promptement au Public, l'utile
7 fçavant Ouvrage , que vous
voulez que j approuve ; non-feule-
ment je ne répondrois point au Por-
trait dont vous me flatez , mais je
reconnotrois fort mal l'honneur que
vous me faites de me l'adreffer , en
m'oppofant à celui que l'occafion de
ce Traité , © la maniere dont il ef?
compofé , doivent faire à votre ju-
gement & à votre érudition. I] n'y
a que l'excès des Eloges ; dont votre
Epitre eff remplie, qui m'obligeroit
à Vous prier de la retrancher , fi je
pouvois m'imaginer que quelqu'un
me crêt affez vain , pour être capa-
ble de me les agtribuer. Je les resar-
de, MONSIEUR , comme une de
ces idées parfaites ; aufquelles on
afpire fans y pouvoir atteindre ;
© je veux bien donner une preuve
du zèle que je vous avoue d'avoir
pour le bien public; en fouffrant que
vous propofiez pour exemple, à ceux
qui ont envie d'y contribuer, une co-
pie qui me reffemble fi peu: Mais je
Jouhaite en même-temps qu'on me
connoiÎfe véritablement par l'eflime
infinie que je fais de votre mérite ;
7 par la difpofition où vous me
trouverez toujours, de vous marquer
dans les occafions de le publier, € de
vous fervir, queje [uis affurement ;
MONSIEUR,
Votre trés-humble & très-
À affectionné Serviteur ,
FA G ON.
Comme cette réponfe fi digne de la générofité & de
Ja modeftie de fonilluftre Auteur, lui :end avec ufure
les juftes Elogrs qu’il retufe, & qu’elle mai qu: en mé-
me temps le foin qu’ilprend d'encourager ceux qui tâ-
chent de contribuer en quelque chofe à l'avantage du
Public ; on n’a pas réfifté à la tentation de la rapporter
ici , pour ‘uppléer à tout ce que les bornes d’une Epî=
tre n'ont pu permettre de dire,
“
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E=Te)
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NZ EL FE
DR PE VE 6 Le PQ PQ)
LS
L
Ve KV
DE DK 7 + ES DE
PREFACE.
E répeterai ici d'abord ce
que J'ai déja dit dans les pré.
cédentes éditions ; fçavoir, 1°.
Qu’encore que les maladies cau-
fées ; ou entretenues par les
Vers , ne foient pas aufli fré-
quentes que fe l’imaginent quel-
ques perfonnes préocupées ;, qui
font dépendre des Vers , pref.
que tous les maux qui afigent
le Corps Humain ; un Méde-
cin eft néanmoins obligé de
s'appliquer à connoître ces ma-
ladies , s’il veut s'acquitter com-
me il faut d'une Profeflion qui
le doit rendre utile à toutes for-
ÿ. PRE FTASE
tes de Malades. 2°. Que c’eft
ce qui m'a porté à ne point fé-
parer cette étude du grand nom-
bre de celles que la Médecine
exige. 3° Que fi l'on me de-
mande pourquoi j'ai écrit fur les
Vers , préférablement à tant
d’autres matieres qui paroiflent
beaucoup plus importantes, J’a-
vertis que ce qui m'y a princi-
palement déterminé ; eft le peu
d'attention que Jai vu que l’on
faifoit à un mal qui devient fou-
vent funefte , quand il eftemé-
gligé. 4°. Que cette raïfon , D.
te à l’occafion que je vais rap-
porter, ne ma pas femblé in-
différente.
Le quatriéme de Juin de l’an-
née 1698. je fus appellé dans la
rue S. Denis pour voir un jeune
Homme attaqué depuis ce jour-
là d'une forte fiévre , accompa-
gnée d’une preflante douleur de
côté
| PRÉRACE.
côté, d’un crachement de fadg ,
& d’une grande difhculté de
refpirer. Je commencçai d’abord
par la faignée , que Je fis réite-
rer le lendemain. Le troifiéme
jour je procurai au Malade une
fueur qui le foulagea confidera-
blement.. Le quatriéme il parut
beaucoup mieux ;-mais la nuit
du quatriéme au cinquiéme , il’
eut un tranfport au cerveau qui
ne finit que fur les fept heures
du matin. J’ordonnai le lenëe-
main, qui étoit le fixiéme jour,
une potion purgative ; le Ma-
lade , une heure après l'avoir:
prife , fentit quelque chofe-s’a-
_giter dans fon-corps. Cette agi--
tation dura environ deux heu-
res , & fe termina par la for-
is du Ver repréfenté dans la-
anche fuivante.
Ce Ver eft plat comme un:
ruban , & long. de quarre-aul-
Tome I.
mm EREFFRACE
nes trois pouces ; fans y com:
prendre l'extrémité qui s’eft {é-
parée , & qui s’eft perdue. Il à
une tête , & eft forti vivant. IL.
eft mince & étroit vers la tète ;
épais d'un écu ; & large de
demi-pouce vers le milieu de
fa longueur. Il à la tête noire ..
plate , un peu arondie (A),
où font quatre ouvertures , deux
d'un côté ,; & deux autres au
côté oppolé ; le corps tout
blanc , diftingué par plufeurs.
emboettures (B }) , & les côtés
garnis de mammelons (€)
dans chacun defquels paroït une
petite-ouverture ,; avec un petit
vaifleau bleuâtre ; qui traverfe
jufqu'à la moitié de la largeur
COrps.
Ces mammelons font inéga-
lement rangés : il y en a tan-
tôt deux d’un côté , & un de
Fautre ; tantôt trois d’un côté
ak
Î !
1j
ZE LT
a
pag de la Prefice
“
FRERACE. Ÿ
faps qu'il y en ait aucun de
l'autre , &c.
Ce Ver eft forti noué ; (D)
je le conferve en cet état dans
de leau-de-vie. Le Malade fe
trouva guéri peu après l'avoir
rendu. |
Quelques Médecins ayant vu
l'eftampe de cet infeéte ;-que je
fis aufli-tôt graver, traiterent [a
chofe de fable ; d'autres ayant
vu le Ver même, firent courir
le bruit que javois chaflé du:
corps d'un Malade un Ver mon-
ftrueux , qui ne s’étoit jamais vu.
Les uns &ê les autres fe font
également trompés. J'avertis les
premiers que je garde l'infeéte
en queftion, avec un 1 grand nom-
bre d'autres de même genre ,
que j'ai depuis fait fortir , la
plüpart encore plus longs ) &
dont je donne la figure dans
cette nouvelle édition. Ainfi:
b à
ny PREFFACE
on pourra s’éclaircir de la véri-
té quand on fouhaitera..
Les derniers verront dans cet:
Ouvrage , que le Ver dont il:
s'agit , neft point nouveau, &
qu'il a été connu aux anciens.
Médecins, à Hippocrate entre.
autres, & à Ariftote, & que dans:
les Livres des Modernes on en:
trouve plufieurs exemples. J'a-
jouterai que M. Fagon , Pre-
mier Médecin de Louis XIV...
m'a dit avoir. vu plufieurs Vers
dé cette nature en diverfes ren--
contres. Ils y apprendront de
plus, que c'eft un Ver commun.
en Hollande ; où il s'en trou-
ve de beaucoup plus longs que
celui-ci, comme me la mandé
d’'Amfterdam M... Hartfoeker ,.
par une Lettre. que je rapporte.
dans ce Livre.
Au refte, ce n’eft pas la pre--
muiere fois qu'on a traité de mon:
PRÉFACE. vi:
fres ces fortes de Vers. On:
verra dans une Lettre de Guil--
laume Fabricius ,; citée dans ce.
volume , qu'à Payerne , une-
Femme ayant rendu un Ver-
femblable , le bruit courut auili--
tôt dans toute la Suifle & dans’
toute la Bourgogne, qu'il étoit.
fort un monftre épouvantable.
du corps d'une Femme. On
parloit par-tout de ce prétendu.
monftre ; & on ne l'appelloit.
que le monftre de Payerne. Voi-
là comme ies uns refufent de.
Troire tout ce qui leur paroit.
extraordinaire , & comme les.
autres fe plaifent même à l'exa--
gérer.
Quant au Ver que je fis for--
tir du corps de ce jeune Hom-
me ; chez qui je fus appellé ,,
rue S. Denis , je confiderai cet.
infeéte en préfence de plufeurs
petfonnes ; & l'ayant mefuré-
vÿ) PRÉFACE.
avec l’aulne d’un Marchand ;,
nous le trouvèmes de quatre
auines trois pouces, fans y com-
prendre l'extrémité, qui, comme
nous l'avons remarqué > S'étoit .
rompue ; & na pu être trouvée.
M. Mery ; de l'Académie
des Sciences , à qui je montrai
cet infeûte ;, a cru que les”ou-
vertures qui font aux deux cô--
tés de la tête, & que je prends.
pour des yeux ; font des nari-
nes ; c'eft ce que nous exami-
nerons ailleurs : je vis un col,
extrémement mince , dont les”
articles , vers le commence-
ment , fe touchoient prefque ;.
& un corps long qui alloit en
élargiffant vers le milieu de fon:
étendue , & dont les articles.
étoient diftants d’un pouce ; er
un mot , je vis le Tænia(a)..
(4 Tania, mot Grec qui fignifie Rubams .
auf ce Ver fe. il fait comme un Rwhax.:
PURE FACE. ,0
que quelques Auteurs , comme
_ Arnauld de Villeneuve , entre
autres , nomment Soum, ( je
ne fçai pourquoi )} & que J'ap-
pellerai Solitaire ; parce qu'il eft
ordinairement feul de fon efpé-
ce dans le corps où il fe trou--
ve , ainfi que nous l’obferve-
rons plus bas.
Ce Ver, dit Hippocrate , de-
meure fi opiniatrement dans les
corps où il eft , qu'a moins
d'un remede fpécifique pour le:
faire fortir, il vieillit avec fon:
hôte , & l'accompagne jufqu'au:
tombeau. |
La tête de ces fortes de Vers,
tenant à un cou fort mince, fe
fépare aifément , & refte pref-
que toüjours dans le corps du:
Malade. Aiïnfi la têre de celui-
ei , le rend plus particulier.
Quant au Malade , il fe trou-
va. beaucoup mieux fitôt qu'il
x PRE RACE
fut délivré d’un tel hôte. Le
lendemain , qui étoit le feptié-
me Jour de la maladie, il n’eut
plus de fiévre , & le jour d’a-
près il fut guéri : nous n’oublie-
rons pas de remarquer que le
Ver fortit noué ; cette circon-
lance que nous avons déja ob-
fefvée , doit faire juger qu'il fit:
bien des mouvemens aupara-
vant, & qu'’ainfi le Malade ne-
pouvoit manquer de fentir alors:
beaucoup d'agitations.
Si quelques perfonnes_ont:
traité de fable ce Ver, comme
nous lavons obfervé , d’autres:
ont été à une extrémité oppo-
fée ; & ont dit que c'a été de:
tout temps un chofe fi commu
ne, qu'elle ne méritoit pas feu-
lement la moindre attention.
Comme je veux croire que ce:
langage eft fincere , je prie ceux
qui l'ont tenu , de jetter les yeux:
{ur
PRE FACE. x
. fur ce Traité. Ils y verront com-
me les Médecins qui nous ont
devancés , ont pris foin de fai-
‘re remarquer ces fortes de faits,
lorfqu’il leur eft arrivé d’en dé-
couvrir quelqu'un. Ils y verront
entre autres , comme Guillau-
me Fabricius , Philibert Sarra-
cenus ; Amatus Lufitanus , Spi-
gelius ; Tulpius , nous en décri-
vent jufqu'aux moindres circon-
ftances , & comme Fabricius ,
en parlant d'un Ver femblable,
dit qu'il le conferve dans fon
cabinet parmi (a) fes raretés. Ils
y apprendront , par l’exemple .
des plus fçavans Médecins ,
qu'on ne fçauroit faire trop d’ob-
fervations en Médecine , & que
ce qui fouvent ne paroït pas di-
gne de curiofité aux yeux de cer-
tains efprits, eft ce qui occupe
(a) Ego Lumbricum hunc exficcaium in
fer rara mea refervo. Cent. II. Obferv. 70,
Tome I. C
xj PREFAÇCE
le plus les perfonnes fcavantes.
Quelques-uns fe font éton-
nés fur-tout , que j'aye fait gra-
ver leftampe d'un aufli vil in-
ete queft un Ver , & que
jaye marqué toutes les particu-
larités qui en regardent la ftru-
&ure ; mais je les prie de faire
réflexion à ce que dit Pline le
Naturalifte ; que c’eft fouvent
dans les plus vils animaux que
la nature eft plus admirable , &
que quand ï s’agit de la con-
templer comme il faut, il n’eff
point de petites circonftances.
Je les exhorte donc , en me
fervant des paroles de ce même
Auteur, à ne pas tout-à-fait s’en
fier à leur dégoût fur ce qui leur
déplaira dans les détails que je
fais , n’y ayant Jamais rien de
fuperflu dans ce qui fert à nous
faire connoître la nature (a).
(a) Turrigeros Elephantorum miramur hs-
MERE FACE xÿ
Pour ce qui eft d’avoir fait
graver le Ver dont il s’agit,
loin de me corriger Rà - deflus
dans cette nouvelle Edition, jy
en ai fait graver plufieurs autres,
dont j'ai délivré divers Mala-
des , & j'ai fuivi en cela l'exem-
ple de Spigelius , de Sennert ;
de Fabricius, de Tulpius, &c.
qui ont fait defliner avec foin,
les Vers plats qu'ils ont vüs ;
afin que fi ces Vers étoient dif-
férens de quelques autres de
ce genre, on püt aifément s’en
inftruire par la confrontation
des figures ; & c'eft ce qui ar-
rive en cette occafion ; où l’on
verra la figure de ceux-ci, dif.
meros, Taurorumque collz, Ge truces in fu-
blime jaëtus Tigrium vapinas , Leonum ju-
bas , com rerum natura nufquam magis quèm
in minimis totæ [it Quapropter quafo, ne
hac legentes, quoniam ex his fpernunt #ulta,
etiam relata fafidio damnent, cum in con
templatione nature nihil pofit videri [uper-
vacuum, Plin. Hift. nat. Lib. XII. Cap. 2.
ci
iv PRÉFACE
férente de celle qui eft dans
Spigelius , (4) & que voici dans
cette planche, fig, 1. d’une au-
tre qu'on voit dans aldrovandus
& dans le même Spigelius, tra-
cée ici fig. 2. de la même plan-
che ; d'une autre que nous a
laiffée Fabricius , marquée dans
cette autre planche, fig. 1. &
d’une autre qu'on trouve dans
Tulpius, où la tête eft prefque
faite comme celle d’un poiffon.
Voyez ici fig. 2.
Aurefte le deflein que je me
propofe dans cet Ouvrage, eft
de donner un Traité entier fur
les Vers du corps humain ;
d'expliquer comment ils s’en-
gendrent ; d'en expofer les
différentes efpéces ; d'en dé-
clarer les fignes , leseflets , les
prognoftics ; de marquer Îles
meilleurs remédes contre ce
(a) Spigel. de Lumbrico lato.
Pas XI de la Prepace LT PL de celle pare 2
line qui élire 0777777,
[=
PNTÉCUAE
Pia Z. ap ol SAT
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Lay XIF., de la Preface QE PL de cette Pagé
(REY LE RE
LE | Là
Le # ;
PRE FACE vx
al; de faire voir que quelque-
fois ces Animaux caufent ou
entretiennent des maladies dans
lefquelles on n'a pas coûtume
de les foupçonner ; & qu'il y a
des pleuréfies , des phthifies ,
des jaunifles, &c. qui ne peu-
vent bien fe guérir que par des
remédes vermifuges.
_ Je ne me borne pas ici aux
Vers des inteftins ; je parle de
tous ceux auxquels les différen-
tes parties du cerps font fujet-
tes. J'ai foin d'éviter toutes les
fables qu'on à coûtume de dé-
biter fur ces matiéres , & de
ne rien rapporter qui ne foit di-.
gne de la créance des Lelteurs
éclairés ; car ,; pour le remar-
“quer en paffant , on fait tous les’
jours fur les Vers, cent hiftoi-
res différentes , qui, examinées
de près ; fe trouvent très-éloi-
gnées de la vérité J'en ai vu
Ci].
x PRE FACE.
bien des exemples : en voici
un entre autres , qu'il ne fera
pas inutile de rapporter.
Dans la rue St Denis, pro-
che l'Eglife Ste Opportune ,
chez un Marchand de T'apifle-
rie, étoit une petite fille mala-
de, que lon croyoit avoir des
Vers. Cette petite fille , une
heure après avoir rendu un Îa-
vement , fut portée auprès du
feu. On ne l'y eut pas laïflée
un moment debout , que parut
à fes pieds ; un Infeéte affez ex-
traordinaire , qui fe trainoit fur
le plancher. Il n’en fallut pas
davantage pour faire croire que
cette petite fille venoit de le
rendre ; & que c’étoit un effet
du reméde. On appella du mon-
de ; on confidéra cet Infe&te ,
que l’on trouva affez femblable
à une Ecrevifle. Le bruit fe ré- .
pandit auflitôt dans tout le voi-
PRFFACE. xvÿ
finage , qu'il étoit forti une
Ecrevifle du corps d’une petite
fille. L’Apothicaire qui avoit
compofé le lavement, n'aver-
tit fur l'heure : je me difpofois
à aller chez les parens de len-
fant pour feavoir la vérité du
fait; mais j'appris qu'on avoit
jetté l’'Infeéte dans fe feu. Cela
fut caufe que je remis à uné
autre fois +; à m'informer de la
chofe. Quelques femaines après,
{ c'étoit le 30. de Juillet de Fan-
née 1699.) je fus voir lés pa-
rens , lefquels me dirent qu'ils
avoient découverts depuis peu
de jours dans du bois auw'ils te-
noient à lacave, des bêtes tou
tes femblables à celles-là ; &
que lorfque cet Animal fut trou-
vé dans la chambre , on venoit
d'y apporter du bois de la cave
our faire du feu. Cela ne me
Lits pas balancer fur ee qu'ii
C 1V
xviy) PRÉFACE.
falloit juger du bruit qui s'étoit
répandu ; & je balançai d’autant
moins , que de la maniere dont
on m'avoit déja dépeint cet In-
fe&te , il m'avoit paru être de
ceux qu’on trouve fouvent par-
mi le bois;lefquels ont deux cor-
nes a la tête ; deux piquans à la
queue , quatre pattes aflez gran-
des, & un corps écaillé. Mais
rien ne montre mieux combien
1l faut examiner les chofes , que
la prétendue hiftoire de deux
Couleuvres, dont nous parlons
page 285. de ce Traité :nous y
renvoyons.
Je ne me contente pas d’é-
viter les hiftoires fauffes ou fuf
_pectes ; mais comme je décris
ici plufieurs remédes, Jeprends.
garde de n’en rapporter aucun
qui ne foit marqué au fçeau de
la bonne Médecine. Enfin je
tache de n'aflurer rien fans l'a-
PRÉFACE. xix
voir bien examiné, & j'eftime
avec Pline le jeune, qu'on ne
fçauroit être trop circonfpe& ;
quand il s’agit de donner quel-
que chofe au Public. (a)
Pour être plus en état d’ob-
ferver cette exactitude dans tout
ce qui concerne ce Livre; j'ai
tâché de ne m’entèêter d'aucune
opinion , & J'ai cru que je de-
vois beaucoup me regler fur ce
que dit Galien : ,, Que la Mé-
» decine ne peut arriver à fa
» perfection que par un grand
» nombre d'Obfervations faites
» de fiecle en fiecle : que ceux
» qui travaillent les premiers ;.
ne peuvent tout enfemble ;.
»& commencer & achever;
» & que c’eft à la poftérité, à
» accroïtre par de nouvelles dé--
(a) Nihil cure mer fatis eff : cogito auam:
© ft magnum dure aliquid in manus hominunes.
Plia.. Lib. VII. Epilt. 126.
x PREFACE:
couvertes, le fonds de fes
>» Perés, (a);
Ce Traité comprend quatorze
Chapitres ; qu'il eft bon delire
de fuite , parce qu’ils ont pref-
que tous , liaifon les uns avec
les autres. |
J'explique dans le premier ce
que c’eft que Ver, & cequ'on
entend par ce mot.
Dans le fecond , comment
ces Animaux s’engendrent en
nous.
J'enexamine lesefpéces dans
le troifiéme , & les effets dans
le quatriéme.
On voit au cinquiéme tous
les fignes de cette maladie; &
au fixiéme, les moyens des’en
“garantir.
Le feptiéme contient les
circonftances qui font à confi-
dérer dans la fortie de ces In-
(a) Galen. Comment. in Aph, L.
CORRE EE 4 C Ex
fetes , & les prognoftics bons
ou mauvais quon en peut ti-
rer.
Le huitiéme eft fur le danger
de certains remédes qu'on em-
ploye d'ordinaire contre les
Vers, & qu'il faut éviter.
__ On trouve dans le neuvié-
me , ce qu'il eft à propos de
pratiquer pour la guérifon de
cette maladie. |
Le dixiéme , qui eft une fui-
te du précédent, renferme des
remarques importantes fur lu-
fage de la purgation.
On voit dans le onziéme ;
quelles précautions il faut ob-
ferver quand on fait des remé-
des contre les Vers.
Jetraite, par occafon , dans
le douziéme , de certains Vers
nommés Spermatiques , dont
plufieurs Phyficiens croyent que
font formés. tous les Animaux.
fi PRÉFACE
Le treiziéme confifte ex
quelques A phorifmes , qui font
comme une récapitulation de
l'Ouvrage.
Le quatorziéme offe un:
éclarciflement fur divers en-
droits du Livre.
Voila tout ce que c’eft que
ce Traité. Le Volume en pa-
roïtra peut-être un peu gros ;
mais le Traité n’en eft pas pour
cela plus long : car je nemy
éloigne point de ia matiere que
je traite. Or je crois que quand
on fe renferme dans fon fujet ,
on n’eft jamais long. C'eft la
remarque de Pline le jeune , à
la fin d'une lettre où il employe
plufieurs pages à décrire fa mai--
fon de campagne : ,, Pourvu ;:
» dit-il à fon ami, que la defcri-
» ption que je viens de vous
5 faire, ne contienne rien qui:
»ioit hors de mon fujet , ce
.
PIRE F AC E: xxi
3sn'eft pas ma lettre que vous
»» devez trouver grande, mais
3» mamaifon. (4)
J'en dis autant de ce Traité :
pourvu que je n'y ayerien ame-
né d’étranger ; & que tout ce
qui y eft, convienne à ce que
je me fuis propofé d'écrire , ce
n'eft point mon Traité qu’on
doit accufer de longueur , mais
la matiere que je traite. |
Au refte trois Auteurs ont
écrit contre cet Ouvrage. Le
premier eft M. Lemery ; le
fecond , M. Hecquet, tous deux
Doëteurs Régens de la Facul-
té de Médecine de Paris ; & le
troifiéme , M. Valifnieri Méde:
(2) Sciat Jeriptor , ff inaterisimmoretur ,
non effe longum ; longifimum, fi aliquid accer-
fit atque attrahit. Similiter nos quum totam
villam oculis tuis [ubjicere conamur , f; nihil
indudium quifi devium loquimur , non epi-
ftola qua defcribit, |ed villa que ‘deftribitur
donga ejt. Phn. jun. Lib. V. Ep. 101.
xxiv PREFACE..
cin de Padoue. je réponds à
M. Lemery dans le quatorzié-
me Chapitre. Quant au fecond,
je me contente de rapporter
fimplement fa critique à la fin
de ce Volume , parce qu’elle
ne mérite pas d'autre réponfe.
A l'égard de M. Valifnieri, ce
qu'il dit , roule principalement
fur le Tænia ; mais fes objetions |
nous ont convaincus , qu'il n'a
jamais vu de ces fortes de Vers,
ni vivans, niavec latête. Auff
ne paroit-il nullement au fait de
cette matiere. C'eft pourquoi
nous avons cru qu'il étoit plus
à propos de ne lui point répon-
dre du tout. |
Il dit que ce que je prends
pour la tête de ce Ver, n'eft
apparemment qu'une glaire &
un mucilage. Mais il décide au
hafard , puifqu'il parle de ce
qu'il n’a point vu, & dontil n'y
PRE FACE. xx
a que les yeux qui puïllent ju-
ger ; enforte quon peut à ce
{ujet , lui appliquer ces paroles
mêmes de M. le Clerc fon par-
tifan. Qui de V’ermibus iffis à fe
eunquam vifis verba faciunt ; ido-
rei eÎfe tefies non poffunt. Ceux qui
parlent de ces fortes de Vers fans
les avoir vus, n'en fauroient ren-
dre un témoignage jufie. (a)
M. le Clerc non plus n'a pas
vu affez de Vers plats , ou Lx-
nia , pour pouvoir juger de ce
que c'eft que cette forte de
Ver,
Il avoue dans fon Hiftoire
des Vers plats ; que depuis plus
de quarante ans qu'il exerce la
Médecine , il n'en a vu qu’un
feul , & qu'encore ç'a été par
hafard & en pañlant. Cucurbitini,
(zx) M. Daniel le Clerc, dans fon Li-
vre intitulé : Hifforia naturalis or medica
latorum lumbric. 1715. in-4°.
zx PRÉFACE.
ut © aliud latorum lumbricorum
genus tam raro apparent ; ut Me-
dicorum plurimi, vel nunquam ,
vel femel rantum , iterumue, per
toram vitam eos videre poffint
Ad me quod attinet, [patio qua-
draginta amplius annorum ; quo
medicam artem , haëtenus exercuis
nunquam Cucurbitinos iflos ab
“aliquo excretos vidifle ; ingenue
fateor ; donec tandem eorum in-
Jpiciendorum copiam nuper cafus
cmihi primum f'écerit , TC.
On ne doit pas s'étonner après
cela qu'il paroiffe auffi peu in-
ftruit fur cet article, qu'il Le pa-
roît dans fon Livre. 42)
Il ne nous eft pas arrivé fur
ce fuget , la mème chofe qu'à
M. le Clerc & à M. Valifnie-
(a) Damielis Clerici, Med. Docforis,
bifloris naturalis de medica | latorum lum-
bric. Genev. apud fratres de Tournes. 171$.
m-4°,
fi:
—
PREFACE. xxvij
ri : le grand nombre que nous
avons vu de ces Vers, nous a
mis en état d'en juger , & nous.
en avons un cabinet garni ;.
c'eft de quoi le Public eft té-
moin. Mais ce quil y a de
plus , c’eft que nous les avons.
fait fortir du corps même des
Malades qui les ontrendus.
À lafin de ce Volume font
trois Lettres qui m'ont été écri-
tes fur le fujet des Vers ; les
deux premieres d'Amfterdam. »
par M. Hartfoëker , de l'Aca-
démie Royale des Sciences.
La troifiéme , de Rome , par
M. Baglivi ; Doëteur en Mé-
decine , & Profefleur d’Anato--
mie dans la Sapience..
On verra dans la premiere
Lettre ; des remarques curieu-
{es fur la longueur extraordi:
naire du Ver plat, ou, comme
j'ai cru le devoir nommer , du
Tome LI. d
xxviy: PR FE A ACCES
ler Solitaire, nom que je lui a
donné le premier, & qui lui con-
vient véritablement pour la rai-
fon que nous avons rapportée
au commencement de cette
Préface.
On verra dans la feconde
Lettre , des réfléxions impor-
tantes , fur les remedes contre
les Vers, & fur les effets des
Vers. Dans la troifiéme , qui
eft celle de M. Baglivi , on
trouvera plufieurs expériences
fur ce qui peut chafler outuer
ces Animaux; divers exemples
de maladies vermineufes , &
des raifonnemens folides tou-
chant la produétion. des Infe-
tes , la longueur exceflive du
Solitaire , & la maniere dont il
{e forme dans le fœtus. Comme
ces trois Lettres font recom-
mandables non-feulement par
le nom & le mérite de leurs
PRE FACE. xxix
Auteurs ; mais encore par la ma-
niere dont elles font écrites ;,
& par le fond des chofes qu’el-
les contiennent , J'ai cru que
je n'en devois pas priver le
Public.
J'a fait dans cette nouvelle
Edition , un grand nombre de
réformes. J’en ai banni plufieurs
articles, qu'un nouvel examen
m'a convaincu devoir. être ab-
folument retranchés ; & afin
qu'on voye le foin que je me
fuis donné là-deflus, jai mis
à la fin du Volume une lifte
exacte de ces réformes. Il m'a
fallu être ici mon Cenfeur moi-
même ; ceux qui ont Écrit con-
tre mon Livre ;- n’y ayant rien
repris dont Jaye pu profiter.
Dans l'Edition précédente ;
javois renvoyé les planches à
un Volume in-42. où je les
avois fait graver à part; mais
ss: PRE FLAQCREE
ici elles font renfermées dans:
lecorps du Livre , fans renvoi
à un autre Volume , & elles
fe préfentent fous les yeux cha-
cune en particulier , à mefure
que le fujet le demande ; ce qui
eft bien plus commode pour les
Lecteurs, & leur épargne en
même temps de la dépenfe , n’é-
tant point obligés, comme ils
l'étoient auparavant ; d'acheter
d'un côté un Livre in-12. &.
de lautre un Livre in-42. s'ils.
vouloient avoir l'Ouvrage com--
plet.
es
Critique que Mr Hecquet * a
faite du Traité de la Généra-
tion des Vers, & que nous
avons promis dans la Préface
de rapporter ici.
* Auteur du Livre de la Génération
des Vers, doit [e défier de cet air de
préférence qu'il voudroit s'attirer dans le
monde , auquel volontiers :l feroit enten-
dre qu'il n'efl pas comme le refle des hom-
mes , "2 comme les autres Médecins , qu'il
ne faigne pas comme eux, * qu'à l’aide
au contraire de la purgation ç> de quelques
fpécifiques , il a trouvé l’art de guérir les
veaux Les plus opimiatres fans faigner. C’efi
un fecret qui lut eff venu depuis qu'il a dé-
couvert au centre du corps, au milieu dr
bas-ventre ; La caufe banale de toutes les
maladies , que cette caufe n'eft autre qu'un
amas de fucs croupiffans & inutiles, à
* Dans le Livre intitulé, Explication Phyfique és
Méchanique des effets de la faignée €7 de la Loir
dans la cure des maladies | imprimé à Chamb:ry en
1707. Vol. in-12,
- æOn ne trouvera aucune Edition du Traité de {a
énération desVers , où je donne fculement le moin-
se lieu à ce reproche,
Zome I. (S
Critique
chacun defquels 1l [ait approprier la pur-
£etion. On fçait encore, &: le Public en
ejt averti, que quand bien même ces fucs fe
£âteroient , & que devenus vermineux , 1ls
paferoient en pourriture &> en Vers 5 on
fait; dis-je , que cet Auteur promet des
Jpécifiques éprouvés pour en exterminer l’en-
geance, & un volatile merveilleux pour
fortifier les entrailles contre cette vermine,
pour en prévenir jufqw'aux germes d en
éteindre La race , car 1l attribue La caufe
de prefque toutes les maladies aux Vers,
€ prétend avoir des fpécifiques pour les
tuer & Les détruire. ?
Cet Auteur eff pas moins habile en
Anatomie. Il efl des parties qu'il connoit
Lien mieux que d’autres, le bas-ventre,
par exemple , eft de celles qu'il a fingulie-
rement étudiées ; il en connoît les réfer-
voirs, la Capacité dy tous les réduits, au
point que la moindre glaire ne f[cauroit s’y
micher à [on infçt , ni le moindre vermif-
feau échaper à [a connoifance. Au refle, 1l
ne paroit pas familier avec S'anétorius 3 [a
Médecine aufli-bien eft-elle trop embar-
a Le reproche qu’en me fait ici de croire que pref-
que toutes les maladies viennent de vermine, eft f
cppofé à ce que j'ai dit d'un tel fentiment dans le
Livre de la Gé ération des Vers , que je n’ai aul &&-
foin de me juitifier là-deffus.
| Jar les Vers.
_ #raffante. Que de minuties en effet,
que de foins à fe pefer ou pefer les
autres, pour s'affurer des caufes des ma-
ladies ! Un homme occupé par d'illu-
fîres emplois auroit trop à faire 3 Les Vers
amorbifiques ; @ les contre-Vers altératifs
G* évacuaus font plus commodes ; avec un
peu d'adreffe à trouver ou à mettre des
Vers par-tout , on [e fait une Médecine
abrégée.
Le même Auteur du Livre de la Gé-
nération des Vers ef étonné que pour expli-
gM@P Les filtrations , on ne recoure ni aux
devains , #1 aux configurations différentes
des pores; c’efl apparemment un regret ou
une plainte qu'il fait contre ceux qui ofent
faire main baffle fur les levains. Quelle
perte en effet pour La Médecine, dont on
enléve ainfi Les idoles ! Quelle défolation
pour ces Philofophes Mirons & pour ces
Médecins boutllans de levains | certes
après cela les baffes entrailles farcies de
crudités , vont fourmiller de Vers. L’'Au-
teur, accoturie qu'il cf aux dégats gw'ils
caufent , peut-1l ne Je pas ren‘re [enfible à
cette défolation ? Heureux donc le genre
bumainde ce qu'en cas d'un femblable
malheur , il trouvera une refource affu-
tée , Gr un fhécifique infaillible contre ces
i € i
Critique
Tnfeites entre les mains de notre Auteur.
On a foñrenu aux Ecoles de Médecine
“ne Thefe [ur la Boifon, où l’on mon-
tre que la boiffon eff un grand remede,
foit pour conferver la fanté, foit pour la ré-
tablir ; maisil efl mal aife que cette Thefe
se trouve quelque adverfatre en fon che-
min. Car enfin, dira-t'on, faut-1l aban-
donner le monde à des maxäümes fr contrat-
res à fa confervation? Le laiffera-t'on per-
Juader qu'on ne doit ufer que de boiffons
dimples & fades , peut-être d'ean [ele ?
ÆFut-1l rien de plus capable d'expofè?eles
boimines d'aujourd'hui , comme les Egyp-
tiens autrefois, à fe voir défolés par les
grenouilles , qui déformais viendroient pu-
duler dans nos corps ? La matiére eft trop
curieufe , & l'occafion trop sntérefante,
pour ne point exciter le zéle & la plume
de l'Auteur du Traité de la Génération
des Vers. Le beau titre , en effet , à rem-
plir ou à exécuter , que celui de la Géné-
ration des grenouilles dans le corps humain!
Jamais ilne réfiflera à cette tentation : car
lui peut-il venir une occafion plus naturelle
d'augmenter fon Ouvrage de ce fecond Vo-
lume ? Il feroit auffi utile au Public que
le premier , @ ne feroit pas moins recher-
ché. Cependant quoi qu'il en coute à cette
. fur les Vers.
Thefe fur la Boifon, on en rifque l'im-
preffion en Francois , perfuadé que [on
Auteur gagnera toujours beaucoup , s’il efi
afèz heureux pour attirer 44 Public d'auffi
belles chofes [ur les grenouilles ; qwil lui
en efl venu d’utiles fur les Vers.
Un Médecin comme l Auteur du Traité
de la Génération des Vers, ne fait cas que
de colles c> de glaires dans Les inteflins.
Car fon imagination accoñtumée à (e falir
de ces images groffieres, croit ne rien ap-
percevoir f1 elle ne voit des crafles > des
* ordures. Mais on [e flate qu'avec des
idées plus nobles , & plus digues de ls
DMajeflé de la Nature, il fortira de la
crafe de la Médecine; © qu'ilen fecoueræ.
La vernsime.
Telle eftla critiqué que Mr Hec-
quet a faite du Traité de la Géné-
ration des Vers. On laifle aux Le-
éteurs à juger , fi ce n’eft pas y avoir
fuffifamment répondu , que de l'a-
Voir rapportcc.
ei |
ALP RO B :AFT O NS
de la premiére Edition de ce Livre.
Approbation de Meffire Guy CRESCENT
FAGoON, Confeiller d'Etat ordinaire, €
premier Médecin du Roi.
E fujet de ce Livre demandoïit toute lé-
loquence, qui a fouvent attiré à fom
Auteur , dans de célébres occafons , les
juftes applaudiffemens de fes Auditeurs. Un:
des plus vils animaux du monde y eft exa-
miné avec une fi noble érudition , que‘ l’on
perd d’abord l’idée de fa baffefe : Et tout le
dégoût que cette matiere pourroït caufer
cede à l’agréable diverfité des faits, & à l’é-
legance avec laquelle ils font rapportés. Ce
feroit donc envier au Public un plaifir très-
utile, de lui refufer l’'impreflion de cet Ou-
vrage , qui me paroït aufli important pour la
pratique de la Médecine , que curieux pour
lhiftoire naturelle. Fait à Verfaiiles ce 24.
Novembre 1699 FAGON.
Approbation de Monfieur DobparT, de lA-
cadémie Royale des Sciences , Doéteur Régent
de la Faculté de Médecine de Paris, € Me-
decin de S. A. S. Madame la Princeffe de
Conti, Douairiere.
?Ai vù avec beaucoup de fatisfaétion le
Livre intitulé , de la Génération des Vers
dans le corps de l'homme ; non feulement par-
ce que ce qui en fait Le fujet principal y eft
érès-bien traité; mais auffi parce qu’on YŸ
trouve en plufeurs endroîts, des ouvertures
confidérables pour l'augmentation de la Phy-
fique Hiftorique & dela Médecine Pratique.
Je croi donc que la publication de cet Ou-
vrage fera très-utile au Public, & que la
leure en plaira à proportion que les Le-
éteurs auront plus de connoiflance de la
Phyfque & dela Médecine expérimentale.
Fait à Paris ce premier de l’An mil fept cent.
DODART.
Æpprobation de Monfieur BOURDELOT, Con-
feiller ordinaire du Roi, Premier Médecin de
Madame la Duchefe de Bourgogne | & de
Monñ[eigneur le Chancélier, Dofteur Régent
de la Faculté de Medecine de Paris , Commis
par Monfeigneur le Chancélier, à lexz.
snen de ce Livre.
’Ai lù , par l’ordre de Monfeigneur le
} Chancéiier , & avec beaucoup de fatisfa-
éion , ce Manufcrit, intitulé , De la Géné-
yation des Vers dans le corps de l'homme. A Se-
ve le 30. Septembre 1699.
BOURDELOT.
Permiffion de Monfieur le Doyen de la Faculté
de Médecine de Paris. i
Ous Médecin ordinaire de Madame
la Ducheffe de Bourgogne , Doyen &
Doéteur Régent de la Faculté de Médecine
de Paris : Oui les Rapports fuivans de Mef-
fieurs Berger, de Saint-Yon , Maillard,
eiv
_ Fournefort , & Tauvry , auffi Doteurs Ré-
gens de ladite Faculté, commis par elle à
l'examen d’un Livre qui a pour titre, De l4
Génération des Vers dans le corps de l'homme ,
compofé par Mr Andry , auffi Docteur de la
même Faculté , confentons qu’il foit impri-
mé. Fait à Verfailles ce 27. Décembre 1699.
BOUDIN, Doyer.
Approbation de Monfieur le Doyen à l' Auteur.
S I une Approbation comme la mienne
pouvoit faire valoir le mérite d’un Ou-
vrage aufli utile & aufli beau, je vous la
donnerois plus authentique. Je me retran-
che donc à vous féliciter du fuccès qu'a vo-
tre Livre , & de celui qu’il aura dans la
fuite , dont je fuis très-perfuadé, parce que
je fçai que les bonnes chofes ne perdent
point de leur bonté par le temps. Je vous
exhorte aufli, Monfeur , à employer quel-
ques momens à de pareilles Produétions
qui font honneur à notre Compagnie, & à
Fa Médecine. À Verfailles ce 18. Février
1700. BOUDIN, Doyen dela Facul-
té de Médecine de Paris.
Approbation de Monfieur BERGER, Acier
Doyen de la Faculté de Médecine de Paris,
commis par ladite Faculté à l'examen de ce
Livre.
’Aitrouvé Île Livre que Mr Andry a fait
fur La Génération des Vers dans le corps de
l'homme , fi élégant & fi plein d’érudition ,
que je croi qu’il fera auffi-bien recû du Pu-
blic, qu’il m’a donné de fatisfaction en le
lifant. Ce 2. Décembre 1699.
BERGER. .
Approbation de Monfieur de S AIN T-YON;
Médecin ordinaire du Roy, Doëteur Régent
de la Faculté de Médecine desParis ; Pro-
fefleur en Chymie dans le fardin du Roi,
commis par ladite Faculté à l'examen de ce
Livre.
L Es gens aïfés mangent & boivent f
épouventablement , & les miferabies
vivent fi pauvrement, qu’il eft impoñlble
que dans les uns & dans les autres, il ne
s’engendre une très-grande quantité de tou-
tes fortes de Vers. Le Traîté que Monfieur
Andry mon Confrere | donne au Public fur
cette matiere, eft fi plein d’érudition, il eft
écrit fi poliment , il y a dedans tant dere-
cherches, & ileft rempli de fi bons reme-
des , qu'après l'avoir lù attentivement, je
fouhaite qu’il paroïifle au plütôt dans le Pu-
blic. À Paris, ce 4. Décembre 1699.
DE SAINTIT-YON.
Approbation de Monfienr MAILLARD , Doiteus
Régent de la Faculié de Médecine de Paris,
commis par ladite Faculié à l'examen de ce
Livre.
À maniere dont Monfieur Andry expli-
que ici lz Génération des Vers dans le
corps humain ; La difiérence des caufes & des
fignes qu'il en rapporte avec tant d’exaétis
tude : la prudence, avec laquelle il nous
en défigne les remedes : fes recherches & fes
obfervations: curieufes fur cette maladie ;
font connoître que ce Livre eft digne de la
plume de fon Auteur, de la leéture des
Sçavans , & de Papprobation des Doëteurs
en Médecine. À Paris ce 3. Décembre
699%
"MA ILLARD:
c
Approbation de Monfieur TOURNEFORT , de
l'Acadèsie Royale des Sciences |; Doëteur
Régent de la Faculié de Médecine de Paris ,:
x Profeffeur en Botanique dans le fardin du
Rof , commis par ladite Faculie | à l'exa-
men de ce Livre,
E Traité de la Génération des Vers dans
y le corts de l'homme, €rc. compofe par
Monfieur Andry, Do&eur en Médecine de
la Faculté de Paris , contient une Doëûtrine
très-folide , fondée fur ce qu’il y a de mieux
établi dans la Fhyfque touchant la Géné-
ration des Vers, appuyée par ur grand nom-
bre a’cbfervations très-exates fur les mala-
dies qu’ils produifent , & fortifiée par l’ex-
périence de plufeurs remedes finguliers très-
propres pour les guérir. À Paris ce 6. De-
cembre 1699.
TOURNEFORT.
:
Approbation de Monfieur T A UVRY, de PA-
cadémie Royale des Sciences | Docteur Re=
gent de la Faculté de Médecine de Paris,
commis par la mème Facahé à l'examen de
ce Livre.
’Ailü avec plaifir le Livre de la Génération
] dés Vers' dans le corps de l'homme, compo-
fé par Monfeur Andry , Doéteur de la Fa-
culté de Médecine de Paris, où j'ai trouvé
beaucoup d’exa@titude & d’érudition. Les
faits qui y font rapportés peuvent étre d’une
grande utilité aux Médecins ; car outre que
l'Auteur expofe avec netteté, les caufes &
les fignes des maladies qui font accompa-
gnees de Vers, il y joint des xéfléxions très-
judicieufes fur les remedes dont on fe doit
fervir. Les explicatiors qu’il donne, & les
obfervations des Modernes qu’il rapporte,
rendent cet Ouvrage aufli curieux qu’il eft
utile, À Paris, ce 18. Novembre r699.
D. TAUVR Y.
Epifola GEorGir BaGLivi, Medic. Theo-
© rc. in Romano Archylic. Profefforis , Socie-
tatis Regia Londinenfis, Academie Imper,
Eeop. Collega.
AUTHORI.
À Ggreflus fum legere tuum de Jumbri-
cis libellum , mirificè profe&o placuit.
Genüs enim fcribendi non minus utile ac
neceflarium , quèm nova experiendi mer
E
thodo concinnatum complexus es : Valde
delettabar ordine , valde etiam genere ora-
tionis tuæ, Res verd ipfa ita me affecit ; ut
quafi feminia quædam veræ praxeos ; quæ
fruétum non mediocrem aliquando ferent,
in animo meo reliquifle videatur. Quare
cum eximii ingenii, doétrinzque opibus
abundet, me certe judice, magnam om-
fium approbationem commendationemque
promeretur. Datum Romæ, 3. Nonas ju-
nias 1701. GEORG. BAGEIVUS.
£ … :
APPROBATIONS
de la feconde Edition de ce Livre.
Approbation de Monfieur DOUTE ; Doëteur
Régent de ancien Doyen de la Faculté de
Médecine de Paris.
ME Livre n’a pas befoin d’un nouveau
_y fuffrage pour avoir cours dans le Pu-
blic. La profonde érudition de l’Auteur , la
grande exaétitude dans fes remarques, la
{olidité de fes réfiéxions, le bon ordre dans
ce qu'ilécrit, la beauté de fes expreflions ,
& fon difcernement pour le vrai, lui ont atti-
ré autant d'Approbateurs que de Leéteurs.
II poffede des mieux le talent de relever à
Pefbrit les chofes qui paroïflent bafles aux
yeux du corps. Que fon Traité des Vers
prouve bien qu’il n’eft rien dans la nature
qui foit indigne de l’attention du Médecin ?
Qu'on lui auroit obligation d’étendre fa
plume fur certains Auteurs de nos jours , qui
comme une vermine infeétent la Médecine f
À Paris, le 3. Juillet 1714 DOUTE.
EE)
Approbation de Monfieur D'UFRESNE , Da-
teur Régent , C Profeffeur en Pharmacie de
la Faculté de Paris.
L E jugement avantageux que d’illuftres
Approbateurs ont porté du Livre de la
Génération des Vers, fitôt qu'il a commencé
de paroitre 2: les éloges finguliers que cet
Ouvrage s’eft enfuite attiré de plufieurs Sça-
vans de diverfes Nations b : l’efliime avec
laquelle des Auteurs célébres l'ont cité de-
puis dans leurs ecrits c : le grand nombre
d’Editions qu'il s’eneft fait , non-feulement
en France , maïs dans les Pays Etrangers,
où il a été traduit en différentes Langues d:
& le peu de fuccès qu'ont eu les Cenfeurs
qui l'ont voulu attaquer e : font des témoi-
gnages fi authentiques du mérite de ce Li-
A Voyez cy-deflus Îes Approbations de Monfieux
Fagon, de Monfisur Dodard , de Monfieur Boudin,
de Moïifieur Bourdelot, de Monfeur Tournefort ,
de Monfieur Maillard , de Monficur Baglivi, &c.
b Dans tous les Journaux , tant des Pays Etrane
gers que de France,
c Conrad. Barchu/en Hifloria Medicina ,Amferode-
mi 1710. Francifei Redi de .Animalculis que in corpo=
ribus animalium vivorum reperiuntur obfervationes , ex
errmrfcis in Latinas verfæ | Autore Petro Corte .Am-
freledami , 1708. in Præfat. Hiftoire de l’Académie
Royale des Sciences , année 1709, Hifloria Infeëto-
rum , Authore Joanne Raïo. Opus pofthumum juffn
Regiæ Societ. Londinenfis Editum , Londini , 1710.
d Imprimé diverfes fois à Amfterdam, à Lon-
dres, à Naples.
. e Voy:z la Lettre cont'e c: Livre, inlerée dans les
Mémoires de Trévoux du mois de Novembre 1703,
& le Livret intitulé : Explication Phyfique @ Mécha:
vre , que mon fuffrage feroit ici fort inutile,
Je me contenterai donc d’obferver que Mon-
fieur Andry nous donne aujourd’hui le même
Ouvrage enrichi de quantité de remarques
\ .
nouvelles très-importantes , lefquelles ren-
dent cette Edition d'autant plus utile au
Public, qu’elles font toutes appuyées fur
l'expérience , & ne peuvent que contribuer
confidérablement à l’avancement dela Mé-
decine Pratique. Fait à Paris ce 5. Juillet
Z714. DUFRESNE.
nique des effets de la Saignée €> de La Boiflon dans le
cure des maladies, €rc. Imprimé en 1707. à Cham-
bery. Voyez encore FPEcrit intitulé, Differtation far
La nourriture des Os, où l'on explique la nature €p
d'ufage de la moëlle avec trois Lettres [ur le Livre delz
Génération des Vers dans le corps de l'homme, Impri,
mé à Paris , chez Pierre Witte en1704.
Leitre de Monfieur CorPERO , Doéteur €
Profeffemr en Médecine à Londres , à l'An
teur de ce Livre.
Pdonsitmm.
J'ai 1ù votre Traité de la Génération des
Vers dans Le corps de l'homme | dès la premiere
Edition qui s’en fit à Paris où j'étois alors :
J'en aiété fatisfait au-delà de tout ce que
je puis vous dire, tant pour le fond que
pour la méthode. Je ne fçai cependant fi
“ous devriez en laifler paroitre encore une
nouvelle Edition, après tant d’autres. qui
en ont déja été faites ; car ne voyez-vous
pas que fi vous avez excité contre vous la
plume de quelques Cenfeurs , c’eft parce
que ce Taité à force de remettre devant
Jes yeux qu'il fe produit des Vers dans les
premieres voyes de notre corps , donne at-
teinte au fyfteme de la Trituration? Com-
ment en effet, lorfqu’on fait réfléxion à la
produétion de ces animaux en nous, vou-
Jez-vous que l’on conçoive que l’eftomac &
les inteftins aidés du diaphragme & des muf-
cles du bas-ventre , broyent ayec tarit de
force ce qu’ils renferment , que cette force
aïlle à plus de deux cent foixante un miile
cent quatrevingt-fix livres, comme le pré-
tend Mr Hegçquet. Dites-moi , je vous prie,
fi de foibles Vers contenus dans le bas-ven-
tre , peuvent réfifter à une telle force.
Les coétions qui s’accompliflent dans nos
<orps, viennent , felon les Triturans, d’un
broyement continuel qui fait tout. Ce
broyement , difent-ils avec Mr Hecquet,
commence dans ia bouche par la rencontre
des mâchoïres, fe continue dans l’éfopha-
ge & s’augmente dans l’eflomac : là , com-
me dans un mufcle creux , les alimens font
paitris & diffouts tant par la force extraordi-
naire & multipliée des fibres motrices qui
agitent & meuvent ce vifcere , que par l’'a-
&ion des mufcles voifins , fur-tout de ceux
du bas-ventre & du diaphragme, qui tous
enfemble foulent & broyent les alimens au
point deles réduire en une crème auf fine
que celle qui fe forme fous la pierre de por-
phyre. Quelle bonne contenance voudriez-
vous que fiffent des Vers dansun lieu com-
me celui-là, où iis doivent être fi mal à
leur aie? La force feule de l’eflomac , felon
ces Médecins , furpañle de beaucoup celle
des machoïres : une force fi furprenante
toute occupée à brifer , marchandera-t-elle
vos Vers ? Si les Défenfeurs de la Tritura-
tion étoient gens à fe perfuader que lorf-
qu’on a des Vers on ne digere plus , &
qu’ainfi l’eftomac ne broye plus, votre Li-
vre ne tireroit pas à conféquence ; mais l’ex-
périence du contraire eft trop connue, puif-
qu’on voit tous les jours des perfonnes atta-
quées de Vers, faire des déje&tions qui ont
toutes les qualités d'une digeftion entiere.
Encore fi l’on pouvoit foupçonner que les
Vers trouvañlent aufli peu leur compte avec
les levains qu'avec la trituration , les Parti-
fans de cette derniere n’y regarderoient pas
de fi près, ils auroient fufifamment leur re-
vanche contre vous : mais l'exemple du vi-
naigre qui ronge la pierre, & dans lequel
cependant on voit un fi grand nombre de
petits animaux ,; ñe permet pas de penfer
que les diffolvans de l’eltomac puiffent faire
une aufli mauvaife compofition aux Vers ;-
que la srituration. Aiafñ , avouez , Mon-
fieur, qu'en renouvellant votre Traité dans
ce temps, oùlon tâche fi fort de remettre
la Trituration en regne , vous ménagez
très-mal les intéreflés de ce fyftême : & fe-
lon moi , il faut tâcher de bien vivre avec
tout le monde. Je fuis ; &c,
A Londres, ce premier MA 1714»
APPROBATIONS
2
APPROBATIONS
de la troifiéme Edition de ce Livre.
Approbation de Monfieur CAS lu AJORe
] "Ai 1ù par ordre de Monfeigneur le Chan-
celier, un Manufcrit qui a pour titre,
De la Génération des Vers dans le corps de
l'homme , éc. par Monfeur Andry , Docteur
Régent , & ancien Doyen de la Faculté de
Médecine de Paris. Cet Ouvrage a été im-
primé plufieurs fois ; le grand nombre
d'Editions qui en ont paru , & l’eftime fin-
guliére que tous les Savans en ont faite,
font des titres plus que fuffifans pour en faire
Péloge. J'y ajoute que Morifieur Andry
a entierement refondu fon Ouvrage Her le
fi confidérablement augmenté, que les Re-
marques nouvelles & importantes dont il la
enrichi, le rendront d’autant-plus utiie au
Public , qu’elles font pleines d'Erudition, &
appuyées fur l'expérience. A Paris ce 8.Avrii
4732-+ :
CASAMAJOR.
Approbation de Mefieurs PrRocOPE &
Ér TH MSULLIER
-Ous foufignés Doéteurs Régens delz
Faculté de Médecine en l’Univerfité
de Paris ; prépofés par ladite Faculté pour
examen d’un Livre intitulé, De la Généra-
tion des Vers dans le corps de l'homme , troifre-
me Edition, dc. par Monfienr Andry , Cor-
Tome I. ri
Jeiller du Roi, Lecteur €» Profefeur en Mé-
Aecine au Collége Royal , Doéteur Régent dr
ancien Doyen de la Faculté de Médecine en
l'Univerfité de Paris, avons trouvé que cette
troifiéme Edition, enrichie d'un grand nom-
bre de plahches, & augmentée de nouvel-
les obfervations qui authorifent la métho-
de & les remedes qu'il prefcrit , foûtient
également la réputation que l’Auteur a toù-
jours méritée dans la fäine pratique de Mé-
decine & dans le genre littéraire. Ce Livre
raffemble ce qui eft de plus curieux & de
plus inftruétif fur les maladies des Vers, &
ne laïfle rien à défirer non plus du côté du
ftyle. Ainfi nous jugeons que cette nouvelle
Edition, qui joint lutile à l’agréable , fera
reçüe du Public avec le même emprefle-
ment que les autres Ouvrages qui: font fortis
de la plume du même Auteur. À Paris, ce
vingt-fixiéme Février 1741.
MICHEL PROCOPE COUTEAUX,
Doëteur & Profeffeur des Ecoles de Méde-
cine de Paris.
L. J. LE THIEULLIER, Confeïller du
Roi, Médecin ordinaire de fa Majefté en
fon grand Confeil.
Œ
me
”
KL 7 U l'approbation de Meffieurs Procope
V & le Thieullier, Docteurs Régens en
Médecine de la Faculté de Paris, nommés
par elle pour examiner un Livre ‘intitulé ,
De la Génération des Vers dans le corps de
l'homme , troifiéme Edition , par Mr Andry,
Confeiller du Roi, Lefteur & Profeffeur en
Médecine au Collége Royal , Docteur Ré-
gent & ancien Doyen de la Faculté de Mc-
decine en l’Univerfité de Paris, je confens
pour ladite Faculté , que ce Livre foit im-
primé , perfuadé que le Public entirera un
grand avantage. À Paris, le vingt-huit Fé-
vrier mil fept cent quarante-un.
COL DEVILARS, Doyen:
PRIVILEGE DU RO:
OUIS par la grace de Dieu, Roï de France & de
Navarre, à nos amés & féaux Confeillers les Gens
tenans nos Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes
ordinaires de notre Hôtel, Grand - Confeil, Prevôt
de Paris , Baillis, Senéchaux , leurs Lieutenans civils,
& autres nos Jufticiers qu’il appartiendra , SALUT.
notre cher & bién amé le Sieur AN DRY , notre
Confeiller, Lecteur & Profefleur en Médecine en no-
tte College Royal de France, Doéteur Régent & an
eien Doyen de notre Faculté de Médecine à Paris, &
notre Cenfeur Royal des Livres; Nous ayant fait re-
montrer qu’il fouhaireroit continuer à faire reim-
primer & donner au Public, un Manufctis qui a pour
titre, De la Génération des Vers dans le corps humain ,
enrichie de Planches & Figures ; mais comme cet Ouvra-
ge a déja été imprimé plufieurs fois, le grand nombre
#Editions qui en ont paru , & l’eftime finguliére que
tous les Savans de cet Art & le Public en ont faite,
fij
l'ont obligé d'y faire des augmentations & des remar--
ques nouveMes & importantes , d'autant plus utiles ,
qu’elles font pleines d’érudition appuyées {ur Fexpe-
rience, & formant un Ouvrage nouveau; il crainc
que quelques perfonnes mal intentionnées ne s'avifaf-
{ent de lui contrefaire, ce qui lui feroit un tort con
fiderable, & le priveroit du fruit de fes veilles, de fon
application , & de fon travail ; il nous auroit à cet ef-
fer très-humblement fait fugplier dé vouloir bien lui
accorder nos Lettres de continuation de Priviléze fur
ce néceflaires : offrant pour cet effet de le faire reim-
rimer en bon papier & beaux cara@téres, fuivant la
feuille imprimée & attachée pour modele Tous Le Con-
tre-{cel des Préfentes. A CES CAUSES, voulant fa-
vorablement traiter ledit fieur Expofant, & le recom-
peufer en quelque facon du zéle qu’il nous témoigne
avoir pour Purilité publique,en lui donnant les moyens
de nous les continuer , Nous fur avons permis & per-
mettons , par ces préfentes, de faire reimptimer ledit
Ouvrage , avec fes auginentations ci-deflus fpéciféss',
en un où plufieurs Volumes, conjointement où fépa-
rement, & autant de fois que bon lui femblera, & de
le faire vendre & débiter par tout notre Royaume
- pendant Île tems de quinze années confécuiives, à
comptet du jour de la date defdires Préfentes. Faifons.
défenfes à toutes fortes de perfonnes , de quelque aua-
lité & condition qu'elles foient , d’en introduire d'inx-
preflion étrangére dans aucun lieu de notre obéiffance..
Comme au à tous Libraires , Iimprimeurs & autres ;.
d'imprimer, faire imprimer, vendre, faire vendre.
débiter ni contrefaire ledit Ouvrage avec fes augmen-
tations , entoutnien partie, nid'en faire aucuns ex-
traits , fous quelque prétexte que ce foit, d’augmenta-
tion, de correétion , changement de titre , même des
Planches , Figures ow autrement, fans Ïa permiifion
exprefle & par écrit dudit Expofant, ou de ceux qui
auront droit delui, à peine de confifcarion des Exein-
plaires contrefaits, de trois mille livres d’amende con-.
tre chacun d:s contrevenans, dont un tiers à Nous,
un tiers à PHÔôt:l-Dieu de Paris, Pautre ciers audit fieur
Expofant , & de tous dépens ; dommages & intérêts; A
la charge que ces Préfentes feront enregiltrées tout au
long fur le Regiftre de la Cominunauté des Libraires &
Imprimeurs de Paris, dans trois mois de la dare d’icel.
les ; Que l’'impreflion de cet Ouvrage fera faite dans
notre Royaume & non ailleurs; Et que l’impetrantfe
conformera. en tout aux Reglemens de la Librairie, &
notamment à celui du dixième Avril mil fept cent
viagt-cinqg; Et qu'avant que de l’expofer en vente, le
Maaufcrit ou Imprimé qui aura fervi de copie à l'im-
preffion dudit Ouvrage fera remis dans le même état
où lApprobation y aura éré donnée, ès mains de
notre très-cher & feal Chevalier le Sieur Daguefleau
Chancelier de France , commandeur de nos Ordres:.
Et qu'il en fera enfuite remis deux Exemplaires dans
notre Bibliotheque publique , un dans. celle de notre
Château du Louvre , & un dans celle de notredit rrès-
cher & féal Chevalier le Sieur Dagueffeau Chancelier
de France , Commandeur de nos Ordres; le tout à pei-
ne de nullité des Préfentes. Du contenu defquelles,
vous mandons & enjoignons de faire jouir ledit fieur
Expofant ou fes ayans caufe pleinement & paifible-
ment, fans fouffrir qu’il leur foit fait aucun trouble
ou empêchement. Voulons que la Copie defdires Pré-
fentes, qui fera imprimée vour au long au commen-
cement où à da fin dudit Ouvrage, foit tenue pour
dûement fignifiée , & qu'aux Copies collationnées par
Fun de nos amés & féaux Confeillers & Secretaires:
foi foit ajoutée comme à l'Original. Commardens:
au premier notre Huitlier ou Sergent de faire pour l’e-
xécution d’icelles tous Actes requis & néceffaires , fans:
demander d'autre permilion, & nonobftant Ciameur-
de Haro, Chartre Normande, & Lettres àce contrai-
res ; Car tel eft. notre plaifir. Donmé à Fontainebleau:
k dixiéme jour de Novembre, l’an de grace mil fept
cent trente-neuf : Et de notre Régne le vingt:cinquiéme.
Par le Roï en fon Confeil,
SAINSON.
Regiliré fur le Regiflre X. de la Chambre Royale & Sym
dicale des Eibräres & Timprimeuwrs de Paris Num, 305.
Fol.191.conformement an Réglement de 1729. qui fait dé-
fenfe .Art.. IV. à toutes perfonnes de quelque qualité qwclles
fosent , autres que les Etbraires &: Imprimeurs, de vendre,
débiter @ faire afficher aucuns Livres pour les vendre en:
lewrs noms , foit qu'ils sen difent les Auteurs on autrement.
Eï a la charge de fournir à ladite Chambre Royale € Syndi-
cale des Libratresc Imprimeurs de Paris, les huit Exem-
plaires prefèrit par l'Article CV'III. du même Réglement.
Æ Paris:ce 18. Novembre 1739.
SAUGRAIN;,Syndic.
E fouffigné Nicolas Andry, Docteur Régent & an-
} cien Doyen de la Faculté de Médecine de Paris, a
cédé à M. Alix Libraire rue S. Jacques au Gridon,
mon Privilége de la troifiéme Edition de mon Livre
De la Génération des Vers, augmenté & refondu en
un Ouvrage nouveau, lequel Privilège eit en date du
dix Novembre de la préfente année mil fept cent tren-
té-neuf, le tout aux claufes & conditions paflées en-
tre nous. Fait à Paris ce Samedi quatorze Novembre:
il fept cent trente-neuf.. AN DR Y..
Kegifiré fur le-Regifire X..de L4 Communante des Librai--
res © Imprimeurs de Paris, page 192, conformement aux
Réglemens , @ notamment à l Arrêt du Confeil dn 13.40%
3703.14 Paris le 18. Novembre 17309.
SAUGRAIN, Syndie;
N © UV *, ‘A +
À 1ù AS /A A A
“ d
Re (een. vennemeneene Lee cie 2”
LATE DES ARTICLES
à réformer dans les précédentes Edi-
tions , laquelle eff annoncée pag. xxiX.
de la Préface, ligne 14:
Ous commencerons cette Lifte par le
Recueil des Planches contenues dans
le Volume #7-4°, Nous viendrons enfuite au:
Volume 77-12. ,
Volume in-4°.
La Planche IX. toute entiére reprefen=
. . 0 h
tant un Iænia comme s'il avoit tête &
queue.
La Planche XV. en ôter le Ver velu, &
le Ver en peloton.
La Planche XVI. toute entire ; & la XIXe
auf toute entiére.
L 4
: Volume in - 12.
Pages vij. & ix. dela Préface , où il eft dit
que cet infecte fit de grands mouvemens
quand on le toucha , & où il falloit #ettre,
fit de petits mouvemens quand on le toucha,
eu bien, fit quelque mouvemens. *
* Cet infeSe nommé Taænia, © que j'appelle Seli-
taire , ne fait jamais de grands mouvemens. C’ef} un ar-
ticle exagéré que celui-la, .Au refle le Frere Apothi-
saire * * du Couvent de l'Obfervance à Toulonxe,
## Nommé Frere Modefte,
Page xiv. ligne 4. jufqw'à Ja ligne 14. de [a
page xv]. |
Corps du Livre.
Page 42. ligne 10. jufqw’à la ligne 13. de læ
p.43. premiére & feconde Edition.
Page 43. depuis la ligne 14. jufqu’à la ligne
22. premniére & feconde Edition.
Page 47. feconde Edition, depuis la pre-
miére ligne jufqu’à la ligne 18.
Page 48. la ligne 10. jufqu’à la ligne 16.
Page 53. ligne 17. jufqu’à la ligne 19.
Page 56. ligne 5. jufqu’ala ligner6.
Page ;8. lignes 7. & 8.
Page 74. ligne 8. 9. & 10.
Pape 167. fa derniére jufqu’à la ligne 6. de
la page fuivante. ”
Page 113. ligne 4. jufqu’à la ligne 1 3. de la
page 115.
Page 117. ligne 11.
Page 124. ligne 14. jufqu’à laligne 6. de x
page fuivante.
Page 126. ligne 7.
écrit à l’Académie des Sciences de Paris, ane Lertre
datée du 17. Juillet 1740. dans laquelle il dit qu'un Ver
folitaire , [orti du corps d’un malade qu'il traitoit , levoit
fa tête ju qw à la hauteur d'un pied, &r qu'ayant été mis
dans de l'ean , il en faifoit autant. Ce Frere ajoute ; que
le Ver étoit femblable à celui qui eff repréfenté dans une
des Planches de mon Livre de la Génération des Vers,
C’efl Mr V P'inflovv de la Faculté de Médecine de Paris,
qui m'a communiqué la Lettre. Je lai lie, @ il l'a
rendue à Académie , qui la lui avoit prétée ponr me la
montrer. Cette circonffance, que le Ver levoit le tête
Jufqu'à la hauteur d'un pied paroît vnefable, Ilwefitæs
poffible de La manicre dont il eff conftruit qu'il faffe un tel
mouvement. Mr 7 Finflovrv m'a commu nique la 1 etirece
jomrd'hui Vendredi 19. Juillet 1740,
Page
Page 134. hgne rr. jufqu'à la ligne 7..de la
page 138. |
Page 139. ligne 8. jufqu'au milieu de la
page 143.
Page 197. lignes 18. 19.& 20.
Page 200. ligne 3. jufqu’à laligne 15.
Ibid. ligne 22. jufqu’à la digne 26.
Page 201. ligne 11. jufqu’à la ligne 28,
Page 208. ligne 4.
Page 220. ligne 7. & ligne 14.
Page 231. lignes 12. & 13.
Page 232. ligne 18. jufqu’à la ligne 23.
Zbid. ligne derniére.
Page 236. ligne 12. à la fin de cette ligne?
& au commencement de la fuivante.
Page 238. ligne 13. jufqu’à la ligne 18.
Page 239. ligne 19. & 20.
1bid. ligne pénultiéme.
Page 244. lignes 3.4. & 5.
Ibid. lignes antépénultiéme & pénultiéme :
jufqu’à la ligne 3. de la page fuivante.
Page 249. ligne 9. jufqu’a la ligne derniére.
Page 260. ligne 23. jufqu’a la ligne 6. de la
page fuivante.
Page 276. ligne antépénultiéme jufqu’à la
dixiéme ligne de la page 278.
Page 279. ligne 22. jufqu’à la ligne 24. de La
page fuivante.
Nous aurions pù indiquer auf par une
Lifte,les augmentations faites dans cette troi-
fiéme Edition , maïs il auroit fallu pour cela
untrop long détail. Au refte nous avertiffons
que le Tænia , que nous avons dit être dela
premiére efpéce dans la feconde Edition, eft
le Tænia de la feconde efpéce, & que celui
&”
Tome É g Ÿ
que nous avons dit être de la feconde, eff
celui de la premiére. Cet avertiflement eft
néceffaire pour ne point confondre les efpé-
ces marquées dans cette troifiéme Edition,
où elles font comme elles doivent être,
FIN.
TABLE
DES CHAPITRES ET ARTICLES
du premier Tome.
pere: I. Ce que c’eff que
Ver, Page r.
CHap. IL+ Comment s’'engendrent les
Vers dans le corps de l'homme, 1x.
CHap. III. Des différentes efpéces de
Vers qui s'engendrent dans le corps de
l'homme ; © par occafion , de quelques-
unes de celles qui fe produifent dans les
Minéraux, dans les Végétaux, €
dans les Animaux , pe
ARTICLE I. Des Vers du corps hu-
main qui naiffent hors des inteffins, 67.
= ART. II. Des Vers des inteffins , 188.
ART. III. Des différentes formes que
prennent les Wers dans le corps hu-
Main , 281.
Cap. IV. Des effets des Vers dans le
corps humain , 291.
ART. [. Effets des Vers qui naïfent
hors des inteffins , ibid.
ART. II. Des effets des Vers qui font
dans les inteffins , 299.
Premiére Obférvation, 315.
81}
Suîte de la Rélation ci-deffus , 48*.
Remarque [ur la fuite de cette Ré-
lation , 497.
Contre les Dentaires , 492.
Contre les Pulmonaires , 496.
Contre les Hépatiques , ibid.
Contre les Cardiaires , 497:
Contre les Sançuins , _ 498.
Contre le Veficulaires, 499.
Contre les Elcophages , ibid.
Contre les Cutanés , ibid.
Contre les Bouviers ; SOI.
Contre les Umbilicaux ; ibid.
Contre les V'énériens ; ibid.
ART. Il. Des Remedes contre les Vers
des inteflins , SOI. $o2.
SECTION I. Des Remedes internes con-
ire ces Vers, 03.
Obfervation importante [ur la vertu
du Vin contre les Vers des inteffins,
communiquée à P Auteur par Mr
Baglivi, Medecin de Rome, S12.
KRemedes extérieurs ow topiques con-
tre les Vers desintéflins, $20.
SECT. Il. Remedes qui tuent € qui
chalfent les Vers , S 21.
Contre les Vers de la Jauniffle, $ 25.
Contre les Vers dans la Pleuréfie,s 28.
Contre les Afcarides , $ 29)
Contre le Solitaire ou Tenia , ‘ $35;
Pour les Enfans à la mammelle, ÿ 33.
Pour les Enfans un peu grands , ibid,
Remarque [ur la Racine de Fou-
ere ; ,
us de Guillaume Faro
écrivant à Philibert Sarrazenus ,
5 3%-
Réponfe de Philibert Sarrazenus à
Fabricius. O.
Autres Remarques de Guill. brie
cius , écrivant à Craffiius,S 45 .S 47.
Remarques d'Olaus Borrigius , S$ 1.
CHar. X. Remarques générales fur le
traitement des maladies vermineufes ,
ou l'on traite de la purgation, $ÿ4
Voyez PErrata.
CHar. XI. Sur la maniére dont agiffent
les Remedes antivermineux, $73.
Voyez lErrata.
Laffe des Remedes contre les Vers, 609:
Réflexions - pratiques [ur la quantite
extraordinaire des Remedes contre
Les Vers , 616.
CHar. XII. Des précautions à obfervér
quand on fait des Remedes contre les
Vers, 624
Voyez lErrata.
Cu. XIII, Aphorifmes fur les Vers, 63 x.
Car. XIV. Etlairciflement [ur divers
endroits de ce Livre , 649.
Lettre de Mr Nicolas Hartfocker ,
de P Ac. Royale des Sciences , écrite
d’'Amfierdam à PAuteur, 713.
Autre Lettre de Mr Hartfukr à
L Auteur , Ta 6..
Lettre de Mr. Georges Baglivi, Me-
decin de Reme, à l'Anteur, 7719.
Differtation annoncée , pag. 187. fur
la génération de l'homme par les
Vers fpermatiques , 734
Lettre de Mr. Geoffroy , en reponfe
à quelques difficultés qui lui ont té
faites contre la précédente Differ-
tation #72.
Queffion agitée fous la préfidence de
Mr Fagon, premier Medecin du
Roi, touchant le Tabac, fçavoir fi
le fréquent ufage du Tabac abrege
la vie ? 810.
Lettre Latine de Mr. Baghui, 841.
Critique que Mr Hecquet a faite du
livre de la génération des Vers.
Lifle des Articles à réformer dans les
Editions précédentes.
Fin de la Table des Chapitres
| & Articles.
DE
D E
LA GENERATION
DES VERS
Dans le Corps de l'Homme.
CHAPITRE PREMIER.
Ce que ef? que Ver.
E Ver paffe pour le plus
méprifable de tous les ani-
maux : cet cependant
celui que nous mépri-
fons peut - être le moins ; ny en
ayant point contre lequel nous cher-
chions plus à nous défendre. On Île
compte dans le genre des Infectes :
ainfi pour faire entendre ce qu: c’et
que ver , il faut expliquer auparavant
ce que c’eft qu'Infecte,
Tome I, À
LT |!
4!
4
NS
EN!
=M
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ES
TR
k
2 De laGenération
Qui dit Znjetle , dit un animal
complet, entrecoupé de plufieurs in-
cifions faires :en forme de cercles ou
d’anneaux , par le moyen defquelles
il refpire, & d’où il a tiré le nom
d'infe&e, qui fignifie, Divifé, coupé ,
entrecoipé. Tels font Îc Scorpion , la
Fourmi, la Chenille, & uneinfinité
d’autres.
De ces Infedes , les uns ont les in-
cifions fous le ventre, les autres fur
de dos, les autres à l’un & à l’autre
tout enfemble. Aux uns il s’en trouve
plus, aux autres moins, & tout cela
{elon la diverfité des efpèces. On en
remarque douze à la Fourmi, feptau
Scorpion, autant au Ver à foye, fei-
ze & quelquefois davantage à la Che-
nille , &c.
On appelle auf Infectes , la plü-
part des asimaux qui vivent quelque
temps après qu'ils font coupés en
morceaux , comme les grenouilles,
les lézards , les ferpens , les vipé-
res ;:XC.
Je croiroïs volontiers que les Infe-
&es tirent leur nom du mot latin 7#-
feétari , qui fignifie, pourfuivre ; perfécu-
ter, tourmenter , GC. PATCe QUE CES Ani-
maux fe trouvent prefque par-tout ,
des Vers. HER:
& qu'il eft difficile de s’en défendre ;
mais cette étymologie paroît faufle
quand on fait réfléxion , que les
Grecs ont appellé ces animaux,
Evvous, C'eft-à-dire, coupez , incifez ,
. & que le latin snfcifum qu’on a enfuite
francifé , n’eft que la traduction de ce
mot grec.
Je dis que linfeéte refpire, ce qui
-eft contraire au fentiment de plufieurs
anciens Philofophes , qui ont cru que
la plupart des infetes ne refpiroient
pas , parce qu'ils fe font imaginés que
ces animaux n’avoient pasde pou-
mons ; au lieu que les obfervations
des Modernes fur ce fujet, celles entre
autres, du célébre Malpighi , nous
font voir qu’il y a des infeétes qui,
Join de manquer de poumons, en ont
un plus grand nombre que les autres
animaux. D'ailleurs, comme le re-
marque Pline, Sr ils n’en auroient
point , ce ne feroit pas une confé-
-quence qu’ils ne refpiraffent pas, puif-
qu'il ne paroît pas plus poflible de
vivre fans refpiration que de refpi-
rer fans poumons. Mec vi leo cur magis
poflint non trahere animam & vivere, quém
fpirare fine vifceribus. ( 4 )
La) Plin, Hifi, nat, lib, IL. c. 3
4 De la Génération
Ces mêmes Philofophes ont écrit
que la plupart des Infeétes n'avoient
point de fang , parce qu'on ne trouve
dans le corps de plufeurs , aucune li-
queur ronge; mais ils fe font encore
trompés là-deflus |, l'humeur ap-
pellce fang , n'étant point telle par
fa couleur , mais par fon ufage; ce
qui fait dire au méme Pline , que
quelle que foit l'humeur vitale qui
anime l'infecte, cette humeur eft le
fans de l’Infeéte : Sic > Infeitis , quis-
quis ef vitalis buimor, bicerit c> fanguis (a).
Or comme il n’y a point d’infeéte qui
n'ait en foi une humeur vitale qui
s’anime , il n’y a point non plus d'In-
fecte qui n'ait du fang.
Un Auteur moderne { 2) écrit que
dans les premiers temps de l'Eglife :
un grand nombre de Chrétiens ne
s’accordoient que de petits poiflons
qui fuflent dépourvüs de fang , com-
me des Moules, des Huitres, & des
Ecrevifles. Cet Auteur, comme on
voit, donne ici dans l'erreur ancien-
ne , & ne reconnoît que du fang
TOULE,
(a! Plin. ibid.
(b) Traité des difpenfes de Carème ; premiere pars
L$te Chap. 2Qe
* des Pers. F
Une autre caufe de la méprife des
Anciens fur ce fujet, eft a penfée où
ils étoient ie n’y avoit point de
cœur en plufieurs Infe@es; mais on
fait aujourd’hui par les découvértes
qui ont été faites avec le fecours des
microfcopes., que fiquelques Infectes
ont plufieurs poumons, il y en a auffi
- qui ont plufeurs} cœurs; tel eft, par
exemple, lé Ver à foye, dans lequel
ïl s'en trouve un fi grand nombre,
que ce n’eft prefque qu'une chaîne de
cœurs , depuis la tête jufqu’à l'extré-
miteé du corps.
Ces obfervations nous convain-
quent que les Infetcs ne font point
des ébauches de la nature, ni des
animaux incomplets , comme fe le
font imaginé quelques Philofophes ;
puifque bien loin de manquer de
parties , il s’en trouve qui en ont plus
que les autres animaux , ainfi quoi
1e peut voir encore, 1°. Dans l’Arar-
gnéc vulgaire qui a huit yeux. 2°.
Dans la Mouche qui a une trompe
comme un Eléphant , fix jambes di-
finguées chacune en quatre mem-
bres , dont les extrémités fe divifent
aufli en plufieurs parties, & font ar-
mées de deux pinces , entre lefquelles
| À ii]
ë De l8 Génération
on appercoit de petites pointes, par
le moyen de ve cet animal satta-
che aux moindres inégalités des corps
même les plus polis. 3°. Dans la
Puce , où l’on découvre fix jambes ,
ayant chacune trois jointures diverfe-
ment articulées. Les articles des deux
jambes de devant entrent tout-à-fait
Fun dans l’autre, & ceux des jambes
du milieu ont leur étendue féparée.
Mais les jambes de derriere ont leurs
articles pliés l’un fur l’autre, comme
la jambe & la cuifle de lhomme.
Quand la puce veut fauter, elle étend
en même temps toutes fes jambes ; &
alors les différens articles venant à
fe débander à la fois, font l'effet d’au-
tant de reflorts , & produifent ce
fault qui l'éleve en l'air , à la hauteur
de deux cens fois celle de fon corps,
ainfi que le remarque M. Hook dans
fa Micrographie,& qu'il a été remar-
qué dans le Journal des Savans , du
Lundi 20. Décembre 1666. Voyezla
planche ey-jointe, où par occafion ,
nous avons marqué plufieurs autres
particularités concernant cet Infcéte ,
lefquelles font très-dignes d’obfer-
vation. 4° Dans la Chenille qui a
feize pieds, fix devant , huit au mi-
Oeufs L la Puce LUS »ar Le AMrcrose 724
Coque produte par ui. Ve’ do e/71 crentlaPuce
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des Vers. ?
lieu, & deux derriere, fans parler
de plufeurs autres parties qu’on dé-
couvre fur le corps de quelques-unes ;
tels que font deux efpéces de bou-
uets de plume noire, fitués autour
À à la tête, deux petits avirons ran-
gés de chaque côté , dont les filets
reflemblent à ceux des: plumes , &
une peau parfeméc de petits poils:
bruns, féparés les uns des autres, en-
tre lefquels on voit plufieurs petites:
plumes ; toutes parties dont chacune,
fans doute , a fon ufage , quoique
nous ne le connoiflions pas. |
On peut dire cependant, que le
grand nombre de parties qui compo-
fent un Animal, n’eft pas toüjours ce
qui en fait la perfeétion; car pourvû
que cet Animal ait celles qui lui font
néccflaires pour être complet dans.
fon efpéce , & qu’elles foient placées:
felon la fituation qui leur eft propre.
il eft parfait. Le Serpent, par exem-
ple, qui n’a point d pieds , eft par:
fait; & le Limaçon qui jette fes ex--
crémens par le col, quirefpire par là, .
& quia dans ce même endroit, les
parties deftinées à la propagation de’
fon efpéce, eftun Animal parfait.
Je.ne cite point ici l'exemple de la’
À 1v.
$ De la Génération
Taupe, que quelques-uns croyent
étre fans yeux, car elle a un chry-
ftallin & tout ce qu'il faut pour voir.
Nous pouvons obferver, en paf-
fant , qu’il n’eft pas étonnant que
quelques Philofophes ayent regardé
les Infeétes comme des Animaux im-
parfaits, puifqu’il s’en eft trouvé qui
{e font égarés jufqu’au point d’avan-
cer que le corps de la femme étoit
un ouvrage imparfait, une ébauche
formée contre l'intention de la natu-
re ; comme fi un corps parfaitement
proportionné , où l’on ne remarque
aucune irrégularité ; un corps qui n€
manque d’aucune partie néceflaire,
qui n’en renferme aucune de fuper-
flue , & qui l'emporte méme encela
fur celui de lemme, où l’on en
trouve en quelque facen d'inutiles,
telles que font les mammelles, pou-
voit étre un corpsimparfait , & com-
me fi, d’ailleurs, un fexe fi nécefai-
re pour la produétion de homme,
& dont la nature fe fert pour fe con-
ferver elle-même , pouvoit étre con-
tre l'intention de la nature. Il faut
avouer ici avec Cicéron (4*) , que
c'eft une chofe étonnante qu'il n'y
(a) Neftio gromodo mihil tam abfurdè dici potef
des Vers. g
ait point d’abfurdité fi étrange , qui
n'ait été foëtenue par quelque Phi-
lofophe.
En voil# fuffifamment pour don-
ner une idée générale de ce que c’eft
qu'Infeéte.
Les Infe&es fe divifent en grands
& en petits. Les premiers font com-
pris fous le nom général d’Infeétes,
comme la Couleuvre , PAfpic , a
Vipère , le Scorpion, la Grenouil-
le, &c. Les autres le font fous le
nom particulier de Vers, comme la
Chenille , le Papillon, la Fourmi, la
Puce , les Vers de terre , ceux qui
s’engendrent dans le corps de l’hom-
me, dans celui des autres Animaux,
dans les fruits, dans les plantes, dans
le bois , dans les étoffes , dans les li-
queurs , & dans tous les différens
mixtes.
Les petits Infetes meurent pref-
que tous fur la fin de l’Automne ;
mais ils laiflent une infinité d'œufs
qui fe confervent pendant l’'Hyver,
& qui, aux approches du Printems,
s'ouvrent en foule, & laiffent éclorre
les petits Animaux qu’ils renferment.
god non dicatur ut ab aliguo Philofophorum. Cic.lib. I:
ge Livinatione,
10 De la Génération |
La naïffance du petit Infe&te, à ces:
premieres chaleurs du Printems, eft
ce qui l’a fait nommer enlatin., Ver-
mis , COMME qui diroit, vere micans ,.
& en françois Ver, du mot latin Ver.
qui fignifie, Printems.
De ces Vers, les uns font reptiles ..
c’eft-à-dire, fe traînent fur le ventre.
comme les Vers de terre , & la plü-
part de ceux qui s’engendrent dans:
les inteftins , ou qui fe trouvent dans:
les fruits ; les autres non reptiles ,
comme la Mouche , le Haneton,
la Fourmi, l'Efcarbot , la Cigale , le:
Cloporte, &c.
Les reptiles Vers fe meuvent par:
des fibres fpirales, comme lesautres.
reptibles ; mais avec cette différence,
que les fibres tant antérieures que po-
ftérieures {e:raccourciflent , & font:
faire par cette contraction générale.
une petite voute au corps du Ver;:
après quoi elles s’unifent, & les par-
ties qui-compofent cette voute , étant:
tirées , s'étendent du côté où elles:
font tirées, & font ainfi mouvoir le:
Ver par un mouvement d'ondula-
tion.
Un grand nombre de perfonnes:
font fajettes aux vers ; mais comment.
des Vers. 11
ees vers peuvent-ils fe produire dans
le corps de l'homme? C'elt ce que
nous allons examiner dans le Chapi-
tre fuivant.
CHAPITRE IL.
Comment s’'engendrent les Vers dans:
le corps de l'homme.
Es Vers s’engendrent dans le
corps de l’homme, & dans ce-
lui des autres Animaux, par le moyen
d’une femence qui y eft entree, &
dans laquelle ils font renfermés. Car:
tous les Animaux , ainfi que nous Île:
dirons plus bas, s'engendrent d'une
femence qui les contient , & le Ciron:
même, tout petit qu'il eft, fort tout
parfait de fon œuf , après quoi il croît
infenfiblement. Il s’agit d'expliquer
comment cetre femence de Vers peut
être portée dans l’homme; mais fi l'on
confidére la multitude des œufs des
Chenilles, des Mouches, & des au-
tres petits Infees, avec le nombre.
prefque infini de ces petits animaux
que les microfcopes nous découvrent
12 De la Génération
dans les liqueurs , & prefque dans
tous les mixtes, on reconnoitra aifé-
ment qu'il n’y a rien dans la nature
où les femences des {nfeétes ne fe
puiflent iafinuer, & qu'il en peut
entrer une grande quantité dans te
corps de l’homme , aufli bien que
dans celui des autres animaux, par le
moyen de l'air & des alimens. Or
comme la chaleur faffit pour faire
éclorre les Vers contenus dans ces
œufs , quand ces mêmes œufs rencon-
trent une matiere convenable, il eft
facile de comprendre qu'it en peut
éclorre de diverfes efpecés dans le
corps de l'homme , felon les diverfes
matieres qui s’y trouvent , ces œufs
étant comme les graines des. végé-
taux , dont Îles unes serment dans de
certaines terres, & les autres dans
d’autres. Enforte qu’une perfonne
dont le corps abondera en une cer-
taine humeur , fera éclorre des Vers
‘d’une certaine forte ; celui dont le
corps abondera en une autre humeur,
en fera éclorre d’une autre forte; &
celui enfin eniqui il n’y aura aucune
humeur propre pour les œtns des
Vers, n’en fera éclorre aucun , & fera
exempt de Vers; fembiable en cela,
des Vers. ; 1$
Zune terre qui n'étant pas propre pour
certains grains, En pourra étre toute
. {emée fans qu'il en paroiffe aucun.
s
Quelques Philofophes prétendent
que les Vers & plufieurs autres Infec-
tes s'engendrent le Îa feule corrup-
tion , par une combinaifon fortuite
de matiere , fans aucune femence.
Mais fi ces Philofophes pouvoient ex-
pliquer deux chofes ; l’une , comment
le À re du hazard peut arranger
avec tant d'ordre Îes organes d’un ani-
mal, & l'autre , d’où vient qu’on ne
voit fe produire aucune efpéce nou-
velle d’Infedtes, comme cela devroit
néceffairement arriver dans leur fyfté-
ac, leur opinion pourroit paroitre
fupportable.
La terre, dira-t-on , produit bien
quelquefois des Rats par la feule cor-
ruption de la matiere, puifque Dio-
dore de Sicile rapporte que dans la
Thébaide on en a trouvé quelquefois
d’imparfaits où on ne voyoit qu’une
moitié d'animal & une moitié de ter-
re, & que néanmoins ce demi animal
fe mouvoit. Je répons à cela, que fi
FHiftor.en qui rapporte ce fair, avoit
eu quelque teinture d’Anatomie, &
qu'il eut vü une feule difieétion du
14 De la Génération
corps de l'animal , il eût compris ai-
fément que cette génération étoit im-
poflible , & qu'avant que lanimal
puifle mouvoir ou fa tête ou fes pieds,
il faut que fon corps foit , finon par-
fait, du moins achevé. Car on f{çait
bien qu'il y a des corps imparfaits qui
viennent au monde manquant de
quelque partie, & qui ne laiflent pas
de vivre & de fe mouvoir ; on voit
des perfonnes fans bras , d’autres fans
pieds , d’autres fans doigts, &c. on
voit des Chiens n'avoir que deux pa-
tes; mais comme ces corps font ainfi
de naiffance, je dis qu'ils fontachevés
& non parfaits. az
Ce qu’on allégue ordinairement des
Grenouilles , qu’elles fe produifent de
la pluye , & ce qu'on dit des Ma-
creufes, qu’elles s’engendrent du bois
pourris des vieux vaiffeaux , feroit fa-
vorable à ces Philofophes, s’il étoit
vrai. Il tombe quelquefois de petites
Grenoüilles avec la pluye , lorfqu'il
fait de l'orage ; mais il ne s'enfuit pas
-qu’ellesfoient engendrées dela pluye:
_ Ja tempête peut enlever ces Grenouüil-
les nouvellement éclofes , & la pluye
mêlée avec la poufliere, leur fervir de
nourriture , les enfler, Îles groflir &
des Vers. 1$
Îes augmenter aufli promptement que
des Champignons ; en‘orte que les
Voyageurs foient quelquefois tout
Æurpris d'en trouver fur leurs cha-
peaux , lefquelles femblent croître
comme à vue d'œil. Il peut arriver
méme quelquefois , qu’ils ne décou-
vrent d'abord qu’une Grenotiille im-
parfaite en apparence, à laquelle, un
moment apres pouflent des jambes ;
ce qui fait croire au D PS ces
Grenotüilles s'engendrent effcétive-
ment de la pluye. Mais il fauc fcavoir
que ces jambes étoient déja renfer-
mées dans la Grenouille , & que
quand elles paroiflent , ce n’eft qu'un
développement qui fe fait d’une cho-
{e cachée ; les jambes des Grenotiilles
croiflant & poufñfant au dehors, de-
même que les boutons de fleurs hors
de leurs tiges , ainfique l’a remarqué
Swammerdan, ce qui s'accorde avec
ce que dit Jacobœus dans fes obferva-
tions fur les Grenouilles , & avec ce
qu'on remarque tous les jours dans les
baflins des fontaines ; fcavoir , que
cet animal ne paroît d’abord que tête
& queuë.
: Quant aux -Macreufes , on à crû
qu'elles s’engendroient de l’écume de
16 De la Génération
la mer, ou des planches pourries des
vicux vaifleaux , aufquelles on#les
trouve, dit-on, attachées par lebec,
& d’où elies fe détachent enfuite lorf{-
qu’elles font bien formées ; mais elles
viennent d’un œuf couvé, comme les
autres oifeaux , ainfi que l’a fait voir
M. Childeré dans fon Livre des Mer-
veilles d'Angleterre, & que nous l’a-
vons expliqué au long dans notre
Traité des Alimens de Carême , en
parlant de cet Oifeau , par rapport à
la nature de fa chair, pour ce qui re-
garde l'abftinence.
Cela polé , je dis que les femences
de tous les Animaux ont été créées par
le premier Eftre, & mifes dans les
remiers individus des efpéces ; en-
Fe qu'au moment que ce premier
Eftre commanda à la terre de produi-
re toutes fortes de Reptiles & d’Ani-
maux , chaque animal recut de quoi
fe multiplier , comme les Plantes,
dont l’Ecriture dit en termes exprès,
ue Dieu ordonna à la terre de pro-
ee de l'Herbe & des Arbres qui
renfermaflent chacun leur femences
en eux-mêmes pour fe reproduire (4).
J1 faut remarquer que cette femence
(a) Genef. Lib, I.
des
| des Vers. M 4
des Animaux contient en racourci,
Panimal qui en doit fortir , & les mi-
erofcopes nous l'y decouvrent quel-
uefois tout formé. On peut voir là-
deffus les obfervations curieufes du
célébre M. Hartfocker , fcavant Phy-
ficien d'Amfterdam , dans le Journal
des Sçavans de l’année 1678. & les
Lettres du fameux Antoine de Le-
Wenhoek. Chaque femence des Plan-
tes contient de même en abregé la
plante qui en doit venir, & à l'infini
toutes celies qui en peuvent naître.
: Nous obfcrverons ici que les fe-
mences dont nous-parions , peuvent
être confiderées felon leurs. entités.
& felon leurs diverfités. Selon leurs
entités , le nombre en ef infini, ce
qui fait qu'il fe produit tous les jours
en chaque efpéce tant d'individus
nouveaux. Selon leurs diverfités ,
elles font bornées à un certain nom-
bre, ce qui eft caufe qu’il ne s’engen-
dre aucune efpéce nouvelle d’ani-
maux , ni de plantes, ni de mine
FAUX.
Lucrece a reconnu lui-même la né-
éeflité d'admettre les femences, pour
expliquer cette conftance de la natue
xe dans fes produions. Ne croyez
Zaue L B
15 De la Génération
pas, dit-il, (4) que toutes chofes fe
puifflent combiner en toute maniere.
Si cela étoit, il fe feroit tous les jours.
des générations bizarres , qui ne fe:
font point. On verroit communé-
ment paroître des monftres moitié
hommes & moitié brutes ; on verroit
des branches d'arbres naître au corps:
des animaux, des membres de poif-
fons s'unir avec des membres d’ani-
maux terreftres , & des chimeres ra-
vager Îes campagnes par les feux
qu'elles vomiroient.
Que S'il n'arrive rien de tel, pour-
fuit ce Philofophe, il faut neceflaire-
ment avouer que c’eft que toutes cho-
fes naïflent de certaines femences qui
les fixent, & qu'il y a en tout cela une
caufe déterminante qui ne peut varier,
Cette caufe n’eft autre chofe, fe-
Jon le même Lucrece, que les femen-
ces mêmes (#) qu’on doit regarder
: comme autant de formes inaïtérables
limitées dans le nombre de leurs dif-
férences , & fans limites dans celui
de leurs individus , lefquelles demeur-
(a) Non zamen cmnimodis conne&i polfe putandum eff
emnia, &c. Lucret. de Rerum Natura, Lib. FH. Carmm
6 08.
# b) Primordiarerum , &cc. Lucret. Ibid. Carm. 17.
des Vers... 19
rent cachées dans (4) tous les êtres ,
& font dit-il, comme autant-de {ceaux
& de caracteres invariables , d’où.
viennent toutcs les figures diféren--
tes qui conftituent les efpéces.
Chaque animal a donc en foi une:
maticre propre à produire un animal
fon femblable , foit par l’accouple--
ment , foit fans accouplement. Cette:
matiere multiplie plus ou moins , fe-.
lon la nature du lieu où Panimal fe:
rencontre. Les Infectes par exemple, .
fe trouvant dans un lieu propre. à:
leur nourriture, y dépolent quantité
d'œufs, ces œufs produifent d’autres:
Infeétes , ces Infeétes d’autres œufs.
& toujours ainfi jufqu’à l'infini. Or
comme ces œuis font fort petits &'
fort legers, il eft facile de juger qu'ils:
peuvent être épars dans l'air , dans:
l’eau & fur la terre, par lemoyen des:
vents & des pluyes , & que fe confer--
vant de la même maniere dont fe con-
fervent les graines dés plantes , ils fe:
reveillent aufli-tot qu'ils trouvent une’.
»
maticre & uné chaleur convenable.Ill
s'enfuit que ces œufs peuvent s’intro-
duire fouvent dans les mixtes , qu'ils
(a) Irvenies igitur muliarum femina rerim ; éorpora
sœlare € varias cobibere figuras , ibid. Carm. 675.
B 1j
20 De la Générarion
peuvent entrer dans les fruits ; non
feulement par dehors , maisavecle
fuc que la plante tire de la terre, &
_c'eft par ce moyen qu'on peut expli-
quer d'où vient qu'on voit des Vers
dans certains fruits, fans qu'il parole
fur la peau de ces fruits, aucune trace
de piqûre. Ils'enfuit de fa même rai-
fon , que ces œufs peuvent venir dans
notre corps avec les alimens & avec
l'air. Les femences dont il s’agit, étant
ainfi mélées partout , ow produifent,
ou fe confervent , ou fe détruifent fe-
lon que le lieu où elles font leur ef ,
oupropre, ou indifférent, ou contrai-
re. Car fi la matiere furabondante
croupifloit en attendant que la cha-
leur vitale du mixte vint à l’aflujetir
& à la tranfimuer, il eft hors de dou-
te qu'il fe feroit une fermentation
étrangere, & contre nature, qui, par
le levain de la matiere inutile infec-
teroit toute la mafle. Mais elles ne:
s'infinuent pas feulement par lemoyen
de l'air & des alimens, elles entrent
encore trés-fouvent dans les chairs par
dehors , & s'y arrêtent d'autant plus
facilement qu’elles font fort fubtiles.,
& qu'en comparaifon de leur fubtili-
té, la plus fine peau du corps elt três-
LR
: Lulu
| des Vers. ZT
grofliere. Ajoutons à cela que cette
peau eft remplie de cavités , dont les
unes font pleines de fueur , les autres
de petites écailles , & toutes plantées
. d'un petit poil ; ce qui fait que ces fe-
mences. s'y engagent aifément , &
-qu'elles y produifent de petits ani-
maux qui rongeant les cellules étroi-
tes dans lefquelles ils font éclos , ou-
vrent les vaifleaux imperceptibles
épars fur la peau, & par cette ouver-
tare font échapper la liqueur conte-
nue dans ces mêmes vaifieaux , la-
quelle par fon féjour , fermente, ou fe
change en pus, & forme plufeurs pe-
tites galles fous lefquelles ils fe tien-
nent couverts. C’eft ainfh que les Ci-
rons & plufieurs autres fortes d’infec-
tes s'engagent dans la chiair. L’expc-
rience le fait voir en ceux qui manient
long-temps des Hanctons ou des Vers
à foye , car ris ne manquent pas d’a-
voir bientôt fa galie , parce que ces
Infetes, ainfi que tous les autres, font
chargés de la femence de plufieurs
autres Infeétes moindres qu'eux , la-
quelle eft par eux dépoféc dans la
main qui les touche. Et comment ne
feroient-ils pas chargés de ces femen-
ces, puifqu'ils font tout couverts d’a-
22° De la Géneration
nimaux imperceptibles qui les ron-
gent ? ainfi qu'on le remarque dans:
l'Efcarbot licorne , fur lequel le mi-
crofcope découvre une infinité de pe--
tits pous. On voit la méme chofe dans:
plulieurs autres Infeétes , lefquels fonc
tout occupés à fe debarrafiër d’une:
vermine importune qui les dévore:.
Telle eft la Mouche , par exemple,
qui nettoye continuellemrent fes aîles, .
a tête, fes picds, & s’épluche fans
cefle. Car fi on la confidere avec le’
microfcope , on y difcerne fouvent:
divers animaux qui la fucent. Ces ani-
maux font fans doute encore fucés par
d’autres, & ces autres par d’autres ,.
felon ce qu'il y a de matiere corrome
pue en chacun d'eux pour nourrir
quelque autre efpéce d'animal dont la:
femence s’y puife arrêter.
Qu'on n’objecte pas que comme on°
voir des Vers de différentes efpéces
dans les matieres différentes dont ils.
fe nourriffent , il y a lieu de croire
que ces Vers tirent leur premiere ori-
gine de la matiere même dans laquelle
on les voit, car c’eft une difficulté que:
nous avons déja prevénue , en dur
qu'il en eft des femences des Vers, .
comme des graines des plantes, dons
des Vers. z3:
les unes ne peuvent poufler qu’en cer-
taines terres, & les autres dans d’au--
tres. Ainfi les Vers qui mangent les:
pois font différens de ceux qui: man-
gent les cerifes ; & la vermine des:
Brebis differente de celle des Oifeaux,.
parce qu’il y a dans chacun de ces fu--
jets, une matiere propre à faire éclo-
re une telle efpéce de Vers, & non:
une autre.
Qu'on ne dife point que la quantité.
extraordinaire de Vers qui fe trou-
vent dans certaines chofes pourries ,.
fait voir évidemment qu’il n’y a point
d’autre femence de ces Vers que la
matiere même où ils naiffent, laquelle:
fe transforme en ces animaux ; car ii’
arrive ici à l'égard de ces Infe&es, ce:
qui arrive à l'égard des troupeaux :
Où font les bons paturages, là fe trou-
vent des Bœufs & des Brebis en abon--
dance. Mais comment concevoir ,.
dira-t-on , qu’il fe puiffe former par
autant de femences, un nombreauñfff:
extraordinaire d’Infectes qu’il en fort:
de la chair corrompue de certains ani--
maux ; par exemple une quantité auf:
prodigieufe d’Efcarbots & de grofles
Mouches qu'il s’en produit à la cam-
pagne dans la ficnte des Vaches, dans
24 De la Génération
celle des Brcbis , des Mulets & des
Afnes ? Je réponds que les herbes étant
toutes couvertes de petits Infeétes &
d'œufs d’Infectes, les Bœufs & les Va-
ehes en broutant l'herbe , fe remplif-
{ent de ces femences. Cela fuppolé,
je dis que ces femences étant différen-
tes dans leurs efpéces , &8c par confé-
quent dans leurs figures & dans leurs
mafñles , celles qui ont plus de lege:
reté, & dont la figure eft proportion-
née aux conduits.par lefquels doit en-
trer le fuc nourricier de ces animaux,
font portées dans les chairs, où elles
fe confervent quelque temps , toutes
prêtes à produire ce qu’elles contien-
nent, fi-tôt que l'animal mort fera
corrompu ; & celles qui ont trop de
mañe , ou dont la figure n’a pas de
proportion avec ces conduits, font re-
jettées avec les excremens , & pouf:
{ent enfuite leurs Vers de la même.
maniere que nous voyons dans le fu
mier , certains grains d'orge & d’avoi-
ne fortis du ventre du Cheval , pouf-
fer l'herbe qu'ils contenoient. De plus,
les Mouches venant à fe pofer fur cet-
te chair & fur cette fiente, peuvent
encore y laifer plufieurs œufs propres
à produire diverfes fortes d'animaux >
ŒERE
des Vers, 25
car c’eft quelque chofe d’incroya-
ble que la quantité d'œufs que font
les Mouches. La femelle des Abe:il-
les ;, que l’on appelle le Roy, en jette
plus de fix mille par an ; Jean de
Hoorn , fameux Anatomifte , a fait
plufcars obfervations curieufes {ur
ce fujet. ES
On rémarque que la poudre de
Viperé fe remplit de Vers quand
elle a été gardée quelque temps,
en forte qu'on eit obligé, pour la
conferver , de la réduire en pâte,
avec une fufifante quantité de mu-
filage de gomme adragant, & d’en
former des trochifques, qu'on fait [6.
cher au foleil pour les pulvérifer fe-
lon le befoin.
Ce fait n’eft pas plus contraire à
notre fentiment que les autres que
nous avons rapportés , rien n'empê-
chant de penfer que ces Vers fe pro
duifent dans la poudre de Vipere
par des fémences qui étoient enga-
gées dans la chair de la Vipere lorf-
que l’animal vivoit , & cela confor-
mément à l'explication que nous ve-
nons de donner au fujet des Infeétes
qu'on voit naître du cadavre des au-
Zome I.
26 De la Génération
tres animau x. M.Rédi prétend que f
l'on tient enfermé dans un vaiffeau
bien bouché, de la chair fraîche , ou
quelqu'une des autres chofes où il
vient ordinairement des Vers, il n’y
en naîtra aucun ; d’où l’on conclud
ue ces Vers ne s’engendrent que par
Le fémences qu'y laifent les Mou-
ches en fe pofant deflus. L’expérien-
ce qu'apporte M. Rédi ne prouve
rien, puifqu’en Eté , par exemple,
quelque fraîche que puiffe être la
viande , il eft impoflible qu'il ne s’y
pofe toujours quelques Mouches, &
qu’elles n’y laiffent par conféquent
des œufs ; en forte que fi alors on
énferme cette viande , & qu'il ne
s'y produife point de Vers , il faut
conclure au contraire que ce ne font
pas les Mouches précifément qui
produifent les Vers dans la viande ,
mais que ce font d’autres caufes avec
celles-là : en effet ne fe peut-il pas
faire que le vaiffleau étant trop étouf-
fé empêche les Vers d’éclorre ? Ce-
pendant la poudre de Vipere que
on conferve toujours fermée , fe
remplit de Vers fi l’on n’a pas foin
d'apporter les précautions que nous
des Vers. 27
avons dites. D'où s'enfuit que pour
expliquer la génération des Vers qui
naïiflent de la chair morte des ani-
maux , il eft plus naturel de recou-
rir à des fémences qui y foient en-
crées dès le vivant de l’animal , fans
nier cependant que les Mouches n’y
en puiflent apporter de nouvelles, fi
elles fe pofent deffus.
Il nous relte à examiner quelle eft
la matiere la plus propre à faire
éclorre des Vers dans le corps de
Homme , & à les y nourrir quand
ils y font une fois éclos. Si l’on con-
fidere que les enfans font Les plus fu-
jets aux Vers, & que leur principa-
le nourriture eft de lait & d’autres
alimens doux qui fe tournent aifé-
ment en aigre, On n'aura pas de pei-
ne à trouver la véritable caufe qui
fait éclorre les Vers dans le corps.
En effet puifque le lait s'aigrit pour
l'ordinaire dans l’eftomac de ceux
qui en boivent fouvent , & que ceux
qui font accoûtumés à cette nourri-
ture , font prefque toujours attaqués
de Vers, il eft naturel de conclurre
que c’eft un aigre qui fait éclorre les
Vers dans le corps ; mure aigre
1}
48 De la Génération
quel qu'il foit , car il y a des aigres
qui les tuent ; mais un aigre qu'on
peut appeller aigre-doux, tel que ce-
lui qui s'engendre dans nos corps par
la corruption du lait, & par lacor-
ruption des fruits. Cet aigre - doux
excite une fermentation infenfible,
très-propre par fon mouvement à
développer les parties du Ver enco-
re enfermé dans fon œuf , & à lui
procurer quand il eft éclos , Pac-
croifflement néceflaire. Que faut-il
pour faire naître un Ver dans les in-
teftins ou dans quelque autre partie,
finon une matiere qui fermente dou-
cement, & qui communiquant une
legere raréfa@ion à l'humeur de
l'œuf, dans lequel le Ver eft renfer-
mé , dégage infenfiblement les pe-
tites parties de ce Ver , &c les nour-
rifle en s’y introduifant peu à peu >?
Gr on ne trouvera dans le corps de
l'homme aucune matiere plus pro-
pre à produire cet effet, que l’aigre-
doux , qui étant un acide embarraflé
dans des parties terreftres & fulphu-
reufes , ne fcauroit être que trés-ca-
pable d’exciter les mouvemens in-
fenfibles dont nous parlons ;. & c’eft
des Vers. 29
cé que l'expérience confirme , puif-
que ceux qui ufent fans modération
de certains alimens doux faciles à
s’aigrir , comme de lait , de fucre,
de fruits , de miel , font plus fujets
aux Vers que les autres. Aufli remar-
que-t- orÿ que tes remédes qui corri-
gent les acides , font tous contraires
aux Vers. C’eft pour cela que certains
amers font fi bons pour guérir &
pour prévenir cette maladie. En voi-
à aflez pour fa produétion des Vers
en général ; voyons en particulier
comment , felon les principes que
nous avons polés, le Ver , qui a dori-
né occafion à ce Traité ,a pu fe pro-
duire dans le Malade qui l'a rendu.
11 femble d’abord qu'il fuffife pour
comprendre la produétion de ce
Ver , de fuppofer que le Malade ait
bü ou mangé quelque chofe en quoi
le germe de cet Infeéte fût renfer-
mé, foit que le Ver qui aura jetté cet-
te fémence air vécu dans le corps
d’un autre homme , ou ailleurs, foit
qu'il ait été aufli long , ou qu'il l'ait
été moins, tant pour n'avoir pas
_ achevé fon accroiflement faute de
temps, que pour ne Favoir pu faure
C üij.
30 De la Génération
de nourriture ; car comme il eft des
animaux qui ne pañlent pas une cer-
taine mefure , il en eft d’autres qui
croiflent toujours felon l'abondance
& la qualité de l'aliment qu'ils trou-
vent. C’eft pour cela que l'on voit
des Mouches prefque aufli groffes
que des Hannetons, & que les Vers
prefque imperceptibles qui font dans
les bouteilles de vinaigre deviennent
beaucoup plus longs & plus gros
dans les tonneaux des Vinaigriers.
Je dis donc que pour la génération
du Ver dont il s'agit, il a fuffi que
le Malade ait avalé quelque chofe
en quoi füt la fémence de cet Infec-
te : & fi l’on me demande comment
ectte fémence pourroit fe trouver
dans les alimens , je répondrai qu'il
n’eft pas plus difficile qu’elle s’y trou-
ve , que la fémence d’une infinité
d’autres Vers qui font dans les fruits,
dans le fromage, dans les herbes, &c..
cependant pour ne point défendre
un fentiment qui a fes difficultés , ne
pourroit-on point dire , au cas que
la fémence de ce Ver ne fût pasen-
trée avec les alimens dans le corps
du Malade, qu’elle y a peut-être paf-
des Vers. GE
fé avec la fubftance même du pere
dès le temps de la conception ? Car
comme l’on ne voit nulle part , foit
fur la terre , {oit dans l’eau, des Vers
fi longs , pour donner lieu de croire
que les germes en puiflent être étran-
gers à l'homme, ne fe pourroit -1l
pas faire que ces mêmes germes euf-
fent été créés dans ceux de l’hom-
me , avec l'Homme même , ainfi
qu'on le peut penfer des germes des
poux qui ne fe trouvent qu’à lhom-
me , & dont l’efpéce feroit détruite
fi celle de l'homme (4) venoit à man-
ri En forte que ce Ver ne fe pro-
uit peut-être en nous , que parce
qu'il a déja fon germe tout créé dans
1 matiere qui produit l'homme ;
femblable à ces plantes (4) qui croif-
fent fur d’autres de différente nature,
& qu'on ne voit jamais venir ail-
leurs; car il y a bien de l'apparence
Rio ont leur fémence renfermée
ans celle des arbres même ou elles
s'engendrent. Le germe de ce Ver
peut donc avoir été dans celui du fæœ-
tus.
(a) Voyez La Lettre de M, Hartfoeker, à la fin de ce:
ZLirre. :
(b) Le Gui,
€ iv
32 De la Génération
Ainfi lorfque cet Infcée a été in-
troduit dans le corps, foit par les ali-
mens, ou de la maniére que nous
venons de dire , il eft à fuppofer
qu'il y a rencontré toute la nourri-
ture néceflaire à fon aecroiflement,
& que par ce moyen, ileft parvenu
à la longueur extraordinaire dent
nous l'avons trouvé. Peut-être même
que s'il ne {e füt pas rompu, l’au-
roit-on vüû de toute la longueur des
inteftins, qui eft , felon Hippocrate,
la mefure qu'il a coûtume d’avoir
dans ceux qui ont atteint l’âge de
puberté, ou qui font prés d’y en-
trer (4). Le même Hippocrate niant
que quand ce Ver eft parvenu à cette
étendue , il croît toujours comme
auparavant, ce qui favorife le fenti-
ment de Pline {b) qui dit, qu'on
en a vü quelquefois de plusde trente
pieds, & ce:-qui eft confirmé par des
exemples récens encore plus ex-
traordinaires ;. car M. Hartfoeker
m'a mandé (c) d’Amfterdam , que
M. Ruiïfch, célébre Profefeur d’A-
(a) Hipp. Liv. IF. des Mal:dies,
€b)Plin Hift. nat. Lh. FI, ch. 33.
(c) Voyez la Lettre de M. Hartiocker à la fin de
ce livre,
des Vers. |
hatomie dans cette Ville-fà , lui en
avoit fait voir deux, dont l’un avoit
plus de quarante-cinq aulnes de
France. M. de Montabourg, celc-
bre Médecin de la Faculté de Paris,
& Médecin à Saint Germain en-
Laye, m'a éerit le 30. Mars 173 5.
- qu'iltraitoit dans cette Ville-là, une
pauvre fille tourmentée d’un Ver {o-
htaire , dont elle avoit rendu des
lambeaux qui pouvoient fe monter
à la longueur de 40..aulnes. Cette
étendue ne doit point furprendre,
puifque de la maniere dont ce Ver
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ft articulé, il lui eft facile de fe
34 De la Génération
raccourcir , & de s’accommoder at
lieu qui le renferme. Aufñli fait-il
plufieurs mouvemens différens , juf:
ques-là qu'il fe roule quelquefois
tout en pelotton, comme dans la
figure ci-devant. Nous en rappor-
terons plufeurs exemples dans la
fuite.
Nous pouvons obferver ici que
Fopinion d’Hippocrate : que fou-
vent ce Ver s'engendre dans len-
fant au ventre de la mere, paroît
trésvrai-femblable , en ce que l'on
voit des enfans nouveaux nés en
rendre de cette forte, qui font ex-
“trémement longs, & cela dès la pre-
miere fois que leur ventre fe purge,
ainfi que l’a remarqué le même Hip-
pocrate. Or il n’y a paslieu de croi-
re qu'un animal d’une longueur fi
extraordinaire püt croître en aufli
peu de temps qu’il le faudroit pour
fortir fi long du corps d’un enfant
nouveau-né , fans y avoir été pro-
duit dés le ventre de la mere : c’eft
le raifonnement d'Hippocrate (4),
& cela paroît trés-concluant. On à
vü des enfans très-jeunes en rendre
(4) Hipp. div, IV. des Maladies,
des Vers. D;
qui avoient plus de quatre aulnes ;
& Gafpard Wolpius dans fes Obfer-
vations , cite l'exemple d'une petite
fille à la mammelle , qui en rendit
un de cette longueur , par le moyen
d’un purgatif qu’il lui ft prendre à
ce deffein.
Sennert (4) dit que ce Ver s’en-
gendre dans l’homme à toute forte
d'âge ; il rapporte pour le prouver,
l'exemple d’une fille de douze ans,
celui d’une femme de vingt-trois ,
& celui d'un vieillard de quatre-
vingt , qui furent délivrés de Vers
femblables ; mais ces exemples font
voir feulement que le Ver dont il
s'agit, fe peut trouver en toute forte
d'âge, & non qu’il s’engendre à tout
âge. Ce vicillard , par exemple,
pouvoit avoir apporté le fien en
naïflant , felon ce qu'écrit Hippo-
crate (b), que c’eft un Infc@e qui
vieillit avec bi hôte.
Il ne fera pas difficile de com-
prendre que ce Ver fe puifle engen-
drer dans l'enfant au ventre de læ
mere , fi l’on fait réfléxion à l’a-
(a)Senn. Prax. Med, lib. TITI. part, 1. cap. 30.
€ 2.) Hipp. Liv, IF .des Maladies,
36% De la Génération
bondante nourriture que reçoit ke
fœtus, puifqu’il fe nourrit 1°. parle
cordon umbilical. 20, Par la bouche.
3°. Par les pores de la peau , enforte
qu'il eft difficile qu'une nourriture fi
abondante ne foit fujette à fe cor-
rompre pour peu que l'enfant man-
que des conditions néceflaires à une
parfaite digeftion. dan
Il eft vrai que le fœtus croiffant
infiniment plus vite dans le fein de fa
mere que lorfqu'il eft né, (car sil
croifloit autant après {a naiffance
qu'auparavant , ce feroit à quatre ans
un géant énorme , ) il lui faut alors
une quantité extraordinaire de nour-
riture pour fournir + um accroifle-
ment Ê prompt; mais il faut auñli
que l'enfant la puiffe digérer parfai-
tement , fans quoi le fuperflus de ce
fucnourricier f tournant en corrup-
tion , peut donner heu à la généra-
tion du Tænia, ou Solitaire, qui eft
le Ver dont il s’agit, & fuffife en-
fuite pour le nourrir , quelque lon-
gueur qu'ilacquiert. |
Nous remarquerons avant que de
finir ce Chapitre, que lorfque ce
Ver ef une fois forti.du corps, ilne
des Vers. 37
s'y en engendre plus de femblable ;
c’eft le fentiment de Spigelius & de
tous lesMedecins , qui ont examiné
avec attention, la nature de cet In-
fete, dont nous allons confidérer
encore plusexactement l’efpece dans:
le Chapitre fuivant , où nous avons
à parler des différentes fortes de
Vers qui fe produifent dansle corps
humain.
CHAPITRE IIL
Des différentes efpéces de Vers qui
s’engendrent dans le corps de
L'homme, © par occafion, de
quelques-unes de celles qui s’en-
gendrent dans les minéraux, dans
les végétaux © dans les ani-
maux.
N voit tant d’efpéces différen-
O tes parmi les Vers, qu'on peut
dire qu’il n’y à pas de genre d’ani-
maux où l’on en remarque un fi
38 De la Génération
grand nombre. Il s’en engendre de
plufieurs fortes dans les animaux,
dans les végétaux & dans lesminé-
raux. Je ne parle point de ceux que
les Anciens ont cru qui naifloient &
qui fenourrifloient dans le feu , qui
voloient à travers la flamme fans fe
bruler , & qu'ils ont appellés pour
ce fujet Pyraufles , d'un nom grec
qui fignifie à l’épreuve du feu , car
ce fait eft une fable; il n’y a point
d’autres Pyrauftes que ces petits Ver-
mifleaux ailés, qu'on voit voltiger
fouvent autour des bougies & des
chandelles allumées , dont ils tra-
verfent quelquefois Îa flamme, à
laquelle ils fe * brulent le plus fou-
vent.
Ce font fans doute ces animaux
qui ont donné occafion à Ariftote
& à Pline de dire, que dans l'Ifle
de Chipre on voit aux fourneaux
des forgerons, des Infeétes volans,
gros comme de groffes mouches,
jefquels font engendrés du feu, &
meurent fitôt qu'ils s’en éloignent ;
parce qu’en effet, dès que ces petits
animaux ont brulé l'extrémité de
leurs aîles , ils tombent auprés de
. des Vers. 39
l'endroit où ils fe font brulés.
Je ne parle point non plus, de
ceux que le même Pline dit qui s’en-
gendrent dans la neige ; on trouve
quelquefois des Vers fous la neige,
comme on y trouve de petites her-
bes verdoyantes ; mais il ne s’enfuit
pas que ces Vers foient engendrés
de la neige. On lit dans le Journal
des Sçavans , du Lundi 13. Décem-
bre 1677. que le 20. Novembre de
la même année, il tomba avec de
la neige, une fi prodigieufe quanti-
té de dix ou douze efpéces de Vers,
que tout le pays en fut allarmé.
Monfieur l'Abbé Galois, alors Au-
teur du Journal, donne la figure de
huit efpeces de ces Vers. On y peut
recourir.
. J'ai dit qu’il s'engendroit des Vers
dans les minéraux , dans les végé-
taux & dans les animaux. Quant aux
minéraux , on voit des Vers qui
rongent les pierres mêmes ; ces der-
niers font longs d’environ deux li-
gnes, larges de trois quarts de lignes,
enfermés dans une coque grifâtre,
ayant une tête fort srofe, des yeux
noirs & ronds , quatre efpeces de
49 De la Génération
mâchoires difpofées en croix, qu'ils
remuent continuellement , lefquel-
les s'ouvrent & fe ferment comme
un compas à quatre branches(#},
& trois picds de chaque côté vers
la tête. |
Le mortier <ft aufli mangé par
une infinité de petits Vers , gros
comme des mites de fromage; ils
ont quatre pieds affez longs de-cha-
que côté comme les mites, & deux
yeux.
Il ne faut pas s'étonner qu'il y ait
des Vers-qui puiffent ronger la pier-
re, puifque le vinaigre la ronge,
& que les eaux-fortes rongent les
métaux ; car le vinaigre, par exem-
ple, pour nous en tenir-là, com-
ment ronge-t-il la pierre , fice n’eft
par le mouvement de plufieurs peti-
tes parties aigues dort 11 eft compe-
fé , lefquelles heurtant contre la
pierre , & étant d'une figure pro-
portionnée aux pores de ce corps,
S’introduifent dedans , comme fe-
roient de petites aiguilles, & en fé-
parent les narcelles ? Or quelle rai-
fon y auroit-il pour ne pas vouloir
(4) Journal des Sçavans de 1666. 2
que
des Vers. * 4r
que ce que les petites aiguilles du
vinaigre. font fur un corps dur, les
dents fines & pointues d’un Ver, l'y
”uiflent faire ? Qu'y a-t-il de plus
Foible, en apparence , qu’une petite
goutte de liqueur à légard d’un
corps folide comme la pierre >? Or
pourquoi ce qu'une goutte de li-
queur , par le mouvement de fes par-
ticules. tranchantes , eft-capable de
faire fur un corps folide , une petite
machine animée comme le Ver,
ne l'y pourra-r-elle pas faire, fup-
polé que cette machine ait des dents
d'une finefle, & d'une figure propre.
à- s’infinuer entre les parties de ces
corps? ajoütons que la plupart des In-
feétes ont unc falive corrolive, qu'ils
répandent fur tout ce qu’ils touchent,
& par le moyen de laquelle ils vien-
nent à bout de réfoudre des ma-
tiéres extrêmement dures, 1fques-
R même , qu'à la Chine (-c’eft un
fait avéré.)( 4 il y.a des Fourmis,.
qui percent en-une. nuit des portes
de cabinets & d’armoires, & qui
rongent même le cuivre, l’argent,
(a) Mémoire du Pere le Comte Jéfuite, fix l’étas
æréfent de la Chine;’
Tome I. D.
"4
42 * De la Génération.
&z le fer, fur quoi on difcerne quel:
quefois les traces de leurs petites.
dents , ce qu'on ne peut attribuer
u'à la qualité particuliere de leur
dise , qui eft comme une efpéce-
d’eau-forte. |
Pour ce qui eft des végétaux, if
n'y a guère de plante qui n'ait {on
Ver , fa Chenille, fon Papillon. On
remarque que l'arbre qui produit la
€ochenille, noufrit en même temps.
dans cette coque, de petits Vermif-
feaux d’une elpéce particuliere , lef-
quels en fortent en forme de Mou-
cherons quand elle eft féche, & qui
Jui ont fait donner le nom de Ver-
millon.…
Cette coque eft formée du fuc
même de la plante par la piquure
d'un Ver, comme il arrive au Ker-
mes (4 ) ; fur quoi il ne fera pas inu-
tile de remarquer qu’un Ver de pa-
reille nature, en piquant les feuilles.
de chêne , & s’enfermant dans le fuc
ui en fort, donne occafion aux
Aufes noix de galle qu’on y trouve:
{-«y L'origine du Kermés par Îa piquure d’ün Ver,
eft une découverte due à M. Fagon, premier Méde-
gim de Louis XIV.
- des Vers © 43
que ce qu'on appelle pommes de
chéne, {e forme aufli du fuc que
jettent les petites branches que des
Vers ont 6 45 ; que la même çau-
fe produit le Bedeguar Arabum , où
Péponge del'Eglantier, & cette ex-
croiflance qui vient aux chardons.
parmi les avoines, laquelle on porte
fur foi comme un préfervatif contre
les hémorrhoïdes ; que le lierre ter-
reftre eft fouvent chargé de tuber-
cules femblables , dans lefquels ..
comme dans tous les précédens, on
trouve des Vers, ou les trous par
lefquels ils font fortis, quand l’en-
droit piqué, lequel fe cicatrife à la:
fin, n’a plus fourni à ces Vers le fuc-
qu'ils tiroient.. PS
On trouve des Vers à la pimpre-
nelle, à l’abfynthe , & à plufieurs:
autres herbes, lefquels font tous dif-
férens ; & parmi ces Vers qui vien-
nent aux plantes, les uns font parti-
culiers à la tige; lesautres aux feuil--
les ; les autres , à la fleur ; les autres,
à à racine; lesautres, 4 la graine’,
& font tous autant d’efpéces à part.
J'ai obfervé à Plombieres, où le:
Deronic à feuilles de Plantaia croît
Di;
44 De Îa Génération
en abondance, qu'il n’y a pas une
fleur de cette plante , dans le-fond
de laquelle on ne trouve cinq à fix
Vers fort vifs. Ces Vers font blancs,
Tongs & ronds, & quand ils ont de-
meuré quelques jours dans la fleur ,
ils deviennent féves. Ces féves ou
coqués font noires; & aprés plu-
fieurs jours il en fort de chacune une
Mouche, dont les aïîles font mar-
quées de taches jaunes , leurs têtes
{ont añez grofles, & ce qu'il y a de
remarquable , e’eft qu'on voit ces
têtes s’allonger, fe raccourcir, di-
minuer & groflir comme une veflie:
dans laquellé on introduiroit du
vent, & d’où enfuite on le retire-
roit , ce qu'on obferve très-fenfi-
. blement avécle microfcepe. Quand
cette Mouche f6rt de fa féve, ele
tire d’abord fa tête dehors ; enfuite
deux jambes, puis Îles autres avec
tes aîles & le refte du corps. C’eft
quelque chofe de curieux que les
efforts qu’elle fait pour fe dégager de
{à prifon. Elle eft bien deux heures
dans ce travail, & j'ai eu la patience
de m'en donner le fpeétacle. La fève
ou coque , comme j'ai dit , €ft noire
des Fers. 4$
en dehors:,. mais le dedans eft reve-
tu d’une membrane blanche. Cette
membrane qui h comme-une efpé-
ce de fatin doux, fe fépare de la co-
que par parties , à mefure que la
Mouche fort, & quelquefois lani-
mal en entraîne avec foiune portion,
de laquelle il a de Ja peine à fe de-
barrafer. J'ai fouvent vü danse poi-
vre long, de petits Vers blanchâtres
qui ont comme un mufeau de Co-
chon, le corps reluifant , fix pattes.
& la tête comme une petite perle
d’ambre : pour les trouver il faut
prendre du poivre entier, qui foit
un peu vieux, & le cafer errtravers,
on y voit alors ces Vers enfermés
dans des-niches , où ils font pliés
comme en rond. Louis Hanneman-
aus dit avoir vü du poivre (4) tout
rongé de Vers; il décrit ces Vers,
& dit qu'ils ont la tête rouge & le
corps tout blanc (4).
J'en ai vû dans de la Rhubarbe à
42) Thom. Barthol. Aa Meédica er Philofoph.. Af-
aienfia. Cap. TI. vol. 2.
(b) Piperata acria Vermium generationi refflere cre-
dantur: contrarium antem expertus [um , dum eten:m an-
2e dies aliquot in fchedam aliquam inciderim , in qua pa.
per sonfervainm, reperi albas vermes, capitibiss rubris.s
46 De la Génération
qui reflémbloient à des Hannetons :
Il y a quelques années qu'étant aux
Eaux de Plombieres avec M. le Duc:
de S. Simon , le Gardien des €apu-
cins de ce lieu-là vint me confulter-
fur une indifpofition qu'il avoit ; je
lui confeillai de fe purger avec de la.
Rhubarbe ; il me dit qu'il en avoit
de bonne ; je la voulus voir , &
Fayant examinée , je lui annonçaï
qu'il alloit trouver des Vers dans.
cette Rhubarbe s'il la coupoit , ow
s'il la rompoit. Il la fendit auffi-tôr
en divers endroits, & à vit avec fur-
prife , la vérité de ce que je lui avois.
dit. Ces Vers avoient des aïîles com
me des Hannetons. If en tira plus de:
douze , qu’en ma préfence il enfer-
ma par curiofité dans une boëte.
Au Bréfil. Îles cannes à fucre font
fouvent endommagées par un petit
Ver qui en mange les racines, & qui
par-là fait fécher fur pied toute 14
plante. Les Brafiliens appellent ce
Ver Guirapeacoia, les Portugais Pao de:
Galinha.-
qui non folum arreferwnt piper , [ed co: in pollinem redï.
gerant Job. Lud l:anneman. apud Thom, Barthof!..
A&. Med, & Philofoph.Hafnienfa; Vol, IE cap, CXI,
des Vers. 47
L’Auteur qui rapporte ce fait dit
que l’Infeéte dont il s’agit , eft une
efpéce de Grillon , & qu'il ena vu
de deux fortes , l’un qui a des aïîles,.
& l’autre quirampe; il ajoute qu'il
en avoit nourri un de chaque forte
l'efpace d’un mois , avec du fucre
brute , dans lequel on les lui avoit
envoyés des Indes. Ce Ver, à ce
qu'il remarque , étant mis dans du
ris, en fait auñli fa pâture , le fucre
brute lui convient mieux que le raf-
finé. Ce dernier à caufe de la forte
leffive par laquelle il a pañlé & qui
Pa rendu blanc, efttrop chaud &
trop âcré pour le pouvoir nourrir:
long-temps ( 4 ).
Les fucs des fruits, comme le vin.
le vinaigre , le cidre, font quelque-
fois fi pleins de Vers, qu’on yen dé-
couvre des milliers avec le microf-
cope , tous différens en efpéces felon
la diverfité des fucs ou ils s’'engen-
drent. :
" Le bois le plus dur eft aufli man-
_gé de Vers, & ils’en produit dans
les planches des Navires de plus gros
(a) Marc. Gravius. b. 2. Hiflor. Braf. cap. x6:-
Zh. Barth. affa Med, € Philef, Hafnierfis, lib. 4,
43 De la Génération
que des Vers àfoye: ils font tendtes
& reluifans, ils ont la tête noire &
dure, & trouent les piéces de bois
les plus épaifles, ce qui met en grand
danger les Vaifleaux. Il y a dans le
Journal des Scavans de 1666. par
M. l'Abbé Gallois, l'extrait d’une
lettre écrite d’Amfterdam, dans la-
quelle on marque que les Vers dont
il s'agit, trouent tettement les œu-
vres vives des Vaifleaux qui vien-
nent des Indes dans ce Port-là , que
les Vaifleaux prennent eau de tous
côtés; 8 qu’on ne fcait comment
prévenir un fi grand-mal. On a.cru
d'abord y réuflir en doublant de
mes de fer blanc ou de plomb , les
œuvres vives des Vaifeaux , mais
cela n’a fervide rien. On s’eftenfuite
avifé d’'ycattacher des têtes de cloux
fi proche lesunes des autres, qu'il
n'y eût point d’efpace entre deux.
Çe moyen à été auffi inutile que le
premier » foit que les Vers fe Rita
rcés des routes inconnues , foit
qu'en mettant les cloux dont il s’a—
git, on'ait enfermé ces Vers ou leurs
œufs fous les planches & fous les
cloux , comme des Loups dans I
bergerie.
des Vers. 45
Bergerie. Un troifiéme moyen 2
été mis en ufage ; c'a été de revé-
tif d’ais de fapin, ces œuvres vi-
ves, & de mettre entre les aix du
bordage , & ceux du doublage,
beaucoup de bourre, de cendre, de
chaux, de moufle & de charbon;
mais cet expédient n’a pas empêché
les Vers de pénétrer jufqu’au corps
du vaifleau. C’eft en général quel-
que chofe d’incroyable que la fa-
gacité des Vers à éluder vous les
obftacles qu'on leur oppofe, & ce
que font ici les Vers des vaifleaux ,
eft une image naturelle de ce que
font dans les inteftins & dans d’au-
tres parties , les Vers du corps. On
a beau employer toutes fértes de
remedes, pour s’en garantir, ou
pour s’en délivrer , on n’en vient à
bout qu’à peine,& à moins de quel-
ques remedes fpécifiques , tels que
nous en indiquerons dans ce Trai-
té, c’eft toujours à recommencer.
Les Vers des vaiëaux font mol-
laffes & très-tendres ; mais comme
ils ont à ronger un bois trés-dur,
la nature femble avoir voulu pour-
voir fur cela à leurs befoins, en leur
Tome I: E
ça De la Génération
donnant une tête très-dure, armée
de deux coquilles pointues par le
bout comme le fer d’un villebre-
-quin de Menifier , & garnies cha-
Cune d’un croc , par le moyen de
quoi ils s’attachent aux planches
&c les percent. Ces coquilles , {e-
Jon la remarque de M. Deslandes,
“Commiflaire (4) & Controlleur
de la Marine, lequel à examiné
plufieurs de ces Vers, ont le dou-
ble avantage de pouvoir jouer fé-
«parément & différemment l’une de
Yautre. Tout le travail du Ver , tout
ce qui peut lui procurer & le loge-
ment & la nourriture , dépend de
ces deux coquilles, & de la ma-
niere dent elles fe meuvent, fi par
hazard leurs pointes viennent à
s'émoufler , le Ver meurt, parce
qu'il ne peut plus fe creufer de lo-
gement faute d'outils convena-
bles, ni fe préparer une nouvelle
nourriture. (b)
Il y a unc autre efpéce de
Vers qui rongent le bois des vaif-
{eaux ; ceux-là ont une infinité de
a Recueil de différens Traités de Phyfique.
‘b Ibidem,
des Vers st
attes armées de crochets. M. Def.
Aude que nous venons de citer,
conjecture que ces pattes leur fer-
vent pour fe cramponer aux fibres
du bois, afin qu'étant bien appuyés,
ils puiflent travailler avec plus de
foreer 1
Il y en a une troifiéme efpéce ;
qui n'ont m jambes , ni crochets,
mais qui fuppléent à ce défaut par
une liqueur gluante avec laquelle
ils fe collent aux fibres du bois.
Cette liqueur eft non -feulement
gluante , mais pierreufe , ce qui fait
que le chemin quefe trace chaque
Ver de cette efpéce, paroît revêtu
d'un conduit pierreux , & de la
même nature que les coquilles de
leur tête.
En voilà affez pour ce qui con-
cerne les Végétaux.
Quant aux Animaux , il n’en eft
prefque point où ilne fe trouve des
Vers, & tous d’autant d’efpéces dif.
férentes que les Animaux où ils
naiflent , font différens. Il y en a
dans prefque tous les poiflons, &
on en découvre dans les Hu'’tres
de brillans ou lumineux, qui font
Eij
42 De La Génération
d’un rouge blanchätre , longs de
cinq à fix lignes, & gros comme
de petits fers d’aiguillettes. [ls:ont
cinquante pattes , vingt-cinq de
chaque côté, & le doscommeune
anguille écorchée. |
Les Tanches font fort fujettes
aux Vers : on y en trouve de plats
qui font fort longs , & qui reflem-
blent au Tænia ou Solitaire de
Fhomme pour la longueur , peur
la largeur, & pour la couleur. Ils
ne {ont point articulés comme le
Tænia de l'homme; mais ils ont
une efpéce de fillon ou de pli tout
le long du milieu du corps, depuis
une extrémité jufqu’à Pautre ; l’une
de ces extrémités eft mouflue &
affez large 5 l’autre plus pointue &
étroite. Tout le corps du Ver eft
aflez épais, & un peu plus ordinai-
rement, que le plus épais Tænia de
l'homme. J'en ai confervé quatre
pendant plufieurs années dans de
l'eau-de-vic. Si-tôr que je les eus,
jen fis graver deux, qui font ceux
qu'on voit dans la planche fui-
vante.
. Monfieur Rongeard, Médecin à
1 UUI
mi
===
NT
cu fil
lets se el lum
7
CR EL LE
æ
des Vers. 53
Eaïgle en Normandie , homme
curieux & fçavant , ayant lu cette
Obiervation dans la derniere édi-
tion de mon Traité, a ouvert &
fait ouvrir un graud nombre de
Tanches , dans l4 plüpart defquel-
les fe font trouvés effectivement
des Vers tels que ceux-là; ce qui
lui a donné lieu de’ faire des Obfer-
vations qui ne foñt pas indifféren-
tes , & qu’il m'a côémmuniquées.
» Je vous envoyc', me mañde-t-11,
» un Verde l’efpéce de ceux que le
» Carème dernier, Fontrouvoiteñ
» ce pays, dans la capacité du ven-
»tre de la plüpart des Tanches qui
» fe vendoient dans notre poifflon-
»nérie ; Car j'en fis ouvrir une fort
» grande quantité. Ces Vers ne
»font point renfermés dans les
»“boyaux du poiflon, ils font de-
»hors & flottent avec eux dans la
» capacité du ventre. J’ai mêmere-
» marqué qu'ils ne tiennent à rien.
»Ils font minces comme des ru-
» bans. Celui-ci, quand il fut tiré,
» étoit large d’un demi-pouce, &
»avoit prés d’un pied de long. Il y
#cn avoit dans quelques autres
E iij
$4 De la Génération
» Tanches, de plus & de moins lar-
»ges, comme aufli de plus longs
» & de plus courts. Ils étoient tous
»trés-blancs , & remuoient encore
» trois ou quatre heures après avoir
» été enlevés du corps du poiflon.
M. Rongeard ayant une remarque
qui ne fert pas peu à autorifer le
nom de Solitaire que j'ai donné au
Tænia, c’eft qu'il n’a jamais trouvé
qu'un de ces Vers dans chaque T'an-
che , » enforte, dit-1l , qu’on pour-
» roit à jufte titre appeller ce Ver,
» le Soliaire des Tanches, & peut-
Ȑtre aufli le Solitaire des Lapins,
» s'il eft vrai , comme l’aflurent
» quelques. perfonnes, qu'il y en
» ait de tout femblables à ceux-là,
» dans les Lapins. UE
M. Rongeard a cherché avec
foin , par où l’Infeéte en queftion
pouvoit prendre fa nourriture dans
la Tanche ; mais il aflure n'avoir
pu y découvrir aucun conduit. IÏ
penfe que ce Ver de la Tanche fe
nourrit des humidités dont eft ar-
rofée la membrane qui revêt le
dedans des vifcéres de ce poiflon ;
humidité qui peut s’infinuer par les
| des Vers. : $5
pores imperccptibles du corps de
l'Infe&e.
Quand ce Ver, qui étoit un peu
plus court dansla Tanche avant
qu'il mourut, eut été mis dans une-
phiole par M. Rongeard pour m’é-
tre envoyé , 1l étoit plus mince, dit
M. Rongeard , & tomba au fond:
de la bouteille en un petit tapon ,,
fans aucun mouvement ; mais fi tôt
qu'on y eut verfé de l’eau-de-vie-
pour le conferver ; le Ver , qui de-
puis 24. heures paroïifloit tout-à-
fait mort , commença à fe mou-
voir , & s’étendit en formant deux.
demi cercles ;: après quoi il mou-
rut dans la même fituation.
Comme ces Vers font fort com-
muns dans les Tanches qui fetrou-
vent à Laigle , M. Rongeard me’
promet de faire de nouvelles re-
cherches la-deflus, & s’il trouve:
quelque chofe de nouvéau, de m'en:
informer foigneufement.
Si lon fait réfléxion qu'il n’y a:
guëre de poiflons qui fe plaifent
plus dans l’eau bourbeufe, que la:
Tanche, & dont la chair abonde
davantage en fucs vifqueux , on
E:1v:
s6 De la Génération
n'aura pas de peine à comprendre
_ comment ce poiflon peut être fujet
au Solitaire , puifqu'on remarque
que le Ver folitaire de Fhomme
ne fubfifte que dans les corps où
regnent des humeurs de cette na-
ture.
La Tanche eft un poiflon fivif-
A , qu'à raifon de cette vifco-
té, quelques Auteurs ont cru qu'il
n’avoit d'autre origine que le limon
même. Cette opinion eft tout-à-
fait contraire à la bonne Phyfique,
& il eft furprenant que Schroder,
Gontier & quelques autres Méde-
cins trés-Éclairés d’ailleurs, ayent
pu donner dans cette imagination.
Le premier prétend quela Fanche
a quelquefois pere & mere; mais
que quelquefois aufli elle fe pro-
duit d'elle-même. Tirca , dit-il,
(a) pifeis eff mucofus excrementitius ,
amans aquas paluftres, cœnofas , lutofas ,
vivens cœno. Generatur tum ex traduce ,
um fponte. | |
Cette erreur a été aveuglément
fuivie par quelques Naturaliftes ,
qui prétendent que les Tanches où
{ a) Schrod,
des Vers.
lon trouve des Vers , font celles
qui ont pris naiffance du limon , &
que celles où l’on n’en trouve pas
ont été produites par mâle & fc-
melle.
Gontier (4) poufe l'erreur plus
loin ; il croit qu'il n’y a point de
Tanche qui ne vienne du limon
feul : Cœnofis quippe locis & limolis
fponte proveniunt Tince.
Ce poiflon étant donc fi vif-
queux , que quelques Médecins
même fe font perfuadés que ce ne
pouvoit être qu'un limon animé,
on ne doit pas s'étonner qu'il foit
fujet à celui de tous les Vers dont
la fubftance eft aufli la plus vif-
queufe.
Comme peu de gens ont con-
noiflance de ce Ver , la plüpart de
ceux qui en mangeant des Tanches
viennent à le rencontrer, ne font
point difficulté de le manger,le pre-
nant pour la laite du poiflon.
Des deux Vers repréfentés dans
la planche ci-devant , le fecond
eft tout-à-fait femblable à celui que
m'a envoyé M. Rongeard. Ils font
(a) Petr. Gont,
{
58 De la Génération
deffinés felon la longueur qu’ils ont
prife en mourant, car ces {ortes de
Vers, aufli bien que les autres s’al-
longent toujours alors de quelques:
lignes.
Nous avons fait toutes ces remar-
ues dans le Journal des Scavans
de Lundi 15. Février 1723. Nous
ne faifons que les rappeller ici
Les coquillages méme les plus
durs font percées de Vers ; il s’en
produit d’une efpéce fur le corps des
animaux , d’une autre au-dedans de
leur corps, & entre ces derniers ,.
les uns s'engendrent dans une par-
tie, les autres dans une autre, &
font autant d’efpéces particulieres..
Il en naît dans les inteftins, dans le:
foye, dans les reins & ailleurs.
Les Chiens en rendent quelque--
fois de tout femblables au Tænia:
de l'homme , comme on Île va voir:
par l'exemple fuivant.
De l’eau de fougere que je don--
nai par cffai à une petite Chienne
le 12. Février 1701. lui fit rendre’
le Ver repréfenté dans la planche
fuivante. Mademoifelle de Goello
tante de M. le Prince de Soubife, .
PAR ANR EEE À 22 PL NP OPEN
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des Vers. : s®
& à qui cette petite Chienne ap-
_partenoit , m’envoya le Ver le len-
demain avec ce billet. » Je vous.
»envoye , Monfieur , un Ver que
» ma petite Chienne a rendu, qui
»”M€ paroît extraordinaire ; c'eft
» par l'effet de votre eau, j'efpere
» qu'elle lui aura fauvé la vie. Je
» vous donne le bon jour. Goello.
» 13. Février 1701.
Srtôt que j'eus ce Ver, qui eft
un véritable Tænia, je le fis graver
tel qu'on le voit ici repréfenté ; il
eft defliné au naturel.
Le 26. Janvier 1738. un dome-
ftique m'a caflé la phiole où étoit
le Ver, & la écrafé par mégarde::
je le confervois dans de lefprit de
vin. Il avoit plus de demi-aulne,
je n’y ai point vu detête , non qu’il
n’en eût une, mais c’eft qu’elle s’eft
féparée fans doute , lorfqu’il a été
rendu , elle devoit être du côté
marqué À , fuivant la firuéture du
Ver. Ce qui rend cet Infeëte plus.
fingulier , eft la différente confor-
mation de fes parties; les unes.
font rondes & font une ligne entié-
re, C; les autres {ont longues &
60 De la Génération |
font une ligne que les rondes iriter-
rompent en B D; les rondes font.
égales par-tout , & les longues plus
étendues au milieu du Ver qu’ait-
leurs ,. ainfi qu'if paroît en E : tout
le Ver étoit plat, blanc, mince &
tranfparent comme du parchemin:
Les portions font liffés, unies &
difpofées de maniére, que la poin-
te de chacune regarde le côté A:
C'eft par cette difpofition qu'on
peut juger du côté ou étoit la tête:
H y a de l'apparence que la queuc
n'eft pas toute entière, & qu'elle
s’eft rompue en F.
M. Rédi donne la figure d’un T4-
n4, ou Ver Solitaire forti du corps
d’un Chien , laquelle eft différente
de celle-ci. Il donne auffi celle d’un
Tænia forti du corps d'un Chat, la-
quelle n’eft pas moins différente; les
voici dans la planche fuivante, on
les peut confronter.
Le même M. Rédi dit avoir trou:
vé une infinité de Vers dans les in-
teftins d’un Serpent à deux têtes
qu’ ouvrit vivant (4): la plüpart
(a) Franc. Redide animal. qua in corporib. animals.
VEUVOrHmM reperinntur.
:
; LIVE
| é ; } Aù] da
ÿ. Li . i ART 7e
A LL y A paid rates AE try s
rt a ÿ Préreens aP à or (née) ; M
pa
7-60 ,
[ee
Pa
Chie
La
LIL
X
UN
NS.
=
des Vers. 61
de ces Vers étoient très-blancs :
une chofe extraordinaire, c’eftqu'il
n’y en avoit aucun qui ne füt vi-
vant , quoique le Serpent eût été
trois femaines fans manger.
. On trouve des Vers dans l’efto-
mac & dans les inteftins de-prefque
toutes les Vipéres. On en trouve
aufi danses Lézards. Les poumons
des Hériflons de terre, ceux des Re-
nards, des Belettes , en font quel-
quefois tout remplis ; & M. Rédi
ouvrant un jour un de ces Hériflons,
ÿ trouva dans les bronches de la
trachée artére , plus de quarante
Vers. Il y en a quelquefois beau-
coup dans les inteftins des Tortues ;
& le même M. Rédi aflure en
avoir vu une qui en avoit de fort
petits, dont le nombrealloit à plus
dc foixante & douze mille , com-
me il le reconnut par un caïcul qu'il
eut la patience de faire, & qu'il
rapporte dans fon Livre.
On trouve quelquefois un grand
nombre de Vers dans les inteftins
des Veaux , & ces Vers donnent à
la chair de ces animaux une fort
mauvaife odeur , enforte que quand
Gz De la Génération
‘on la mange, elle a un goût très-déf:
agréable. Ils font ronds & longs
-comme les ftrongles de l'homme,
(4 ) mais plus minces. M. Valifnie-
ri a donné une ample defcription
de leurs organes dans une Lettre
Italienne écrite fur ce fujet à M.
Lancifi, & rapportée en Latin par
M. le Clerc, dans fon ÆHifhoire des
Vers larges , Ch. XIII. p. 222. vol.
n-quarto. |
Il y a dans le foie de quelques
Moutons , une forre de Vers aflez
finguliers , doncil eft fait mention
dans le Journal des Scavans de
1668. On a obfervé que ces Vers
ne fe trouvent que dans les Mou-
tons.qui ont brouté d’une certaine
herbe , appellée par les Botaniftes ,
Sideritis glabra arvenfis, qui eft une ef.
péce de Crapaudin:. Mais une obfer-
ation encore plus curieufe , c’eft
que les Vers dont il s'agit , font
tout- à-fait femblables pour la for-
me , à la feuille de cette herbe,
étant plâts & d'une figure ovale un
peu pointue vérs l'une des extrémi-
(a) Strongles, c'eit-à-dire, comme nous le ver-
sons plus bas, ronds & longs,
des Vers. 63
tés, ayant la tête à l’autre extrémité
- qui s’avance un peu, & qui repréfen-
te la queue de la feuille. Ils font
blanchîtres fous le ventre , & fe-
més fur le dos de plufieurs tâches
_ & filets d’un gris obfcur. La tête a
‘un bec percé d’un petit trou , com-
inc on voit dans les figures fuivan-
1. 2.
tes , gravées d’après le Journal que
nous venons de citer
La premiere figure repréfente le
Ver tourné fur le dos; la feconde
le repréfente couché fur le ventre;
& la troifiéme eft la figure de la
feuille de Sideritis , telle qu'elle
eft dans l'Hiftoire des Plantes de
Banbhin
Pour les reins, ce font dans tous
es animaux , des parties afez fujet-
tes aux Vers. Feu M. Meri de l’Aca-
demie des Sciences , m'en a fait
voir un de demi auine de long , &
t
6x De la Génération |
de la groffeur du petit doigt, qui
avoit été tiré du rein d’un Chien.
Kerckring ( 4) dit qu'en difléquant
un Chien de chafle , il y trouva
dans un des reins, un Ver-d’une aul-
ne & un quart. Georg. Wolf. Wé-
delins , Profefleur d'Anatomie à
jêne , diffléquant , en 1675. le 23
Février, un gros Chien, lui trouva
dans le rein gauche , un Ver long
de plus d’an pied, & de la groffeur
du petit doigt.
_ Ce qu'il y.a ici de fingulier , c’eft
que la fubftance du rein étoit abfo-
lument confumée , & que ce Ver
étoit rempli d’autres Vers tout vi-
vans(£). |
Mathrole :à remarqué qu'il y a
des Vers dans la tête de tous les
Cerfs , que ces Vers s’y engendrent
@rdinairement fous la langue , &
(a) Kerckring. Oblervation L'VIT. & LIX.
{b) Thom. Barth. .4a Med. € Philofoph: AJ-
nienfia, Tom III. Chap. LVIII. Ex Lirteris D.
Georg. Wolf. Wedelii , Profefforis Medici Jenenfrs.
Jenæ , 23. Febr. 1675.
Nuper in canis finiffro Rene Vermis magnus pedens
ere fuperans , minimi digiti craffilie ; repertus fuit ,
yullo ibi de Renis fubffantia , [eu parenckymate , conf-
picuo vefhigio 5 fol tantum tunicä adipo[ fuperflie
cumque integente. Ipfe verd ripletus eraé infinitis aliès
Permiculis vivis.
awils
| des Vers. 6$
qu'ils font comme les plus gros de
ecux que produifent les chairs pour-
FICS (4).
Au refte , ce n’eft pas feulemert
dans les Mineraux , dans les Végé-
taux , & dans les Animaux qu'il y
a des Vers: L'air en cft encore tout
rempli , comme nous Favons re-
marqué plas haut. Je ne fcaurois
être cependant de lopinion d’un
Auteur moderne , qui croit que ces
feux qu'on voit quelquefois volti-
ger dans l'air pendant la nuit, &
qu'on appelle Feux follers, ne font
que de petits-Vers luifans attroupés,
lefquels ont des aîles , & volent au-
tour des Paflans ( & ). Cet Auteur
croit aufli que fe: bois pourri qui
brille Ka nuit, n'eft lumineux que
parce qu'il renferme plufieurs pe-
tits phofphores vivans, qui lui ont
été fournis.par l'air.
{a) V’ermes cerui omnes- continent in CApite iVOS y
qui nafci folent fub lingua ; in concavo , circiter verte-
Drum qua cervici innechitur caput , magnitudine band
minores iis , quosmaximos Carnes putres ediderint. Gi-
gni univerfi atque contigu: folent numero aded circiter
viginti. Marhiol: Cômmear, in Libr.fecundum Diof-
coridis. Cap. LIII. p. 290. 1. 11.
€b) Chrifi. Francifc. Panlini Difquifitio curiofa , #r
mors naturalis plerumque fit fnbflantia Vermino[a®
Teme J.
66 De la Génération
Mais revenons à notre fujet, c'eft-
à-dire , aux Vers de l'Homme. De
tous les Eftres vivans, c’eft celui qui
eft le plus attaqué de Vers. Il n’y à
prefque pas de partie dans fon corps
qui n'en foit la proye. Enforte que
celui qui commande aux Bêtes les
plus énormes en groffeur,, celui qui
aflujettit à fes ufages, le Cheval, le
Chameau , l'Elephant , celui qui
dompte la férocité du Lion & du
Tigre, fe trouve fouvent réduit à
périr par les dents, ou par le vénim
d’un petit Infeéte, dont ilne peut fe
défendre. 5
Les Vers du corps humain naif-
fent , ou dans les inteftins, entre lef-
quels je comprends l’eftomac ; ow
hors des inteftins. Nous parlerons
premierement de ceux qui naiffent
hors des inteftins ; puis de ceux qui
viennent dans les inteftins, & com-
me les uns & les autres prennent
quelquefois en vieilliffäntdes figu-
res différentes, nous traiterons dans.
un article à part, des différentes mé-
tamorpholes de ces Vers. Ce qui
fera en tout trois articles,
des Vers. - 67’
am. _
© —— ——
ARTICL EPREMIER.
Des Vers du Corps Humain qui naifent
bors des Inteflins.
. ES Vers qui naïfflent dans:
_J l'Homme, hors des inteftins, :
font de diverfes efpéces ; ou plutôt
fe réduifent fous diflérentes claffes.
J'en compte de quatorze fortes en :
général ; fçavoir , les Encéphales, :
les Pulmonaires , les Hépatiques ,
Iés Spléniques, les Cardiaires , les :
Péricardiaires , les Sanguins , les
Véficulaires , les Helcophages , les
Cutanés , les Umbilicaux , les Vé-
nériens , lés Oefophagiens & les
Spermatiques. Nous en allons par-
ler de fuite. s il
Les Encéphales naiflent dans la
tête; on les appelle ainfi du mot
Grec Kephale, qui fignifie tére. I y
en a de cinq fortes; {cavoir, les En-
céphalées proprement dits, qui vien-
nent dans le cerveau, ou fur fes
membranes; les Rinaires, qui vien-
nentdans le nez; les Ophthalmiques,
Fij
63 De la Génération |
qui viennent au grand angle de
Pœil; les Auriculaires , qui vien-
nent dans les oreilles ; les Dentai-
res , qui viennent aux dents ; & les
Salivaires , qui font dans la falive:
Les Enccphales proprement dits,
font rares; maisil y a certaines ma-
ladies où ils regnent , & l’on a vü
des fiévres peftilentielles ne proce-
der que de là. Celle qui fit tant de
ravage à Bénevent, & dont prefque
tout le monde mouroit , fans qu'on
y püt apporter aucun remede, en ef
un grand témoignage. Les Méde-
cins s’aviferent enfin d'ouvrir le
corps d’un Malade qui ctoit mort
de cette contagion, & ils lui trou-
verent dans le cerveau, un petit Ver
vivant , tout rouge & fort court.
Ils effayerent divers remedes fur
€ Ver, pour découvrir ce qui le
pourroit tuer ; tout fut inutile ,
excepté le vin de Malv. dans quoi
on fit bouillir des raiforts. On n’en
eut pas plütôt jetté deflus , que lé
Ver mourut. On donna enfuite dé
ce remede à tous les autres Mala-
des (4), & ils échapperent prefque
{a ) Foreff. Lib, IX, de maris Capitis dolerib.
@bfer. I]. in fchol.
des Vers. 69
tous. Appien Alexandrin rapporte
que les Romains, dans la guerre
contre les Parthes (4), fous la con-
duite de Marc-Antoine , furent ré-
duits , faute de vivrés, à rmnanger
les herbes des champs, & fe trouve-
rent enfuite attaqués d’une maladie
épidemique, confiftant dans une fu-
reur qui leur faifoit fouir la terre à
belles mains , & rouler de grofés
jerres, comme fi c’eùt été pour les
Eire fervir à Gr grand deflein.
IL ajoute que la plüpart moururent
faute de vin. qui étoit, dit-il , le
feul remede à cette maladie. Je re-
marquerai que cette fureur pouvoit
bien venir de quelques Vers engen-
drés dans la tête , par le mauvais
fuc des herbes qu’on avoit été obli-
gé de-manger.
Schenkius écrit qu’en 1571. dans
a marche d’Ancone , regna une ma-
fadie épidemique , qui caufoit des
vertiges furieux , & dont on mou-
roit le troïfiéme jour , & au plütard
le quatrième. Tous les Médecins du
lieu avouerent qu’ils ne connoif-
foient point ce mal , & par confe-
{b) ,4pp. Cap. V. de Bell, Partb, ”
76 De la Génération
quent qu'ils ne fcavoient quels ré=-
. mcdes y apporter. Un jeune Hom-
me de 22.ans, extrémeméntriche, .
craignant d'en être attaqué, à caufe
d’une douleur périodique qu’il com-
mencoit à fentir dans la tête, & ef:
C: P au 3 a
frayé de cer aveu des Médecins,
crut qu'il n’y avoit pas de meilleur
parti à prendre pour lui, que de
quitter promptemerit le pays, & de
fe retirer à Venife , où étoient alors :
des Médecins-trés-fameux. Il n’y
fut pas plütôt, qu'il fit veñir tout-
ce qu'il y avoir de plus fçavans
Hommes dans la Médecine, & en-
ire autres , le célcbre Nicolas de S.
Michel , lequel foutint que c'étoit
un Ver qui caufoit dans le cerveau
les douleurs périodiques dont ce
jeune Homme fe plaignoit , lef-
quelles , fans troubler la raïfon , ni
là mémoire, faifoit fouffrir fi cruel-
lement le Malade , que dans les ac-
cès, il lui fembloit qu'on lui per-
çoit la tête avec un fer. On lui fit
divers remedes ; mais on ne put le
fauvér, & le troifiéme jour de fon
arrivée , il mourut. Georges Carne-
rus, lun des Médecins qui l'avoient
| des Vers. 71:
traité , pria les parens de lui per-
mettre d'ouvrir la tête du mort; ce
qu'il fit le lendemain 19. de No-
vembre. Il n'eut pas plutôt levé la.
dure mere , qu'il appcrçut du côté.
droit , la tête d’un Ver tout vivant,
qui, à caufe de l'air froid , s’enfuit
aufli-tÔôt dans la fubftance du cer-
veau. Carnerus découvrit alors les
ventricules du cerveau , & iltira ce
Ver, qui étoit tout rouge, de la lon-
gueur du doigt indice, & avoit une
tête pointue , toute noire, & un col
vélu. II le prit avec des pincettes,
& le mit fur du papier , où le Ver
mourut aufli-tôt. Schenkius rappor-
te ce fait dans fon Traité des Dou-
leurs de Tête. k
On prétend qu’il fe trouve des
Vers juiques dans la glande pineale, |
& qu'il n’y a prefque point de rc-
duit dans la tête, où l’on s'en ait vu.
Dans le fond du conduit qui va
au quatriéme ventricule du cer-
veau , €ft une éminence appellée
Apophyfe vermiforme , que quelques
Auteurs eroyent fe changer en Ver;
mais c’eft une pure fable; l’apophy-
{e dont il s’agit , n’eft nommée Ver-
77 De la Génération
miforme | qu’à caufe qu’elle a com
me la figure d’un Ver.
Les Rinuires quis’engendrent dans
la racine du nez, font ainfi appellés
du mot , qui en Grec, fignifie na-
rinc. Borelli les appelle Maficoles ,
c'elt-a-dire, Habitans du nez ( a),
Is fortent quelquefois d'eux-mé:
mes par les narines , comme on l’a
vü arriver en plufeurs oceafions ;.
quelquefois ils demeurent engagés
dans le fond du nez, & font tom-
ber en fureur les Malades. Ceux
qui ont lü Fernel , fcavent l’hiftoire
de ce Soldat malade, qui (b) mou-
rut le vingtiéme jour de‘fa maladie,
après être devenu furieux , & dans
Je nez duquel on trouva deux Vers
vélus & cornus. Ambroife Paré
nous a donné la figure de ces Vers ,
(c) on la voit aufli dans Aldrovan-
dus, en fon Livre des Infectes ; mais
pour épargner aux Lecteurs curieux
la peine de Fy chercher , nous l'a-
vons mife ici.
{a ) Borell, Obferv. Medicoph. CIII. Obferv, XLW.
€ b) Fernef, Pathol. Lib. V. Cap. 7.
a) ,Ambr, Par, Liv. XX, Chap, 3.
LL
Kerckrin e
des Vers. . 195
ge
2, Vers Jortis
Kerckring dans fes Obfervations
Anatomiques , donne encore la fi-
ure d'un Ver vélu & cornu, qui
artit du nez d’une femme d’Amf-
terdam , le 11. Septembre 1668. &
qu'il conferva vivant jufqu'au 3.
d'O&obre , fans lui donner aucune
pâture. En voici la figure dans cette
page. Il ajoute une circonftance di-
gne de remarque , c’eft que ce Ver
étant {orti , en produifit un autre
avant que de mourir.
Ver Sorti du LUZ Æ
Antoine Benivenius dans fes Ob-
Tome I. G
TA. De la Génération
férvations Médicinales |, raconte
J'hiftoire d’un Malade de fes amis,
qui, attaqué d’un violent mal de té-
te , accompagné d’éblouiffemens ,
de vomiflemens , d'extinction de
voix, d’aliénation d’efprit, & d’un
froid général de tout le corps , fut
réduit à l'extrémité le feptiéme jour,
& ce même jour , lorfqu’on ne lui
efpéroit plus de vie , rendit par la
parine droite un Ver long d’un pal-
me & plus , & fe trouva auffi-tôt
“gucr1 (4 ).
| Je pourrois rapporter un grand
nombre d’autres exemples de Vers
fortis par le nez. Maïs les de::x fui-
vans qui fe lifent dans l’'Hiftoire de
l'Académie Royale des Sciences,
font aflez confidérables pour pou-
_ =(ta)-Solet-snterdem “acntes -dotor-in -capite ekci-
ari, quem Græci cephalalgiemvocent ; {ed talem ÿuo
chligent oculi, alienetur mcrs, citetur vomitus , M
mautur vox , frigefcat corpus ; C7 ipfa denique defiäias
| atima. Rarum ef} videre $ wam €7-u0s amicum habui-
ms, qui cum bis otmibss agerétur mais, Co adventan-
tedie feptimo , mors ipfa, nullis ecnferemtibus auxiliis,
fm jam adeffe videretur; vi tandem robuftioris nature,
Vermem è dextra nare palmo longioremejecit. Quo pro-
Pällo , omnis flatim cum eo amotis éfflanguor.
k Anton. Benivenii Hlorentin: , Medicinalium Obfer-
VAE EREMPLA | Cuin annotationibus Rembert. Dodonær.
Cap.cC, : à
des Vers, 75
voir fuffire après ceux qui viennent
d’être rapportés. |
Une femme bien conftituée , &
qui, à ce qu’obferve l'Hiftorien , ne:
connoifloit point les maux de tête,
(4) commença à l’âge de 36. ans
en 1708. à fentir une douleur fixé
au bas du front, du côté droit &
près du nez. Cette douleur g ne
tenoit d’abord qu'un petit efpace ,
s’étendit peu à peu tua la tem-
ple du même côté; & au lieu que
dans les commencemens elle avoit
de grandes intermiflions , elle de-
vint au bout de deux ans prefque
continue , accompagnée de convul-
fions , & d’une infomnie prefque
perpétuelle.
Enfin la violence de la douleur
augimenta fi fort , que la Malade en
fut deux ou trois fois à l’agonie , &
eut la raifon fort attaquée dans les
grands accès. Au bout de quatreans,
après avoir fait envain toutes fortes
de remets, elle y renonca , fe con-
tentant de fuivre un bon régime, &
»
de prendre par le nez du tabac en
(4) Hiftoire de l'Academie Royale des Sciences,
années 1708, & 1733: il
Gi}
76 De la Génération
poudre , dont elle efperoit quelque
Toulagement.
Elle n’en avoit encore ufé que
pendant un mois, lorfqu’un matin,
ayant éternué avec effort, elle mou-
cha, parmi un peu de fans , un Ver
tout ramaflé en peloton. Elle fentit
cefler alors , & tout à coup, une fi
longue & fi cruelle douleur ; fon ef-
prit fe remit dans fon affiette natu-
relle, & la guérifon fut entiere , fi
ce n’eft que pendant deux ou trois
jours il coula un peu de fang du nez.
_ Feu M. Littre, de l’Academie des
Sciences , & Docteur-Régent de la
Faculté de Médecine de Paris , au-
quel on doit cette obfervation , aeu
rar d’avérer exaétement tous ces
faits ; aufli-bien que ceux qui vont
fuivre , lefquels font tout de même
rapportés dans l’'Hiftoire de l’Aca- .
demie des Sciences , année 1708.
Le Ver étoit vivant, & quand il
$'allongeoit autant qu'il le pouvoit,
il avoit fix poulces, mais feulement
deux lorfqu'’il fe replioit en zic-zac,
ce qui étoit fa figure ordinaire : il
avoit deux lignes de largeur , & 1 +
dépaifleur dans l'endroit le plus
Lis _ * ‘des Vers. 77
gros de fon corps ; fçavoir, vers le
milieu ; il étoit de couleur de caffë
€lair , convexe par-deflus, & plat
par-deflous | couvert par-tout , ex-
cepté à la tête, d’écailles annulaires,
larges d’une ligne, & toutes {épa-
rées les unes des autres par de petits
intervalles , de chacun defquels il
fortoit , tant à droite qu'à gauche,
cinquante-fix pattes, longues d’une
ligne, & grofles comme des che-
veux. Ilparoïtpar-là, que ce Ver
étoit de lefpéce de ceux que lon
appelle Centipedes. La tête étoit lon-
gue d’environ deux lignes, on y dif-
inguoit facilement deux yeux ,
deux cornes | une pince faite de
deux branches , plus éloignées l’une
de l’autre % leur racine , que vers
leur extrémité, & une gucuic entre
cs deux branches. La queue étoit
armée de deux efpéces d’aiguillons
égaux, plus longs & plus gros que
les pattes. I1 fut enfermé dans une
. phiole vuide , où on le trouva vi-
vant dix-huit heures après. Enfuite
on s’avifa d'y verfer de l'eau-de-vie,
& il ne laïffa pas de vivre encore
deux ou trois heures.
G ii
78 De la Génération
Le fiège de la douleur fixe que
fentoit la Malade, montroit aflez ,
comme l’obferve l'Hiftorien, que le
Ver devoit étre dans une cavité fi-
tuée au-deflus du nez , appellée par
les Anatomiftes Sinus frontal , & qui
ef pratiquée fous le fourcil, dans un
os que les mêmes Anatomiftes nom-
ment Coromal. Elle à près de deux
poulces de long , fur huit à dix li-
gnes de large , & par conféquent
elle pouvoit contenir l'animal re-
plié. I paroît par l'inclination qu’il
avoit à prendre cette figure, qu'il y
devoit être fort accoûtumé.
Il y a entre le finus frontal , dont
ils’agit, & la narine, un trou de
communication par où le finus re-
coit de Pair, à chaque moment que
l’on refpire ; enforte qu’une forte
refpiration peut y avoir fait entrer
avec l'air, l'œuf invifible où cet ani-
mal étoit renfermé en petit. Ce mê-
me œuf pourroit aufli être entré par
la bouche avec quelque aliment, &
avoir fuivi la longue & tortueufe
route de la circulation du fang.
Mais toujours, comme le remarque
l'Hiftorien , 1l eft certain que l’ani-
desVers 79
mal n’a pu fortir que par ce trou de
communication. À la vérité, le dia-
metre en eft plus perit que n'étoit:
celui du corps de lanimal : mais
comme ce trou elt formé immédia-
tement par une membrane , le Ver
a pu la dilater peu à peu, lorfqu’il +
voulu fortir”, & même les goutes:
de fang qui ont paru‘, marquent.
qu'il l’avoit un peu déchirée.
L'œuf, obferve encore P'Hifto-
rien". avoit trouvé dans la cavité
dont il s’agit, fcavoir , dans le finus
frontal , la chaleur, l'humidité, la
Jymphe , enfin tout ce qui lui étoit
néceffaire pour éclorre, & l'animal
tout ce qu’il lui falloit ; non-feule-
ment pour fa fubfiftance, mais pour
un accroiflement auquel apparem-
ment il ne füt jamais parvenu fur la:
terre, puifqu’il n’y eût été ni fi bien
nourri, ni autant à l'abri d’une infi-
nité d’accidens qui ne permettent
guère quatre années de vie à ces ef-
péces d'animaux ; chaque mouve-
ment qu'il faifoit ( c’eft toujours
l'Hiftorien qui parle ) devoit caufer
à la membrane délicate, dont le fi-
aus frontal eft tapiffe, une irritation
GK
80 De la Génération
d'autant plus cruelle , que l’Infeété,
avec fes deux cornes, fes deux aï-
guillons , & fes cent douze pattes,
ébranloit, & pour ainfidire , atta-
quoit en détail, chaque petite fibre
nerveufe de ka membrane ; enforte
ue plus il fe fortifioit, plus le mal
À être violent &-infupporta-
ble. La grandeur de l'animal, la-
quelle vint à lui rendre le lieu où il
étoit, trop incommode , & felon
toutes les apparences , l'odeur du
tabac qui lui étoit contraire , ainfi
qu'a un grand nombre d’autres In-
fectes , l’obligerent enfin à cher-
cher les moyens de fortir.
Les fymptômes qu'a eû la Mala-
de , feroient affez aifément recon-
noître un pareil accident. En cecas,
M. Littre juge qu’il faudrait d’a-
bord prévenir Finflammation de la
membrane du finus, par les moyens
ordinaires que Fon pratique contre
les inflammations. 1 refte enfuite à
attaquer le Ver. On le peut faire,
remarque-t-il, & par les remédes
intérieurs qui font en ufage contre
les Vers, & en même-temps par
des remédes extérieurs , puifque ce
| … des Vers. &r
Ver-là feroit dans un lieu où de tels
remédes pourroient aller. Ileft déja
à préfumer que le tabac convien-
droit, mais on pourroit encore ti-
rer fortement par le nez des fucs
âcres ou acides que l’on jugcroit,
ou que l’on reconnoîtroit les plus
capables d’incommoder l'animal.
M. Littre croit que rien ne feroit
plus propre à le tuer, quede l'huile,
parce que l’on fcait qu'elle Ôte la
refpiration aux Infeétes, en bou-
chant les ouvertures de toutes les
trachées ; enfin fi rien ne réuflifloit,
il en faudroit venir à une opération
Chirurgique fur l'os coronak M:
Littre aflure qu’elle ne feroit ni dan-
gereufe ni difficile.
L'autre exemple d’un Ver Nazaï
ou Rinaire , eft rapporté dans l’'Hif-
toire de l’Académie des Sciences,
année 1733. Un Officier de chez lé
Roy, fentoit depuis trois ans, au bas
du front, du côté gauche , & prés
de à racine du nez, une douleur
vive, plus violente dans des temps
qe dans d’autres, laquelle s’êten-
oit vers l'œil du même côté , &
devenoit quelquefois f1 exceflive ,
3z De la Génération
que le Malade craignoir d’en perdre
œil. 11 avoit en mêéme-temps dans
Poreille un bourdonnement confi-
dérable. Pour remédier à ce bour-
donnement, il fe fit verfer, étant aw
lit, quelques goutes d’huile d’a-
mandes douces dans l'oreille affec-
tée , & fe tint pendant quelque
temps couché fur autre. Deux jours:
après 1l fentit dans la narrine gau-
che une grande démangeaifon, des
picotemens ,. des tiraillemens , de
fréquentes envies d’éternuer, 8 mé-
me en fe mouchant, quelque chofe
qui remuoit dans fon nez, & qu'il
n'en put tirer tout à-fait , qu'en y
portant le bout du doigt C’éroit un
Ver. Ce Ver, dit l'Hiftorien, cou
fut aufli-tôt fur la main du Malade:
avec une extrème vitefle, quoique
couvert d’une mucofité parfemée de
tabac; parce que cet Officier en pre-
noit beaucoup. On mit le Ver dans
une tabatiere où il y avoit du tabac,
&c il y vécut cinq ou fix jours. Tous
les accidens du Malade , continue
PHifterien, cefferent aufli-tôt après
la fortie de lInfc&e.
M. Maloet ; Doéteur-Régent de:
des Vers. 8%
la Faculté de Médecine de Paris, a
eu ce Ver entre {es mains, mort &
defléché : il le trouva du genre des
Centipedes , & de l’efpéce des Sco-
lopendres terreftres : il en fit une
defcription qu’on ne rapporte point
dans ce volume de l'Hiftoire de
PAcademie des Sciences, parce que
dans celui de 1708. on a rappor-
té une defcription affez femblable
d’un autre Ver, rendu de même par
le nez , qui eft celui dont nous
avons parle ci-devant.
Ces deux Vers, obferve l'Hifo-
rien , ne différent que par la gran-
deut. Le dernier n’avoit que feize
ligncs de long , & l’autre avoit fix
pouces. Il eft vrai que le plus grand
avoit cent douze pattes, & l’autre
cent feulement , mais fi le petit eût
vêcu, peut-être en auroit-il eu da-
vantage. Enfin , remarque l'Hifto-
rien , c’eft le grand nombre de pat-
tes, & non le nombre déterminé de
cent , qui fait les Centipcdes.
Une autre différence que le mé-
me Hiftorien obferve entre les deux
Vers dont il s’agit, c’eft que celui de
1708. fut , felon les apparences...
&4 De lu Générañion
chafté en un mois, par l’ufage du ta-"
bac , au lieu que le dernier , mal-
gré l’ufage continuel que la Malade
faifoit de’ ce remede , avoit vêcu
trois ans dans le nez. Il vécut même
encore cinq à fix jours dans une ta-
batiere pleine de tabac , ce qui,
comme le dit en paffant, & fort à
propos l’'Hiftorien , rend au moins
fort douteufe la: bonté du tabac
contre les Vers. :
Les deux Vers-étoient dans les
finus frontaux , le’ srand dans le
droit, & le petit dans le gauche.
Différence que l'Hiftorien rappor-
te, mais en reconnoiffant qu’à pre-
prement parler , ce n’en eft pas une:
La route que feu M. Littre failoit
tenir à {on Ver pour entrer dans le
finus, & pour en fortir, doit , fans
doute, étre la même que celle qu'a
tenue le Ver de M. Maloet. Mais
voici une différence trés-eflentielle
que remarque l’Hiftorien , & qu
cit le point principal de l'obferva-
tion de M. Maloet; c’eftque le Ver
de M. Maloet paroît n'avoir été
chafñfé que par l'huile verfée dans
Voreille la difculté cependant, cit
des Vers. $s
que.cette huile ait pu parvenir juf-
qu'au Ver enfermé dans le finus
al ; car elle ne s’eft.répandue
que dans le conduit extérieur de
l'oreille , lequel eft très-exaétement
‘fermé en dedans, par la membrane
du tympan : comment a-t-elle donc
ere au travers de cette mem-
drane? Et en cas qu'elle y ait pañé,
peut-on.concevoir quel chemin elle
a pris pour cela ? Puifqu’il y a enco-
re bien loin de cette membrane au
finus frontal. M. Maloet reconnoît
que d'appliquer fur le nombril diffc-
rentes huiles pour agir contre les
Vers des inteftins ,-eft un bon reme-
de pour les chaffer , & cela polé,
il fait le raifonnement fuivant : Ces
huiles ainfi appliquées fur le nom-
bril , n’y agiffent qu'après avoir pé-
nétré la peau , la membrane adi-
peufe , Le péritoine, l'épiploon &
les membranes des intefkins ; donc
à plus forte raifon une huile intro-
duite dans l'oreille pourra pénétrer
le tympan, qui eft fi fin & fi delié.
A la vérité il n’y a que les parties
les plus fubtiles de l'huile qui-puif-
Jent pénétrer la membrane dont if
86 De la Génératios
s'agit , quelque fine qu'elle foit ,
mais il n’en faut pas beaucoup pour
{e faire fentir à un fi petit Ver, fur-
tout dans l’efpace de deux jours.
L'Hiftorien de lAcademie re-
marque ici que s’il y a toujours à la
membrane du tympan une petite
ouverture échancrée que Rivinus a
découverte, & que M. Maloet dit
avoir effectivement vüe deux fois,
ou que fi feulement elle s’eft trou-
vée par une efpéce de hazard dans
le tympan du Malade, en queftion,
l'huile aura eu encore , fans compa-
raifon, plus de facilité à pañer.
Quant au chemin qu’elle aura te--
nu , il juge qu'après avoir été recuc
dans la cavité du tympan, elle fe
fera portée , par le moyen de Ia
trompe d'Euftache , appellée com-
munément l’aqueduc, jufqu’aux fof-
{es nazales , d'ou, à caufe de fa fub-
tilité , elle aura pu aifément s’éle-
ver au finus frontal.
Nous ne devons pas oublier ici les
réflexions fages que le {cavant Hi-
ftorien fait enfuite fur la circonftan-
ce de cette suérifon.
1°. Ce fut par une efpéce de has
des Vers. 87
zard , & uniquement par rapport
au bourdonnement , que le Malade
attaqué de ce Ver fans le fcavoir,
{e fit verfer de l'huile dans l'oreille.
2°. S'il eüt connu fon Ver, &
le lieu que cet Infeéte occupoit, il
fe feroit fans doute avifé de tirer
cette huile par le nez, afin qu’elle
allât attaquer le Ver par cette route
aifée, & route ouverte. Cependant
il auroit très-mal fait de fuivre cet-
tc indication , toute naturelle qu'’el-
lé étoit. En effet, remarque judi-
cieufement M. de Fontenelle, le
Ver attaqué du côté du nez, n’au-
roit pas manqué de fuir du côté
oppolé , & fe feroit par ce moyen,
cantonné dans des endroits d’où il
n’auroit pu fortir.
3°. Si par quelque empêchement
que ce foit, il n’avoit pu fuir, il fe-
roit mort infailliblement dans le
finus où il étoit, & par la pourri-
ture de fon cadavre , il auroit pu
caufer de Ficheux accidens. Heu-
reufement lattaque qu’on faifoit
d’un côté le détermina à fuir de
l'autre , où la fortie étoit facile ; &
il s'aidoit outre cela de toutes fes
83 De la Génération
forces pour fortir , ce qui eftenco-
re un avantage quand on tire les
Vers vivans.
4°. Il réfulte de là une regle de
pratique pour tous les Vers qu'on
jugera être dans les finus fron-
taux.
5°. Conformément à ces idées,
on fuit fort à propos deux métho-
des pour les Vers des inteftins : ils
ne peuvent guêre fortir que par
bas, & pour les chafler par cet-
te voye , on employe des chofes
ou qui les.contrarient, ou qui les at-
tirent : les premieres {e prennent
par la bouche, & les fecondes en
lavement. Nous rappellerons tout
cela en parlant des remedes contre
les Vers. | |
Les VERS OPHTHALMIQUES, ainfi
nommés du mot grec Ophthalmos ,
qui fignifie, œil, fe trouvent dans
le grand angle de l'œil. Ces Vers
{ont très-rares, & Amatus Lufita-
nus qui en rapporte un excmple,
dans fa feptiéme Centurie , Cure
LXIIT. dit que cet exemple eft fin-
ulier , & mérite pour cette raifon
d'être publié : qu'on a bien vu des
Vers
| des Veps. 8»
Vets fortir par lenez, maïs qu'on
en ait vu fortir par les yeux, c’eff;
ce qui eft extraordinaire. Voici les.
propres paroles de Lufitanus,tradui-
tes mot à mot. » Une petite fille.
» de trois mois, fe portant bien &
»ne fentant pas le moindre mal,
» rendit par la partie antérieure de.
»# l'œil, appellée communément le
» grand angle , un Ver dont la tête
“commença d'abord à: paroître.
» Des perfonnes qui fe trouverent-
“là, voyant cette tête, fe hâte-
rent detirer le Ver avec les doigts,
» & furent fort furprifes de voir
5 fortir de l'œil de cet enfant, un:
»Infe&te vivant long d’un demi.
palme, de la grofieur d’une li-
» gne, & tout blanc, fans que l'œil
> parut endommagé en rien. Le cas.
» €ft furprenant & mérite d’être
» écrit. On à vu fortir des Vers par
» le nez, & j'en ai vu plufieurs fois
#fortir ; mais qu’il en foit forti par
les yeux , c'eft un fait des plus ra-
>» res. Eff certe cafus hic mirus & dignus
chartis dart, per nares vero lumbricos:
fluxos:, nowrard nos & alt varii vide
runt: f
Tome I. H
so De la Génération
: M.Vrayet Médecin d’Abbeville,
dont nous rapporterons cy-après.
deux lettres au fujet des Vers fan-
guins ,me mande dans la derniere,
qui eft du 31. Juillet de l’année
1736. avoir tiré 1] y a vingt ans
du grand angle de l’œil d’un enfant
de fix mois, un Ver firongle, c’eft-
à-dire , long & rond , qu'il mit
aufli-tôt dans de l’efprit de vin, &
qu’il y a confervé plus de fix ans.
Ce Ver, dit-il, étoit de la lon-
gucur du doigt , de la groffleur
d’une plume de Pigeon, & venoit
certainement des premieres voyes.
Cette réfléxion de M. Vrayet , que:
ce. Ver venoit des premieres voyes,
c'eft-a-dire , des inteftins , eft um
point à examiner. On voit bien
quelquefois des Vers fortir par le
nez après y être montés des inte-
fins ; le’pañlage de communica-
tion qui va du gofer au nez, rend
la chofe facile a comprendre ; mais
qu'un. Ver remonté des inteñlins
dan la bouche, puiffe de là pañler
aux veux, c'eft ce qu'on ne com-
prend pas de même, les embou-
chures du canal nazal & du fac la-
-
ARNRA des Vers: gi:
ctyimal ctant fort petites. La chofe:
cependant examinée à la-rigueur,
ne paroît pas impoñlible.
Les Verts auriculaires s'engen-
drent dans les orcilles, & font ainfi:
nommés. du mot latin: qui: figaifie-
reille. sv gi its n
Silvaticus dans fes Confultations;:
(a) parle d’un enfant de douze ans
qui tous les matins étoit fourd de
l'oreille gauche, &: cefloit de l'é-
tre apres le diner, lequel rendit:
dix petits Vers par cette orcille,
& enfuite vingt autres , a moyen
d’une fumée d’herbes bouillies dans:
du vin, fur laquelle on lui faifoit-
tenir l'oreille. Ces Vers étoient vi-
vans, & vécurent un mois: La cir-
conftance que rapporte Silvaticus,.
fcavoir, que la furdité cefloit après :
je dîner, a quelque chofe de fin-
gulier. il prétend que le mouve-
ment des dents Qui Blot par la
maftication’, débarrafloit l'oreille
d’une humeur qui s’y étoit amafée
pendant la nuit , & qui caufoit la:
furdité. -
(a) Bened. Silvaticus, «onfilia dr refponfa. Cent.
2. Confult, 10.
ji H 1j
f
92 De la Génération
Tharantanus dit avoir vu fortir
de oreille d’un jeune homme ma-
lade d'une fiévre aigue, deux où
trois Vers qui reffembloient à des :
graines de pin. Panarolus( #:) parle
d'un Malade , qui, aprés avoir été
tourmenté d'une violente douleur
d’oreitle , rendit par cette partie,
enfuite d’une injeion qui y fut
faite avec du lait de chevre, plu-
fieurs Vers fembables à des mites
de fromage, après quoi la douleur
ceffa. Kerckring donne la figure de
cinq Vers qu'un homme rendit
par l'oreille en 1663. dans un Bourg
nommé Quadiich:, lefquels étoient
faits comme des Cloportes, fi ce
n’eft qu'ils n’avoient que dix pieds:
Voyez-les dans les cinq figures cy-
deflous.
Jortis de l'oreille. |
M. Winflow m'a écrit depuis peu,
avoir trouvé il y a quelques années
4) Jacolog. Pentec 4. Obferv. 27.
des Vers. CE
un-Ver dans Ie tympan de l'oreille
d'une fille de trois ans, mais avee
des circonftances qui rendent le fait
aflez fingulier. Voici fa lettre.
» Vous avez fouhaité que je vous
»communiquaffe l'Obfervationque
»j'ai faite autrefois d’un Ver dans
» le cadavre d’une fille detrois ans,
»voici ce que c'eft. En 1716. aw
» mois d'Octobre, comme je fai-
» fois l'anatomie de la tête de’cette
»enfant , je trouvai au haut du
»pharynx , derriere la luctte , un
» Verlong & rond comme les Vers
»Ordinaires des inteftins , lequel
»-avoit une de fes extrémités dans
» le pharyng même, & s’étoit glif-
»{6 dans la trompe d’Euftachius,
- » jufques dans la cavité du tympan,
» OÙ l’autre extrémité étoit engagée
»-entre les offelets de l’ouie: Je ne
» doute point, Monfieur, quece Ver
“ne vint. des inteftins , & ne fût
» monté par l'æfophage. Il avoit en-
» viron cinq pouces de long, & lé-
» paifleur d’une petite plume à écri-
» re. Ce que j'ai trouvé defingulier,
»c'eft qu'ayant ce volume, ilaie
»pu s'engager dans un pañlage fi
gx De la Génération
Ȏtroit ; & je ne fcaurois deviner
» ce qui peut avoir déterminé cet
# Infcéte à aller plütôt là, que dans.
» la narine attenante , qui eft bien:
» plus fpatieufc. Vous ferez là-deflus.
5 vos réfléxions. Je {uis, &c: Winf
» low. Ce 4: Septembre 1736:..
Les: VERS DENTAIRES , ainfi
nommés , parce qu’ils s'engendrent
aux dents , fe trouvent d’ordinaire:
fous la carie des dents. Jacobæus
rapporte qu'un homme tourmenté
d’un violent mal de dents , fans que
les remedes. ordinaires y euflent
fervi de rien, guérit enfin apres
avoir enlevé de deflus fa dent , une
carie fous laquelle.fe trouva enfer-
mé un Ver qui s'agita ee ,
&z (2 )dont la niche étoit creufée:
dans le corps de la dent. Ce mal de
dent étoit périodique , & le Mala--
de fentoit parintervalles, quelque
chofe qui treflailloit fur fa dent. Au
(a) Quiderm odontalgia immani ac periodica ve-
xarus fenfit in dente quid [aliens pertemporum inter-
valla | cuiremedia plure incaffum adhibita 3 ‘abrafa
demum carie dentis in vafculum f[uljetfum vermenr
expuit, qui capite ad catdam reflexo faltus varios
steravit , foramine infign? per quod exierat wermis ;,
in dente confpicuo. Thom. Barth, a&. Med, & Phil.
Tom. V. Cap. 8. Vol. s.
. des Vers. 95:
refte il n’eft pas rare de trouver des
Vers aux dents.(#) |
Les Pulmonaires fe forment dans.
les poumons. Ces Vers font rares,
mais cependant il s’en trouve, &
Fernel (b )diten avoir vu des exem--
ples. Ce qu'il y a de certain, c’eft:
que des Malades en ont jetté quel-
. quefois en touflant , qui étoient tel-
Iement enveloppés dans les cra-
chats , qu’on ne pouvoit foupconner-
qu'ils vinfent d’ailleurs que de la:
poitrine, comme le remarque Braf-
funolus (c). De ces Vers , les uns
reffemblent à des Moucherons, fe-
lon le rapport d’Avenzoard (4), &: -
de Alfaharavius { e) ; d’autres font
faits comme des Pignons , felon:
lobfervation de Thomas de Vei-
gue ( f) » & d’autres comme de pe:
utes Punaifes, felon la remarque de
(a) In dentibus verd reperiri vermes band infre-
quens ef. Antomii Benivenii , Medicinalium Obfer-
vat : exempla , cum annotationibus Bemberti Dodo-
næi. Cap. 100. p. 194. lig. 1. in annotatione,
(b) Fern. Pathol. de morb. inteffz.
(c) Braffav. Comment. ad .Aphor. 47. lib. IV:
Hipp.
(d) .Avenfoard , Lib.I. Traë. IT. Cap. 3.
(e).Alfahar, Cap. I. Tra&. XIII Prat.
€ £) Thom. à Veiga , Comm, ad Cap. $, Lib. I.
Galeni de locis aff,
96 De 14 Génération |
Joachim Camerarius, dans Scheñ=
kius. | |
Les HErATrIQUuESs fe trouvent
dans le foie , & font ainfi appellés
du mot Latin Æepar, qui lignifie
Foie. Tous les Médecins ne con-
viennent pas que ces fortes de Vers
fe forment dans ce vifeëre , & plu-
fieurs Auteurs cftiment qu'ils y
viennent d’ailleurs , parce que la
bile du foie femble devoir empé-
cher les Vers de s’y engendrer. Ce-
pendant comme le foie eftfujet x
des hydropifies, dans lefquelles if
eft fouvent plus rempli d’eau que
* de bile, il ne paroît pas impoñli-
ble qu'alors il ne s'y engendre des
Vers , & ce n’eft guëre non-plus, ,
que dans ces occafions'qu'il eft arri-
vé d’y en trouver , ainf que le re-
marque Hartman, & que nous le
verrons ailleurs.
Gafpard Bauhin , { 4) rapporte à
ce fujet, une Confultation qui vient
trop à propos, pour que nous de-
vions l'omettre. En 1578. au mois
d'Oûobre dans l'Hôpital de Pa-
doue, en préfence de plufieurs M£-
Ga) Gafp. Banh. de Obfers. propriis…
É decins ,
des Vers. 97
decins, & entr'autres du célébre
M. Emilien de Champ-long, alors
Profefleur à Padoue, & de Gafpard
Bauhin ; il fut trouvé dans le foie
d’un enfant de deux ans, mort de
la petite vérole , plufieurs petits
Vers: Voici comment la chofe fe
pafla : On étoit en: peine de f{ça-
voir fi le venin de la maladie n° ‘+4
voit point endommagé les parties
nobles : Emilien de Champ-long ,
que nous venons de nommer, vou-
lut s'en éclaircir par fes yeux , &
pour cela fit ouvrir le corps. Com-
me on vifitoit le foie, on trouva
dans les rameaux de la veine-porté,
& dans les propres rameaux du
foie, un grand nombre de Vers,
les uns vivans, les autres morts.
Ces Vers'étoient rouges, ronds,
un peu longs , & affez mous au tou-
cher. Les Médecins qui affifterent à
ouverture , furent de différens fen-
timens fur le lieu où.ces Vers s’é-
toient engendrés ; les uns foure-
noient qu'ils avoient été formés
dans les :inteftins, de-là’ conduits
ar les veines mézéraiques, jufqu’à
< veine-porte, & de cette. veine
Tome L
98 De la Génération
dans les autres vaifleaux du foie ;
d’autres ; qu'ils s’étoient véritable-
ment formés dans le foie ; mais
que ce n'avoit été qu'aprés la mort
du malade ; & d’auires, qu'il ne
falloit pas douter qu'ils n’euflent été
formés dans le foie du vivant méme
de l'enfant: ce_qui fut l'avis de
Bauhin. Ce dernier fentiment pa-
roît aflez. vraifemblable ; vu qu’il
y a des occalions où la bile du foie
dégénére fi fort , que perdant pref-
que toute fon amertume, elle de-
vient propre ‘à laïfler éclorre des
Vers , lorfqu'il s'y en rencontre
des œufs.
Les SrLeniques fe produifent
dans larate , & font ainfi appellés
au latin Splen., ur fignifie , Ra-
te. Quelques Médecins cependant
croyent gel ne fe produit jamais
de Vers dans cette partie, & que
c'e la feule de tout le corps, qui
en foit exempte ; c’eft une queftion
à examiner.
Les Carpraïrrs font dans le
cœur ; ils fe nomment ainfi d’un
mot grec , qui fignifie cœur. I y en
a de deux fortes : les Cardiaires
t
des Vers. 9>
proprement dits , & les Péricar-
diaires. Les premiers font dans le
cœur même, & les autres dans le
éricarde, c'eft-à-dire, dans la
Boëte du cœur. Il y a eu des pe-
ftes où l’on trouvoit de ces Vers
dans la plupart des corps que l’on
ouvroit, ainfi que l'écrit Vidius. ( 4}
Ils caufent de grandes douleurs &
uclquefois des morts fubites. On
Paniers peut-être, comment il
peut yavoir des Vers dans une par-
tie dont le mouvement «ft fi con-
fidérable ; mais il fuffit de faire ré
fléxion à la ftruéture de ce mufcle ,
pour connoître que cela eft très. fa-
cile. On fçait qu'à la bafe du cœur
font deux cavités faites en forme
de cul-de-fac, l’une à droite, l’au-
tre à gauche, que l’on appelle les
ventricules ; que ces ventriculeg
font remplis de petites colomnesg
charnues, produites par les fibres
droites du cœur, & ont plufieurs
enfoncemens & plulieur$s petites
fentes qui rendent la furface inter-
ne de ce même ventricule rude, &
(a) Pidins junior , Bb. VII. cap. 2. de curæ.
membror. ARR
li
100 De ia Generation
inégale ; or c'eft dans ces inégalités
ue-les Vers font retenus , nonob-
fant le mouvement centinuel du
fans qui entre dans le cœur & qui
en fort.
Les PERICARDIAIRES font dans
ke péricarde, c’eft-à-dire, dans la
capfule ou boëte du cœur. Ils cau-
fent quelquefois des convulfions
extraordinaires , dont les attaques
durent peu , mais recommencent
fans cefle ; ces convulfions font ac-
compagnées d’une päleur effroya-
ble de vifage , d’un abbatement en-
tier de tout le corps , de violentes
douleurs d’eftomac & de poitrine.
I1 fe rencontre quelquefois de ces
Malades infortunés, & le célé-
bre Baglivi Médecin de Rome,
n'a fait part là-deflus, d’une obfer-
vation importante & Curieufe que
voici. |
Un Cavaliere di 40. anni frego lati
mel vivere, commincio a patire di dolor:
. gagliardi di flomaco e di parti circonvici-
ne doppootto giorni 1: fopra. Giunfe un
fravagantiffimo moto convulfivo , cioe ogni
er ro quarto d'ora era forpreffo da un
momentanea moto convullivo per tuttoi
+ des Vern :- 161
corpo con pallore di volto , e pofirazione
di force. Ceffato il quale , retornava detto
moto convulfivo ogni mezxo quarto d’ora
giorno e notte , che maggior puntualita
non aurebbe ofervato l'orologio, doppo otto
gtorni di quefii travagli [s fermo per due
ore il moto convulfivo, doppo le quali vi
fopragiunfero dolori acerbiffimi di floma-
co ; e di petto per violenza de qsali poco
doppo mori. Diceva lanalato nel morire
fentirfi flrappare 1! cuore e Le vifcere dalli
cam. Aperto il cadavere [1 retrovo nella
cavita del pericaïdo vicino 4 cuore ,. un
verme vivo longo d’un palmo, nero e pe-
lofo | &> il cuore alquanto livido. Il reflo
delle vifcere f; ritrovava nello flato natu-
rale,. C'eft-à-dire : Un Gentilhoim-
me de quarante ans, peu reglé dans
fon vivre, commença à fentir des
douleurs très-fortes dans l’eftomac
& dans les parties voifines. Huit
jours aprés furvinrent des mouve-
mens convulfifs extraordinaires,
qui revenoient à chaque demi-
quart d’heure, & qui le prenoient
tout-à-coup par tout le corps : ïl
devenoit alors extrémement pâle,
& étoit fans force : l'accès fini,.le
Malade reprenoit fes forces , & {e
J 1j
ro2 De la Génération
portoit aufli bien qu'auparavant.
Ces accés pendant huit jours re-
tournerent fi ponétuellement à cha-
que demi-quart d'heure , tant du:
jour que de la nuit, qu'une horloge
_mauroit pas été plus jufte. Les huit
jours étant pañlés, les mouyemens
convulfifs ne revinrent que de deux.
heures en deux heures, & peu de
temps enfuite le Malade fut atta-
qué de douleurs de poitrine & d’e-
flomac fi violentes , qu'il en mou-
rut. I] difoit en mourant qu'il fe.
fentoit déchirer le cœur & les en-
trailles comme par des chiens.
Quand il fut mort on l’ouvrit, &
on lui trouva dans le Péricarde un:
Ver vivant, long d’un palme, tout
noir & velu , le cœur un peu livi-
de , & toutes les autres parties
dans leur état naturel.
Ce genre de Ver dont parle
M. Baglivi, peut caufer quelque-
fois des morts fubites ; & Sphéré-
rius raconte qu'un. Gentilhomme
de Florence, s’entretenant un jour
avec un Etranger, dans le Palais du
Grand Duc de Tofcane , tomba
mort tout d'un coup ; que comme:
des Vers: tôi
ôn craignit qu’il n’eût été empoi-
fonné, on l’ouvrit , & qu'on lui
trouva dans la capfule du cœur, (4)
ün Ver tout vivant.
Les Sancuins, fe trouvent dans
le fang ; ils fortent quelquefois par
les faignées, comme l’aflürent Rho-
äins, (&) Riolan , (c ) Ettinuller (d)
& plufeurs autres Auteuts.
. J'ajoute à cela, que M. de Saint
Martin, fameux Chirurgien à Pa-
ris, m'a atrefté que faifant une fai-
gnée par l'ordonnance de M. Quar-
ticr Médecin de Paris , le fang s’é-
tant arrêté tout à coup, il remar-
qua en écartant les lévres de l’ou-
verture , un corps étranger qui en
bouchoit le paflage ; qu'il fit auffi-
tôt faire un léger détour au bras ,
& qu'en même ternps, il vit {ortir
avec le fans , qui s’élança alors avec
violence , un Ver cornu de la lon-
gueur d'un Pérce- oreille. Feu
M, Daval, Doë@eur-Régent de la
- (4) Schenekins | Obfervar.: Medic. Kb. 11. dé
corde, |
(b) Rod. Cent. 3. Obferv. 6.
(c) Riol. Encheir. Anat. p. 147.
(d) Etimnl, Schrod. dilucid, Phif. Cla]. II. de’
#ceto..
I iv
ro4 De la Génération
Faculté de Médecine de Paris, &
pere de M. Daval d'aujourd'hui,
nouveau Docteur de la même Fa-
culté , m'a afluré avoir vu plufieurs
fois fortir des Vers par les faignées,
& que M. fon pere en vit.un jour
fortir deux par une même faignée ,
lefquels avoient chacun de lon-
gueur , environ un tiers d’aulne.
On raconte du fameux Pere Se-
nault Prêtre de l'Oratoire , de qui
nous avons le Traité des pañlions,
que quelques jours 4vant:fa mort,
on trouva dans du fang qu’on venoit
de lui tirer, un petit Ver forti par
la veine, lequel avoit des aîles. Je
n’oferois donner ce fait pour cer-
tain; car il fe pourroit bien faire
qu’on eût pris pour un Infeéte en-
gendré dans le fang , quelque Mou-
cheron tombé par hafard dans une
des palettes. C’eft fouvent à des
méprifes femblables que nous de-
vons quantité d’hiftoires qu’on nous
rapporte comme vraies , & qui
examinées de près, ne font que
des preuves de la trop SRNdEl -
plicité de ceux qui s'en difent les
témoins.
. des Wers, ï
- Les Vers qui s’engendrent dans le
fang , ne font pas tous de même fi-
gure ; cependant ceux qu’on y trou-
ve ordinairement, fe refemblent
affez. La maniere dont ils font faits,
mérite d'être remarquée. Leur
corps eft figuré comme une feuille
de myrthe , & tout parfemé de fi-
lamens femblables à ceux qu'on
remarque fur les feuilles naiffantes
des arbres. Ils ont fur la tête une
cfpéce d’évent comme en ont les
Baleines , par lequel ils rejettent le:
fang dont ils fe font gorgés. Ces.
Vers qui fe remarquent quelque-
fois dans le fang de l’homme, fe
trouvent aufli dans celui des ani-
maux, & pour les voir, il faut
rendre des foies de veau où de
Pb , tout récemment tirés du
corps, les couper en petits mor-
ceaux, puis les jetter dans de l’eau,
On en verra fortir alors avec le
fang , plufieurs Vers qui aurontun
. mouvement fort fenfible , fi les
foies font bien frais.
Ces fortes de Vers font connus
aux payfans du Languedoc , qui
les appellent Dalberes , du nom
T06 De la Génération
d’une herbe qui pañle chez eux pour
produire dans lé corps beaucoup de
cette vermine. On peut voir là-
deflus M. Borell (4) dans fes Ob-
fervations de Phylique & de Mé-
decine ; la chofe paroît avoir beau
coup de rapport avec ce que nous
avons remarqué ci-devant des Vers
des Moutons page 27. Mais pour
revenir aux Vers fanguins de l'hom-
me, comme on he fcauroit avoir
R-deflus trop de faits bien confta-
tés, nous croyons devoir joindre
encore ici les cinq fuivans : le pre-
micr , attefté par une lettre de
M. Charollois, Médecin de l’'H6-
pital de Châlons für Saone; le fe-
cond , par une lettre de M. Vrayet,
alors Médecin à Compiegne, &
aujourd'hui à Abbeville; le troi-
fiéme , par une lettre de M. Col-
laflon, Maître Chirurgien à Vatan,
& les deux derniers par une nou-
velle lettre du même M. Vrayet ,
qui m'a écrit tout récemment fur
ce fwjet. Les voici telles qu’elles.
nYont été écrités ; je n’en airetran-
(4) Borel, Cent, 3. Obferv. 4,
| des Vers. 107
ché que les complimens. Elles mé-
ritent d’être lues.
Lettre de M. CHaroLLois, Mé-
decin de l'Hôpital de Chälons-
Jur-Saone , au [ujer d'un Ver
Janguin.
Monsieur,
» IT eft jufte que je vous fañe
» part d’un fait extraordinaire con-
» cernant un Ver Sanguin. Ce Ver
» Eft forti par la veine médiane d’un:
» homme de 66. ans, attaqué d’une
» Maladie dont je vous ferai l'hiftoi-
»re par la fuite. Je n’ai point vu
» dans votre Livre de la Géné-
» ration des Vers , ni dans aucun:
» Auteur cité ; non plus que dans.
».ceux dont j'ai connoiïffance , qu'il
» y aiteu de Ver Sanguin de cette:
» grofieur. 11 eft de celle d’un tuyaw:
» de plume à écrire : il a le corps:
» comme variqueux, rouge dans le
» dedans & en quelques endroits de:
»- la fuperficie. Il eft rond dans toute
:fa longueur, qui a près de cinq pou--
#08 De La Génération
» ces : on y diftingue três-bien-la té-
» te & la queue. Je ne puis, Mon-
» fieur , vous marquer d’autres cir-
» conftances, manquant de micro{-
» copes pour cela. Jai mis le Ver
» dans de l’eau de vie, & vous lai
» deftiné. Je vous l’enverrai par la
» Diligence, fitôt que vous m’aurez
»témoigné le fouhaiter. J'ai pris à
» Paris quelques-unes de vos Lecons
» aux Ecoles de Médecine , après
#avoir recû le Bonnet de Docteur
» à Montpellier. Je n’avois encore
ntrouvé aucune occafion de vous
» remercier, je {uis ravi que celle-ci
» fe préfente pour vous aflurer que
» je fu is. &c.-
CHaArorzots, Aédecin de
l'Hôpital de Chälons-fur-
Saone en Bourgogne.
» Para premiere Diligence qui
» partira d'ici, je vous ferai remet-
»tre en main propre ce dont il s’a-
» git, avec l’hiftoire de la maladie,
» qui eft trés-finguliere.
4 Chälons-fur-Saone, ce.15. ay 1723.
es Vers. 469
Seconde Lettre de M. CHaRo1-
Lois, Médecin de l'Hôpitalde
Chälons-[ur-Saone , au [ujer
du Ver Sanguin, dont il ef
parlé dans da précédente.
M oxsteur,
» JE vous envoye, comme .je
» vous lavois promis , le Ver dont
“je me fwis donné l'honneur de
» vous Écrire. Vous ie trouverez un
» peu changé en longueur , groffeur
» @&c couleur,par le féjour qu'il a fait
» dans l’eau-de-vie. :Le Malade au-
» quel on letiraeft mort aprés avoir
» eu dans unc maladie chronique
» três-longue , des douleurs uni-
» verfelles , une infomnie , un dé-
#goût, un Ctoufflement erratique,
sun pouls inégal, dur & concen-
» tré, un crachement de fang noir,
» mélé de bîle, des enflures de jam-
» bes, unetenfion douloureufe , &
» à diverfes reprifes , dans la région
#du foie ; des urines briquetées ,
rod) De la Génération
» quelquefois de la fievre, une dif.
» ficulté de demeurer au lit pendant
#les premiers jours de la maladie ;
» en un mot, une affemblage con-
» fus de différentes maladies , qui
+ m'a empéché de caraétérifer celle-
#»nci, & de la réduire fous aucune
» claffe particuliere.
» Vous obferverez, Monfieur,
#que le Malade, pendant rout le
» cours de fa maladie, n’a rendu que
» trois Vers par les déjections ; en-
» core a-ce été un jour de Médeci-
“ne, quoique je l'aye purgé plu-
» fieurs fois , & que j'aye employé
» les antivermineux, regardant tou-
»jours le fond de vermine comme
“ caufe conjointe. S'il fe préfente
» quelque autre fait fingulier, je me
» ferai un fenfible plailir de vous
» le communiquer , & de vous af-
“furer que je fuis,
MONSIEUR,
Votretreès, &tc.
CHAROLLO1IS.
A Chalons-fur-Saone, ce 2 5. May 1723.
V des Vers. 11f
Lettre de M. VRAYET, Méde-
el À .,
- cin à Compiègne ; fur un Ver
Sanguin.
Monsieur.
» JE ne compte pas vous faire
» rien voir de nouveau, en vous en-
» voyant un Ver forti de la veine du
_»bras par une faignée que je fis fai-
» rC hier à une Dame attaquée d’un
» rhumatifme univerfel. Le Chirur-
» gien , En ouvrant le vaifleau qui
»avoit été piqué la veille , tira ,en
»ma préfence , avec la tête d’une
» épingle , le Ver que je vous en-
»voye. [left rompu, & nous n’en
5» AVONS EU QUE CE QUE VOUS VOYEZ ,
» quoiqu'il füt peut-être de la
» même longueur que ceux que
» M. Daval le pere a vu fortir par
» la faignée, & dont vous parlez
» dans votre Traité des Vers.
» La tête & le corps étoient rou-
» ges, & le col blanc; il étoit de
»la groffeur d’une petite plume
” d'oye; de forte qu'il avoit pref-
112 De l4 Génération
» que le diamètre de la veine d’où
»ila été tiré. à
:» Je l'ai mis dansun bout de plu-
#me pour qu'il ne fe rompe pas.
» J'aurois du le conferver dans de
#»Veau-de-vie, afin que vous l'euf-
» fiez pû voir tel qu'il étoit; mais
“je ne fçavois à qui le confier. Je
» fuis , Fe
MONSIEUR,
Votre, &c.
VrRaAveT,Médecin.
4 Compiegne, ce 2 3. Novembre 1724.
Lettre dd M. COLLASSON,
Maître Chirurgien à Watan ;
far un Ver Sanguin.
Moxsreur,
» JA: l'honneur de vous écrire
» au fujet d’un phénomene de Mé-
» decine, que j'ai vu le 15, de ce
» mois de Septembre 1726. en fai-
» gnant de Ja céphalique M. Gigot,
Chanoine
des Vers. 113
»Chanoine deS. Laurian de Vatan,
» de la veine duquel il eft forti un
» Ver long comme cette raye.
» gros comme une petite ficelle, &
» que j'ai vu fe mouvoir ; ce qui fut
» fuivi‘de quelques portions de fang
»çaillé. Le lendemain, j'ouvris au
5 Malade la médiane du même
» bras. Le fang fortit avec impétuo-
»fité, & l'ouverture fut aufi-tôt
» bouchée par du fang caillé. Je fus
» obligé alors de dégager , avec la
“tête d’une épingle, ce qui bou-
» choit le vaifleau, & je tirai une
» grande quantité de fang comme
_»congelé, &c. Je fuis,
MONSIEUR,
Votre , &c.
Cozrasson , Maître Chi-
rurgien à Vatan.
De Vatan ce 27. Septembre 17216.
. Ce que me mande dans cette let-
tre M. Collaflon , Maître Chirur-
gien à Vatan, fe trouve confirme
Tome Z. K
Y1 4: De la Génération
& éclairci dans une autre: qu'il’
vient de m'écrire, en réponfe à:
quelques queftions que je lui ai fai--
tes depuis peu à ce fujet, en luian-
noncant que jallois donner une:
troiliéme édition de mon. Traité
des Vers; & que s’il avoit quelques.
remarques nouvelles à me com-
muniquer , je me ferois un grand:
plaifir de les inférer dans mon Li-
vré âvec la premiere dont il m’a-
voit fait part.. Voici donc fa répon--
fe, qui me paroît d'autant plus di--
gne d'attention , qu’elle fert à con-
fater un fait curieux &'important:
dans la Médecine.
Monsieur,
» Le cas d’un Ver forti par la fai
» gnée , €ft trop fingulier , pour être:
» ordinaire, auffi n'en ai-je pas vu:
» de femblable depuis que j'ai eu:
» l'honneur de vous écrire, & mêé-
» me je n'ai rien vu en fait de Vers.
» & des accidens dont ils font fui-
» vis , qui mérite de vous être rap--
# porté aujourd'hui. Quoiqu'il en.
'
on des Vers 11$
.#{oit , le Chanoine qui donna lieu
#à l’obfervation que je fis danslé
“temps, fur le Ver forti par la fai-
» gnce , éft encore au monde. Il cft-
» réel que lorfque je le faignai il fe
#préfenta un Ver à l'ouverture de’
5 Ja veine, & qu'il n’en fortit qu'à
> l'aide de mon ongle. Sa longueur
s#étoit de deux bons travers de:
sdoigt ; {à figure étoit ronde, &
» fa grofieur de celle de la queue:
» d’une poire de bon chrétien. Au:
» fortir de la veine on apperçut fon
# mouvement circulaire , ou fpiral.-
» On le conferva quelque temps
» dans de Peau-de-vie , après quoi’
» on négligea de renouveller l’eau.
» & de garder plus longtemps cet:
»“Anfcûte, &c. Failhonneur d’être,
28.
de Ci L'ASS ON Ve Maitre
Chirurgien.
AE Vatan, ce $. Août:1736..
Iyaici une remarque particu:-
liere à faire fur la premiere Lettre’
de M. Vrayet, qui cft que depuis”
Ki;
116 De la Génération É
onze ans qu'il m'a envoyé dans an
bout de plume le Ver Sanguin dont
11 me parle, j'avois négligé de l’e-
xaminer , & que-ce n’eft qu’au mois
de Juin de Fannée 1736; que je me
fuis avifé de le tirer du tuyau de
plume où il étoit. Je l'ai trouvé,
comme on peut croire, fort deffé-
ché, ce qui m'a obligé de le mettre
dans de l’eau pour l'humeéter , :&
en mieux difcerner les parties ; mais
je n’y ai rien vu de bien diftin&.Ce
qui m'a frappé & à quoi je ne m'at-
tendois pas, c’eft qu’au bout de
quelques heures , 1l a teint en cou-
leur de fang, toute l’eau où.je la-
vois jetté, laquelle étoit afñlez abon-
dante ; le lendemain j'ai ôté l’eau
qui étoit encore plus rouge, & en
ai remis d'autre , qui en une nuit
eft devenue de la même couleur de
fang. J'ai recommencé une troifié-
me fois , & la même chofe eft arri-
vée. Ce qui fait voir qu'il falloit
ue ce Ver füt bien pénétré de
ang , pour pouvoir colorer ainfi
l'eau, onze ans après avoir ététiré
de la veine. A
Jai voulu réiterer, l'expérience
des Vers. “17
une quatrième fois , mais elle n’a
plus réufli, & le Ver s’eft tourné en
colle. |
Quant au Ver Sanguin dont me
parle M. Charollois dans fa Lettre,
& quim'a été qu Le en premier
lieu , je le laiffai perdre par mégar-
de ; ainfi je n’ai pu le mettre dans de
l'eau , comme j'y ai mis celui de
M. Vrayet ; mais il y a toute ap-
parence , que comme 1] m’avoit été
envoyé dans de l’eau - de-vie, il
n'auroit pu rougir l’eau commune ,
parce que le fang en devoitétre trop
coagulé par l’eau-de-vie.
Dans le moment que j'écris ceci,
je viens de recevoir une Lettre du
même M. Vrayet , datée du 3. Juil-
let de la préfente année 1736. dans
laquelle il me parle de deux autres
Vers Sanguins. Comme ces fortes:
de faits ne {cauroient être trop con-
nus, je crois qu'on ne fera pas fâché
de voir ce que ce fcavant Praticien
me mande encore fur ce fujet.
T1 De la Génération: |
Monsieur,
» C’eft à Abbeville où je fuisétaz-
»bli à préfent , que m'a été remife:
“la Lettre que vous m'avez adref--
sÂée à Compiégne, où a été faite
par mes foins, l’obférvation fur
ST Ver Sanguin que je vous aien--
» VOYÉ En 1704.
>, Je vous dirai pour répondre à:
,; Votre Lettre , que j'en ai vu fortir’
sun autre‘il y à huit ans au Quélu;.
,, prés la Ville d'Eu, en faifant faï-
,, gner Madame de Freflennéville ..
>; laquelle autant qué je puis m'en:
»fouvenir , étoit attaquée d’une:
;tièvre maligne , dont elle eft mor--
te. Mais je négligeai de conferver”
, cet Infecte, & d'en faire la def-
» Cription. Je croïs cependant qu'il
:; réflembloit à un petit Vera foye
tels qu'on les trouve dans leur
Coque quand ils font dépouillés:
,; de leur peau , & qu'ils font en
5 féve. | |
,; Nous avons encore obfervé ici;
sil y afix ans, entre trois Méde-
des Vers: 119
»Cins , M. Poultier, M. Hecquet ,.
8 moi, un Ver Sanguin.,. qui
avoit la figure d'une petite Tan-
,; Che ou: petit poiflon, long d’un:
» peu’ plus d’un travers de’doigt,.
» forti comme on faignoit Madame:
:; de l’Epine enceinte de fept mois.
attaquée. de pleuréfie', laquelle:
>; guérit par le moyen de cinq ou:
» fix faignées , de quelques convul-
»fons, & accoucha quinze jours:
5 aprés:
,, Si vous inférez mon Obferva-
» tion de Compiégne & ces deux:
autres dans votre nouvelle édi--
»tion du Traité De la Générarion des:
» Vers, je vous prie que ec foit fans:
», affeétation par rapport à moi, qui
,, ne prétends tirer aucune gloire de:
»Ceci, puifque ces obfervations:
,, font un effet du hafard.
Cette Lettre de M. Vrayet con-:
tient plufeurs autres particularités :
que nous fupprimens , parce qu'el-
les regardent des fujets différens de*
celui-ci. Au refte il n’eft pas éton--
nant qu’il puifle y avoir des Vers-
dans le fang ,; la pcriteffe de leurs:
œufs , qui, à raifon de.cette extré--
t:0 De la Générätion
me petitefle', s’infinuent dans Îes
cndroits: les plus impénétrables.,
rend la chofe facile à comprendre.
L'ordre demande que nous ve-
nions à prélent aux Vers Véficu-
laires, & aux autres qui naifent.
hors des inteftins; après quoi nous.
parlerons de ceux qui fe produifent
dans les inteftins mêmes. C’elt. le
plan. que nous nous: fommes pro-
pofé au commencement , & qu'il
faut fuivre.
Les Vers VE’SICULAIRES s’en-
gendrent dans la veñlie, & dans les
reins , & fortent avec l'urine ; il y
en a de plufieurs figures différentes :
Tulpius parle d’un Ver (4) {orti de
la veflie , qui étoit long. & rond
comme les Vers ordinaires des in-
teftins, & rouge comme du fang ;
il y en à d’autres où l’on découvre .
ur nombre prefque inombrable de
pieds, une queue pointue, marquée
d'un point noir au bout , & une té-
te large, avec deux petites éminen-
ces aux deux côtés , le deflus du
corps rond & Hfe, & le ventre hé-
rifflé. Un Médecin d’'Amfterdam ,
Ca) Tulp. Obferv. Médie, Lib, 11, Cap, 49. «
dont
‘des Vers. 121
dont Tulpius (4) fait mention , en
rendit dix - neuf de cette forte dans
l'efpace de huit jours, en urinant, &
cela après. avoir été guéri d’une fié-
vre tierce : il les rendit au refte, fans
aucune douleur. Ils avoient autant
de pieds que des Cloportes. Le mé-
me Tulpius en a donné la figure
dans le fecond Livre de fes Obfer-
vations ; la voici.
Louis Durert, ce fameux Interpré-
te d'Hippecrate , en:rendit par les
grines , après une longue maladie,
de femblables à ceux-là , felon ce
qu'écrit Ambroife Paré (b).
On en voit d’autres qui n’ont que
fix pieds , trois de chaque côté vers
Jatète , & qui, durefte, font tout
blancs , & refflemblent à des mites
de fromage , comme ceux que ren-
(a) Tulp. Obferv. Lib. TT. cap. so.
(b)Ambr. Par, Liv. XX, Chap. 3.
Tome I.
122 De la Génération
dit une femme de cinquante ans,
dent -parle aufi Tulpius (4). Il y
en a d’autres qui font faits comme
des Sangfues, à cela près, qu'ilsons
deux têtes; l’une à un bout, & l’au-
tre à l'autre. Ces Vers vivent quel-
quefois fort long-temps après étre
aris , pourvii qu'on les tienne dans
dc l'eau tiéde , comme on fit ce-
Jui dont parle Balduinus Ronfeus (4),
Jlequel par ce moyen, fut confervé
vivant plus de fept mois. Il y en 2
d’autres qu'on prendroit pour des
Sauterellés : le Comte Charles de
Mansfeld, malade d'une fiévre con-
tinue à l'Hôtel de Guïife, en jetta
un de cette efpéce par les urines ;
on en trouve la figure dans Ambroi-
4e Paré (c) 5 la voici. :
Thomas Bartholin parle d'un Po-
(2) Talp. Obferv. Medic. Lib. II. cap. 49.
(b) Bald. Ronf. in Epif. +
{c) Atmbr, Par, Liv, XX. Chap. 3.
des P'ers. 123
onois , qui , après avoir ufé pen+
dant long-temps, d'un médicament
contre la gravelle , jetta par les uri-
nes quantité de fable mêlé de Vers
noirâtres , faits comme des Scor-
pions, mais plus petits (4).
Le fept du mois d'Avril r713.une
Demoifelle de qualité, âgée de fepr
ans , Penfionnaire chez les Dames
de la Vifitation Sainte Marie, rue
du Bac , rendit par les urines quatre
petits Vers blancs , aprés avoir bû
de l'eau de fougere , que je lui fis
prendre contre les Vers. Ces Vers
étoient ronds, menus, & fans pieds:
Les EccormAces naiflent dans les
ulcéres , dans les tumeurs, dans les
apoftumes. Ils font äinfi appellés
des deux mots Grecs ELKOS &
Phaguein , dont le premier fignifie
ulcére , & le fecond , manger.
Les grains de læ petite vérole en.
font quelquefois tout remplis, com-
me l’a obfervé M. Borelli (é). Les
charbons , les bubons peftilentiels
en contiennent un grand nombre,
(a) Thom. Barth. Hifior. Anat, Cent. IP.
(b) Petr, Borel, Hiflor. Obferv, Medic, Phyfic. Cene.
II. Obferv, 7ts
= > “om 6 eh L 1}
424 DelaGénération
4:25 chairs gangrénées en font ordi-
nairement toutes pleines. Haupt-
man rapporte qu'un de ces Vers
ayant été mis fur du papier après
avoir été tiré d'une partie gangré-
née , en produifit fur le champ cin-
quante autres, ainfi qu'on le remar-
qua par le microfcope. Ambroife
Paré , Chapitre 3, du XX. Livre,
au Traité de la petite Vérole & de
la Lepre, parle d'un Ver vélu qui
avoit deux yeux & deux cornes,
avec une queue fourchue ; lequel
fut trouvé dans une apoflume à la
cuifle d’un jeune homme. Le fa-
meux Jacques Guillemeau tira lui-
même ce Ver, & le donna à Am-
broife Paré ,'‘qui le conferva vivant
plus d’un mois dans un vaifleau de
verre, fans lui donner aucune nour-
riture. Voyez la figure ci-jointe, où
ZE =STS
HS Se
STE
pe TISS TE
Ver velu Sorti dune ap
a la Cuisse dun jeune homme,
a des Pers. fzÿ
left repréfenté tel qu'Ambroife
Paré le décrit dans l'endroit cité.
Les CurTaxwez naïflent fous [4
peau, entre chair & cuir , & fonc
ainfi nommés: du Latin Curtis , qui
fignifie peau. H y en aide plufieurs
fortes ; les prmcipaux font les Cri-
nons , les Cirons , les Bouviers , les.
Soyes , les Talpiers & les Toms.
Les CriKkoxs, en latin Crmones ,
font ainfinomimés, parce que quand:
its fortent ;. ils reflemblent à de pe-
tits pelotons de ctin Ces Vers vien-
nent aux bras, aux jambes , & prin-
cipalement au dos des petits enfans:
Hs font fécher leur corps, de mai-
greur; en confumant le fuc qui eft
porté aux parties : c’eft la remarque
de Schenchins (4).
Kufner (b), Montuus(c), Ambroi-
£ Paré (d), Ettmuller(e), Reufner(f),
Borelli(g), font mention de ces Vers
(a) Schench. Obf. Med. Lib. V.. de Phthiriafi, OEf. 8.
(b) Kufn. cap. 12... 4ppend. ad Lib. Leonelli. Favent.
de morb. puer
(c) Mont. de Infant. Febrib.
(td) 4mb. Par. Lib. 7. cap. 21. Chiturg,
(e) Eftmull. de morb. Infant.
(f) Hier. Reufner. in difpnt. Medica babità Bafileæ:
Ann. 15821.
(g\ Borel, Hiffor. @ Obferv. Med. Phyfic. Cent. TI,
Objeru, 8. a
Li}
126 De la Génération:
qui ont été inconnus aux Anciens =
Ettmuller en à
parlé afflez au
long dans fx
pratique fpé-
ciale , & nous
en a donné une
exacte defcrip-
tion avec figu-
res. Ces Vers ;
felon ce qu'ils
paroiflent dans.
le microfcope ,.
ont de grandes
queues , le
corps gros, &
font tels qu'on
les voit ici
repréfentés. A:
les repréfente-
comime ils pa-
A.
Ca
ef
86
Æ
8
as)
St
DUAL OMR
K 1 4 CAP Cod
44 VAE e
2 DA L
DE PE TL 7 SVP IAE 4
Hé 5e Le ALLIE LG
LÉ ss
,
IN 7 aod fa von \ a wou
COLE RPTS)
. roiffent fans mi-
+ : AN crofcope ; & B,
comme ils pa-
roiflent avec le-
microfcope.
Ils font auf-
fi appellés par-
Ettmuller, Dracuncali, petits Dra-
5
">
S
-
(ei
uen Pers. 7 LÉLT
gons; mais cet Auteur Îes confond
mal-à-propos avec d’autres Vers
qui portent ce nom , & dont nous
parlerons dans wh moment.
Les Crinons n’attaquent guère que
les enfans à la marimelle : ils s’en-
gendrent à la faveur d’une humeur:
éxcrémenteufe arrêtée dans les po-
res de la peau, & qui eft aflez ordi:
aire en cet âge. |
Les enfans attaqués de cette ver-
mine tombent en chartres, & ce-
pendant tettent ,.& dorment bien,
leur maigreur ne venant, comme
nous avons dit, que de ce que ces
Vers dévorent prelque tout le fuc
nourricier qui eft porté par le fang
aux parties. Ïl y améanmoins des en-
fans que ces Vers émpéchent de dor-
mir, & qui en font fi toërmentés
qu'ils crient jour & nuit. M. Borelli
dit (4) qu’il avoit un frere attaqué de
cette maladie, lequel pouffa des cris
continuels jufqu’a ce que ces Vers
füflent dehors. I1 remarque qu’on:
les fit fortir avec un peu de mief:
dont on frotta le corps de l'enfant.
Ifajoute que ces Vers dès qu’ils fen--
(2) Petr, Borell. ibid, ac fupra,
Liv
128 De la Génération
tirent le miel commencerent à mon:
trer leurs têtes , & qu’enfuite ils.
tomberent tous par le moyen d’un
linge rude qu’on pafa fur le dos du
petit Malade.
Le Crron cft un Ver qui pañle
pour le plus petit des Animaux ,
quoiqu'il y en ait de bien au-deflous
de celui-là. On lapselle en Latin
Acarus, d'un mot Grec qui fignifie
très-petit (4). On le nomme Ciron
en François, parce que la Cire y et
fujette quand elle eft vieille. Le Ci-
ron fe traîne fous la peau qu'il ron-
ge peu à peu. Il y caufe de grandes.
demangeaifons , & de petites am-
poules , fous lcfquelles on le trouve
caché quand on les pique. On a dé-
couvert par le microfcope toutes les
parties du Ciron.: il a fix pieds pla-
cés deux à deux prés delatête, avec
lefqueis il creufe de longs fillons
fous l’épiderme. Ce Ver a été connu
aux Anciens, & Ariftote en parle
dans le Chap. 31. du Livre V. de
fon Hiftoire des Animaux. Voyez-
le repréfenté dans les figures fui-
(2) axèpos.quod præ exiguitate dividi non poteff : qui
ne peut être divifé à caufe de fa petitefle. ©
des Vers. 129
vantes , où il eft defliné comme il
paroît par le microfcope.
Vu par le Microscope.
Les Bouviers font ainfi nom-
més , parce que les-Bœufs. y font
fujets : ces Vers fe traînent fous la,
peau comme les Cirons , mais ils:
font plus gros , & caufent des de-
mangeaifons prefque univerfelles ;
ils fortent fouvent d'eux-mêmes, &
percent la peau en divers endroits.
Alfaharavius, Avenzoar, & Albu-
calis., font mention de ces fortes de
Vers. La maladie qu’ils caufent s’ap-
pelle Paffio Bovina | douleur Bovine.
Elle a befoin d’un prompt fecours ,
fans quoi il en peut arriver de fà-
cheux accidens.
Les Soyes font des Vers qui ncfe
130 De la Génération
voyent point dans ces pays (4), mais:
qui {ont communs dans l'Ethiopie
& dans les Indes. Is reflemblent à
de petits cordons de foye rorfe, &
naiflent ordinairement aux jambes:
& aux cuifles. Ils font d’une lon-
gueur extraordinaire , les uñs ayant:
üne aulne , les autres deux, les au-
tres trois , & quelquefois quatre;
les Negres d'Afrique y font fort fu--
jets , & les Américains contractent
cette maladie par la contagion des:
Negres qu’ils fréquentent. Elle fe’
communique même fouvent à des:
perfonnes qui ne font ni d’Améri
que, ni d'Afrique, & M. le Comte:
de Scaghen , Hollandois, m'a dit
avoir vu dans l'Amérique Occiden--
tale, un Soldat d'Utrech , qui avoit:
aux jambes vingt-trois de ces Vers,
qu'il tira de fuite les uns après les au-
tres, & dont quelques-uns avoient:
plus de deux aulnes. Ces Vers cau-
fent des douleurs detête, & des vo-
miflemens ; mais quand on en eft
une fois délivré , on fe porte bien.
: Lorfqu'ils font en état d’être tirés, .
on le connoît par une petite apoftu--
(a} Paul, Æginet, Lib. IF. cap. 58.
des Vers. 131
me qui fe forme à l'endroit où
aboutit une des extrémités du Ver.
On perce alors cette apoftume , &
puis on prend un petit morceau de
ais rond , long de la moitié du
doigt , & fort ménu , auquel on
tortille d’abord ce qui fe préfente:
du Ver.
. On tourne enfuite ce bois com-
me une bobine , & le corps du Ver
fe roule à l’entour comme du fiF
qu'on devideroit. C’eft ainfi que ce:
Soldat tira les fiens en la préfence
de M. le Comte de Seaghen. On sy
prend de la forte de: peur de le rom-
pre , parce qu'il eff fort délié, &
qu'il y a du rifque à ne le pas tirer
entier; car la partie qui refte caufe:
des fiévres dangereufes.
Deux chofes. font à remarquer
dans ce Ver-:: r°. Il à deux têtes.
non à côte l’une de l’autre , mais fi-
tuces lune à un bout, & l'autre à:
l'autre , comme en certaines Che-
nilles. 2°. Il y a toujours unc de ces.
deux têtes qui eft comme morte ..
tandis que l’autre paroît vivante.
; Lagmaniere dont on tire ce Ver:
eft. repréfentée dans la planche fui-
E32 De la Génération
vante , fig. L. laquelle eft copiée de
Velfchius, qui a fait un traité ex-
prés fur cette forte de Ver.
Il vient à la cuiffe des Chardon-
nercts un- Ver prefque fémblable.
Spigclius dit erf avoir vu un:à Lx
cuifle d'un de ces Oïffeaux , lequel
avoit un pied de long. Cette lon-
guewx paroît d’abord incroyable ,
mais la maniere dont le Ver eft fi-
té, rend la chofe facile’, vü qu'it
eft difpofé eziczac , comme on le
voitici, fig. rx. & c’eft ainfi qu'étoit
celui que Spigelius dit avoir remar-
qué (4); c’eft auffi de la même ma-
nicre à peu près , que font difpofes
ceux dont rous venons de parler .
qui viennent aux jambes des Ethio-
piens. Celui des Chardonnerets eff
mince cemme une petite corde de
Euth: Lorfqu’il eft parfait & qu'it
commence à fe mouvoir, il perce
Ja- peau’ & fort quelquefois de lui-
même. Le plus fouvent l’Oifeau le
tire avec le bec. «
Quelques Auteurs ont douté que
les Soyes fuflent de véritables Vers.
mais Thomas de Veigue prétend,
(a). Spigelins de lumbrico late.
des Vers. 133
. que ceux qui font dans ce doute,
n'ont pas examiné la chofe d’aflez
près. En effet , le Vier dont il s'agir,
a du mouvement, & M. le Comte
de Scaghen, que j'ai cité plus haut ,
m'a affuré en avoir apperçu ‘dans
plufieurs de ceux :que ce Soldat
avoit tirés. Les Arabes, & entre au-
tres, Avicenne (4), appellent ce Ver
du nom de eñie, parce qu’il reflera-
ble à une petite veine. Thomas de
Veigue dit qu'Albucafis en a vu
qui avoient jufqu'à vingt palmes
de long: Quant à la couleur, il eft
rougcâtre. Amatus Lufitanus parle
dece Ver, & décrit-la maniere dont
on s’y prend pour le tirer, laquelle
s'accorde avec ce que nous venons
de dire là-deflus , p. 131. Mais il y
a une circonftance finguliere dans
«ce qu'il en rapporte, a eft que
quelquefois il faut plufieurs jours
pour parvenir à le tirer entier fans le
rompre; ce qui arrive apparemment
Jorfqu'on s'y prend trop tôt , &
avant que le Ver foit , pour ainfi
dire, mûr , &en état d’être tiré.
(à) Vena Medena, Avic.Fen, 3, Lib.IP.
134 De la Génération
» Un Ethiopien , dit-1l (4), gt
* de 18. ans , Efclave d’un Inten-
» dant de Marine , ayant été ame-
» né de Memphis à Theffalonique,
» fe plaignit d’abord d’une grande
» douleur dansunecuifle : il lui vînt
# prés du talon un petitulcere, dans
» lequel paroifloit comme le bout{(i)
» d’une veine. Les Turcsayant con-
» fideré ce mal , le connurent , &
“dirent que c'étoit une maladie
» dangereufe , ordinaire en Egypte
ss & aux Indes. Un Médecin qui fe
» connoifoit à cette forte de mala-
» die, fut appellé, & fe conduifit
» ainfi pour la guérir. I1 prefcrivit
» d'abord une maniere de vivre con-
» venable, puis il prit l'extrémité
s» de cette veine, ou plürôt de cette
» efpéce de corps nerveux , la lia à
» un petit bâton fort ménu, qu’il
,, tournoit de temps en temps , &
,, fort doucement, jufqu’à ce qu’en
,, fin au bout de quelques jours , il
;, parvint à l’autre extrémité , c’eft-
»a-dire, qu'il eût tiré environ la
(a) Amat. Lufit. Curationum Medicinalium centvr.
fept.curat. LXIV. in qua agitur de Dracunculo, in tibia
maito.quem Arabes venam mitenam appellant.
(b} In quorvenæ modo , caput confpicicbatur,
des Vers. 131$
4, longueur de trois coudées , par le
,, moyen de quoi l’Ethiopien fut
,» guéri de fes douleurs & de fa ma-
, ladie , fans l'application d'aucun
,, Cataplafme , & fans aucune fo-
», mentation. Voilà ce que rapporte
Lufitaous. |
On diroïit à ces paroles, qu’il fup-
pofe que ce Ver n'eft qu’un corps
membraneux , ou nerveux , & non
un animal; mais immédiatement
après il déclare le contraire bien
€expreflément. (4) » Les Auteurs,
» dit-1l, font en balance fur 1a na-
» ture de ce mal ,'& nefçavent fi
» c'eft une veine, un nerf, ou un
» Ver ; pour moi je fuis témoin ocu-
:, laire de la chofe, & par confé-
» quent plus à croire que ceux qui
» n’en ont qu'entendu parler. J’aflu-
1e que cela paroît être un Ver
» blanc fort délié, & de la figuré
>, d'une foye torfe, lequel fort de-
> hors, & dont la partie qui paroît,
,, reflemble à un nerf defléché. Si
>, Cette portion vient à fe rompre
, & à fe détacher du refte , le Ma-
» lade en reffent de grandes dou- :
{a) In fchol, bic curat. [abject.
3 36 De la Génération
, leurs dans le corps, &'de gran-
,, des perplexités dans l’efprit (4).
Ce Ver s'appelle autrement perir
Dragon , en Latin Dracunculus , nom
qu'Ettmuller donne mal-à-propos
aux Crinons , qui font très-différens
de celui-ci.
Ambroife Paré , après avoir rap-
porté fur cette maladie le fenti-
ment de da plüpart des Grecs , &
avoir , comme il fe left imaginé,
bien refuté là-deflus les Anciens,
dit que le petit Dragon, ou comme
il Pappelle , le Dragoneau , n'eft ni
un Ver , ni rien d’animé , mais (b)
feulement-un abfcès caufé par un
fang trop chaud. De plus, il en par-
le comme d’une maladie commune
(a) An nervus vel lumbricus morbus hix fit, in du-
bivum vertunt ,Autores. Ego verd oculatus teflis, multis
auritis verior . teflor morbum bunc tanquam lumbricum
confpici , album , [ubtilem, lines contortæ. modo, qui cx
Je foras prodir, Cr pars extra miffa Cm arefcit , cam
nervum exficcatum quivis dicet : qui fi abrumpi contin-
gat, intenfos excitat. dolores, €° non lenes animi an-
guffias concitat. Nafcitur autem morbus bic frequenter
apud Ægyptios, Indos, C7 Arabes : fed præcipue apud
Mediam juxte Perfiden | unde nomen venæ Medenæ
#raxit.
Amat. Lufitan, Curation. Medicinal. centuria fepti-
ma. 1n [chol.
de b) Ambr. Par, Chap. 13. des Tumeurs enparti-
cuUier, L
dans
des Vers. 137
dans toutes fortes de pays , en quoi
ilife trompe ; ce mal , felon le rap-
port unanime des Grecs, & de tous
les Arabes , étant particulicf"aux
Indiens & aux Ethiopiens. Am-
broife Paré ne s’eft pas foucié ici du
témoignage des yeux, lui qui avan-
ce cependant que dansles chofes qui
tombent fous les fens , on ne doit
rien avancer fans en avoir été té-
moins. Schenchius (2) dit là-deffus,
que cet Auteur a voulu apparem-
ment confondre la France avec les
Indes & l'Ethiopie.
Quelques autres mettent ce mal
dans le‘genre des Varices, &' ne fe
trompent pas moins ; d'autres le
confondent avec le Crinon , ainfi
que fait Ettmuller ; & c’eft, com-
me Fobferve Schenchius , vouloir .
comparer une Mouche avec un Eie-
phant , les Crinons étant fort pe-
tits, & les Soyes, oupetits Dra-
gons, dont il s’agit, étant d’une lon-
gueur extraordinaire, Us:
Les Tazriers , font ainfi nem-
més, parce qu'on diroit qu'ils che-
À )'Schene. Obferv, Medic. Lib. III. de Phtivia
Ob. 7.
Tome I. M
138. De la Génération
minent fous la peau, comme chemi-
nent fous terre les Taupes ; ils fe:
tiennent ordinairement cachés dans-
des tumeurs où des cals qu'ils:
femblent faire élever , comme les:
Taupes font élever au-deflus d’el-
les des boffés de terre. Ce font de:
petits Infectes , qui, par quelques-
uns des accidens qu'il caufent , pa-
roiflent avoir affez de rapport avec-
Iés Soyes , mais qui en font d’ail--
leurs 2e différens..
Les Efpagnols nomment cette:
forte d’infeûte Pique ; & les Indiens.
Guaranis qui y font fort fujets, le:
nomment 7 4#g. I n’eft pas plus gros:
qu'une Puce, comme Île remarque:
lé Pere Chomé dans la pénultiéme-
Lettre du vingt-deuxiéme Recueil:
des Lettrés Edifiantes & Curicufes,.
p.411. en quoi ce Ver diffère bien
des. Soyes ou pétits Dragons , qui
ont quelquefois plulieurs aulnes. Le
Pere Chomé, aprés avoir dit que le
Ver en queftion , eft de la groffeur
d’une petite Puce, ajoute qu'il s’'in-
finue peu à: peu entre cuir & chair,.
principalement fous les ongles C
dans les endroits ou il y a quelque
; frmferss AL |: #3>
ealus ; que là il fait fon nid & laiffe-
fes œufs.
Mais n’y a-t-1l pas apparence que’
c'eft plutôt le’ Ver lui-même qui
caufe-ces cals ou tumeurs. Au refte,
de la maniere dont parle le Pere
Chomé ; quand il avance que le
Ver dont il s’agit , s’infinue peu à
peuentre cuir & chair, & que là il
fait fon nid & laiffe fes œufs, il fem-
ble que ce Ver ne fe produife pas
dans l’homme-même , mais qu'il y
vienne de dehors ; ce qui eft un fait
à examiner, & non à fuppofer..
D'ailleurs pourquoi ce Ver cher-
cheroit 1l plutôt ies calus pour s'in--
finuer dans la peau, que les endroits
qui font plus tendres & plus faciles
a pénétrer >» De plus, fi le Pique,
comme lé nomment les Efpagnols,.
ou le Tang, comme le nomment les:
Indiens , vient du dehors ; pour-
quoi n’en trouve-t-on pas aufüi fur
terre > Du moins on n'entend pas
dire qu'ils yen trouve ; cette diffi-
culté n’eft pas facile à réfoudre.-
Mais la queftion eft peu importan-
_te, venons à quelque chofe de plus
1ntéréffant. Si lorfqu’on eft artaqué:
| Mi,
140 De l4 Génération
de ce Ver , ce qui fe reconnoît par
une violente démangeaifon qu'il
caufe dans l’endroit où il eft, on
n'a pas foin de le tirer prompte-
ment , il gagne pays, fe répand au
long , & produit de fâcheux acci-
dens ; tels entre autres, que deren-
dre les pieds ou les bras perclus , fe-
Jon l'endroit où il fe cantonne Pour
{e délivrer de cet ennemi, il faut
miner peu à peu fa petite loge avec
la pointe , non d’une épingle , de
peur d’envenimer la peau, mais d’u-
ne aiguille , do le tirer de là tout
entier ; nous difons tout entier , car
À foit fort petit, it arrive
ouvent qu’on n’en tire que Ja moi-
tié, ou moins encore, ce qui rend
la playe dangereufe, & tout le corps
fort malade ; accident qui eft aflez
femblable à celui que caufent les
Soyes , lorfqu’en voulant les tirer
dehors on en laïffe en dedans quel-
que portion.
Les Toms font de petits Vers
ui viennent aux pieds , où ils cau-
rs des tumeurs douloureufes ,
groffes comme des féves. On ne
trouve de ces Vers que dans l’Amc-
des Vers. F4
rique: Thevet rapporte. dans l’'Hif-
toire de ce pays-là,. que lorfque les
Efpagnols y ch ils devinrent
fort malades de ces fortes de Vers ,
par -plufieurs tumeurs qui s’éleve-
rent fur lours pieds, 8 que quand.
ils ouvroient ces tumeurs, ils y-trou-
voient un petit animal blanc. Les
Habitans du pays s'en guériflent par
Ic-moyen d'une huile qu'ils tirent
d'un: fruit nommé Ghibou , & Cachi-
bou , Iequel n'eft pas bon à manger :
ils confervent cette huile dans-de
petits vaifleaux faits avec des fruits,
appellés chez eux Carameno. Ils en
mettent une goutte fur les tumeurs,
& le mal guérit en peu de temps.
Ezs Vers Umgiicaux font des
Vers , qui, à ce que prétendent
quelques Auteurs , viennent au
nombril des enfans , & qui les font
beaucoup fouffrir. Ils leur caufent
une maigreur confidérable, & les
jettent dans une langueur univer-
félle. Les lévres pâliflent; la cha-
leur naturelle diminue , & tout le
corps tombe dans labbattement.
On n'a point. d'autre figne de ce
Ver, dit Ettmuller, finon qu'ayant
M:
142 De la Génération
hé fur le nombril de l'enfant, wi:
de ces poiflons, qu’on nomme
Goujons , on trouve le lendemain:
une partie de ce poiflon rongée. On:
en remet un autre le foir, & l’on:
rèitere la chofe jufqu'à trois ou
quatre fois, tant pour s'aflürer du
féjour du Ver, qué pour Fattirer:
par cet appas. |
Enfuite on prend fa moitié d’une
coquille de noix, dans laquelle on.
mêle avec un peu de‘miel, une pou-
dre faite avec du chryftal de Veni-
fé & de la Sabine. On applique
cette coquille fur le nombrif ; le
Ver vient à Fordinaire, & attiré:
parle miel, mange de cette mix:
tion qui le tüe ; après quoi‘ on fait:
avaler à l’enfant quelque médica-
ment abfterfif pour entraîner le
Ver. |
_ J'aurois beaucoup de penchant
‘traiter ce Ver de fable, fans le
témoignage d’Ettmuller { 4 ) &, de
Sennert, (à ) qui me font fufpendre
mon jugement. Le premier affüre
: (a) Etimull. de morb. Tnfant.
{b) Sezncrt. Lib, III. Part. I. de Morb. Abders,
Capau
Ù des Vers. 143:
que Michael a gucri de ce Ver plu:
fieurs enfans , en obfervant la mé-
thode ci-deflus Le fecond rapporte:
aufli Pautorité d’un témoin ocu-
laire, quieft Bringgerus | (4) lequel
dit qu’une petite fille de fix mois.
ayant une fievre dont elle ne pou-
voit guérir , la mere foupconna-
que c’Ctoit un Ver au nombril, &
que pour l'en: délivrer, elle mit.
tout vivant fur le nombril de l’en-
fant , un deces Goüjons , Ielia avec:
des linges, & Fy laiffa vinst-qua-
tre heures; que le Ver mangea le
poiflon , & n’y ayant laffié que les.
arêtes ; {e retira dans la veine , ce
font fes termes : que là mere rénou-
vcllant tous lès jours Fappas , Ia:
même chofe arrivoit ; que haitou
dix jours enfuite, les linges appli--
qués fur le nombril étant tombés,
entraînerent le poiflon & le Ver:
qui le mangeoïit ; que ce Ver n'ayant:
pu rentrer dans le vaiffleau umbili-
cal, futtrouvé mort fur le ventre:
de l'enfant ; qu’il étoit rond & jau-
nâtre ; avoit un demi-pied de Iong,
_(a) Bringg.in Epiflolä. Obferv, D, Philipp, Hoerfle-
ri Decads 6, annexés
44 De la Génération
8 une peau plus dure que celle des
Vers ordinaires. |
Rupert , ami familier de: Sen=
nert (4), rapporte une hiftoire fem-
blable, d’un enfant de même âge.
lequel pañloit les nuits dans de gran-
des agitations., crioit fans cefle,
& rendoit des- maticrès- vertes,
fouvent cendrées , qu'on: autoit
prifes pour de la chair hachée. Il
dit qu’on fit à cet enfant, plufieurs:
remcdes inutiles, après lefquels on
fe détermina à lui appliquer fur le
nombril un Goujon ; qu’au bout
de deux-heures., le poiffon fut ror-
gé & creufé à pouvoir mettre un
poids dans ce creux ; qu’on appli-
qua enfuite un autre Goujon , qui fe
trouva le lendemain fi rongé , qu’il
n'avoit que l’arrête; que comme
on eut remarqué cet effet, on ap-
pliqua fur le nombrit, la moitié
d'une coquille de noix , remplie
d’une pâte faite avec du chryftal de
Venife pik , du miel & de la fabi-
ne ; que Le lendemain on trouva
une partie de cette pâte mangée ;
que l'ayant renouvellée trois jours
(a) Sennert, Lib. III, Part: X; Cab, 4,
de
des Vers. : 145
de fuite, la même chofe arriva les
deux premiers jours ; mais que le
troifiéme , on'tira la mixtion toute
entiere ; que cc figne ayant fait ju-
ger que le Ver toit mort, on fit
avaler à l'enfant de la poudre de
corne de Cerf dans de l’eau de 7 4-
naïfie ; & qu'ayant aprés vifité fes
langes, on Ï trouva le Ver {qui
étoit forti fans doute, par l'anus)
& dont la tête s’étoit féparée ; que
ce Ver avoit un palme de long ;
que la tête, qui étoit faite comme
celle d’une Mouche, paroifoit fort
dure; qu'on y voyoit des yeux,
& aupres de ces yeux , une trompe
fort bien figurée ; que quand le Ver
fut forti, tous les Pipeomes de la
maladie cefferent.
Voilà ce que rapporte Ruppert, (4)
. lequelajoute que l’on confervoit la
tête de ce Ver, & qu'on la mon-
troit par curiofité. |
Il y à dans ce récit, une circon-
flance qui nc me paroïît pas vrai-
femblable ; c’eft la forrie du Ver
par les inteftins ; car fi l’Infe@&e
étoit dans quelqu'un des vaiffeaux
(a) 4pud Sennert ; Lib, TT. part, 10. Cap. 4,
Tome L.
146 De la Génération
umbilicaux ,- foit dans la veine du
foie, foit dans l’une des deux ar-
téres. umbilicales ; ou fi l'on veut,
dans, le ligament nommé Ouraque ;
qu'on ne doit pas cependant mettre
ici au rang des vaifileaux umbili-
caux , puiiqu’il n’eft pas creux dans
l'homme; on ne peut concevoir
que la force d'aucun médicament
ait pu l’entraîner de-là dans le con-
duit inteftinal pour le chaffer avec
les déjcétions ; à moins qu'on ne
fuppole que ce Ver ait percé les in-
teftins pour y entrer. Ne feroit-il
pas plus vraïfemblable de penfer
que ces prétendus Versumbilicaux,
ne {ont point des Vers particuliers
engendrés dans lumbilic; mais des:
Vers inteltinaux , lefquels perçant
Yinteltin & les tégumens. com-
muns , fe font: un chemin jufqu'à
Tumbilic qu'ils percent auf, &
d’où ils retournent dans. les inte-
fins ; ce qui ne féroit pas un cas fi
fingulier , y ayant-eu plufieurs Ma:
lades à qui les Vers des inteftins
font ainfi: fortis par le nombril,
comme Je témoionent { 4) Fore-
(a) Forefi. Lib, 21. Objerv, 26. im fcheh
des Vers. 147
fus, & plufieurs autres Auteurs
Ettmuller (4) cependant & Sennert
parlent de cet Infeéte , comme d’un
Ver qui fait une efpéce à part. Le
premier dit que perfonne, excepté
$Sennert & lui, n’en a fait men-
tion. ÿ
Les Vers VenerteNs, font des:
Vers que l'on dit fe trouver dans
prefque toutes les parties du corps
de ceux qui font atteins de la mala-
die vénérienne. M. Hartfocker dans
la feconde Lettre qu’il m'a écri.-
te, & qui eft inférée dans ce Livre,
cft de fentiment qu'ils caufent tous
les ravages qui arrivent dans les:
maladies Vénériennes ; qu’ils mor-
dent & rongent tout ce qu’ils trou-
vent. Il y a des Vers dans plufieurs
maladies Vénériennes , le fait eft
conftant ; mais que ces maladies.
viennent de Vers , comme le pré-
tend entrautres l’Auteur d’une
Thefe foutenue à Montpellier aw
mois de Juillet 1713. laquelle à
pour titre : 4n lues venerea à Vermi-
bus ? c’eft ce qu'il cft difficile de
prouver. Aufñi l'Auteur de cette
{a) Ettmuller, de Morbo infantum.
N ij
148 De la Génération
‘Fhéfe n’appuie-t-il d’aucuné preu-
vé convainquante le fentiment qu’
advance. Il y a bien plus d’apparen-
ce queles Vers qu'on nomme Vé-
ñériens , font l’efict plütôt que la
caufe des défordres de cette mala-
die. Il'eft vrai qu'ils peuvent aug-
inenter le mal ; mais de foutenir
ils en font la fource , c’eft vou-
loir deviner.
- M. de Sault, dans fa réponfe à
M. Aftruc, eft d'opinion que la
caufe des maladiesvénériennes font
les Vers. Voici fur quoi il fe fonde.
1°. dit-il, le microfcope découvre
des Vers dans les ulcères vénériens.
2°. Le Mercure qui eft un fouve-
rain remede contte la maladie vé-
nérienne , eft aufli un fouverain re-
mede contre les Vers. 3°, On lit
dans l'Ecriture , que Cezur qui s£
JOINT AUX FEMMES PROSTITUEES,
SERA MANGE’ DES VERS, Qu fe
jangit fornicarus , erit nequam , putredo
& vermes bereditabunt illum. (4)
Il peut fe trouver des Vers dans
les ulcéres vénériens ; mais il ne
s'enfuit pas que ces Vers foient la
£a) Ecclefiait, 6. 19. v. 3, |
?
des Vers. 149
caufe des ulcéres où ils fe trou-
vent ; ils peuvent en être l'effet, &
rien plus. :
Quant au‘Mercure , il guérit Ie
mal vénérien ; mais de ce qu’il guc-
rit aufli les maladies qui viennent
de Vers, il ne s'enfuit pas qu'ilne
gucrifie les maux vénériens , que :
parce qu’il eft contraire aux Vers.
Pour ce qui eft du paflage de l'Ec-
cléfiaftique , fçavoir , que celui qui
s'abandonne aux femmes. dcbau-
chées , fera mangé des Vers, M. De-
fault lui-même avoue que ce témor-
gnage ne prouve pas abfolument
que lzmaladie dont il s’agit foit cau-
fl par les Vers du corps. Les Vers
de l’homme , comme ceux de Îa
plüpart des animaux , fe diftin-
por en Zoophages & en Zoophiles.
es premiers font ennemis de Fani-
mal & le dévorent ; ce qui fait
qu’on les appelle Zoophages , du mot
grec Zoon, qui fignifie animal , &
du mot grec Phaguein, qui fignifie
manger, dévorer. Ceux dont nous
avons fait jufqu'ici mention dans
ce Chapitre, & ceux dont nous
parlerons dans l'Article des Vers:
sk N üÿ
“
#50 De la Génération
des inteltins , font de cenombre.
* Les feconds, loin de nuire à l'a-
nimal, en font amis; ce qui fait
qu'on les appelle Zéophiles , du
- même mot grec Zoom, qui fignifie ,.
animal , & du mot grec Philos, qui
fignifie ami. Tels font les Ocfopha-
giens & les Spermatiques.
: H femble que j'aurois du pañfer
fous filence, ces fortes de Vers qui
n’ont rien de commun avec les au-
tres; fi, comme on le prétend, ils
font amis de l’animal : mais com-
me je me fuis propofé de traiter
univerfellement de tous les Ani-
maux qui fe produifent dans le
corps ; ce ne feroit pas remplir mon.
deffein, que d’obmettre ceux-ci.
Il eft vrai que dans le titre de ce
Livre , après avoir annoncé que je:
vais traiter de Ia Génération des
Vers du corps humain, j'annonce
tout de fuite, que je traiterai de la
nature & des efpeces de cette ma-
Jadic ; mais il ne s'enfuit pas pour
cela que je me reftraigne à ne faire
mention que des Vers qui font nui-
fibles au corps. Je vais donc parler:
des Vers que l’on nomme Oefophs-
des Vers. IST
giens , & de ceux que l'on nomme
“Spermatiques.
- ! Les OrsornAcrens font des Vers
que quelques Auteurs prétendent
s'engendrer dans une glande du
golier, laquelle par le moyen de
certaines fibres fiftuleufes qui vont
s'introduire dans lœfophage , a
communication avec l’œfophage
même, &.y verfe un fue vermi-
neux , qui opcre la digeftion des:
alimens. M. Vercelloni Médecin
Piémontois , (4) eft de cette opi-
ñion , dans un Livre latin qu'il a.
donné fur les Glandes conglome-
rées de l'œfophage , impriméà Aft
en 1711. Sa principale raifon ef.
qu'on voit, à ce qu'il dit, un grand
nombre de Vers dans cette glande ;'
& qu'afin que les alimens fe dige-
rent, ces mêmes alimens doivent {e
changer enun fuc vivifiant. Or un:
fuc, dit-il, ne peut devenir vivi-
fiant ; que par quelque chofe qui le
viviñe, & ce quelque chofe ne
fçauroit étre qu’une matiere ani-
(a) Jacobi Fercelloni pedemontani , de glandulis:
œfophagi conglomeratis , Jo vero nutritio ,: C9 Ver=
mibus, Differtatio Anatomico Medica! Afhe 17sr:
Niv
#5$2 De Lx Génération
-mée , telle que font des Vers. Mais,
je demande à cet Auteur, fi les Vers
qui , felon lui, font en nous la di-
geftion, n’ont pas befoin d’autres
Vers pour faire la leur propre ? Le
Médecin de Piémont , répondra
fans doute qu’oui ; on ne peut dans
Adn fyftême, lui prêter d'autre ré-
ponfe. Je lui demande enfuite, fi
ces Vers, par le moyen defquels les
Vers mêmes font leur digeftion,,
n’ont pas aufli befoin d’autres Vers
pour digérer : M. Vircelloni eft fans
doute encore obligé de répondre
qu'oui , s’il veut parler conformé-
ment à fon fyftème. Cela pofe , on
le fera remonter ainfi à l'infini, ce
qui cft d’une abfurdité vifible.
Les VERS SreRMATIQUES font
des Vers qui fe remarquent par le
moyen du Microfcope, en cette
humeur qui eft contenue dans les
tefticules des animaux mâles & au-
tres de leurs parties fervant à la
génération. Comme cette humeur
€ft l'humeur fpermatique des Ani-
maux , c’eft-à-dire, celle qui fert à
la propagation de l’efpece ; il eft
naturel d’appeller du même nora
| des Vers. 153
de Spermatiques , les Vers qui sy
trouvent. M. Hartfocker, (4) &
après lui, M. Lecwenhock, préten-
dent que ces Vers font à l'homme
& à tous les animaux, ce que les
germes des ee font aux plan-
tes, c’eft-à-dire , que c’eft par eux
que fe fait la génération. Voici le
fyftême.
Dans tous les Animaux mâles;
on remarque avec le Microfcope , :
€n cette humeur que renferment
les tefticules & les autres parties
deftinées à la génération, un nom-
bre incroyable de vermifieaux ,
qu'on appelle, pour ce fujet, ainfi
que je vicns de le dire, Vers Sper-
matiques. C’eft un fait dont on
peut aifément fe convaincre par
Fexpérience.
Si l’on ouvre un Coq vivant , qui
depuis quelques jours mait été par-
mi les Poules , & qu’on examine
avec le Microfcope l'humeur con-
tenue dans les tefticules de cet ani-
mal & dans les autres parties de la
génération , on verra dans cette
humeur , quand on n’en prendroib
(a) Effai de Dioptrique,
154 De la Génération :
‘qu'une portion de la groffeur d’un
grain de fable , plus de cinquante
mille Animaux vivans, reflemblans
à des anguilles ; & tous dans un
mouvement continuel. Pour bien
réuflir dans cette expérience, il faut
d’abord ouvrir au Coq la veine ju-
gulaire , afin de n'être point em-
barraflé par l'abondance du fans.
Si l'on fait couper un Chien, &
- qu'après enavoir pris un-tefticule ,
on examine par le Microfcope
lhumeur qui fortira du vaifleau
deférent , ôn y découvrira un nom-
bre fi énorme de petits Vers vi-
vans , qu’à peine pourra-t-on croire
fes yeux. Difféquez enfuite Ie vaif-
feau deférent , vous y trouverez
un fi grand nombre de Vermif-
feaux, que dans une portion de
cette humeur, qui ne fera pas:plus
_groffe qu'un grain de pouflicre ,
vous enverrez plus d’un million.
Comme cette expérience ne fe peut
faire fans qu’il fe mêle quelques
gouttes de fang avec Fhumeur qu'on
examine, vous appercevrez parmi
ces Vers, plufieurs petits globules ,
qui font les parties du fang ; car
elles font ainfi figures. |
des Vers. Ts
Diffléquez les Epididymes, ou
fes Paraftates , vous y verrez encore
Ja méme quantité de Vers. Ces
Vers ont une longue queue , & un:
corps compofé de plufeurs ron-
deurs l’une fur l’autre. (4) Voyez la
planche fuivante , fig. r. Quand ils
font morts , ils ont une autre figure.
Voyez même planche, fig. 2.
Ver Spermatique du Low,
Les laites de Mcrlue iont toutes.
pleines de Vers Spermatiques : fé-
_ parez-en une particule, groffe com-
me la pointe d’une aiguille ; exa-
minez cette particule avec le Mi-
fa). Voyez Lecw/enhock , part, 3.p. 165.
156 De la Génération
crofcope, vous y verrez plus de
dix mille animauxàlonguesqueuess
tous vivans. Du refte c’eft le plus, fi
cent de ces particules, pofées les
unes prés des autres, font la Ian-
gucur d’un poulce ; d’où s'enfuit
qu'à calculer jufte, il faut que dans
ces läites, qui ont bien quinze poul-
ces , 1l y ait plus de cent-cinquante
milliars d'animaux, c’eft-à-dire,
plus qu'il ny à d'hommes fur a
terre.
Leewenhoek dit qu’il éventra un:
jour un Loir , & qu’en ayant Ôté les.
tefticules avec les vaifleaux defé-
rens, il vit dans la liqueur conte-
nue en ces vaifleaux , un. nombre:
innombrable d'animaux vivans
reflemblans à des Anguilles. If en
donne la figure, voyez-la dans la
planche ci-devant, fig. 3. Il rompit
plufieurs fils de ces tefticules, &il
obferva avec foin , la matiere dont
ces fils étoient remplis; il les trou-
va pleins d’une humeur chryftalti-
ne & huileufe , compofées de plu-
fieurs parties irrégulieres , & d’un
nombre infini de ces Vermifileaux,
dont plufieurs étoient répliés fur
«des Vers 17
eux-mêmes, & fans mouvement ,
ne. paroiflanse pas encore tout-à-fait
dévelopés ; 11 ajoute que ces Vers
Spermatiques étoient fi petits , que’
dix mille enfemble, ne tenoient pas
l'efpace du plus petit fil de ces tetti-
cules (4). Il a fait la même expérien-
ce plufieurs fois, & il a toujours dé-
couvert la même chofe,
Dans les Animaux trés-vieux on
n'en trouve AUCUN, OU Que trés-peu,
& ce peu paroît fans vie. Il ya des
Animaux qui n’en ont point, & ce
défaut eft en eux une marque & une:
caufe de ftérilité On ne trouve
point de ces Vers dans les Animaux
que les maladies rendent ftériles. Et:
pour le remarquer en paflant , com-
me les maladies vénériennes ren-
dent ordinairement l’homme ftéri-
le, il s'enfuit qu’ordinairement il
ne doit point y avoir de Vers Sper-
matiques dans Les hommes attaqués
de ces fortes de maladies.
Dans les animaux trop jeunes, ces:
Vers paroiflent informes, étant tout
repliés en eux-mêmes , à peu prés
comme certains infeétes envelopés:
: {a} Leevvenhock, p.26.
155 De la Génération
encore dans leurs nymphes.
L'homme & les autres animaux
commencent à devenir capables de
produire leurs femblables , lorfque
ces pctits Vers , auparavant immo-
biles dans les tefticules , prennent
par la fuite du temps,une nourriture
plus forte. Ils fe dévelopent alors,
& commencent à fe mouvoir.
Dans l'humeur fpermatique tirée
d’un animal qu’on vient d'ouvrir vi-
vant , ils vivent trois ou quatre
jours ; après quoi leurs petits cada-
vres flottent {ur l'humeur.
Dans un homme mort de mort
violente , les tefticules & les véfi-
cules, nommées féminaires, en laif-
{ent voir quelquefois vingt-quatre
heures aprés la mort,qui font enco-
re ViVans.
Il y a toute apparence que le Ver
Spermatique eff le racourci de l’ani-
mal qui doit naître ; enforte, r°.
que fi le Ver eft mâle, il en vient un
animal mâle, & que s’il eft femel-
le, il en vient un animal femelle.
20. Que quand il eft entré dans la
matrice de la femme, il y prend fon
accroiflement par le moyen d'un
s des Vers. 169
œuf qui y tombe de l'ovaire, & cù
il s’infinue en la maniere que nous
tâcherons d'expliquer dans la fuite ;
il {Cjourne dans cet œuf le temps ar-
rêté par la nature pour s’y déveloper
peu à peu , y prendre la forme d’en-
fant | & y croître jufqu’a une cer-
taine mefure , enfuitede quoi , de-
venu plus vigoureux , il force les
membranes de l'œuf, & prend naif:
fance. Mais comment ce Ver Sper-
matique s’engage-t-il dans l'œuf ?
Comment, fur-tout , parmi tant de
Vermificaux qui entrent dans la ma-
trice de la femme , n’y en a-t-il or-
dinairement qu'un qui prenne la
forme d’enfant ? Pour répondre à
cette queftion , il n’eft pas néceflai-
re de fe déclarer avec Leewenhoek,
contre la doctrine des Ovaires &
des Oeufs , & de dire qu’il n’y a or-
dinairerment dans toute la matrice
de la femme, qu'un feul point pro-
pre à nourrir & a entretenir ce Ver
Spermatique ; enforte que de tous
ces Vers, il n'y a que celui qui vient
à rencontrer ce point , lequel croif-
fe & devienne enfant , & que les
autres meurent enfin faute de nour
60 De la Génération
riture , comme des grains qui ne
font pas en bonne terre. Il elt plus
naturel de fuppofer le fyftême des
œufs , & de leur donner l'ufage
que voici , qui eft premierement de
recevoir, & puis d’enveloper & de
nourrir le Vermifleau. Or la chofe
fe peut entendre ainfi. + |
Quand l’œsf s’eft détaché de l'o-
vaire , & qu'il eft tombé dans la
matrice , ces Vers Spermatiques,
qui font tous dans un mouvement
continuel , fe répandent dans la
capacité de la matrice , ils rencon-
trent cet œuf, ils courent fur fa {u-
perficie , & comme l'endroit par
lequel l'œuf s’eft détaché de l'ovai-
re , reflemble à celui par lequel les
grains de railin fe détachent de leur
grappe, c’eft-à-dire que cetendroit
laifle une petite ouverture ; left ai-
fé de comprendre qu'entre tant de
Vers, il n’eft pas poñlible qu'il n’en
entre quelqu'un dans l'œuf par cette
ouverture. Or, la cavité de l'œufeft
petite alors, & proportionnée au
volume du Ver, qui ne fc peut re-
plier paur fortir, enforte qu'il eft
obligé de demeurer enfermé dans
| l'œuf ,
des P'ers. T6
Fœuf , où en même-temps ïl ne
peutentrer d'autre Ver, à caufe dela
petitefle du lieu occupé. S’il tombe
pluficurs œufs dans la matrice, it
entre un Ver dans chaque œuf, &
alors la femme devient groffe de
plulieurs enfans. Ces enfans ayant
chacun leur œuf, doivent par con-
féquent être enfermés chacun dans.
des envelopes à part, & c’eft ce que
l'expérience fait voir. |
La femme n'eft.pastoujours grof-
fe du même jour qu’elle à conçu:
Par conception, j'entends la premiez-
reaction par laquelle l'humeur fper-
matique cft retenue dans la matrice
après que l'œuf y eft tombé. Ea
matrice fe ferme alors exatemens
gomme l’on fcait, & la matiere qui
y eff contenue ne peut s’en échaper..
Voilà ce qui fait la conception.
La groflefle arrive lorique ie Ver
eft entré dans Fœuf , car il y crofr
alors, & y devient fœtus: or, iln’y
entre pas toujours aufli-tôt que la:
femme a concu, il {e pañle quelque:
fois pluficurs jours , & c’eft ce qui
fait que les femmes fe trompent fi
fouvent ; lorfqu’elles veulent juger”
. Tome J. | O.
162 D: l4 Génération
du temps de leur groffeffe ,. parce:
SHARE ne la comptent jamais que
u jour auquel elles croyent avoir.
concu. Il n’eft pas même impofñlible
ue ces Vers demeurent pluficurs.
Ste dans la matrice avant qu’il.
en entre un dans l'œuf, car ils ne
meurent pas fi-tôt. Or, il peut arri-
ver de-là qu'une femme, dontle
mari fera mort peu de temps aprés,
le jour ou elle aura conçu de [ui ,.
n'accouchera néanmoins que le on-
ziéme ou ie douziéme mois, &
uelquefois méme que le treizié-
me , parce que le Ver ne fera entré
dans l’œuf qu'un mois , que deux:
mois , & peut-être que trois mois
après la conception. J'avoue que:
le cas eft difficile ; 1°. parce que le
nombre de ces Vers Spcrmatiques:
paroît trop grand pour qu’il fe puif-
pañlèr un fi long-temps fans qu'il .
en entre quelqu'un dans l'œuf; 20..
parce qu'il ne peut guère arriver
que ces Vers vivent an fi grand
nombre de jours dans la feule ma-
trice ; mais la chofe pour être diffi-
cile , ne paroît pas impoflible. Auf-
fia-t-on vu quelquefois de ces {or-
des Vers … 68,
tes d'accouchemens, fans qu'ils fui
{ent l’effler du crime.
Quand le Ver Spermatique eft
entré dans l'œuf que renferme la
matrice, il y devient fœtus , fes par-
ties croiflent , & {e dévelopent in-
fenfiblement ,.& quand elles ont at-
teint toute la grandeur qu'elles doi-
vent avoir dans l'œuf, qui croît
avec elles jufqu’à un certain temps,
le fœtus fait. violence à la prifon
trop étroite qui le renferme , &
prend naiffance, commenous avons:
déja dit. |
Les Vers Spermatiques-ont tous:
de longues queues , mais ils quit-
tent ces queues lorfqu'ils devien--
nent fœtus ; il en eft de cela comme:
des petites Grenouilles , qui ne font
d’abord que tête & queue, & qui:
enfuite perdent cette queue, lorf-
u'elles commencent à prendre la:
orme fenfiblé de Grenouilles.
H1 ne faut pas conclure de ce fyf--
tème , que lhumeur fpermatique”
des Chiens , renferme de petits’
Chiens; celle des Coqs, de petits:
Poulets ; celle de l'Homme , de pe-
tits Enfans; c'eft une opinionqwen:
O ij:
164 Dé la Génération
a attribuée mal-à-propos à Lee:
Wenhock , dans un Livre intitulé :
Collelanez Medico-Phyfica , Cent. s.p.
8. & de laquelle cet Auteur fe dé-
fend avec raifon : en effet, comme
il le remarque fortbien , de même
qu'on ne peut pas dire que les petits
animaux que le microfcope décou-
vre dans prefque toutes les eaux,
foient des Mouches & des Papil-
Jons , quoiqu'ils deviennent tels
dans la fuite, ni que le pepin d’une
poire foit un poirier , parce qu'il en
doit fortir un poirier ; de même
nous ne devons pas dire que les.
Vers Spermatiques de FHomme
qui font encore- dans le corps du
mâle, foient de petits Enfans, quoi-
qu'ils doivent devenir téls quand
ils feront entrés dans là matrice;
où plütôt dans l’œuf contenu dans
la matrice. |
Je prévois ici la penfce de quel-
ques Lecteurs ; il me femble leur
entendre dire que c’eft une chofe in-
croyable que dans l'homme, par
exemple, un fi petit Ver foit, finon
&n Enfant, du moins l’abregé d’un
Enfant, & que ce que nous appel
des Vers. TG $:
-lons formation du fœtus, ne foit:
qu'un fimple dévelopement, & un
{imple accroiflement de parties ;
que pour cela il faudroit fuppofer
une infinité de parties organiques
dans ce Ver, & admettre par con-
féquent que ces parties font d’une
petiteffe infinie ; que d’ailleurs dans
ce fyftême il faudroit. néceflaire-
ment fuppofer que le Ver Sperma-
tique, non-feulement renferme l’a-
bregé de, l'animal qui doit naître,
mais qu’il renferme encore l’abre-
sc de tous ceux qui naïîtront de cet.
animal, & x Aa Fabregé
de: tous. ceux-là , mais encore de
tous les autres qui viendront de la
hgnée de celui-là ; ce qui paroît
impoñlble , à caufe: de la petitefle
extrème dont il faudroit que fuf-
fent ces petits corpsorganifes ; peti-
tefle qu'on ne peut nt imaginer ni
comprendre , & qui , par confé-
quent, femble devoir faire rejetter
le fyftème dont elle eft:une fuite.
Je réponds à cela , que fi lon ne
peut ni imaginer, ni comprendre
cette pctitefe, il eft impoñlible néan-
moins qu'on ne CAMpPrenne QUE LOU
166 De la Génération |
te inimaginable & incompréhenfi--
ble qu'elle eft , elle doit néceflai-
rement étre admife ; & pourcela ..
il ne faut que s’en rapporter au té-
moignage des yeux : voici com
ment.
Les Vers Spermatiques font cha-
eun dix mille fois plus petits que le:
plus petit graïn de fable qui eft pref-
que invifible. Ce font nos yeux qui:
nous en convainquent , puifqu'ils
nous en font voir plus de cinquante
mille dans une portion de matiere
ui n'eft pas fi-sroffe qu'un grain de
ble , ainfique nous l'avons remar-
qué en parlant de ce que le microf-
cope découvre dans Fhumeur fper-
matique du Coq, du Chien, & d’au-
tres animaux : or ,.que l'on concoi-
ve, li l'on peut, ce que c’eft qu'un:
grain de fable divifé en cinquante
mille parties ; mais n’en mettons
pas tant , contentons-nous de dire:
en mille parties , pour n'eéffrayer
perfonne ; il faut donc admettre:
qu'il y a des Vers mille fois plus pe-
tits qu'un grain de poufliere:, qu'à
peine pouvons-nous voir. Ce n'eft:
pastout , ces Vers mille fois plus-
des Vers. ICT
petits qu'un grain de fable, ontun
mouvement comme les autres ani-
. maux. Ils ont donc des mufcles pour:
{e mouvoir, des tendons, &'unein-
finité de fibres dans chaque mufcle ;:
enfin du fang , ou une humeur équi-
valente , & des efprits animaux.
pour remplir & pour faire mouvoir
ces mufcles, fans quoi ces petites.
machines animées ne pourroient fe:
tranfporter d’un lieu à un autre. Il:
faut donc admettre des parties en-
core plus petites que ces petites ma-
chines, puifque la partie doit être:
plus petite que le tout. L’imagina-
tion fe perd dans cette penfée , elle
s'étonne d’une fi étrange petiteffe ;.
mais elle a beau fe révolter., la rai--
fon nous convainé ici de l’exiften-
ce de ce que nous ne pouvons ima-
giner.
Ce qui fait notre erreur fur ce-
joint, c’eft que notre vue étant très-
rense , nous penfons que l'étendue:
left aufli ; cependant au contraire,
Pétendue eft infinie en un fens, &
une petite portion de matiere qui:
fe cache à nos yeux, eft capable,
gomme dit un célebre Philofo-
168 De. la Genération
phe,(4) de contenir un monde; dans:
lequel il fe trouveroit autant de
chofes , quoique plus petites à pro:
portion , que dans le monde où
nous vivons.
Tous les animaux ont d’autres
animaux qui les dévorent , & qui
leur font peut-être invilibles; de for
te que ce qu'un Ciron’eft à notre
égard, .ces animaux le font à un Cie
ron ;.& peut-être ,. comme dit fi
bien encore le même Auteur, qu’il
y en a dans la nature de plus petits,
& de plus petits à l'infini, felon cet-
te proportion étrange d’un Ciron à
un Homme. On a des démonftra-
tions dela divifibilité de la matiere
à l'infini, & cela fuffit pour faire
comprendre qu’il peut y avoir des
animaux plus petits , & plus petits
a l'infini. |
Après tout, y a-t-il quelque por-
tion de matiere dont la petitefle.,
pour extrême qu'on la Épeute ï
puifle borner le pouvoir de Dieu
dans la formation de ces petits ani:
maux, non-plus que d'aucune autre
créature ?
(a) Le Pere Malebranche , Recherche delà Vérité
L'expérience
des Vers. 169
L'expérience nous a déja détrom-
pés en partie , en nous faifant voir
des animaux mille fois plus petits
qu'un Ciron , pourquoi voudrion
nous qu'ils fuflent les derniers en
petitefle , comme le dit encore fi
Eee lemême Philofophe?
Ineparoît donc pas déraifonna-
“ble de penfer que ‘dans un feul Ver
Spermatique il y ait une infinité de
corps organifés propres à produire,
en fe dévelopant , une infinité d’a-
nimaux.. De forte que felon cette
penfée ; qui ne peut paroître bizar-
‘re qu'à ceux qui mefurent les mer-
veilles de la puiffance infinie de
Dieu, felon les idées de leurs fens &
de leur imagination , on pourroit
dire que dans un feul Ver Sperma-
tique il y auroit des corps organifés
propres à produire des fœtus & des
_«enfans pour des fiécles infinis , tou-
jours fuivant la proportion de plus
petit en plus petit.
: La nature, c’eft-à-dire l’ordre éta-
bli de Dicu dans le monde par des
loix inviolables de mouvemens ,
ne fait qué déveloper ces petits
corps organilés, donner IN accroif-
470 De.la Génération
fement fenfible à celui qui eft hors
‘de fon envelope, &c des accroifle-
mens infenfibles, maïs non moins
réels, à ceux qui font encore ren-
, A dans leur envelope.
On voit un Poulet dans le germe
d’un œuffrais, & qui n’a point été
couvé : on voit des Grenotüilles
dans ‘les œufs des Grenotüilles ; ‘8z
‘on verroit fans doute encore d’au-
tres animaux dans leurs germes , fi
l’on avoit aflez d’adrefñle & d'expe-
rience pour les découvrir.
Ïl y a donc apparence que tous
Jes corps des animaux qui font nez
depuis le commencement du mon-
de , & qui naïtront jufqu’a la con-
{ommation des fiécles , ont été
crées dans les premiers individus
mâles de chaque efpéce. On pour-
roit poufler plus loin cette penfée,
fi l'on ne craignoit, avec l’Auteur de
da Recherche dela Vérité, de por-
ter trop avant la curiofité dans ce
qui concerne les merveilles de
Dieu. Tenons-nous en à ce princi-
pe effentiel , que rien n’eft grand ni
petit en foi; qu'il ne l'eft que par
rapport à la mefure quemous attri-
des Vers, 17E
buons à notre corps, & qu'ainfi
#ien n'eft grand ou petit abfolu-
ment , puifque notre corps n’eft pas
une mefure certaine fur laquelle il
faille juger de ce que peut être l'é-
tendue des autres corps. Nous fom-
mes nous-mêmes trés-petits par rap-
port à la terre , encore plus petits
par rapport à l’efpace contenu entre
nous & les éroiles fixes, plus petits
encore & plus petits à l'infini , par
rapport à des efpaces immenfes que
nous pouvons imaginer toujours
plus grands, & plus grands à l'infini,
Dieu auroit pu faire des Hom-
mes ( & en tout ceci nous entrons
dans les judicicufes réflexions du
Philofophe que nous avons cité , )
à l'égard defquels nous ne ferions
que la milliéme partie d’un Ciron.
Il en auroit pu faire d’autres à l’é-
gard defquels ceux-là mêmes fe-
roient petits. Que ferions-nous par
rapport à ces plus grands ? Ils nous
chercheroiïent peut-être avec des
microfcopes , & ne nous trouve-
roient pas. Notre petitefie leur fe.
roit incompréhenfible , & fi quel-
ques Philofophes parmi Ne , les
| ij
172 De la Génération
vouloient aflurer de notre exiflen-
ce, ils regarderoient fans doute les
difcours de tels Philofophes com-
me de belles imaginations. -Met-
tons-nous à la place de ces hom-
mes , confiderons l'erreur où nous
ferions de regarder comme im-
poffible qu'il y eût des hommes
fi petits | par rapport à ce que
nous ferions, & avouons que nulle
pctitefle , quelque inconcevable
qu'elle foit, ne doit nous so a ù
. & que s'il n'y a pas d'autre difiicul-
té que celle-là dans le Syftême de la
Génération des Animaux par les
Vers Spermatiques , rien ne doit
nous empêcher de l'embraffer.
Feu M. Tauvri, de l'Académie
Royale des Sciences, & Doceur-
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , a fait dans fon Traité de la
Génération du Fœtus , imprimé à Paz
ris chez Barthelemi Girin , rueS,
Jacques, plufieurs Objeétions con-
tre ce Syftême de ia Génération des
Animaux par les Vers Spermati-
ques. On ne fera peut-être pas fâché
de voir.ici ces Objeions , & les
Réponfes qu'on y peut faire. Les
yoici en peu de mots,
des Vérs. 173
—, ;
OBJECTIONS
CONTRE LE SYSTEME
de la Génération de | Homme
par les Wers Spermatiques :
& Réponfes à ces Objec-
tions.
PREMIERE OBJÉCTION,
S I l'on fuppofe des animaux em-
_} boëtés les uns dans les autres,
on verra qu'on ne peut aller bien
loin fans fuppofer une petitefle au-
deflous de toute imagination. Il fau-
dra pourtant des organes dans cet-
te petite tendue, & aep-ne voit pas:
uelles feront les liqueurs capables:
a tes arrofer & de les entretenir.
Pag, $..
RE PONSE,
La matiere étant divifible à l’in-
fini, comme Mr Tauvry le recon-
noît dans le Livre même où'il fait
P ii
174 De la Génération
cette Objeétion, rien n'empêche de
concevoir des parties liquides tou-
jours plus petites, & qui foient pro-
portionnées à là petirefle de ces.
animaux , fur-tout après que nous
avons appris de l'expérience qu’il y
a des animaux fort au-deflous du
Ciron. Car on ne peut nier que ces.
petits animaux n’ayent des organes,
& par conféquent qu'il n’y ait des
liqueurs capables d’arrofer & d’en-
tretenir ces mêmes organes. Or de
quelle petitefle ne faut-il point que
foient ces partics de liqueurs pour
humecter des organes fi fins. Cette
petitefle pafle l'imagination , l’ef-
prit n’y trouve point de prife , &
cependant l’expérience nous empé-
che d'en douter. |
IT OBJECTION.
La matiere eft divifible à l'infini.
mais on ne la fcauroit imaginer ac-
tucllement divifée. Pag. 5.
RE PONSE,:
Auffi ne dit-on pas que ces petits
des Ver. f7$
ahimaux foient aétuellement fépa-
rés & divifés les uns d'avec les au:
tres ; on les fuppofe au contraire,
tous les uns dans les autres, & on:
prétend feulement qu'ils fe dévelo-
pent & fe féparent enfuite fuccefli-
vement, pour la propagation des-
efpéces.
IILOBJECTION.
Il faudra expliquer comment le’
Ver Spermatique s'attache à l'œuf.
Il ne ie pas de le faire entrer par
un trou de l'œuf, & de lui faire
fermer ce trou avec fa queue, il
faut une union de fes parties avec
celles de l'œuf. Pref. |
REPONSE.
Le Ver Spermatique peut s’attaz
cher à l'œuf, comme l’œuf s'attache
à la matrice ; on ne peut rien dire’
pour l'explication de l'un , qui ne
ferve pour l'explication de l’autre:
L’œuf ne tient point à la matrice’
quand il y tombe , non-plus que le
Ver ne tient point à l'œuf quand il
e 1V
76 De la Génération
ventre , & cependant l'œuf sunit
intimément à la mgtrice.
IV. OBJECTION.
Mais fans parler de ces difficul-
tés , on peut dire que ce fyftême
eft tout-à-fait contraire aux loix de
la nature : elle affeéte par-tout une
fimplicité furprenante , on ne dé-
‘couvre rien d’inutile dans fes eu-
vrages, & lorfque je vois qu’il faut,
pour faire naître un homme, qu’elle
facrifie plufieurs millions de ger-
mes, je ne puis penfer qu'elle ait
pris cette voye. Pref.
RE’ P-O"N:S°E:
Ce nombre innombrable de ger-
mes, ou de petits animaux, n’eft
point inutile , puifqu’il eft caufe
qu'immanquablement il entre un
Ver dans l'œuf, & qu’ainfi la géné-
ration s’accomplit infailliblement.
I} n’eft point oppofé non-plus, à la
fimplicité de la nature ; car cette
fimplicité ne confifte qu’à employer
des voyes qui ne foient pas différen-
+ .
- des Vers! dr d
tes. Un Mécanifte, qui par un feul
moyen multiplié, pourvoit à quel-
que inconvénient qui pourroit l'em-
pêcher de parvenir à fa fin, agit
plus fimplement que celui qui em-
ploye plufieurs moyens de différen-
teefpéce pour arriver à la même fin.
Or ict, l’Auteur de la Nature n’em-
ploie qu'un moyen fort fimple, il
le multiplie feulement , & par cet-
te multiplicité, il fait voir fa provi-
dence & fa fagefle , puifque par là,
il aflüre Fa génération; en forte mé-
me que quelque nombre d'œüùfs qui
fe trouvent mûrs à la fois , ïl ne fe
peut faire qu'ils ne reçoivent cha-
cun leur germe, & qu'ainfhi ils ne
foient tous fécondés, comme il ar-
rive dans les animaux qui ont un
grand nombre de petits à la fois.
Quant à ce qu’on ajoute, fçavoir,
il n'ya pas d'apparence que pour
bite naître un homme, il faille que
tant de germes foient facrifiés , on
doit confiderer que ce facrifice n’eft
rien, puifque ces germes ne coûitenEt
rien à PAuteur de la Naturc.
178 De la Génération!
V. OBJECTION.
Les petits animaux, ou les petits:
Vers qu’on croit voir avec le mi-
erofcope dans l'humeur fpermati-
que des animaux, ne prouvent rien ,
puifque dans le vinaigre’, dans l'eau:
de pluye , dans l'eau commune, &
prefque dans toutes kes liqueurs , on
croit voir différens animaux avec le
microfcope , quoique ces liqueurs
ne foient propres à aucune généra-
tion. Pref. |
KE’ P:O:N:-$: EE;
Ces mots , oz croit voir , font juz-
ger que feu Mr Tauvry n'étoit pas
tout-à-fait perfuade qu'il y eût des
Vers dans ces liqueurs : mais il ne
faut qu'’ouvrir les yeux pour fe con--
vaincre qu'il y en a; & méme dans
le vinaigre on en découvre des mil--
liers fans qu’il foit néceffaire de mi-
crofcope : on n’a qu'a mettre en
Efé quelques goutes de vinaigre
au fond d’un verre , & regarder au
Soleil ce vinaigre à travers ie verre,
des Vers 170
on fera alors convaincu que cette li-
queur eft toute remplie de Vers.
Quant au fond de l’obje&ion, il faut
remarquer que ce n’eft pas à caufe
qu’il fe trouve des Vers dans l’hu-
meur fpermatique des animaux ,
qu'on dit que la génération fe fait
par le moyen de ces Vers, mais:
que c’eft à caufe des circonftances.
avec lefquelles on les y trouve, &
que nous avons rapportées ; CES
Vers n'étant vifibles ni avant ni
aprés l’âge propre à la génération ,
CC.
VE:0 BJECTTION.
€e qui peut encore fervir à dé-
truire ce fyflême , eftce qu'avance
un des Partifans de cette opinion,
qui eft l’Auteur même du Livre de
Ja Génération des Vers, lequel dit:
que dans les Maladies Vénérien-
nes, les Vers féminaires font Le plus:
fouvent morts. Nous fcavons que-
es Maladies Vénériennes n’ôtent-
point la fécondité ni dans les hom-
mes, ni dans les femmes; or felon:
ce fyftéme, elles l’ôteroient. Pref..
180 De le Génération
RÉPONSE.
Pour pouvoir dire politivement
qu’on fçait que les Maladies Véné-
riennes n’ôtent point la fécondité,
il faudroit avoir confulté là-deflus-
un trés-crand nombre de perfon-
nes , qui étant fortement attaquées
de ces Maladies , n’euflent pas laiflé
d’avoir des enfans. Je dis un très-
grand nombre, car en fait d’induc-
tion, quelques exemples ne fufh-
fent pas. Or il eft très-dificile dé
recueillir les voix fur ce fujet. Si
FAuteur avoit dit qu’on fçait que
les maux Vénériens n’ôtent pas tou-
jours la fécondité , il auroit parlé
plus-jufte ; mais auffi 1] n’auroit pas
attaqué le fentiment qu’il a voulu
combattre, puifque ce {entiment
eft que dans les Maladies Vénérien-
nes les Vers Spermatiques font le
plus fouvent morts ; car il s'enfuit
de-là, que quelquefois ils ne font
pas morts, & qu'ainfi quelquefois
ceux qui font attaqués de ce mat
peuvent avoir des enfans. L’objec-
&ion va donc à dire que les maux
des Vers. 181
Vénériens .n’Otent jamais la fécon-
dité ; c'eft ce qu'il eft difficile de
__ prouver, & ce qu'on trouvera com-
battu dans les ouvrages des plus cé-
Iébres Médecins, & entre autres de
Fernel & de Perdulcis, qui mettent
les Gonorrhées & les Maux Véné-
riens au rang des Caufes de la Sté-
rilité. Viria que flerilitatem accerfunt ,
dit Fernel , #n vsris quidem numerantur
pudendi Paralyfis & Atonta, Gonorrhea ,
cc. Fernel Pathol. lib. V1. cap. XVI.
de morb. mulier.
Caufe externe, dit Perdulcis , fut
frequens vonus , varius concubitus, Go-
morrhea. Perdul. cap. X1. lib. XIII.
Interdum ea imbecillitas ex impuro cou-
cubitu contrahitur propter auram virulen-
tam fe fe in vala fpermatica infinuastein,
que non modo eorum vires naturales exol-
vit , fed quidquid in ea confluit co:nquinat
_@ corrompit. Perdul. ib. XI. cap. IIT.
de Gonorrhea.
VEEL OBJECTION.
Si la génération fe fait par Île
moyen des Vers Spermatiques , &
que les Maladies Vénériennes tuent
182 De la Génération
ces Vers , elles ne rendront pas
feulement l’homme ftérile dans le
temps qu’elles l'afligeront , mais
encore aprés ; car dans la fuite , on
ne conçoit pas CE qui pourroit pro-
duire à un homme de nouveaux
Vers. Pref.
REPONSE.
_ Lefroid de l’'Hyver, qui tue les
Vermifleaux dans les campagnes ,
n'empêche pas qu’au Printemps il
ne s’en reproduife de nouveaux ,
par des œufs qui fe font confervés
pendant l’'Hyver. De méme les for-
tes Maladies Vénériennes qui tuent
les Vers Spermatiques déja dévelo-
pés, n’empêchent pas que ceux qui
se encore envelopés , ne fe con-
fervent pour éclore aprés la guéri-
fon du Malade. Car les Vers Sper-
matiques font les uns hors de leurs
envelopes , & les autres encore en-
fermés dans leurs envelopes.
VIH. OBJECTION.
L'efprit pourroit cependant en-
des Vers. 183
trer dans cette hypothéfe , malgré
la réfiftance de l'imagination , fi
nous concevions bien par là com-
ment les hommes n’ont point ence-
se diminué de grandeur. P4g. 5.
REP O NS E,
Le terme de l'accroiflement ne
e tient pas tout de la part des ger-
-mes, il fe tient encore de la part des
fucs nourriciers, & l’on ne voitrien
qui empêche de penfer que l'Au-
teur de la Nature pouvoit fournir à
l'homme des alimens, dont les {ucs
auroient pu le rendfe d’une ftature
ou plus grande ou plus petite que
celle dontileft, & cela fans chan-
ger la premiere fabrique des ger-
mes. Ainfi tous ces germes emboc-
tés, quelques petits qu’ils foient,
peuvent avoir par leur ftruéture de
quoi permcttre aux animaux qui en
viennent, de croître fort au-delà de
a mefure où ils arrivent. En forte
que fi les animaux ne pañlent pas
une certaine grandeur , cela vient
peut-être autant de la qualité de
Îeur nourriture , que de la petiteffe
184 DelaGénération
de leurs germes. En effer, ce n’eft
oint le volume des fémences qui
décide de la grandeur des produc-
tions. Le germe contenu dans la fé-
ve eft plus gros que celui qui eft
dans le pepin de la poire, & ce-
pendant quelle difproportion entre
la grandeur du poirier & celle de la
plante qui porte la feve. Quoiqu'il
foit denc vrai que les Vers Sperma-
tiques emboëtés foient plus petits
que ceux qui les emboëtent , il ne
s'enfuit pas pour cela, qu’ils doivent
produire des animaux plus petits.
IX. OBJECTION.
I! faudroit encore expliquer d’où
vient. que de l’accouplement d’ani-
maux différens , il vient une troi-
fiéme efpéce. P. 5.
RE PO NSE.
Cette différence d’efpéce vient
de la différence des fucs nourriciers
ue le fœtus trouve dans la matrice
d'un femelle qui eft d’une autre ef-
péce ; car cette différence de fucs
| eft
des Vers. 185
€ft propre à donner à certaines par-
ties plus ou moins d’accroiflement
que ces parties n'en auroient pris
par les fucs qu’elles auroient trou-
Vés dans la matrice d’une femelle
de même efpéce. Il en eft de cela
commæde quelques plantes, qui
felon les terres où elles font nour-
ries, deviennent plusou moins gran-
des. Les melons d'Europe plantés
dans le Pérou croiflent en arbre,
& durent plufieurs années, à ce
qu'écrit Pierre Laurembergius. Pe-
pones nv Peruvia plantati , radice ac cau-
dice Isgnofo arbote[cunt, arbore ad'mul-
tos annos fuperfhte. Herts culture lib. 1.
cap. 13. On peut donc dire, par
exemple , que les fucs que le Ver
Spermatique du Cheval trouvedans
Ja matrice de l’Anefle, étant pro-
pres à donner plus d’accroiflement
aux oreilles du fœtus, que n’en au-
roient pü donner les fucs que ce
même Ver Spermatique auroit trous
vé dans la matrice d’une Cavale,
il doit arriver que ces oreilles foient
plus longues qu'elles n’auroient été 5
& d’un autre côté, que ces oreilles
n'étant pàs originairement d'un@
Lome TI. Q:
186 De l4 Génération
ftrudure capable de tout l’accroiffe-
ment qu'une telle nourriture peut
donner , elles doivent étre un peu
plus longues que celles du Cheval,
& en méme-temps plus courtes que
celles de l’Ane. On peut étendre
cette explication à tous les autres
changemens qui arrivent par l’ac-
couplement d'animaux de différen-
te cfpéce.
X.ET DERNIERE OBJECTION.
L’efprit pourroit enfin entrer dans
cette hypochefe , fi nous conce-
vions bien par-là, comment fe for-
ment certains organes dans la ma-
trice & certaines parties dans l'œuf.
Pr:$
REPONSE.
Cette Objetion regarde généra-
lement tous les fyftêmes qu’on peut
propofer fur la génération, puif-
qu'il n’y en peut point avoir d’aflez
clairs pour faire concevoir nette-
ment comment fe forment tous les
organes de la matrice & toutes les
garties de l'œuf. Il ne s'enfuit donc
des Vers: 187
pas qu'un fyftème foit faux, de ce’
qu'il renferme quelque obfcurité..
L’Auteur de laNature s'eft-il engagé
à ne rien faire qui pût pañer l’in--
telligence de l'Homme ?
Feu M. Gcoffroy , Do&eur-Ré-
gent de la Faculté de Médecine de
Paris, a fait foutenir en 1704. aux-
Ecoles de Médecine, une Thefe
que nous avons traduite’, dans la--
quelle il prend la défenfe de ce {y-
fiême , que j’avois propofé trois an
nées auparavant dans la premiere
édition de ce Livre. 11 y allegue par
rapport aux Vers Spérmatiques ,.
les mêmes preuves que nous; avec
cette différence , qu'il y ajoute di-
verfes raifons étrangères, tirées de
la génération des Plantes ; ce qui,
pour le remarquer en paflant, nous
a obligés en traduifant la Thele,
d'y fuppléer bien des chofes', pour’
onner à ces raifons un rapport
plus fenfible avec leur fujet. Ceux:
qui feront curieux de voir cette
Thefe ou Diflértation, la pourront
lire à la fin de ce Volume , où nous
avons trouvé plus à propos de la:
renvoyer. Il n’a été particuliere-
Q ï
188 De la Génération
ment queftion jufqu ‘ici, que des
Vers qui naïffent hors des inteftins.
Il eft temps de venir à ceux qui
naifent dans les inteftins mêmes.
ARTICLE SECOND:
Des Vers des inteflins.
Es. VERS. DES INTESTINS font
de trois fortes, fçavoir : les
ronds & longs ; les ronds & courts,
&c les plats. Les ronds & longs,
autrement appellés Srrongles ,. da
mot grec (4) Strongulos, qui figni-
fie Iong.& rond , s’engendrent dans
les inteftins gréles,, & pour l'ordi-
naire dans celui de ces inteftins,
que les Anatomiftes nomment Dw-
denum , qui cft le premier de tous.
Si l’on confidere à quel amas d’hu-
mcurs le Duodenum eft expolfé,
Pon ne fera pas furpris qu'il puife
être ainf1 fujet aux Vers. On peut
voir là-deflus la fçavante Differta-
(a) sofiaes tauwre, Hipp. lib. IV. dés Mala-
dies, Aït, 27, | db
des Vers: 189"
tion du doéte Frideric Hofmann. (4)
Ces Vers reflemblent à des Vers
de tetre pour la forme extérieure ;
mais ils en‘font fort différens pour
les parties du dedans , ainfi que
Edouard Tyfon (4) & plufieurs au-
tres Auteurs l’ont oblervé. Nous
nentrerons point ici dans l'examen
de cês différences , ce n’en eft pas le
lieu ; les uns veulent que ces Vers,
uoique différens en plufieurs cho-
és , d'avec les Vers de terre, pour
ce qui regarde les: vifceres , foient
cependant hermaphrodites comme
eux, & comme le font les Sang-
fues , les Limaces nues, les Domi-
portes, ou Limacons à coquilles,
les Huitres, & quelques autres Ani-
maux. :
Parmi ces Vers Strongiles , il y
en a qui méritent une attention
particuliere. Tel eft par exemple,
_celui de la planche fuivante, rendu
en 1701. le mois de Janvier par
“une fille de feize ans, que je trai-
(a) Frider. Hofmanni Differtationnm Phyfico- Me-
_ dicar: feleélior. Decas.
Lb ) Edouard Ty‘on, dans fa Differtation fus Les
Vers plats, écrire en Anglois, À
199 De la Génération se
rois chez M. Lohel Perruquier au:
Carrefour des Barnabites à Paris.
Cette fille étoit devenue muette it:
y avoit quinze jours, & depuis un:
mois , étoit tourmentée fans relà--
che, de violentes convulfons, qui:
lui caufoientun rire involontaire,
de la nature de celui que l’on ap--
pelle, Rire Sardonique. Ce Ver pa-
roît différent des Strongles ordinai-
res ,en ce qu'il eft plein de rides &
de plis, & a une efpéce de gueule
aflez apparente. Je je fis fortir du’
corps de cette fille par le moyen de
quelques prifes d'eau de fougere:
que je lui ordonnai. | |
Les Vers Srrowcezes font quel--
quefois d’une longueur confidéra-
ble. J'en conferve un qui a plus:
d’un tiers d’aulne , lequel eft forti le
21. de Juillet de lannce 1736. du
corps d’une jeune Sœur du Mona-
ftere de l'Affomption , apres lui:
avoir caufé de grands tourmens , &
lavoir prefque réduite à la mort.
Les enfans, & furtout ceux que
l’on fevre, rendent fouvent beau-:
coup de ces Vers Strongles; je dis.
les enfans que l’on fevre; car quoi-
‘4 7
to
+ < ;
7 . # 0 que
LME d LP Us h#v jan »
des Vers. 191'
qu’alors ils n’ayent ordinairement
pas plus de Vers qu'ils en avoient
auparavant , ils en rendent plus.
fouvent & en plus grande quantité ;
parce que la nourriture folide que
ces enfans qui ne tettent plus, com--
mencent à-prendre , étant moins:
propre à nourrir leurs Vers , que:
n'étoit le lait, oblige ces Infe@es à
chercher une autre demeure, au
lieu qu'auparavant ils Ctoient tran-
quilles au milieu du lait dont ils fe’
nourrifloient; c’eft ce qui eft caufe-
que la plüpart des enfans qui {or-
tent de nourrice, font fi fiers 4
rendre des Vers.
* Les peres & les meres voyant
alors leurs enfans fi malades de:
Vers , s’imaginent que ces Vers
s’engendrent feulement alors; &
ïls ne prennent pas garde que ce-
font les mêmes Vers d'auparavant,
qui étant devenus affamés faute:
d’une nourriture qui leur foit con-
venable, piquent & dévorent Îe
lieu où ils font.
Cette réfiléxion doit obliger les
peres & les meres à tenir une con-
duitetoute différente de celle qu'ils.
19% De la Génération
tiennent ordinairement dans cette”
occafion; car au lieu de refufer
alors toute forte de laitage à leurs
enfans , ils doivent au contraire
eur en accorder un peu, de temps
Eh temps , afin d’amufer , pour ainfr
dire, les Vers, & les empêcher de
faire aux inteftins tendres & déli-
Cats de ces pauvres enfans, des pi-
quures qui caufent quelquefois des
convulfions mortelles. Cela foit dit
en paffant. Nous en parlerons plus
en fon lieu dans le Chapitre des re-
medes contre les Vers. |
Les Vers de terre, comme nous
avons dit, font diffiérens pour 14
fructure intérieure , d'avec les
Strongles du corps. Mais pour cê
qui regarde le dehors , ils font les
uns & les autres tellement fembla-
bles, que fi on avoit mêlé enfem-
ble un Ver dé terre Gun Ver
du corps, tous deux vivans, &
qu'on donnät à deviner à quelqu'un
quel eft le Ver deterre, & celui du
corps, il feroit difficile à la perfon-
ne d’en faire la différence , que par
1c moyen fuivant , à moins que de
Is diféquer. C’eft de mettreun peu
des Vers. 193
de lait dans deux petites tafles; de
jetter l’un de ces Vers dans l’une,
& l’autre dans l'autre, & de les y
laifler quelques heures ; car le Ver
de terre rendra des excrèmens qui
feront de la terre même , ce que ne
fera pas l’autre. Cet expédient peut
avoir lieu en quelques occafions,
pour déméler certaines trompe
ries.
On voit fouvent fous l’herbe ;
dans les jardins &c à la campagne,
de petits rouleaux de terre, mou-
lés en façon de vis; ce font les ex-
crémens des Vers de terre. I] y au-
roit bien des réfléxions à faire 1à-
deflüs , par rapport à la confor-
mation intérieure de leurs inteftins,
& à la mécanique de leurs mou-
vemens. Mais cela nous écarte-
roit.
Les VERS RONDS ET couRTs des
inteftins , {e produifent dans l’inte-
fin nommé Reétum , qui elt le der-
nier de tous. On les nomme Afca-
rides , du mot grec Aftarifein, qui
fignifie , s’agiter ; parce que ces pe-
tits Vers font dans une agitation
continuelle. 11 y a des perfonnes,
Tome I. R
194 De la Génération
qui en rendent tous les jours à fec ;
des milliers par bas.
Le Ver plat refemble à un grand
tuban ; il fe nourrit dans les menus
inteftins, & fe nonune Ten, du
mot grec, Tenia, qui fignifie un
cordon plat & long. Il eft plat,
blanc, fort long, & à le corps tout
articulé. I y en a de deux HE étr;
celui de la premiere , a les articles
fort éloignés les uns des autres,
vers le milieu de fon étendue, &
fort ferrés aux deux extrémités ,
principalement à celle où'eft la
tête ; car ce Ver a une tête. Le col
où tient cette tête qui réflemble à
un petit pois applati , mais quin’en
aau plus que le tiers du volume,
eft extrémement délié & étroit.
On remarque tout le long du corps
de ce Ver, après chaque articula-
tion, direétement au milieu de la
diziere, tout-à-fait au bord, uñ
mammelon fort bien figuré , au
bout duquel j'ai découvert une ou-
verture, dans laquelle fe voit un
vaifleau bleuâtre, qui, de cette ou-
verture traverfe jufqu'à la moitié
de la largeur du corps ; & c’eft de
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… des Vers. 19$
çe Tænia que j'ai donné la figure
dans la page 4. de la Préface. Ces
mammelons & ce petit vaifleau y
font marqués fort diftintement à
la lettre C.
L'autre Tænia, que je regarde
comme une feconde efpece, & qui
n'eft venu à ma connoiffance que
plufieurs années aprés la premiere
a les articulations moins relevées,
&z beaucoup plus preflécs les unes
vers les autres ; il a des mamme-
lons prefque imperceptibles, &
outre cela , une longue fuite de
nœuds, ou grains raboteux, qui s'é-
tendent en forme d’épine, tout le
long du milieu de fon corps, en-
dedans, depuis le commencement
jufqu'à la fin, ainfi qu'on le voit
repréfenté en cette planche. Je con-
ferve avec plufieurs Tænia de la
premiere cfpéce , un grand nombre
de cette feconde, que j'ai fait fortir
du corps de divers Malades.
Il y a donc deux cfpéces de Tæ-
nia , {cavoir, le Tænia fans épine,
& le Tænia à épine.
Les grains ou nœuds de l’épine
dont il s’agit, ne font pas toujours
R ij
196 De la Génération
d’égale groffeur, comme ils {ont
repréfentés dans cette planche. H
y a des Tænia de cette efpéce ,
dont les grains de lépine font d’une
grofieur & d'une épaifleur diffé-
rente. |
Je conferve dans des phioles d’ef
prit de vin, plufieurs de ces Tænia
de la feconde efpéce. la planche
qui fuit, repréfente parfaitement
les grains inégaux dont:je parle;
& iln’y a rien à défirer fur cela
pour l’exaétitude. J'ai cru long-
temps que le Tænia de la feconde
efpéce, que j'appelle autrement Tæ-
nia à épine ,n’avoit point de mæn-
melons. Mais un nouvel examen
m'a convaincu du contraire ; il n’y
a qu'à confidérer le Ver de bien
près ; & pour y mieux réuflir, le
fufpendre dans une phiole pleine
d’eau, & leregarder attentivement
à travers la phiole. On y difcerne-
ra des mammelons très-réels , &
fitués de la méme maniere que dans
le Tænia fans épine. Ils font moins
apparens , il cft vrai; mais c'eft
soute la différence qui s’y trouve.
Dans quelques-uns de ces Tænia,
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mu: Les marmmelons à 07 7 X?74 lu 772: de Lautre
SON IraLrqUez . A.B.
dès Vers: 197
Jes. petits mammelons fe laiffent
appercevoir ; j'en conferve un où
ils font fort vifibles, en voici la fi-
gure qui le repréfente trés-exacte-
ment. On y trouve une irrégula-
rité digne d'attention ; c’eft qu'il a
par endroits, deux mammelons à
chaque ventre , non-l'un à côté de
l'autre , comme dans quelques Tæ.
nia de la premicre efpéce, & entre.
autres , dans celui de la planche d’a-
près celle-ci; cequin'eftpas moins
particulier; mais fitués à l'oppofite
l’un de l’autre, c’eft-à-dire, lun:
à côté d’un ventre, & l’autre à l’au-
tre. J'entends ici par ventre, cha-
que efpace contenu entre deux ar-
ticulations. Voici donc la figure
d'un Tænia à épine, lequela des
maminelons trés-vifibles ; & outre
cela par intervalles, deux mamme-
lons. à l’oppofite l’un de l’autre.
Nous venons de dire en paffant, que
parmi les Tænia de la premiere ef-
péce, c'elt-à-dire , parmi ceux qui
font fans épine , il y en a qui ont à
chaque ventre , deux mammelons
à côté l’un. de lPautre; ce fait efk
aflez remarquable pour mériter une
R ii}.
198 De la Génération É
planche exprès. En voici une où
lon verra, outre cela, plufeurs
autres circonftances fingulieres.
M. de la Solaye, rue S. Severin
à Paris , a rendu les deux morceaux
qui y font marqués. Le premier qui
eft repréfenté figure 1. a par en-
droits, deux mammelons près lun
de l'autre. Voyez la lettre C. Il a
de plus, une épaiffeur & une confi-
ftance, que la plüpart des autres
Tænia n'ont pas. Nous le confer-
vons depuis plufieurs années. L'on:
y voit encore deux demi interfe-
étions qui paroïflent être des déchi-
rures qui {e font cicatrifécs. Voyez
les lettres BB, & une efpéce de
vaifleau ou conduit, difpofé tout.
dutrement que ceux que l’on re-
marque aux mammelons. Voyez la.
lettre D. | |
Ces efpéces de cornes marquées
d’une étoile * étant bien exami-
nées , ne paroiffent que des portions
déchirées par quelque effort que le
Ver a fait dans le corps du Mala-
de ,ouenen fortant. Il arrive aufli
queïquefois de ces déchirures au
Tænia de la feconde efpéce ; ce qui:
geo 6 ,
PuILE ne
T ar
\il CHU
| des Vers. 199
a impofé à quelques-uns qui ont
ris ces déchirures pour de vérita-
les cornes, & l'extrémité ouelles:
fe trouvent , pour la tête du Ver.
Le morceau marqué figure 2.
n’eft pas moins fingulier par les
deux fingularités E. & F.
Une autre fingularité bien digne
de remarque , c’eft qu'il y a des.
Tænia de la premiere efpéce ; fca-
voir , de ceux fans épine , lefquels
font plats d’un côté, & un peu vou-
tés & boflus d l'autre , reflem-
blans en,cela à Ïa Sole , à la Liman-
de, au Carrelet, & à d’autrespoif-
fons plats, quifont convexes d’un:
côté , & ne le font point de lau--
tre. FRA ds |
Ces Tænia ainfi boffus d’un feul
côté , font très-tares ; & parmi le
grand nombre de Tænia que je con-
ferve ,je n’en ai qu’un qui foit ainfi
formé. Le même M. de la Solaye,
dont nous avons déja parlé , la
rendu le 27. Octobre «700: Ce
Ver cft plat , de maniere qu'ilaun:
ventre & un dos, ou, ce qui eftla
même €hofe, un deflus & un def-
fous, comme les Poifflons que nous:
KR iv
200 De la Génération |
. venons de nommer. Voyez la pré-
fente planche. Le côté plat y eft
marqué par la lettre A, & fe côté
bofflu par la lettre B. Quant aux
deux cornes notées de cette éroile*,
ce ne font que de fimples déchiru-
res, non plus que celles de la plan-
che précédente. Voyez ce queneus
avons dit de ces prétendues cornes
dans l'explication de la même plan-
che précédente.
Une autre fingularité encore,
mais qui regarde legl ænia à épine,
ou de la feconde efpéce , eft ce qui
{e voit dans le Tænia fuivant , ren-
du le 15. Juillet 1700. par une De-
moifelle au Cimetiére S. Jean,
nommée Mademoifelle Boileau. Le
cordon qui en partage la largeur
eft fait d’une facon depuis B, juf-
u'à C, d’une autre depuis C, juf-
qu'à D, & d’une autre depuis D,
jufqu'à E.
Ce Ver eft précifément de la
même dimenfion & de la même
firuture dont il eft repréfenté ici.
Ce cordon au refte , paroît avoir
aflez d’affinité avec celui du Tæ-
ia, rendu par unc petite Chienne,
LPL.de la Pag: 200.
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s des Vers. xor
duquel nous avons parlé ci-devant
à la page 58. & 59.
_ Le Tænia ,ainfi quén le voit par:
les planches eiï-deflus , eft tout ar-
ticulé ; mais il arrive quelquefois
que ces articulations ou interfe-
tions , au lieu d’étreentieres , com-
me elles le font ordinairement, ne:
font que des demi-articulations , ou
comme on voudra, des demi-in-
terfections ;-la planche fuivante:
fera mieux entendre ce que c’eft.
Les demi-articulations dont il s’a-
git, font marquées dans la premiere
figure par la Lettre H. & la lettre I.
& dans.la feconde figure par les
lettres A, B,C,D,E,F,G.L'en”
droit marqué L,n'eft,à ce que je
penie , qu'une déchirure.
Ce Ver., comme on voit , eft le:
Tænia à épine, ou de la feconde
efpéce.
On trouve bien des irrégulari-
tés dansia ftruéture extérieure de
ces Vers, tant dela premiere que:
de la feconde efpéce. En voici une
entre autres, dans un Tænia de la
premiere, laquelle m'a paru méri-
ter aufli une planche à part, Les:
202: De la Génération
figures de Tænia rapportées dans
les pages précédentes, renferment
de même, plufieurs irrégularités
confidérables ; on peut y recourir ,
pour les confronter avec celle-ci. |
Ces examens fcrupuleux ne font
point inutiles quand on veut con-
noître à fond, ce que c’eft que le
Tænia ; Infcéte des plus furprenans:
peut-être qui foient dans la na-
ture. |
Nous fommes perfuadés que les:
Phyficiens , & ceux qui aiment
l'Hiftoire naturelle , ne nous fcau-
ront pas mauvais gré d’entrer dans
tous ces détails ; du moins c’eft
Dour eux que nous y entrons.
L'irrégularité dont il s’agit , eft
marquée À. Quant à l'endroit mar-
qué B , il y a toute apparence que
c'eft une déchirure.
Au refte, ce Ver, dans les pre-
mieres éditions de ce Livre, eft re-
préfenté avec une tête , & noué; ce
qui vient d’une méprife. Nous
avons à caufe de cette erreur re-
tranché ici cette tête, & ces nœuds:
qui n'appartiennent qu'au Ver de
la planche que l’on voit à la page
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des Vers, 10$
Le Tænia, ou Ver folitaire, fe
rompt aifément en fortant du corps;
& {1, aprés s'être rompu, l'extré-
mité à laquelle tient la tête, vient
à rentrer , Cette extrémitC rompue
croît & repoufle comme une plan-
te. C’eft pourquoi l’on voit des
Malades rendre des portions de ce
Ver pendant plufieurs années , juf-
qu'à ceque la tête foit fortie, & en
rendre d'une longueur fi extraor-
dinaire , qu’il n’eft pas vraifembla-
ble qu'elles puiflent tenir toutes.
enfemble dans les inteftins.. Quand.
Ie Ver eft forri, l'endroit où il a
repouflé fe reconnoît à un petit al-
longement coudé, ou à une efpéce
de cicatrice qui imite aflez bien ce
qu'on remarque quelquefois aux
arbrifleaux dans les endroits où ils.
ont repoufié aprés avoir été taillés.
C’elt ce qui fe peut voir dans la
planche ci-après, page 204. & dans
celle de la page 205. aux lettres.
Ee |
Ce que je dis ici de la répullula-
tion du Tænia après s’étre rompu,
demanderoit que l’on tentit l’expc-
rience fuivante ; ce feroit de tra=-
304 De la. Génération
verfcr d’un fin cordon de foie ;-
mélé de cheveux pour réfifter à la.
corruption, le premier morceau de
Ver qui fe préfenteroit ,.& de le tra-
verfer par le moyend’une aiguille,
le plus haut qu’il fe pourroit, lorf-
que le Tænia , au lieu-de continuer.
à fortir, commenceroit à rentrer ..
puis de faire au cordon, un nœud er
forme de gance.un peu large, com-
me on le voit reprélenté dans la
planche ci-après, à la lettre A, &
fans attendre que le Ver fe rompe
de le cafer trois doigts au-defflous
du cordon ; enforte que la portion
traverfée. par le fil, puiffe rentrer
dans le corps du Malade avec le
cordon; donner un mois après au
Malade, quelque chofe de propre
contre ce Ver ; & lorfque l'Infe&e
fortiroit , examiner sil fortiroit
avec la portion percée du cordon à.
& en cas que cela fût, bien confi-
dérer fi aprés ce fil, le Ver auroit
plus de longueur qu’il n’en avoit à
ce bout-là , lorfqu’après avoir été
café, on l’a laïflé rentrer ; car fi
alors il a plus de longueur , ce fera
une marque qu'il aura recru.
Ju
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A} Er2
200
#4
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D à
AT
“
des Vers. 20:
Mais pour que le Médecin foit
bien für de la chofe, il faudroit
qu'il examinät lui-même le Ver au
moment de fa fortie. Car les Ma-
lades, aufli bien que les Afliftans,
peuvent aifément manquer d’exa-
étitude la-deflus, & dans leur récit
donner fouvent plus à l’imagina-
tion , qu'a la vérité, comme il eft
arrivé dans cette-rencontre ; enforte
que fi nous avions été ne {crupu-
Jeux à examiner la chofe , nous
n’aurions pas avance ainfi que nous
Vavons fait dans les éditions précé-
dentes, en donnant la même plan-
che dont il s’agit ici, que le Mala-
de qui avoit rendu ce Ver, avoit
fait l'expérience du cordon |, &
qu'elle lui avoit réufli parfaitement ;
aufliavons-nous foin à préfent , de
retrancher.cet article.
Au refte ie Ver gravé dans la
préfente figure, paroît s'être rompu
à l'endroit marque B.
Il y a deux efpéces de Tænia ,
comme nous l’avons déja dit & re-
dit; les articulations de lun & de
l'autre , font difpofées du même
ens que les écailles des poiflons,
206 De la Génération
c'eft-à-dire, qu'en paflant le doigt
tout le long du Ver, & le repafant
enfuite par un mouvement oppofé,
on fent la fuperficie du Ver glifänte
& unie d’un côté , & raboteufe de
l’autre ; c’elt par cet arrangement
d’articulations, que lorfqu'un Ma-
Jade rend un morceau de Tænia,
fans que la tête y tienne, on peut
d’abord connoître de quel côté
étoit la tère. Ce Ver reflemble par
ces articulations ou nœuds, à la
plante nommée en latin Equifetum,
en françois queue de Cheval , ou à
ces rofeaux dont le jet eft inter-
rompu par plufieursnœuds , & dont
les efpaces contenus entre ces
nœuds , font emboettés les uns
dans les autres par une de leurs ex-
trémités. On peut le comparer en-
core au figuier d'Inde, dont cha-
que feuille en poufle une autre à
fon extrémité.
Les efpaces contenus entre les
nœuds du Ver de la premiere efpé-
ce, ont chacun à l’un des côtés, un
petit mammelon fort vifible ,ainfi
que nous l'avons déja remarqué ;
mais ce n’eft que dans les endroits
des Vers. 20%
où ce Ver a plus de largeur ; du
moins on n'en remarque point au
col ni à ja queue. Ce petit mam-
melon paroït ouvert en dehors,
comme nous l'avons encore remar-
ue, & on y difcerne un petit con-
duis qui commence à quelques li-
gnes de cette ouverture, & qui va
jufqu'au milieu de lefpace. Il fe
perd là, & l’on ne voit ht Fi
quoi il communique. L'ufage de
ces petits mammelons, dont nous
avons déja tant parlé jufqu’ici , n’eft
pas encore. bien connu. Quelques
Auteurs prétendent que ce font au-
tant de bouches ; d’autres, comme
nous l'avons déja dit plus haut, au-
tant de poumons ; d’autres enfin, ce
que nous n'avons pas ENCOrE remar-
qué , autant d’Anus. Il eft difficile
de rien déterminer de certain fur
ce fujet, non plus que fur les qua-
tre ouvertures qui font à la tête,
lefquelles font prifes par quelques-
uns pour des narines ; par d’autres
pour des yeux ; & par d’autres,
pour de petites bouches par lef-
quelles il tire fa nourriture.
Nous venons de remarquer que
208 De la Génération
des ventres ou efpaces contenus en-
tre lesnœuds ou articles du Ver de
Ja premiere efpéce, ont chacun un
petit mammelon fort vifible ; mais
nous avertiflons ici que quelquefois
ces mammelons font doubles, -en-
forte que dans un même ventre il
s’en trouve deux enfemble du même
côté , ainfi que nous Le verrons plus
bas dans une planche. és"
Au regard des articulations , elles
font, comme on vientde dire, dif
pofées du même fens que les nœuds
d'un rofeau ; mais il eft à remar-
quer que cela ne fe trouve pas tou-
jours vrai; & le Ver qui elt gravé
dans la planche ci-devant, Ver que
nous confervons avec Îles autres,
laiffe voir deux articulations op-
pofées l’une à l’autre, lefquelles fe
regardent par leur côté raboteux;
ces deux articulations font mar-
quées par les lettres C. D, ce qui
eft aufli fingulier , que fi dans un
rofeau le même efpace contenu en-
tre deux nœuds , fe trouvoit em-
boetté par l’une & par l’autre de
fes extrémités, au lieu de ne l'être
que par une feule. x
NAN ESA des Pers 209
U faut donc bien remarquer dans
cette figure le ventre C, qui eit em-
boetté par {es deux extrémités, &
le ventre D , qui ne l’eft ni par l'u-
ne , ni par l’autre, mais qui reçoit
au contraire par l’une, celui qui le
précéde , & par l'autre , celui qui
le. fuit ; ce qui eft très-extraordinai-
re, chaque ventre du Ver Tænia,
étant régulierement emboetté par
une extrémité dans celui qui le pré-
cède, & emboettant par l’autre, ce-
lui qui le fuit. La fingularité dont ik
s’agit, m'auroit échappée fans le
Graveur, qui m'en fit appercevoir.
Après que cette planche a été tirée;
Je me fuis apperçu , en confide-
rant de nouveau ce morceau de
Ver, que la même irrégularité d’em-
boctture fe trouve répétée quatre
travers de doigts plus bas.
Ce Ver eft forti fanstête , quoi-
que dans la précédente édition, le:
. Definateur y en ait mis une par ac-
compagnement, en fe réglant fur la
planche qui eft à la page IV. de la
Préface, oùilyenaune, &oû it
en faut une effcétivement; au lieu
qu'ici il n’en faut point, puifque le
Tome I. S
FTO De la Génération +
Ver dont il s’agit , eft forti fans cet
1e partie.
Les deux endroits de cette plan-
che , qui font marqués E, F, font
encore très-dignes d'attention.
Quelques Auteurs admettent une-
autre forte de Vers plats, qu'ils
nomment cucurbitaires , lefquels
font forts courts. Jai vu un grand.
nombre de ces prétendus Vers tout
vivans, & j'en conferve plufieurs
dans des phioles ; mais je puis certi-
fier que ce ne font que des mor-
ceaux du Tænia de la premiere ef-
péce, comme je le ferai voir plus:
bas.
Ce Tænia de {a premiere efpéce
a une tête bien formée , & on y re-
marque quatre ouvertures à l’oppo-
fire l’une de l’autre. Feu Mr Méry,
de l’Académie des Sciences, auquel
je montrai celui que j'ai fait graver
dans 1 premiere planche , page V.
de la Préface , & qui examina avec
la loupe , les ouvertures dont il s’a-
git , que je prenois pour des yeux,
fut d’un autre fentiment, & me dit
qu’il les trouvoit fort reffemblantes
a def nafcaux ; mais ce qui mg per-
des Vers. ; 21 ï:
faade que ce font des yeux, c'eft:
qu'avant que jeufle mis l'infeéte.
dans de l’eau-de-vie , ces parties.
que j'appelle des yeux , étoient con-
vexes en dehors, au lieu que s'étant
depuis defléchécs , elles fe font en-
foncées comme dés trous de nari--
nes. En cas que ce foient des yeux,
il ne faut pas s'étonner qu’il y en ait:
quatre , puifque l’Araignée vulgai-
re en a huit, qu'entre les Scorpions,
les uns en ont quatre, les autres fix ..
Îcs autres autant que l’Araignée vul--
‘gaire, & que les (4) Lithophages..
qui font des Vers qui rongent la.
pierre, defquels nous avons parlé:
plus haut , en ont jufqu’à dix. D'ail-
leurs fi ce font des narines , il y a:
autant de lieu de s'étonner qu'il y
en ait quatre, puifqu’il femble que:
la plüpart des animaux foient au-
tant fixés à deux narines, qu’à deux:
CUX:..
Plufieurs Auteurs ont décrit la tè--
te du Tænia de la premiere efpéce’,
c’eft-à-dire, du Tænia qui a des:
mammelons tres-fenfibles le long:
(4) Mot compo‘ de Lithos, qui en Grec fignifièr-
Pierre, & de Fago, quifignifie jemange,
S-1}:
212 De la Génération
du corps; car pour la feconde efpé-
ce, qui eft le Tænia à épine, onn'ya
point encore trouvé de tête. Quoi
qu'ilen foit , la defcription que di-
vers Auteurs donnent de la tête du
. premier, fe rapporte fort à ce que
nous avons vu de nos propres yeux.
L’Auteur du Traité de Partium Mor-
bis & Sympt. Lib. VI. Cap. 1e. (a) dit
avoir vu à un Ver plat de fix aulnes
de long , rendu par un Soldat, une
tête faite en forme de poirreau où
verrue. Cum capite Verrucofo. N ajoute
en avoir vu un autre de plus d’une
aulne , lequel avoit à la tête de pe-
tites ouvertures en forme d’yeux.
Edouard Tyfon , dans fa Difer-
tation Angloife fur le Ver plat, dit
qu'à la tête de ce Ver, onne voit
nulle ouverture , pas même avec le
microfcope: Mais il ne parle de la
forte, que fur Fexamen qu'il a fait
des Vers plats des Chiens , oùen ef-
fet, on ne voit point detête. Mais
pour nous qui avons obfervé des
Vers plats fortis du corps de diver-
fes perfonnes , & qui en avons
avec la tête, tel que celui, par exem.-
(à) D. Reinholdi Wagner Obferv.
des Vers. 21%
ple, qui eft repréfenté dans la plan-
che qui fe voit à la page IV. de la
Préface, nous pouvons aflurer qu'il
Y a à cette tête, quatre ouvertures
ien diftinétes & bien formées.
Aurefte , ce Ver de la premiere
planche, ainfi que nous l’avons dit,
n'eft pas forti entier, & felon tou-
tes les apparences , il auroit ewen-
core plufieurs aulnes , fi le refte ne
s'étoit pas rompu ; car comme læ
queue de ces fortes de Vers eft fort
mince & étroite, il eft aife de ju-
ger que l'endroit ou celui-ci s’eft
rompu , étant aflez large, il falloit
qu’il y eût encore une grande éten-
due de-là jufqu’à la fin, étant vrai-
femblable que cette fin alloit en
étreciflant peu à peu, avec la même
proportion que le col. Je conferve
ce Ver dans de l’eau-de-vie avecun
grand nombre d’autres que j'ai fait
ortir depuis. Son corps eft tout ar-
ticulé, ainfi que nous l'avons remar-
qué , c'eft-à-dire, tout articulé d’ef-
pace en efpace , comme un rofeau ,
fi ce n’eft que le rofeau eft rond , &
que le Ver eftplat ; en forte qu'on
peut comparcer les anneaux de ce
ZI 4 De la Génération:
Ver à ceux d’un rofeau qui feroit-
applari. L’efpace contenu depuis un:
anneau jufqu’à Pautre , eftcomme
un petit ventre un peu enflé fur le
milieu de la largeur. À chacun de:
ces ventres , il y a toujours un des.
bords auquel on remarque une émi-
nence en. forme de mammelon ,
ayant au bout une ouverture pref-
que impcrceptible, qui fe difcerne:
en approchant les yeux de près, &:
qui eft le commencement d’un petit.
vaifeau bleuâtre qui-fe voit à tra--
vers le mammelon en dedans. Ces.
mammelons font inégalement ran-
gs , comme nous l'avons déja ob-
fervé dans notre premiere édition ,
y en ayant tantôt trois d’un côté, &:
deux de l’autre, tantôt un d’un côté,
& deux ou trois de l’autre , & pref-
que jamais autant d’un côté que de
Pautre , ainfi qu’on le peut voir dans
la planche qui eft à la page V. de la-
Préface. Il y a apparence que ces.
mammelons font autant de pou-
mons qui reçoivent lair par les pe-
tites ouvertures dont nous venons
de parler, lefquelles par conféquent
font autant detrachées. Cé grand:
des Vers. TEST
fombre de poumons dans un même
animal , n’eft point une chofe:
extraordinaire , les perfonnes qui:
ont quelque connoifflance ,de la:
ftruûure des Vers, fçavent que plu--
fieurs en ont un nombre confidera-
ble , & que fouvent tout leur corps,
depuis le commencement jufqu’à la:
fin , eft une chaîne de poumons. If:
faut voir ce qu'a écrit là-deflus M.
Malpighi dans fon Traité du Ver à:
Soye. La peau du Ver dont nous.
parlons , em fait prefque toute la
fubftance ; on peut le comparer en:
cela à certains arbres ; aux Saules.
par exemple, qui, différens des au--
tres arbres, n'ont prefque que l’'é--
corce , quoique d’ailleurs très-fains.…
Cette peau eft fort dure, fort life,
& extremement blanche. Elle eft
_ outre cela , tranfparente comme je
_Fai déja dir. On voitautravers de:
ectte même peau, bien diftinéte-
ment, le petit vaifleau blenâtre dont:
nous venons de parler , lequel s’é-
tend jufqu’à la moitié de la fargcur-
du corps ; on y apperçoit aufli dans:
chaque ventre , mais moins facile-
men: , des ramifications faites. em
216 De la Génération
forme de peignes, defquelles nous
parlerons plus bas.
Fe croyois en ouvrant le Ver qui
a donné-occafion à ce Traité, que.
jy découvrirois quelque organe, &
pour cela, je priai M.Mery de l’'Aca-
démie des Sciences , fi habile pour
les Diffeétions les plus fines & les.
plus délicates , de m'en diffequer:
une partie : nous EN -COUPÈMES un
morceau que nous examinämes foi-
gneufement en préfence de M. de:
Fermithuy , alors Doéteur de la Fa-
culté de Médecine de Montpellier ,
8&c depuis de celle de Paris, hom-
me extrémement ver{é dans la Phy-
fique & dans FAnatomie 5 mais
nous ne pâmes rien découvrir, & le.
fecours des meilleurs microfcopes
nous fut inutile : le petit vaifleau
blenâtre , & les ramifications dont
je viens de parler, ne furent pas plus
vilibles , parce que j'avois mis le
Ver depuis plufieurs jours dans de:
leau-de-vie pour le conferver, &
que l’eau-de-vie avoit fait difparot-
tre ces parties tendres & délicates.
Nous appercümes feulement dans
toute l'étendue du Ver un amas infi-
ni
des Vers. 217
ni de petits corps globuleux , ref-
femblans à des grains de millet,
mais très-ronds. Je ne fçaurois
mieux comparcr l’amas de ces pe-
tits globules , que j'ai regardés de-
puis avec un nouveau foin par le
microfcope , qu’à ces amas d'œufs
qui fe trouvent dans les carpes. Ils
paroiflènt entaflés de la même ma-
niere , & tous diftingués les uns des
autres. Ils font en fi grand nombre
dans ce Ver, que fi on les touche
avec la pointe d’une épingle, ce qui
demeure attaché à l’épingle, ne füt-
il pas plus gros que le plus petit
grain de poufliere , paroît par le mi-
crofcope un amas incroyable de pe-
tites boules. M. de Belleftre , Doc-
teur- Régent de la Faculté de Méde-
cine de Paris , & fi éclairé dans la
Phyfique , examina avec moi ces
globules , & conje&tura que c’é-?
toicnt autant d'œufs. Les perfonnes
qui ont ce Ver, rendent ordinaires
ment dans leurs déjections, de ces
petits corps cucurbitaires dont nous
venons de parler. Ils font ainf
nommés , parce qu’ils reflemblent
en quelque forte à des graines de
Tome I.
4
24 8: De la Génération
Concombre ou de Cucurbite. Is
ont du, mouvement , & M. de la
Solaye, Avocat , dont j'ai déja par-
1, en rendoit une fi grande quanti-
té, qu'il m'en apportoit quelque-
fois une grande tabatiere toute plei-
ne, ou je les voyois s’agiter en plu-
fieurs manieres.. J'ai dit dans ma
premiere édition , que .ces petites
portions cucurbitaires n’étoient au-
tre chofe que les œufs du Tænia,
lefquels groflifloient après être for-
tis du ventre du Ver ; mais un nou-
vel examen m'a fait changer de fen-
timent , comme je l'ai déja dit
dans Edition de 1714. Je-fuis de-
puis long-temps convaincu .de ce.
qu'avance Hippocrate, lorfque par-
lant des prétendus Vers Cucurbi-
taires dont il s’agit , il; dit que ce
font des portions qui fe détachent
du corps du Tænia ; en effet fi l’on.
examine de quelle maniere ce Ver
eft conftruit , & que l’on compare
ces petites portions cucurbitaires
avec les efpaces contenus entre les
articulations ou anneaux , on verra
qu'elles ne font que des portions de;
ce Ver, lefqueiles fe font rompues,
des Vers. 219
dans les endroits des articulations ,
à peu près de la même maniere que
les pattes des Hannetons fe rom-
pent plus aifément dans les endroits
des jointures qu'ailleurs. À chacune
de ces portions eft un petit mam-
melon, comme à celles du corps du
Ver ; elles ont la même figure , la
même couleur , . la même confiftan-
ce , la même épaifleur. Mais pour
s’en convaincre davantage , iln'y a
qu'à tirer aflez fortement quelques
portions du corps du Ver pour les
détacher les unes des autres, & on
verra que ces efpaces contenus en-
tre les interfections ou articles ,
étant ainfi féparés, ne feront en rien
différens des petites portions cu-
curbitaires dont il s'agit. Nous
avons dans des phioles d’eau-de-
vie,plufieurs de ces petites portions
_ féparées , lefquelles ont été rendues
ar divers Malades attaqués du Ver
dont il s’agit, & nous les avons
examinées foigneufement , elles
{ortent fouvent vivantes, & avec
un mouvement trés-fenfible. Mais
ce mouvement , quoique trés fenfi-
ble, n’eft point tel que le décrit Mr
Ti
230 De la Génération
Barrés dans une (4) Diflertation im-
primée à Paris en 1734:,, H n’y a
» pas long-temps , dit-1l, qu'un de
»mes Malades de la campagne, ren-
» dit par bas, un grand nombre de
» petits Vers plats, de couleur blan-
“che, de figure quarrée | mais un
» peu convexefur les côtés, & dont
» la sroflèur répondoit au lobe d’u-
»ne petite féve. Leur mouvement
» me parut fingulier : tantôc ils s’é-
“lancoient , & failoient de petits
# faults , tantôt ils fe rouloient vi-
» goureufement ,-pour tâcher de fe
» rattraper & de fe rejoindre. On
»en voyoit parmi ceux-ci , qui fe
» tenant accrochés par leurs extrèmi-
» tés, formoient une petite bande
» d’un demi-picd de long, où l’on
» pouvoit compter, par autant d’in-
» terfections afez fenfibles, quanti-
“té de ces ammaux , fifortement
» liés entr'eux , qu'on avoit beau
» coup de peine à les féparer. En cf.
{a) Diffestarion de M. Barrés, Doéteur en Méde-
cinc de la Faculté de Montpellier , fur la Nature du
Yer Solitaire. A Paris , 1724. Mercure de France ,
mois de Décembre , chez Guillaume Carvelier , rue S,
Jacques 3 la Veuve Piflot, Quay de Conti i Jean de
Mulli, au Palais. FER US my
U
# des Vers. ZT
* fet, à mefure que je tâchois moi-
»” même, d'en venir à bout , leur
5 peau s’étendoit & fe prétoit fi fort,
» qu’elle étoît für le point de fe dé-
» chirer , & alors des mouvemens
» fi violens , caufant indubitable-
» ment de grands tourmens à cette
» traînce de Vers , n’a-t-on pas tout
» fujet de penfer que la douleur dé-
» montoit leurs reflorts, & leur fai-
» foit lâcher prife ? C’eft aufli dans
» CCt état, qu'on les remarauoit fi
» irrités par des mouvemens violens
8 irréguliers , qui ne finifloient
» qu'aprés que ces animaux avoierit
» repris la place d’où on les avoit
» arrachés.
» Cét exercice fe fit pendant
# quelque peu de temps que la vi-
» guCur de ceux qu’on rerenoit dans
» l'éloignement pour les empêcher
» de fe reprendre , devenant infen-
» fiblement foible & languiffante’,
» fe perdit bientôt avec la vie.
» Je remarquai avec furprife , le
» bon ordre que ces Vers fem
# bloient garder dans leur arrange-
» ment : rien de plus merveilleux
» que de les voir autour de cette
T'üÿ
222 De la Génération
» chaîne vermineufe, fans avoir de
» débat pour gagner leur pofte, ce-
» der , pour ainfi dire, tout le droit
» de fe prendre le premier, à celui
» qui fe trouvoit le plus à portée, .
» dans le temps que les autres plus
» éloignés , attendoient que leur
> tour füt venu de fe ranger de fui-
» te. Cependant le temps qui fe paf-
» fa dans cette opération fut de très-
» courte durée , puifque dans un pe-
» tit inftant le nombre de ceux qui
» {e mirent de la partie , augmenta
» beaucoup la longueur de Ia chaï-
2 NE «cc.
M. Barrés termine ce difcours en
difant que l’obfervation, dont il s’a-
git, a été faite le 16. d'Avril 1734.
à Paulian , petite Ville du Diocele
de Beziers ; après quoi il s’écrie,
comme tran{porté d’admiration :
+
Que peut-on penfer [ur cette efpèce de
deférence qui regnoit parmi ces petits am-
maux ? ù
Nous ne ferons aucune réflexion
fur cette prétendue hiftoire , racon-
tée par A1. Farrés, Doëteur en Méde-
cine de la Faculté le Montpellier ; c'eft
une puerilité qui ne mérite pas la
moindre réfutation.
: des Vers. 133
: Quoi qu'il en foit , nous ne fçau-
rions mieux comparer le mouve-
ment que nous avons vu faire aux
petités portions cucurbitaires dont
nous avons parlé, qu’à celui du col
des Limaçons , lequel s’allonge , fe
racourcit , & fe replie.
Ces petites portions font repré-
fentées d’après nature, dans la flan-
che fuivante, & pour les faire def-
finer bien exaétement , nous avons
profité de l’occafion que voici.
M. de la Solaye, dont il a été dé-
ja tant parlé , & que je traitois ma-
Jade , rendoit par trentaines, de ces
petits corps cucurbitaires, qu'il en-
fermoit quelquefois dans une peti-
te boete. Le 30 O&obre 1700. il
m'en apporta un grand nombre’
qu'il venoit de rendre ,; & qui
étoient toutes vivantes. Je les por-
tai fur le champ chez Mr l'Evèque,
Deflinateur & Graveur, rue S. Se-
_verin , lequel les deffina auffi-tôt en
ma prélence , & exprima au natu-
rel les divers mouvemens qu’il leur
vit faire ; après quoi il les grava
comme on les voit dans la planche:
Æuivante. ke}
Tiv
224. De la Génération
Le mouvement de femblables
portions cucurbitaires , & plufieurs
circonftances qui les regardent, font
trés-bien expofés dans une Lettre
qui m'a été écrite de Bayonne Île 21.
Juillet 1731. par Mr Deftandau ,
premier Médecin de la Reine pre-
miere Douairiere d’Efpagne.
Il s’agit ici de faits, qui, par rap-
‘port à ce qui concerne le Tænia, ne
Açauroient être trop conflatés. C’eft
pourquoi je rapporterai la Lettre
même de ce fcavant Médecin.
» Un des principaux Officiers de
» cette Cour , we mande-t-1l , jeune
» homme de trente-cinq à trente-fix
»ans , d’un temperament pitui-
»teux & fanguin, d’une complexion
» robufte , & adonné à toutes foites
» d'exercices violens , fe plaignit à
» moi, il y a plus d’un an; 1°. qu'il
» fentoit defréquens maux de tête,
» accompagnés de quelques affadif-
» femens"& foiblefies d’eftomac ,
# où maux de cœur, fur-tout quand
» il reftoit quelque temps fans man-
» ger. |
» 2°, Qu'il rendoit par bas , cer-
» tains pelottons blancs qui lui
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des Vers. 21$
» étoient inconnus. Je remarquai
» qu'il avoit beaucoup perdu de
Fes embonpoint ordinaire , &
» de fes couleurs ; mais avant que de
+ me déterminer à lui faire aucun
» remede , je voulus fcavoir au juf-
» (C, ce que c'étoit que ces pelottons
» blancs; il m'en fit voir trois ou
» quatre, que je reconnus être des
» Vers plats ou cucurbitaires. In-
» ftruit par votre Livre, & par ma
» propre expérience, je ne bafançai
» pas à l’aflurer qu’il avoit dans fe
» corps le Ver Solitaire. Alors ,
» fans perdre de temps, je mis le
5 Malade dans l’afage des remedés
» propres à chaffér ce Ver , & me
, fervis pour cela, de purgatifs, de
, vomitifs, & de contrevcrs, dont
,, Javois vu déja de bons effets en
,, Cas pareil , ayant fait rendre juf-
,, qu'ici quatre Vers de cette efpéce.
, 11 y a huit à neuf mois que le
,, Malade rendit environ deux aul-
,, nes & demi de Ver plat, large de
,, trois lignes , & épais de plus d’u-
,, ne demi-ligne. Ce Ver avoit des
,, nœuds ( à intervalles nrefque
>, égaux ) d'environ trois lignes, &
7
116 De La Génération
;, il me parut tout femblable à ce-
» lui qui eft gravé dans la premiere
>, planche de votre Livre. Le Mala-
» de fe trouva à merveille après
» avoir rendu cette portion de Ver,
,, & fut prés de fix mois fans jetter
; aucun Ver Cacurbitaire. Il reprit
» {es couleurs & fon embonpoint.
» Mais après quelques mois de cal-
» me , il s'appercut qu'il recom-
» mençoit à rendre des Vers Cu-
,, curbitaires, & il me vint dire que
ion Ver travailloit , ( c’étoit fon
,, expreflion ) en effet ils commen-
,, cerent à fortir en fi grande abon-
» dance , qu'il en étoit incommo-
» dé , cespetits Vers Cucurbitaires:
, avoient un mouvement fenfible
» d'abord après être fortis. Ils fe re-
» trécifloient , ils fe replioient en
arc, & fembloient vouloir mar-
» Cher Bientôt aprés ils s’allon-
>, geoient , & demeuroient immo-
biles. Je fis d’abord recommencer
;, les remedes au Malade , & après
,, lui avoir fait ufer de quelques pur-
» gatifs, je le mis dans l’ufage dela
» poudre de fougere , mélée avec:
» une préparation de mercure. Le
des Vers. 227
;, fecours que j'en tirai , fut qu'in-
» {enfiblement le Malade ne rendit
» plus de Vers Cucurbitaires. Enfin,
» Au commencement du Printemps,
» aprés lui avoir donné une bonne
>, prife de tartre émerique, je le mis
» dans l’ufage d’une tifanne purgati-
, VE & vermifuge, dont je lui fis
» prendre deux verres par jour pen-
» dant 40. jours. 11 rendit EMA AN
» légeres portions de Vers pendant
» l'ufage de cette tifanne. Son Ver
» ne travailla plus, & le Malade
;, récouvra fon embonpoint & fa
;» bonne mine. Jelui confeillai alors
» d'aller prendre des Eaux Minera-
» les qui font à trois lieues d'ici, &
» qui purgent aflez bien ; je lui en
» fis continuer l’ufage pendant ur
» mois , & par le fecours de ces
» Eaux, ïl a rendu à trois ou quatre:
» reprifes , environ douze aulnes de
» Vef , comme le précédent, avec
,, cette difference, que les deux der-
»niers morceaux qu’il a rendus ,
, dont l’un eft de trois aulnes & de-
» mie, & l’autre de deux aulnes,
,; Ont diminué de la moitié de la
» largeur ; en forte que le bout du
228 De la Génération Le
>, dernier morceau , eft, à peu prés;
,, comme la fin de la pénultiéme
,, branche de votre même planche.
,, Au refte, toutes les fois que le
,, Malade a rendu de ce Ver, 1l s'eft
,, appercu d’un mouvement fenfi-
,, ble dans la portion rompue ou
) coupée ; ce mouvement duroit
,, tantôt plus , tantôt moins, & pen-
,, dant que le Ver étoit encore en-
,, tier, & qu'on tächoit de le tirer
, doucement , on fentoïit effort
, qu'il faifoit pour rentrer. La por-
,, tion qui étoit en dehors racourcif-
,, foit beaucoup. Un jour qu'il y en
avoit environ fix auines dehors,
& que cette longueur tenoit en-
Core à ce qui étoit refté en de-
, dans , le Malade fit faire un nœud
,, coulant à ce qu’il y avoit de forti.
> I vit alors avec étonnement, que
3, leWer) 2 force de fe aller,
, défit le nœud.
,, Depuis que le Malade à fini fes
;, Eaux, il ne rend plus de Vers plats,
,, il a repris fon appetit & fa cou-
; eur naturelle. Il ne refte plus ni
,, foiblefles , ni maux de cœur, lors
» même qu'il refte long-temps fans
des Vers. + + 229
#» prendre d’alimens. Enfin il fe
, trouve auf leger , & aufñli propre
,, à toutes fortes d'exercices , qu’à
» l'âge de vingt-cinq ans.
Mr Deftandau , aprés ce récit,
qui n’eft pas moins utile que cu-
rieux , par rapport à la Médecine,
ajoute , avec grande raifon , que
le Ver dont il s'agit, a véritable-
ment vie, pe dife Mr Lan-
cifi. Je pañle en faveur de la brieve-
té, mais avec regret , le refte de Ia
Lettre de ce fçavant Médecin, pour
venir à ce que m'ont écrit, fur un
fujet femblable , deux autres té-
moins , dont l'autorité eft ici d’au-
tant plus grande , qu'ils font eux-
mêmes les Malades dont ils me par-
lent. Le premier eft Mr de Long-
champ , homme de diftinétion, &
Officier du Roy à Orbec. ;
», Vous prétendez , me dit-il, dans
» fe Lettre, ( qui eff du 7. Janvier mil
», Jept cent trente-quatre ) que Îles pe-
, ts Vers plats que je rends depuis
,, cinq ans, & fur lefquels je vous ai
» demandé votre avis , ne font que
,, des portions du VerSolitaire , &
que Mr *#* , Médecin de cette
230 De la Génération
» Vilie , s’eft trompé de vouloir que
»> ces portions fuflent autant de Vers
,, particuliers , quoiqu'il convienne
,, cependant que les trois bouts arti:
,, culés , & de huit à dix pouces de
, longueur, que Îles remedes m'ont
,, fait rendre , foient efleétivement
., des portions d’un grand Ver norñ-
,, mé 7'ania.Ce Médecin m’engagea
il y a quelques jours,de faire venir
3, Mr Dubois, Médecin de Lizieux,
, qui fe trouvoit alors dans certe
, Ville : ce dernier examina, par le
» fecours des loupes de verre, &
» des microfcopes que j'ai , un de
» ces Vers,fur le papier , dans l’eau,
» & fur fa main, dont la chaleur le
» ranimoit, & alors il décida har-
» diment que cette prétendue por-
» tion { la voilà ici deffinée }) étoit
» un Ver entier, que le bout qui pa-
» roît comme quatre, étoit la tête
» de ce Ver , & que l’autre bout
» qui paroît arrondi , en étoit la
52 queue. .
: PMR»
» Mes Vers Cucurbitaires font
des Vers. 231
4 très-plats , trés-blancs , & d’une
» chair fatinée , qui dre huileufe
“ quand ils fortent de mon corps ;
: C'eft ce que jai trouvé aprés les
» AVOIr EXaminés mieux que jamais,
» avec ces Médecins, par le moyen
» de mes loupes & de mes microf-
# COPES.
», J'ai reconnu par ce nouvel exa-.
» men , qu'au bout marqué [. il y a
:, quatre petites élevations rondes,
» & perlées avec quatre autres
,; femblables par-deflous ; qu'entre
,; Ces deux rangs il regne un creux:
» de 3.en 4. qui n’a de profondeur,
, que’ce que lui en laïffent les huit:
,, élevations qui le bordent. Ce
O0O0OO
0000
y bout n'eft pas fi épais, à beaucoup
232 De la Génération
, près. Je n’y ai rien vu de plus.
,, Mr Dubois, Médecin de Lizieux,
,, veut donc que ce foit là la tête , &
,, que de 1. à 2. ce foit un Ver en-
,, tier. I y a vu, à ce qu'ildit, deux.
, veux & deux cornes , &c eft mé-
,, me en doute, à l'égard des cor-
,, nes, s'il n’y en a pas 4. Il a vu de
, plus , & nommé anatomique-
> ment une trentaine de parties de
, ce Ver , tandis que pour moi, je
,, n’y entendois & n’y voyois rien,
» fi ce n’eftun petit boyau noirâtre,
» comme en 5. I conclud que c’eft
, un Verentier, organifé de toutes
les parties qui lui font propres &
, néceïaires , qu’il multiplie en
» moi, & qu'il n'a aucun rapport
» avec le Ver Solitaire.
Mr de Longchamp pañle de ce ré-
cit, à ce qui concerne le mouve-
ment de ces petits corps cucurbitai-
res , ce qu'il en dit étant comparé,
19. AVEC Ce que j'ai marqué dans la
planche qu'on vient de voir à la pa-
8€ 224. 20. AVEC CC qui eft dit fur le
même fujet, dans la Lettre de Mr
Deftandau , copiée ci-devant; 30.
avec une autre Lettre que nous rap-.
portcrons
des Vers. 233
porterons de M. Pitois, Médecin de
Beaune , peut beaucoup fervir à
éclaircir cette matiere. Voici donc
comme M. de Longchamp s’expli-
que fur les mouvemens qu’il a re-
marqués dans les petites portions
cucurbitaires qu’il a rendues. I ny
a pas un mot à perdre de ce qu'il
dit fur cet article : ,, Quoique je
» défére tout-à-fait, me dit-1l, à ce
» que vous penfez , je fuis tellement
» dans l’ufage de dire mes Vers, &
#non pas les bouts de mon Ver Solitai-
57e; que vous me pañlerez volon-
“tiers de fuivie encore mon an-
» Cicnne habitude à cet égard: Je
5 vous dirai donc que dés que mes
» petits Vers font fortis, le bout 21:
ns'éleve & remue de tout fens,
» comme cherchant un féjour qui
_» lui foit propre, tel qu’étoit çelui
» qu'il vient de quitter. Il s’allonge
» en SCtréciflant, ou fe gonfle en
» S'élargifant; & alors la matiere
» qu'il a dans le corps, fe raflemble
» dans fon milieu, & paroît plus
» épaifle que quand il eft allongé.
» Qu'on mette ce Ver dans l’eau , if
prend une figure ovale, qui fait
Tome Z.
F2. De la Génération
» croire à M. * * Médecin de cette:
» Ville, qu'il eft de l’efpéce faite
»en forme de graine de courge.
» Après qu'il a été quelque temps.
» dans l’eau, il s’y allonge; mais if
» n’y ft jamais fi long ni fi large.
» que lorfque je viens de le rendre.
» En cet état, fes bords font ridés ;.
» & ces rides ont été autant de:
» parties fort curieufes pour mes.
» Médecins , qui étoient char-
» més de les avoir découvertes; tan--
» dis que de mon côté, j'avois la:
» fimplicité de croire qu’elles n’é-
»toient que l’efet du racourciffe-
» ment de ce Ver. M. Dubois:
» l'ayant mis fur fa main, il y re-
>» prit vigueur ; mais languiffant, 8
» aprés être revenu plulieurs fois à
» fa figure naturelle , il fe gonfla
» fucceflivement à fes extrémités.
»Je crus que ce n'étoit que des.
» convulfions , & qu’il combattoit,.
» pour ainfi dire, contre la mort;
» mais ces mouvemens firent voir à:
»ces Meflicurs, des cornes , des.
» yeux, & une trompe, dont je ne:
» vis pas la moindre apparence.
M. De Longchamp par ces der-
des Vers. | 235
ieres paroles fait affez entendre ce
qu'il faut penfer de ces cornes , de
ces yeux , & de cette trompe, qui
ne font en effet rien de reel ; fe
portions cucurbitaires dont il s’a-
git , n'ont niCOfnes, nl yeux, ni
trompe ; mais voici, ainfi que nous:
Pavons déja remarqué dans les pré--
cédentes éditions , ce qui-peut don-
ner lieu la-deflus à la méprife.
Le corps du Tænia,eft tout arti-
culé d’efpace en efpacec: Chaque:
efpace dansle Tænia de la premiere
efpéce, c’eft-à-dire, dans celui fans
épine, reflemble. en quelque forte’
par fa figure ovale, platte, un peu
convexe en {on milieu’, à la graine
du fruit nommé Cucurbite, où Courge. -
.. Ces efpaces, quand on les tire:
avec les doigts pourles déboetter , .
car ils font rous emboettés les uns:
dans les autres par leurs extrémi-
F1
tés, ne différent en rien des por--
tions incurbitaires dont il s’agit , .
lefquelles ne font en effet que des:
détachés du Ver Solitaire ou Tænia, .
qui fe rompt par endroits dans Îes-
corps où il habite.
Or voici ce qui fe remarque
LS ANS
236 De [4 Génération
quand on les fépare les uns des au-
tres en les tirant avec les deux
doigts : on voit dans la portion où
l'autre eft emboettée , un petit en-
foncement au milieu de l’extré-
mité qui férvoit d’emboetture. Cet
enfoncement , comme on le recon-
noît en lexaminant , n’eft qu'une
petite fofle , que Ja portion déta-
chée laifle dans l'endroit où elle
tenoit; à peu prés comme la tige
d'un œillet , lorfqu’on la cafe dans
les nœuds ou elle eft emboettée ,
Rife voir dans ces nœuds, une pe-
tite cavité, qui cft le lieu de Fem-
boetture. If arrive aufli quelque-
fois, comme nous Favons encore
remarqué dans les précédentes édi-
tions , que cette extrémité emboet-
tée Ctant dégagée de celle qui la re-
ccvoit, paroît avoir comme deux
cornes vers les côtés, ce qui vient
d’une déchirure qui fe fait prefque
toujours en cette occalion: Voil4
fans doute ce-qui a impofé à ces
Meflieurs dont parle M. de Long-
champ. Mais revenons au mouve-
ment de ces portions cucurbitaï-
XCS. |
#
&
| des Vers. 237
» J'ai cXaminc, continue tout de fuite
5 M. de Longchamp, un de ces Vers
» à la lueur d’une chandelle, & j'ai
» remarqué qu'en lapprochant de
» la lumiere, la chaleur le faifoit
» allonger de tout ce qu'il pouvoit.
» Sa peau au refte m'a paru alors
» trés-unie & très-fatince deflus &
» deflous, comme à fes deux bords.
» Plus je fe chauflois , plus il re-
» muoit , & toujours du bout mar-
ER SR STE ME MES
squé chifire 2. jufqu'a lendroit
5 marqué chiffre $. Enfin je le mis
» fi prés de la lumiere , que la gran-
» de chaleur fit faire un mouve-
» ment au bout 1. que je n'avois
» jufques- [à , jamais vü remuer.
5 L'autre bout s’y inclina , & la
* mort s'en fuivit. Cette figure eft
» celle que la trop grande chaleur
» lui fit prendre. |
_ Tellkes font les Obfervations de
M. de Longchamp fur le mouve-
ment des portions cucurbitaires
LA
Le
239 De la Génération
qu'il a rendues, Obfervations véri-
tablement curicufes, & qui doi-
vent être regardces comme un ex-
cellent fuppleinent à la planche que:
j'ai mile page 224. Peut-on douter
aprés cela , que les portions cucur-
bitaires que rendent ceux qui ont
le Tænia de la premiere efpéce, ne
foient des portions qui fe détachent
vivantes du corps du Ver?
M. Pitois, fcavant Médecin de:
Beaune en Bourgogne, lequel étoit
attaqué du Ver Solitaire, & qui
rendoit de ces portions faites en:
forme de graines de citrouille , ow
de cucurbite, m'écrivit à-deflus le
15. Mars 1736. d’une maniere
toute conforme à ce que je viens:
de rapporter :voici fa lettre.
Mo NSIEUR ;
» Je lifois, il y a environ deux:
»ans, Votre Traité de la Généra-
»tion des Vers dans le corps de
»lHomme. Je ne m'imaginois pas-
alors, étre Hôte de la plus fâcheu:
#{c efpéce de ces Infe@es ; mais
des Ver. 239
» per après je m'apperçus, que je
» rendois quelquefois de ces petits:
» corps blancs en forme de graines.
» de concombre , lefquels fem-
» bloient fe mouvoir; j'exaniinaf
» ces corps avec foin , & jt recon--
» nus bientôt, que c’étoient des por-
“tions du Tænia; je fis provifion:
» de racine de fougere femelle &
» de murier ; jai ufé de ces reme-
» des à différentes fois, de la ma-
» nicre dont vous leprefcrivez, &
“toujours avec fuccés ; c’eft-a-
» dire , que toutes les fois que je
» me fuis fervi de ces racines, il'eft:
» forti une plus grande quantité de:
» portions du Solitaire ; mais je n’aï
» point été aufli heureux que beau-
» Coup d’autres perfonnes que jaï
»traitées , felon votre mérhode:, &
» qui ont été délivrées totalement
» de ce monftrueux animal. Ea tête,
» & fans doute , une bonne partie:
5 du corps de celui que je loge , eft
» reftée opiniâtrément dans moï..
» L’eau de fougere dont vous vous:
» êtes réfervé la recette, acheveroït_:
»indubitablement la cure que j'a
commencée fous vos aunfpices..
140 De la Génération |
» Ainfi jefpére que vous voudrez
» bien m'envoyer la quantité de
5 Cette EAU QUE VOUS jUSErEZ CONVE-
»nable, & y joindre un mémoire
» de la maniere de s’en fervir. Voi-
» ]à appliquées fur ut morceau de
»VCITE, trois portions de’ Tænia
5 que j'ai rendues aprés avoir pris
» un bol purgatif où j'avois mis le
» Mercure doux ; les ramifications
» des vaifleaux m'ont paru fingulie-
sres. Je fuis,
+ MONSIEUR,
Votre, &c:.
A Beaune en Bourgogne,le s.Mars1736.
Telle eft la lettre que M. Pitois
m'écrivit du 15. Mars 1736. par
fiquelle il me prioit de lurenvoyer
de l’eau de fougere : je ne manquaï
point de lui en faire tenir, & voici
fa répcafe fur ce fujet.
des Vers. 241
À Beaune le 16. Juillet 1736.
Monsieur,
» J'A1 commence à prendre l’eau
» de fougere le 2. dece mois. J'ai
» continué jufqu'à la fin de l'eau, &
»jai rendu par fon ation, cent
s quarante-huit portions du Tænia
» toutes mortes. Il y en avoit plu-
» fieurs de féparéet. J'en ai auffi
» trouvé des morceaux de 25. à 30.
» articulations réunies; jai remar-
» qué bien diftinétement fur quel-
»ques-unes , les rofettes & les
» mammelons figurés dans la plan-
»“che que vous avez bien voulu
» nenvoye r. J'ai obfervé fur-tout,
» que toutes les parties étoient plus
» épaifles , plus charnues, plus lar-
» ges , que celles que je rendois
» avant que d’avoir pris l’eau de
» fougere. Quoi qu’il en foit , la
»partie principale , j'entends la
» tête de cet animal , eftreftée dans.
» mon corps ; penfez-vous qu'il foi
»à propos pour le détruire abfolu
Tome LI. X
2,42 De la Génération
» meñnt que Je prenne encore de
» l'eau de fougere ? Je fuis, &c.
Prtorzrs.
Les ramifications de vaifleaux &
les rofettes dont parle M. Pitois
dans fes deux lettres, font chofes
qu'on ne fcauroit bien comprendre
fans avoir auparavant confulté la
planche que je luienvoyai, & qui
elt ci-après.
_ Ces ramificafons & ces rofettes
font amplement décrites dans cette
planche ; je m'abitiens d’en parier
jufqu'à ce que nous foyions arrivés
à l’Article où je la rapporte.
Le SozitaiRe fe nourrit vers le
ylore, c'eit-à-dire , vers l’iflue de
be ; c'eft-là qu’il tient fa tête :
d'ou il eft facile de juger qu'il con-
fume aifément la meilleure partie
du chyle, parce qu'il prend cette
liqueur avant qu’elle foit parvenue
aux veines laétées.
Il trouve Là un chyle qui n’eft
point encore mélangé de bile; ce
qui peut bien être la caufe du fe-
jour qu'il y fait: car plus bas la bile
des Vers. 24$
du foie fe déchargeant dans le duo-
denum , qui eft le premier des in-
teftins, & {e mélant avec le chyle,
donne à ce fuc une amertume qui
le rend moins propre à nourrir le
Ver; ce qui s'accorde avec le fen-
timent de quelques,Modernes, &
entre autres d’Hartman , (4) qui
dit que l’obitruétion du foie eft ce
qui entretient les Vers plats. En ef-
fe on peut dire en géncral, que le
fiel eft contraire à tous les Vers; &
fi quelques-uns de ces Infeétes mon-
tent quelquefois des inteftins dans
l'eftomac, cela n'arrive , comme
le remarque Fabricius , (4 ) qu’à
ceux dans lefquels il y a obftruétion
au conduit de la bile.
Il cft vrai qu'on a trouvé quel-
quefois des Vers dans la veflie du
fiel ; mais il faut remarquer que
c’étoit à des perfonnes mortes d’hy-
dropifie , dans lefquelles cette vefliz
étoit plutôt remplie de pituite que
de fiel , ainfi que l’obferve le même
Auteur.
La plüpart des Infectes craignent
(a) Hartm. Prat. Chym. pag. 201.
(b) Guillelm, Fabric. centur. 24 Objerv. 72e
X 1}
244 De laGenération
le fiel. C’eft ce qu'on peut recon-
noître par pluficurs expériences,
& entre autres en mettantdes Sang-
fues dans une écuelle pleine d’eau,
dont je deflus des bords foit frot-
té de fiel, car il n’en fortira pas
une. Je ne prétends pas cependant
conclurre abfolument de-là, qu'à
cet égard le plus grand nombre des
Infeétes foient comme les Sang-
fues. Nous avons dit plus haut,
que quelquefois il y avoit des Vers
dans le foie, jufques même dans la
veflie de ce vifcére ; & pour expli-
quer comment la chôfe pouvoit fe
faire , nous avons fuppolé que c’eft
qu’alors la bile étoit dégénérée , &
n’avoit plus d’amertume ; mais
nous ne donnons pas cette explica-
tion comme certaine. Il s’engen-
dre des Vers fur l’abfynthe comme
fur les plantes les plus douces ; ainfi
il pourroit bien s’en engendrer dans
la bile, fans que pour cela elle eût
dégénéré. On a vu des Perce-oreil-
les entrer dans l’orcille, y faire
leur demeure, & y produire d’au-
tres Perce-orcilles, fans qu'il y eût
lieu.de croire que l'oreille füt dé-
des Vers. 14$
pourvue de ce fuc amer dont elle
eft naturellement enduite. Nous
traiterons cet article dans le Cha-
pitre des remedes contre les Vers,
en parlant desremedes contre
Jes Vers Auriculaires. Revenons aû
Tæni1a. ni
Quoique ce Ver ait fon col &
fa tête vers le pylore , il ne fort
néanmoins prelque jamais par la
bouche. La raifon eneft que le refte
du corps du Tænia eft trop large
& trop long pour pouvoir remon<
ter par le pylore de l’eftomac.
Ce que je vieris de dire fur la
maniere dont ce Ver confume le
chyle, doit faire voir qu'il nya
rien d'étonnant dans €e que nous
avons avancé plus haut, que cet
Jnfe&te , ainfi que l’añure Spige-
lius («), eft ordinairement feul de
fon efpèce , dans le corps où fl
habite. use
Au refte ce ne font point les Mo:
dernés qui ont obfervé les pre-
miers, que ce Ver étoit ordinaire-
ment feul de fon efpéce dans le
corps où il fe trouvoit ; Hippocraté
(a) Spigel, de Lumbrico lato;
X if
246 De la Génération
l'a reconnu; & c’eftun fait dont il
doutoit fi peu , que loin de le met-
tre en queftion , il le fappofe com-
me indubitable ; car voulant prour-
ver que ces portions cucurbitaires ,
ne font pas les œufs de ce Ver, il
dit qu'il ne feroit pas poflible que
d’un feul animal, ilpüt fortir un
fi grand nombre de produétions; ce
qu'il n’auroit pas dit fans doute,
s’il eût penfé qu'il y eût eu plufieurs
Vers de cette forte dans un même
corps.
Quelques Modernes , comme
nous l'avons déja infinué, croient
que le Tænia n’cft qu'un amas de
petits Animaux à part, qui fetien-
nent quelquefois les uns aux autres
comme les chaînons d’une chaîne.
Fernel, (4 ) Perdulcis, (b ) & plu-
fieurs autres fe le font imaginé ;
mais un peu d’examen-fuffit pour
faire voir la vérité de ce que nous
avons déja remarqué : fcavoir , que
ce ne font que des portions du So-
litaire , lefquelles en fe rompant
(a) Fernel, de Morb. intefhnor. pathol. Lib. VI.
Cap. 10.
(b) Perdul, unsverf. Medicin, Lib. XTII. Cap. 224.
des Verse 247
fe détachent du corps du Ver; car
lc Tænia eft fi long , qu’il n’eft pas
poñlible qu’il ne fe cafe de temps
en temps, fur-tout étant articulé
comme il left. Car ces articles,
ainfi que nous l'avons déja dit, fe
rompent avec la même facilité que
ceux qui font aux pattes des Han-
netons.
Spigelius ( 4) & Sennert, (b )re-
connoiflent que le Solium ou Soli-
taire, eft un Animal unique, &
non une chaîne de Vers. Quelques-
uns , dit Sennert, s’émaginent que les
interfhces de ce Per plat, font autant de
Vers ; maïs tous ces interflices enfemble ne
compolent qu'un [eul Ver , lequel a plu-
fieurs nœuds ou articles.
Benivenius dit avoir vu un de
ces Vers plats, & il ajoute que c'é-
toit autant de Vers liés & unis en-
femble ; mais Sennert fé moque de
ce fentiment,& foutient que ce Ver
étoit unique & ne faifoit qu’un feul
corps. Le même Sennert reprend.
Gabucinus de la même erreur :
» Comme Gabucinus , dit-il , a vu
(a) Spigel. de Lumbric. lato. Cap. III.
(b) Sennert, Lib, III. part, 2.fect. 1. Cap. 3:
-1V
248 De la Génération
» que le mouvement de ce Ver étoit
» plus fenfible dans les entrenœuds
» qu'ailleurs , 1l a cru que ce n'étoit
» pas un feul Ver qui remuoit ,
» Mais que ce mouvement étoit ce-
» lui de plufieurs Vers cucurbitaires
»joints enfemble. Cependant ces
» entrenœuds ne font point des Vers
» particuliers , mais autant de por-
»tions d'un même Ver plat. C’eft
ainfi que s'explique Sennert : nous
ajouterons à cela que puifqu'il
n'yaici qu'une tête & un col, il
faut ncceflairement convenir que
ce n’eft qu'un même Animal.M.Va-
lifnieri dans fon Traité intitulé:
Confiderazioni el Efpérienze , érc. pré-
tend que le Tænia n’eft point un
feul Ver ; que c’eft un amas de plu-
fieurs Cucurbitaires qui fe tiennent
les uns aux autres , à peu prés, dit-
il, comme on voit que fe tiennent
les Singes quand ils pañlent une ri-
viere. On peut là-deflus demander
à M. Valifnieri, comment ces Vers
Cucurbitaires fcavent fe ranger ain-
f avec tant d’ordre dans le Tænia.
Car le col du Tænia, ou Solitaire,
eft très-mince & étroit, & va tou-
des Vers. 249
jours en s’élargiflant à mefure qu'il
s'éloigne de la tête. Il faut donc
fuppofer que ces prétendus Vers
conviennent enfemble que les plus
petits fe mettront les premiers,
puis ceux qui font un peu plus
grands & les autres fucceflivement
par étage. Si c’étoient plulieurs Vers
unis , on n’y verroit pas une fi
grande proportion; car çe Ver .va
en clargiffant depuis la tête, avec
une telle juftefle , qu'ikn’eft pas pol-
fible de rien trouver de plus jufte,
& deux hgnes qu'on auroit tirées
avec la regle , ne pourroient pas
$tre plus régulieres.
Si les portions du Tænia ou Soli-
laire , étoient autant d’Animaux
attachés enfemble , il arriveroit ,
quand ces prétendus Animaux fe-
roient morts , une chofe qui n’arri-
ve point. C’eft qu'ils fe déboette-
roient lesuns d’avec les autres, &
cependant ils tiennent alors fi fort
enfemble , que lors même qu’on les
tire , ils fe rompent plutôt que de
fe détacher ; c’eft ce que j'ai éprou-
vé plufieurs fois.
Le Tænia dont nous parlons,
250 De la Génération
peut être, ainfi que nous l'avons
déja dit, comparé à la plante nom-
mée Equifetum , où queue de Cheval ,
hquelle ef toute remplie de nœuds:
on peut encore micux la comparer
au figuier d'Inde , qui eft tout com-
pofé de portions ovales, plattes &
ventrues , firuées les unes fur les au-
tres , & qui ‘e tiennent bout à bout,
comme on les
voit repréfen-
tées dans la fi-
gure c1-iOinte.
Qui diroit
que ces par-
ties du figuier
d'Inde , ainfi
pofées les unes
fur les autres,
font autant de
plantes à part ,
fe tromperoit
fans doute.Ce-
lui qui croit que les portions qui
compofent le Tænia, font autant
d’Animaux à part, eft dans une er-
reur femblable. Enfin dire que les
portions du Tænia contenues entre
les nœuds ou articles de ce Ver,
des Vers. 2S%
font autant d’Animaux, c’eft dire
que les efpaces contenus entre les
nœuds d’un rofeau, font aytant de
rofeaux , & ne compofent pas en-
femble un rofeau unique. Mais
voici un fait qui termine la que-
ftion : c’eft que dans le Ver Soli-
taire , il y a un vaifleau de commu-
nication qui s'étend tout le long du
corps de ce Ver, fans être inter-
rompu par les nœuds ou jointures
dont le Ver paroît entrecoupé. Ce
vaiffleau confifte en un conduit uni-
forme très-délié & tranfparent ,
qui , par le moyen de la louppe pa-
roit du diamétre d’une petite foie
de Cochon. Il renferme une li-
queur tres-claire, femblable à celle
qui {e voit dans les vaiffleaux fan-
guins des Limaces, des Limacons
& des Vers de terre. Quand on in-
jeéte dans ce vaifleau , par le moyen
d’un tuyau extrémement fin, une
matiere coulante , on la voit en-
filer en ligne droite, ce même
conduit ou vaifleau , & l'enfiler
tout le long du Ver, précifément
entre les deux bords fous la mem-
brane externe ; fans être arrétée.par
2 52 De [a Génération
les nœuds ou jointures dont nous
venons de parler.
Après une telle découverte, om
né doit plus douter que le Tænia
ou Solitaire, ne {oit un feul Ver,
& non un amas de plulieurs Vers
joints enfembic ; c’eft au fçavant
M. Winflow qu'eft due cette dé-
couverte, ainfi qu'on le va voir par
la lettre fuivante qu'il m'a écrite {ur
ce fujet , en réponfe à une autre
qu’il avoit recue de moi.
Monsieur,
» Le vaifleau de communicationt
» que jai découvert dans les Vers
» Solitaires que vous me donnâtes
» lannce derniere , & que je vis
» tout vivans chez vous, confifte,
» ainfi que je lai rapporté à l’Aca-
» démie des Sciences, en un con-
» duit uniforme très-délié & tran£
» parent , lequel , par le moyen: de
» ma loupe, me parut du diamétre
#d'une petite foie de Cochon: Il
» contenoit une liqueur très-claire,
» pareille à celle que j'ai vue autre-
des Vers. 253
s fois dans les vaifleaux fanguins des
»%Limaçons, des Limaces, & mé-
» me des Vers de terre. J'ai injecté
» dans ce vaifleau , par le moyen
» d'un tuyau extrémement fin, &
» femblable à peu prés, à ceux dont
» on fe fert depuis quelque temps
» pour faire des injections médica-
» mentcuf£s dans les points lacry-
» Maux , une matiere très-coulan-
» te, dont je ferai part dans quel-
» que temps à l’Académie des Scien-
» ces , & en pouflant cette maticre,
» je l'ai vue enfiler ce même con-
» duit ou vaifieau , en ligne droite,
» tout le long du Ver, précifément
» entre les deux bords, fous la mem-
» brane externe , fans être arrêtée
» par les nœuds owjointures, dont
»# ce Ver paroît entrecoupé. Com-
» me l’Académie, lorfque je lui rap.
» portai le fait , me recommanda
» de fuivre cetre expérience , &
» qu'elle vient encore tout récem-
» ment de mele recommander, j'a-
» vois deflein de vous prier , com-
» me il vous arrive fouvent de faire
» fortir de ces Verstout vivans , de
» vouloir bien m’avertir quand il
264 … De la Génération
» vous en viendroit quelques-uns,
» afin que je puifle fatisfaire à l’en-
» gagement que jai pris là-deflus
» avec l'Académie. Mais comme il
» faut un beau foleil pour faire l’ex-
» périence dont il s’agit , j'attendrai
»jufqu'au Printemps , où J'efpere
» que vous voudrez bien m’accor-
» der la grace que vous m'avez de-
» ja faite. Je fuis, &c.
MONSIEUR,
Votre, &c.
WINSLO w.
À Paris , ce 20. Décembre 1730.
+
Que répondront à ce témoignage.
de Mr Winflow , ceux qui veulent
quele Ver Solitaire foit, non un
{eul Ver, mais une chaîne de Vers,
qui fe tiennent attachés les uns aux
autres ? R
Luftanus ( 4) rapporte lhiftoire
d’une Dame qui rendit un Ver aflez
(a) Amat. Lufitan, Curat. Medicin. Cent, 6, Curat,
74. fr. 630. CF 631
É des Vers. 25$
femblable au Solitaire dont il s'agit:
» Une Dame, dit-1l, qui d’ailleurs fe
» portoit bien, fe fentit attaquée
» d’une petite toux , & peu aprés,
» rendit par la bouche un Ver tout
» vivant , mais fi extraordinaire ,
» pourfuit-1l, Que je n’en avois jamais
» Vu un pareil ; 1l Ctoit long de qua-
» tre coudées, large de la moitié de
» l’ongle, fort blanc, femblable à la
» fubftance des inteftins, & ayant je
» ne fçai quoi, qui fembloit tenir de
» la dépouille d’une Couleuvre. I1
» avoit une tête en forme de poi-
» reau, & depuis cette tête, un corps
» tout plat , qui alloit en étreciflant
» vers laqueue. Ce Ver, sjoute-t-1l,
» n’étoit qu’un feul corps, ayant plu-
» fieurs articles, & ce qui étoit com-
» pris entre ces articles, reflembioit
» à des graines de cucurbite. Ces
» portions en forme de graine de
» cucurbite , ne renfermoient rien
+ au dedans, parce que le Ver eft
» cxXtrémement plat
La peinture que fait ici Lufitanus,
répréfente affez bien notre Ver,
dans lequel , à la referve de ces pe-
tits corps en forme de globules,
256 De la Génération
dont nous avons parlé plus haut,
nous n'avons pu rien découvrir non
plus. Celui-ci dont parle Amatus
Lufitanus, fortit par la bouche, ce
ui arrive rarement , car le Tænia
Ms prefque toujours par bas.
Amatus Lufitanus ajoute que fe-
lon Hipoocrate , le Ver dont ii s’a-
git , neMcauroit produire ces pré-
tendus Vers Cucurbitaires , que
quelques Médecins du temps de ce
grand homme , afluroient être les
produ&ions du Ver plat. Hippocra-
te, continue t-il, appuie fon fentiment
fur plufeurs raifons , dont deux
principalement paroiïffent éviden-
tes. La premiere , eft que le Tænia
fe rompt par endroits, & que les
portions qui s’en détachent , font
femblables à des graines de cucur-
bite ; enforte qu’en comparant les
unes avec les autres , on n'y apper-
coit aucune différence : la feconde,
que la capacité du corps de ce Ver
eft trop petite pour pouvoir conte-
nir un fi grand nombre de portions
cucurbitaires. Voilà ce que dit Lu-
fitanus , & qui eit très-conforme à
ce que les yeux découvrent. Ronde-
let
des Vers. 257
fet (4) fait mention d'un Ver fem-
blable , que la Femme d’un Soldar
rendit étant au Camp de Perpi-
gnant, & qu'il fit fécher pour le
conferver. Thaddæus Dunus écrit
qu'une jeune Femme ayant été ma-
lade (b) trois ans d’un Ver plat, lui
en envoya un morceau qu'elle avoit
rendu , tequel étoit de plus de cinq
aulnes de long ; que cela lui fit
d'autant plus de plaifir, qu'il n’a-
voit encore jamais vu de ces fortes
de Vers. [l ajoute qu’en r$7r. cette
Femme mourut, & rendit quelques
jours auparavant, un autre morceau
de Ver qui avoit plus de 20.aulnes,
w'on le lui montra aprés l'avoir
ss fécher dans un four , pour le
eonferver.
: {Gefner dit en avoir lui-même ren>
du deux qui avoient treize coudées
de long (rc). Quinzius rapporte dans
fes Obfervations , qu'ayant purgé
un Gouteux par précaution, pour
prévenir les douleurs de la Goute ,
il lui ft rendre un Ver plat , als
(à) Rondelet, Lib. Disnof. Morb. cap. 17.
(0) Thadd. Dunus , cap. 25. Mifcell. V'edies-
€) Gefner. Lib. LIT, Epif, ad Fabrie.…
Tome I.
258 De la Génération
vue duquel il ne put s'empêcher
d'admirer l'ignorance de certains
Médecins modernes , qui ofent ac-
cufer Pline (4) de menfonge, pour
avoir écrit qu'il s'étoit trouvé des.
Vers plats detrente pieds de long &
davantage. M. Hartioeker, comme:
je lai déja dit dans le Chapitre {e-
cond, m'a mandé en avoir vu un à:
Amifterdam , qui avoit plusde 45.
aulnes de France, ce qui juftifie bien:
Pline. Il y à quelques années qu'a
FHôtel de Soubize j'en fis fortir du:
corps, d'un Gentilhomme nommé
M. Coqueret, plus de vingt auines:
en trois ou quatre morceaux ; C’eft.
de quoi toute la Maifon fut témoin,
& Monfieur le Prince de Soubize:
lui-même fe fit un plaifir d'en gar-
der un morceau pour le montrer. If
a quelques années aufli que chez:
onlicur l'Abbé Bignon, je déli-
vrai d'un Ver Solitaire qui avoit
plus de huit aulnes , M. le Marquis.
de Montendre, alors nouvellement
arrivé des Indes. Ce Ver {fortitavec:
la tête , & cette tête , qu'on laifix
perdre , étoit comme celle que j'aë
(a)Plin. Hiff. Nat, Lib. II. cap. 33.
des Vers. 29
fait graver dans la premiere plan-
che, pages 1V. & V. de la Préface.
Je ferois à charge aux Lecteurs fi
je voulois rapporter tous les exem-
ples de cette nature dont J'ai été té-
moin. L’hiftoire d’un riche Mar-
chand de Melun , nommé M. Be-
nard , qui vint ici à Paris pour fe:
faire délivrer d’un femblable Ver
dont on le foupconnoit malade , &
à qui j'en fis rendre plus de 35. aul-
nes en quatre où Cinq Morceaux
feroit ici un long article, par les cir-
conftances fingulieres dont cette:
maladie éroit accompagnée; mais:
je fupprime ce récit. |
Quelques Auteurs en décrivant:
le Ver dont nous parlons, difent
qu'il elt Squameux , Squamofus , non:
qu'effetivement , ilait desécailles,.
mais c'eft qu'il eft tout articule ; car
ces articles font difpofés comme des:
efpéces d’écailles. Aufli Thaddeus.
Dumas , en parlant de cette forte de:
Ver, dit qu'il cft Sqvameux , ou plutôr
tout articulé (a). Mercurial prétend:
que le Tenia n’eft point un Ver, mais:
(a) Sqmimefus , nifi reins geniculätes dicatars-
UT
260 De la Génération
{eulement une apparence de Ver {4
Il ef facile de voir combien cet Au-
teur fetrompe, puifque le Ver dont
parle Lufitanus , & le nôtre , ont
une tête , qu'ils font fortis vivans À
que nous en avons vu plufieurs au-
tres aufli vivans , & faire des mou
vemens trés-fenfibles ; ce que di-
vers Auteurs atteitent aufli avoir re-
marqué dans des Vers de cette mé-
me elpéce, qu’ils affurent avoir vus.
Gabucinus fait mention d’un 74-
ni , Ou Solitaire | qui Vêcut un jour
dans un chaudron plein d’eau(L),
& Spigelius (c) rapporte qu’en 1608.
au mois d’Août, une: Dame Aille-
mande ayant mangé à fouper d’une
Salade de Laitue , fut failie d’ur
frifon violent , fuivi de fiévre, &
d’une grande colique :Que comme
la Malade fe prefloit le ventre avec
les mains , à caufe de la force du
mal, il lui furvint un cours de ven-
tre, qui, avec quantité d’eau & de
bile , entraïna un morceau de Ver
plat , long de cinq coudées : Que
(a) Sed quidypram animal refere”s, mercur: Lib, III”
ie Morb. Pueror. cap. 1.
{b) Gabacinus, cap. 3. Comment, de Lsmb.,
{e) Spigcl, de Lumb.iare,
des Vers. 261
cette Malade avoit auprès d’elle
une Sœur , qui craignant que ce ne
füt une portion des inteftins, au
lieu de tirer le Ver tout-à-fait, ef-
faya de le faire rentrer , & à force
de le violenter , le rompit ; Qu'on
Jetta fur le carreau ce qui s’étoit dé-
taché ; qu'aufli-tôt ce morceau de
Ver fe tourna en plufieurs figures.
fpirales ; qu’enfuite On le jetta dans
de l'eau , où il € mit en cercle, &
ne remua plus. Mouvemens qu'il
n’auroit pu faire fans doute , s’il
n'eût été animé.
On pourroit croire que Mercu-
ria} ne prétend parler que de quel:
que membrane, quand il dit que le:
Ver plat n’eft pas un animal ; mais
il fe fert d’une autorité d'Hippo-
crate, par laquelle on voit évidem-
ment qu'il parle du Ver, dont le
même Hippocrate fait mention au
quatriéme Livre des Maladies , qui
elt celui que je nomme Solitaire , le-
quel eft véritablement animé.
- Cc prétendu Ver, écrit Mercu-
trial , n’eft point animé , mais quel-
que chofe qui femble l'être , &
comme la dit Hippacrate, pour-
GT De la Génération
fuit-il, une matiere formée dans les:
inteftins , laquelle repréfente en:
quelque façon la figure d’un ani-
mal.
Cet Auteur fait voir par ces paro-
les, bien peu d’exa@itude dans fa:
citation ; Hippocrate ne dit point
que c’eft une matiere qui reAemble:
à unanimal , mais au contraire, que
c’eft un animal quigefflemble à une
peau blanche qui fe feroit féparée:
des inteftins ; ce qui eft bien difé-
rent. Hippocrate appelle même ce:
Ver un animal d’une grandeur ex—
traordinaire (4) , aprés quoi il dit
que le Ver dont il parle , reflemble-
à une peau blanche qui fe feroit dé-
tachce des inteftins. Voulant enfui--
te expliquer comment ce même
Ver peut fe former dans le fœrus ,
il dit que lorfque le lait & le fang
de la mere viennent à fe corrompre:
par la trop grande asondance , ils
donnent lieu à la production de cet
infecte.
On voit par là, comme il ne faut
pas toujours fe repofer fur les cita-
(a) Gor mteëror prasqon Hipp. Liv, IV. des Ma
Bad; chap. 27,
des Vers. 263!
cions d'Hippocrate. Chaque Méde-
cin le veut avoir pour foi, & com-
me fi c'étoit un crime d’avouer-
qu'on eft d’un autre fentiment que
lui, on aime fouvent mieux lui im-
puter ce qu'il n’a jamais penfé. Je
dis ceci parce que Mercuria! n’eft
pas le feul Auteur de Médecine qui
en ait ufé de la forte.
Spigelius & Sennert penfent
mieux fur ce point , que ne fait
Mercurtal , qui, pour le remarquer:
en pañlant , {e contredit vifible-
ment quelques Chapitres après.
» On ne fçauroit douter (4), dit
>, Sennert > que cette forte de Tania
>, ne foit un animal, cela paroît par
» fon mouvement ;, qui, quoique:
>, plus lent que celui qu’on remar-
» que dans les Vers ordinaires, ne:
>, life pas d’être un véritable mou-
», Vement, ainfi que l'ont obfervé
,, plufieurs Auteurs ; cna même vu
» quelquefois ce Ver tout en une:
5, boule, étant chaflé par quelque:
, médicament , & c’elt fans doute-
» €n faveur de ce mouvement , que:
» la nature lui a donné ces articula--
CG} Sennert, Lib. III, Part. II, Se. I. cap, 7.
ZGA De la Génération |
,, tions, cesnœuds & ces interftices:
» par lefquels il ef diftingué en tra-
,, Vers , à la maniere des autres in-
,,{eétes , & que certaines perfonnes
,{e font imaginées- être autant de
,, Vers à part. "1
Hippocrate a remarqué le mou-
vement de ce Ver: ,, St, dit-il, on
, traite un Malade qui ait le Ver
» plat, & qu’on lui donne quel-
,, que médicament pour l'en déli-
,, vrér , le Ver fe met quelquefois
,, en rond, & fort tout en une bou-
,, le, après quoi le Malade recou-
,, vre la fanté.
Schenckius dans Île troifiéme Li-
vre de fes Obfervations , au Traité:
des Lumbrics . dit en avoir vu un
encore tout palpitant, qu'une Dame
venoit de rendre par la bouche , le-
quel étoit ainfi tout en une boule.
Il ajoute qu’on dévelopa ce Ver, &
qu’il fut trouvé de trois aulnes de
lon.
Nous avons déja rapporté plus
haut , l'exemple d'un Tænia forti.
par la bouche, ce qui eff trés-digne
de remarque ; ce Ver , ainfi que
nous l'avons obfervé ,. ne fortant
prefque
des Vers. 265$
prefque jamais que par bas. Pour ce
qui eft de fortir en boule, ou en pe-
lotton , la chofe arrive quelquefois.
On en trouve divers exemples chez
les Auteurs, & on peut joindre le
fuivant à ceux que nous venons de
rapporter là-deffus.
Henry (4) Brechtfeld écrit qu’é-
xerçant la Médecine à Hildesheim ,
il y vitun Vicillard de quatre-vingts
ans , de ayant té long-temps ma-
Jade, fut guéri cout d’un coup, après
avoir rendu un Ver plat , roulé en
pelotton , & qui avoit fept aulnes.
Voyez la planche qui eft à la page
C’eft quelque chofe de curieux
que la Rrudure intérieure du Tænia.
}l y en a une efpéce où l’on remar-
que, comme nous l'avons déja dit,
une forme d’épine qui s'étend tout
le long de fon corps. Mais nous ob-
ferverons ici que cette épine eft tou-
te compofce de petits grains rabo-
teux & anguleux, qui réfiftent au
toucher comme de gros grains de
fable. Pour bien voir ces grains, &
(a) Thom. Barth. AG, Med, > Philofephica Hafn :
Cap. 21. V.1.
Tome I. Z
266 De la Génération
en examincr la figure , il faut éten-
dre le Ve: fur un morceau de verre.
I! s’y colle tout d’un coup de lui-mé-
me , & aprés qu’il s’y eft féché, on
y difcerne cette épine, laquelle pa-
roit élevée fur le corps du Ver , &
laifle voir ces grains , dont chacun
eft compofé de trois ou quatre au-
tres , tous fort durs, Voyez la plan-
che ci-jointe,
L'autre efpéce de Tænia, qui eft
a premiere, n’a point d’épine le
long du corps, comme nous l’avons
affez repeté , & la ftruéture en eft
toute différente. Pour voir cette
ftruéture , il faut étendre tout de
même iur un morceau de verre un
Jambeau du Ver, l’y laifler fecher ,
& enfuirte l’examiner à travers le
verre, qu'on expolfe perpendiculai-
rement au grand jour. On y décou.
vre alors dans chaque ventre ou ef-
pace contenu entre lesarticulations,
certaines ramifications de vaifleaux,
dont je ne fçaurois mieux comparer
la difpofition, qu'a celle des dents
d’un peigne. Ces ramifications fe
terminent en une efpéce de bou-
con fait en forme de rofette, lequel
7
der
= me
*
4°
4
J
:
;
*
#
2 0 2 age er a de pe Med
' cu LE -
SE
Ç
des Vers. 267
fe trouve à l’une des extrémités de
chaque ventre. On en jugera mieux
par la planche inferée ici, page 266.
On peut , au lieu d'appliquer l’in-
fe&e {ur un morceau de verre, le
fufpendre das de l’eau où l’on au-
ra fait difloudre de l’alum. Car au
bout de vingt-quatre heures, plus
ou moins , lalum ayant rongé la
fubftance la plus tendre du Ver,
laifle voir diftinement les vaif.
feaux dont je parle, parce que ces
vaifleaux étant d’une pi a
plus ferme & plus folide , réfiftent
davantage à l’action de l’alum.
Le morceau de Ver repréfente
dans la planche fuivante , eft le mê.
me qui eft repréfenté fig. 2. dans la
planche de la page 198. avec cette
différence, que dans la planche de
la page 198. on le voit comme il
étoit dès qu’il fut forti; au lieu qu'ici
il eft repréfenté comme il a paru en-
fuite après que je l’eus fufpendu dans
une phiole pleine d’eau où javois
mis de l’alum. L'endroit marqué D,
& E, eft celui, qui , dans la planche
de la page 198. eft marqué F, &
l'endroit G, & H, le même, qui,
Z ij
246$ De la Géération
dans cette planche-là, eit marqué E,
Ce morceau de Ver a été rendu
par Mr de la Solaye , Avocat au
Parlement , rueS. Severin. Je le fis
defliner par Mr Simon, Peintre dés
Gobelins , demeurant alors rue du
Foare ; puis graver par Mr l'Evèque,
même rue S. Severin. Aprés quoi.
Vayant fufpendu dans de l’eau d’a-
lum , qui en fit paroïître tous les
vaifleaux , je le fis deffiner par Mr
Bonnard , ruesS. Jacques, tres-habi-
le Deflinateur, qui le repréfenta au
naturel, comme il paroifloit dans
cette eau, & enfuite graver fur ce
deffein par le méme Mr l'Evêque ,
rucS. Severin. On ne peut rien ajou-
ter à l'exactitude avec laquelle il eft
sepréfenté : il le faut fuppoferMu£
pendu, & flottant daus la phiole
pleine d’eau. L'arbre qui le foutient
n'eft que de la fantaifie du Deffina-
teur. Voici l'explication de la plan-
che : À, vaifileaux difpofés en for-
me de dents de peigne. B, interval-
les entre les dents de ces peignes ,
vis-à-vis chaque mammelon. € ,
rofettes formées par le contour des
vaifcaux. Les portions qui compo:
A het
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1.4
[age
7 À
Pig
des V'ers. iGg
fent ce Ver, ont, commé dans tous
les autres Vers de la même efpéce ,
un côté qui recoit la portion qui Le
fuit, & un autre où il eft emboct-
té lui-même dans la portion qui le
précéde ; or ces rofettes ne {e trou-
vent que du côté qui eft emboetté ,
ce qu'il eftimportant de remarquer,
pour bien connoître la fructure du
Vér dont 1} s’agit.
D , inégalité coudéc , ou il y a
lieu de croire que le Ver s’eft rom-
pu ; enforte que cette inégalité eft
apparemment une cicatrice faite de-
puis à l'endroit rompu.
E , la même inégalité vue par-
defous.
F, mammelons naturellement
ouverts,
G , portion plus évafée que les
autres , & où l’on ne remarque
point de vaifleaux.
_H, fente dans le milieu de cette
portion évafée.
Ce font peut-être là de petites
chofes ; mais c’eft fouvent dans les
plus petites chofes que la nature pa-
roît davantage.
M. Vieuflens, Médecin des. Lt-
Z ii
170 De la Génération
zier , en Conferans , & Docteur de
la Faculté de Montpellier , a tâché
d'expliquer la ftructure du Ver So-
taire dans une Brochure intitulée :
Obfervation [ur la Maladie de M. Ma-
not de Bergerat ; Bcurgeois dans la Pro-
vince de Languedoc. Cette Brochure
eft adreffée 4 Z4onfieur Chycoineau ,
Confeiller en la Cour des Aides , Chance-
her & Profeffeur en l'Univerfité de
Montpellisr 3 aujourd’hui premier
Médecin du Roy.
M. Vicuffens fe propofe d'y ré-
foudre deux queftions principa-
les, dont nous avons fuffifamment
éclairci la premiere jufqu'ici. C’eft,
Sile Ver Solitaire eft un feul Ver,
ou fi ce font plufieurs Vers accro-
chés enfemble : La feconde, D'où
vient qu'il eft plat, plütôt que rond?
C’eft quelque chofe de fingulier que
ce qu'il dit fur ces deux points. Voi-
ci d’abord comme il s'explique fur
le premier, en écrivant à M. Chy-
coineau.
» Je fuis aujourd’hui convaincu ,
» par les différens examens que j'a
» faits avec un bon microfcope ,
» que ce n’eft qu'un feul Ver , &
. des Vers. 271
» voici de quelle maniere j'en ai
æ fait la découverte. Je pris la par-
_»tie la plus farge , que j'ai regar-
» dée comme la tête de cet infeéte,
» & je la fis renfermer entre les
» deux lévres d’un homme vigou-
» FEUX, a en expulfant l'air vers le
» corps de ce Ver Solitaire , forma
»# un petit conduit ovale, d’un nœud
» à l’autre , & après différentes re-
» priles, il fe communiqua jufqu’à
» la diftancé d’une demi - aulne ,
» avec beaucoup de peine, quoi-
» que Pair füt pouñfé avec vigueur ;
» d'où je conclus que ce conduit
» Ctoit interrompu par autant de
» foupapes qu'il y a de nœuds, &
» qui font renfermés dans le corps
» de cette couverture relevée, qui a
» donné lieu de croire que c’étoient
» plufieurs Vers unis enfemble.
» Ce conduit eft pofé horifontale-
» ment au milieu du corps de cet
» infcéte , & dans Le temps qu'il fe
» manifeftoit, en tenant d’une main
» mon microfcope fixe , j’en déchi-
» rai avec la pointe d’un canif l«
» membrane , d’où il fortit une {é-
» rofitc lymphatique; enfuite je dif-
-Z iv
272 De la Génération
» fequai avec la même pointe de ce
» canif le corps du Ver, & jene pus
» découvrir qu'une infinité de mem-
» branes fort minces , nourries.par
» Ja même férofité lymphatique ,
» unies les unes aux autres. Je vou-
» drois que vous eufliez été témoin
» de lPexaétitude avec laquelle je le
» diflequai. Ce conduit , fuivant
» mon idée , ne peut être que Île
» ventre de cet infeéte , où les hu-
» meurs deftinées pour fa nourritu-
» re & fa croiflance, font préparées;
» enforte que de là elles font diftri-
» butes par la chaleur naturelle dans
» ce tiffu de membranes qui for-
» ment Îe corps de ce Ver appellé
» Solitaire,
Que de méprifes dans ce difcours
de Mr Vicuffens ! Mais nous n’en
rapporterons que deux.’ 1°. Il dit
qu'il regarda comme la tête de ce
Ver la partie la plus large. 2°. IT :
ajoute qu’il la fit enfermer entre les
deux lévres d’un homme vigoureux
pour y fouffler de l'air.
Quant au premier point, nous
remarquerons que la partie la plus
large du Ver Solitaire, n’en fut ja-
des Vert. 173
mais fa tête, & qu'ainfi Mr Vieuf-
{ens s’eft confiderablement mépris
l-deflus.
Quant au fecond point, il eft difk-
cile de comprendre comment quel-
que portion que ce puifle étre de ce
Ver, quand on la fuppoferoit de la .
plus grande largeur poflible , pour-
roit tenir entre les lévres d’un hom-
me qui voudroit y foufier de l'air ,:
fur-rout entre celles d’un homme
fort & robufte , lefquelles étant
plus srofles , font d'autant moins
propres à embraffer étroitement une
portion fi fine , fi gliffante, & fi fa-
cile à s'échapper.
Quand Mr Vicuffens auroit par-
lé de l'embouchure d’une trompet-
te ; ou d’un cors de chafle , ilne fe
feroit pasautrement expliqué.
Si pour fouffler de Fair dans une
portion de ce Ver, il s’étoit fervi
de quelque chalumeau très - fin ,
dont il eût introduit l'extrémité
dans cette portion, & qu'’ileur bien
lié lun à l’autre , on concevroit
comment il auroit pu introduire cet
air ; mais de tenir, ou de faire te-
ait par un autre homme la portion
17À De la Génération |
“entre les lévres , pour y fouffler de
Fair, & cela fans qu'elle s'échappe
des lévres , ou qu’elle s’y replie , &
s'y mette même en bouillie, c’eft
un art que Mr Vieuflens auroit dû
enfeigner. |
Ïl n’en demeure pas là, ïl entre-
prend d'expliquer d’où vient la for-
me platte du Ver Solitaire.
» J'attribue , dit-1l , cette forme
» platte à la compreffion des matie-
» res fécales & groflieres qui fe trou-
» vent d'ordinaire dans les boyaux;
» de telle maniere que cet infe&e
» cft fans cefle comprimé, d’un cô-
» té par les fibres des boyaux qui
» font dans un mouvement conti-
» nuel, & de l’autre par les matie-
» res contenues dans les boyaux, où
» il ne peut fe diftendre pour pren-
» dre une dimenfion en rond , à cau-
» fe de la foiblefle de fon tempe-
» rament , s'il eft permis de s’ex-
» pliquer ainfi, dans le temps de fa
» croiflance; & les membranes dont
» il eft compofé , étant extrême-
» ment délicares, font ainfi obligées
» de fe diftendre en long , & de
» conferver cette figure platte, Ce
des Vers. 27
» qui confirme certe hypothele ,
» C'eft que tout corps en mouve-
» ment s'éloigne de fon centre, &
» c’eft de certe maniere que les ma-
» ticres fécales , groflieres de leur
» nature, & d’une furface large ,
» agiflant de concert avec les fibres.
» des boyaux dans leur mouvement
» continuel , tantôt plus ou moins,
» donnent cette figure platte & lon-
» gue au Ver Solitaire.
Ce que Mr Vieuflens dit ici de la
forme platte du Ver Solitaire ; fça-
voir , qu'elle vient de la compref-
fion des boyaux , & des matieres
qui y font contenues , n’eft pas
moins fingulier que ce qu’il a dit
plus haut de la tête de ce Ver, &
de la maniere d'y fouffler de l'air.
1°, Si la compreflion des boyaux &
des matieres qu’ils contiennent ,
étoit ce qui donne au Ver Solitaire
Ja forme platte , il s'enfuit qu'il ne
devroit y avoir dans les inteftins au-
cun Ver qui ne füt plat. 2° On
trouve des Vers Solitaires qui font
plus plats d’un côté que de l'autre ;
enforte qu'ils ont un deffus & un
deflous , à peu prés comme les Car-
276 De la Génération
relets , les Limandes , & autres
poiffons plats , dinfi que nous l’a-
vons marqué dans la planche de la
page 199. ce qui paroît difficile à
expliquer par la compreflion des
boyaux. ;°. Les Bœufs font fujets à
avoir dass la veffie du fiel , certains
Vers particuliers, qui font tout plats:
on ne voit point quelle compref-
fion ces Vers peuvent fouffrir en
cet endroit. Mais la premiere raïi-
fon que nous avons apportée ; fça-
voir , que fuivant l'explication de
Mr Vieuflens, il ne devroit y avoir
dans les inteflins aucun Ver rond,
eft abfolument fans replique.
Mais , demandera-t-on, d’où
vient donc que le Ver Solitaire eft
plat ? Je répondrai à cette queftion,
quand on m'aura expliqué d'où
vient que le Carrelet , la Limande,,
Ja Sole, la Raye , & autres poif-
fons de cette efpéce font plats.
Nous avons dit au commence-
ment de ce Chapitre , que les Vers
Strongles ; comme les appelle Hip-
pocrate, c’eft-a-dire, les Vers ronds
& longs , s’'engendroient quelque-
fois dans l’eftomac. Mais 1l y a des
des Vers. ei à
Médecins qui prétendent qu'il ne
s’en produit jamais dans ce vifcére.
Ils citent fur cela l'autorité de Ga-
lien , lequel parlant des différentes
maladies qui attaquent les différen-
tes parties du corps , ne donne d’au-
tre licu aux Vers pour leur produc-
tion, que les inteftins. El y a, dir-51, (4)
des maladies affcétées à quelque par-
tic feulement, comme Îa Pierre aux
reins & à la veflie , la Cataracte
aux yeux, & les Lumbrics aux in-
ceftins. Mais on peut entendre par
inteftins , tout ce conduit qui ne
fait qu'un corps, continu depuis la
bouche jufqu’à l'anus, & ainfi, avan-
cer qu'il s’engendre des Vers dans
l'eftomac , fans nier pour cela , ce
que dit Galien. Cependant fi l’onne
Veut pas s’accommoder de cette ex-
plication , & qu'il foit vrai que Ga-
lien n'ait prétendu parler que de la
portion de ce conduit , laquelle va
de l’'eflomac jufqu’à l'anus ; il eft à
croire qu'il s’eft expliqué de la forte,
parce que c'eft dans les inteftins que
les Vers s'engendrent plus ordinai-
tement ; ce qui fufit pour pouvoir
-{a) Galen, 1. de locis affect, cap. $+
278 D: la Génération
parler comme il a faic 5 car enfinja-
mais Galien n’a penfé qu'il ne s’en-
endrât des Vers que dans les intef-
tin$s , & il faudroit n'avoir jamais
lû cet Auteur pour lui attribuer une
telle opinion. je ne prétends pas
fuppofer que Galien {oit infaillible;
mais cela fuffit-il pour le condam-
ner , fans examiner ce qu'il a dit ?
Certains Médecins fcholaftiques
font une diftin@ion entre les Zers
& les Lumbrics, en difant , pour ré-
pondre à ce paflage de Galien , qu'il
n'y a que les Lumbrics qui s’engen-
drent dans les inteftins, & que c’eft
de ceux-là dont Galien a prétendu
parler ; mais cette reponfe eft une
pure chicane d’'Ecole.
Quelques-uns de ceux qui croyent
qu'il ne s'engendre pas de Vers dans
l'eftomac , difent que c’eft que dans
l'eftomac il n’y a point de matiere
propre à la nourriture des Vers ;
mais je leur demande fi celle des
inteftins y eft plus propre, mélée,
comme elle cit, du fiel qui fort du
foie? C'eftque , ajoutent-ils , il ya
dans l’eflomac un acide qui doit
empêcher qu'il ne s’y produife des
des Vers. 279
Vers. Je les prie de me dire fi dans
le vinaigre qui eft fi acide , il ne
s'y en engendre pas ? Mais ce qui
doit terminer la queftion, c’eft l’ex-
périence ; or l’expérience fait voir
qu'il fe produit des Vers dans l’e-
flomac; car on y en a découvert
très-fouvent, en faifant des difle-
étions, & cela avec des circonftan-
ces qui ne permettent pas de dou-
ter qu'ils n'y euflent été produits.(4)
Kerckring rapporte, qu’en dific-
quant un fœtus de fix mois & demi,
qui avoit l’eftomac trois fois plus
gros que ne l'ont ordinairement les
fœtus de cet âge, il trouva dans
cet eltomac une membrane ou po-
che, dans laquelle ctoient des Vers
femblables à ceux que les enfans
ont coùûtume d’avoir. (b)
Grafftius raconte fur ce fujet une
hiftoire qui mérite attention. » Un
» enfant de douze ans, dans la Ville
» de Montpellier , fort fujet aux
» Vers, dit-il, mourut avec une
» tumeur au-deffus du pubis; nous
»ouvrimes le corps de cet enfant ,
(a) Petr. Aponenf. Differtat, 101. conciliat,
(b) Obferv. Anatom. 79.
280 De la Génerarion
> & nous découvrimes que la ‘tu-
»meur étoit caufte par un amas
» d’alimens non digérés, mélés de
» quelques Vers +: ayant vu cela,
n & craignant que l'eftomac ne fût
» endommagé , nous en fmnes l’ou-
» verture. Nous y trouvâmes des
» pelottons de petits Vers, & au
» côté gauche près du fond, un
» trou à pañler le doist, que ces
» Vers avoient fait, & par lequel
»vune partie des alimens ; avant
» que d’être digérés, & quelques-
uns de ces Vers Étoient tombés
,, vers Ja région du pubis, ou ils
,,avoient caufés cette tumeur ; car
nous vifitimes les inreftins , &
nous les trouvâmes fains & en-
> TIEFS.( 4) |
Je pañle plufieurs autres exemples,
de peur d’être trop long für un fu-
jet que je n'ai dü traiter qu’en paf-
fant. Venons à préfent, fuivant
notre projet , aux diverfes formes
que prennent les Vers dans le corps
de l'homme.
(a) Apid Guillelm, Fabric, Cent... Obferu. 7.
ARTICLE
des Vers. 281
RRPECLE TROISIEME.
Des differentes formes que presnent
les Vers.
Y Es Vers qui s’'engendrent dans
le corps de l’homme, tant ceux
des inteftins, que ceux qui vien-
nent aux autres parties, prennent
fouvent envieilliflant, des figures.
extraordinares ; les uns deviennent
comme des-Grenouilles ; les autres-
comme des Scorpions , les autres
comme des Lefards. Aux uns il
poufle des cornes , aux autres ïl
vient une queue fourchue, aux au-
tres une efpéce de bec comme à
dés Oifeaux ; d’autres fe couvrent
de poils , & deviennent tout velus,
d'autres fe couvrent d’écailles & rcf-
femblent à des efpéces de Poiflons.
Divers Auteurs rapportent des
exemples de ces Vers monftrueux ,
comme Wierus, (+) Montuus,(b)
Benivenius , Rulandus , Gabuci--
(a) Tiers, Lib, 1V. Cap. 16. de praflig. Damari.
4b ) Mentuus, Lib, IV, Cap.19..4rat. morb..
Torre I A à.
18% De la Génération
nus , (4) Monardus , (b) Benive-
nius , (c) Rhodius , (4) Panaro-
lus ,(e) Marcellus, Donatus, (f)
Gefner , (g) Dodonée ,(h) Hol-
lier, (2) Borelli, &c.
Cornelius Gemma entre autres
parle d’une fille de quinze ans, qui
en rendit un comme une Anguille ,
à cela prés qu'il avoit la queue pa-
nachce & route velue. On en voit
Ja figure dans Aldrovandus , p. 764.
de fon Livre des Infeétes. Nous l’a-
vons mile ici.
er rendu par une Jeune Fille.
(a) Gabacin. Comment, de Lumbric, Cap: ra
(b) Monard. Lib. III, de fimplic, medicam. ex
zov. ob. delatis. |
(c) Beniv, de abdit. Cap.2.
(d) Rhod, Cent. 3. Obferv. 19.
(€) Panar. Pentocoft. $. Obferv. 13.
(£) Marcell, Donat. Hifi, mirab. Lib. IV. Cap. 16,
($) Gefner, Lib. VIII. Epiff. p. 94.
(h) Dodcn. [Annot. ad Cap. 58.
(i) Holl, Lib, I, de morb. intern. 1,
des Vers. . 283
Ces fortes de Vers monftrueux
fe divifent en plufieurs clafles ; {ça-
voir , les Grenouilles, les Lefards,
les Serpens , les Anguilles, les Vers
à queue fourchue , ceux à cent
“PE , les Efcarbots , les Chenilles,
les Scorpions , les Poiflons. Non
que ces Vers foient effe@ivement
des Scorpions, des Grenouilles, &c.
Mais c’eft qu'ils ont une apparence
qui à l’aide de l'imagination de
ceux qui les voyent, les fait ref-
fembler en quelque chofe à ces
Animaux.
Or toutes ces différentes méta-
morpholes , ainfi que je viens de le
dire, leur arrivent quand ils vieil-
liflent; & comme la barbe ne fort
à l'homme qu'à un: certain âge,
que les cornes ne poufñlent à plu--
fleurs Animaux que quelque temps.
après leur naïfance, que les Four-
mis prennent des aîles avec letemps,.
que les vieilles Chenilles fe chan-
gent en Papillons , que le Ver à
foie fubit un grand nombre de
changemens que tout le monde
connoît ; il n’y a pas lieu de s’é-
tonner que les Vers du corps puif.
À'a i
—
284 De la Génération
{ent prendre au bout d’un certair
temps, toutes ces figures extraor-
dinaires qu'on y remarque quel-
uefois.
Au refte il ne faut point com-
prendre. ici ces Animaux qui peu-
Vent entrer par la bouche dans le
corps, puifqu'ils ne font point en-
gendrés en nous. :
Hippocrate (4) rapporte l’exem-
ple d'un jeune homme, qui étant
yvre , s'endormit (apparemment
{ur l'herbe) & dans la bouche du-
quel il entra pendant le fommeil
un Serpent qui lui alla jufques dans
Peftomac, & qui le fit mourir avec
de grandes convulfions. On trouve
plulieurs faits femblables dans les
Livres âes Médecins; maisces {or-
tes de faits doivent être bien exa-
minés. Il y a quelquefois des gens,
qui croyant avoir avalé des Infe-
étes, qu’ils n’ont cependant point
avalés, & venant enfuite à s’exci-
ter au vomifiement pour les ren-
ire, prennent aifément pour {or-
tis de leurs corps, des Infe@tes qu’ils
voyent par hafard mélés dans ce
{s«) Hipp. des Malad, Epid. Liv. P..
Lrqrpi mer à
es
, Le x
0 0, te
Pag.285
des Vers. 28
qu’ils viennent de rendre, quoique
ces Infectes fuflent déja dans l’en-
droit ou ils croyent lesavoir Jettés
de leur eftomac.
Voici une planche où font gra-
vées deux Couleuvres, qui dans le
recueil des planches de la derniere
Edition de ce Livre , font repréfen-
tées comme étant forties de l’efto-
mac d’une fille qui s’étoit endor-
mie fur l'herbe, & les avoit ava-
ICes. Celle qui eff marquée À , dit-on:
dans l'explication de cette planche,
eff fortie vivante, &* [e traïnant fur le
plancher de la chambre, fut tuée par La me-
re de la Malade, qui, avec une pelle à
Jeu , la partagea par la moitié , & lui
ecrafa la tête.
Nous aurions pû retranchier ici
cette planche , qui fe trouve parmi
celles qui ont été imprimées en
1718. #n-4°. dans un recueil à part ;
car ces Couleuvres n’étoient point
entrées dans le corps, & un exa-"
men férieux que nous avons fait
de la chofe, nous oblige à donner
cet avertiflement. Nous confervons :
depuis plufieurs années dans de
l'eau-de-vie ces deux petits Ser-
286 De la Génération
pens ; mais nous fcavons certainc-
ment qu'ils ne font fortis du corps
de perfonne , non plus que cette
Ecrevifle, dont nous avons rappor-
té l’hiftoire dans la préface , pages.
xvi & fuiv. & qu'on prétendoit
être fortie du corps d’une petite
fille.
Les Malades font fouvent les:
premicrs trompés dans ces fortes
de cas; & croyent avoir rendu ce
qu'ils n’ont point rendu. Voici fur
ce fujet, un exemple qui mérite d’é-
tre rapporté.
Une ‘perfonne de confidération
{ M. de Sommerive ) n'étant venu
confulter fur des Vers, que par er-
reur , il croyoit avoir rendus ; il
me les apporta dans une boette, &
je les trouvai tout femblables à
ceux qui fe trouvent ordinairement
dans la vieille farine. La chofe me
parut extraordinaire aufli-bien qu'à
fui; mais le hafard peu de jours
après , découvrit l'erreur, commé
on va voir par la lettre fuivante que
Ja perfonne m'écrivit aufli-tôt avec
une grande furprife. |
des Vers. 187
» Je ne doute point, Monficur ..
»que vous ne foyiez aufli furpris:
»que moi, d'apprendre que je n'ai
» point jetté de Vers, ayant cru fer-
»# mement moi-même en avoir jet
»tés. Voici le dénouement & la:
» preuve de la chofe. Me fentant
» Étouffé la nuit du Lundi au Mar-
» di comme à monordinaire , fans:
» Cependant avoir eu les trefaille—
» MENS que j'avois éprouvés la der--
» niere fois ; je réfolus de faire com-
» me j'ai de coûtume , dans la crain-.
» te que je neles eufe ; & d’ailleurs:
» lorfque je m'endors avec les op-
» preflions, c’eft un fommeil tres-
»tourmentant & trés-mauvais, Je
» réfolus donc de vomir , ce que je:
» fis; je confiderai cela attentive-
» ment pour voir s'il y avoit des.
» Vers, & je n’en trouvai aucan..
»Le matin, mon Laquais mit fur
»CE que j'avois vomi , une poufliere
» ramaflée & formée par la poudre:
» qui tombe dans l'endroit , où il
naccommode ma perruque. Vers:
»les 10. heures M'< de Somme-
» tive trouve comme la premiere:
2838 De la Génération
» fois, mon vomiffement plein de:
> Vers, & me le dit comme eile
» me l’avoit afluré l’autre.
» Je réfléchis qu'ayant examiné
» le vomiflement dès le matin à huit
heures, & qu'il n’y avoit alors
» point de Vers, il ne fe pouvoit
» pas qu'il y en eût à dix ; & pour
»m'en convaincre micux j'allai
» chercher moi-méme de cette
» poufliere formée par la poudre,
» & je vis les mêmes Vers que je
» croyois avoir jettés, & pareils à
» CEUX que je vous ai portés. Ainfi
»je n’en ai point rendus, &c. Je fuis,
Monfieur ..
Votre , &c. SOMMERIVE .
rue Beaubours , à l'Hôtel
d'Elbeuf. ce 21.Av. 1726.
En voilà aflez fur ce fujet ; reve-
nons aux différens éhangemens que
prennent les. Vers dans le corps hu-
main.
Quand” ils fubifflent ces change-
mens , cela n'arrive que par un fim-
ple accroiflement de parties, qui
forcent. & rompent la peau dont
_ Jlnfeûe-
14
RS TES
0
| des Vers. 289
lInfeéte eft couvert, & que les Na-
turaliftes appellent Nymphe. Malpi-
ghi & Svammeidam , ont été les
premiers après André Libavius ,
qui ont rejette la trangformation
chimérique de la Chenille en Pa-
sillon , & de quelques autres fem-
lables, & ont fait voir que toutes
les parties du Papillon étoient ren-
fermées fous la nymphe de la Che-
nille. En effet , le changement qui
arrive aux Infectes, ne diffcre en
rien de celui des plantes ; l’Infeéte
eft renferme dans la nymphe com-
me une fleur dans {on bouton.
Tout ce que nous venons de dire
peut fervir à faire voir ce qu'il faut
juger de certaines hiftoires qu’on
nous fait’ d'Animaux extraordinai-
res, comme de Serpens & de Dra-
gons , engendrés dans le corps de
l’homme : par exemple, de ce que
nous lifons dans Plutarque , (4) que
les Gardes qui veilloient le corps
de Cléomene attaché à la potence,
virent un Serpent qui fortoit de
fon corps, & qui faifoit plufieurs
circonvolutions fur la tête se mort,
{ a) Plut. in Eleam.
Tome J. Bb
290 De la Génération
& en couvroit tout le vifage; que
Prolomée , à qui la chofe fut rap-
portée, s Étant imaginé que c'étoit
un prodige qui marquoit que .le
mort cCtoig,cher aux Dieux , &
d’une nature au-deflus de celle des
autres hommes , les Sages qui fu-
rent con ultés, le tirerent de fon
erreur, en lui difant, que comme
les cadavres de certains Animaux
produiloient des Guépes, d’autres
des Efcarbots , d’autres des Abeïil-
les, de même le propre de celui
de l’homme étoit de produire quel-
quefois des Serpens. Nous rou-
vons aufli de la même maniere ,
juger de ce qu'on nous raconte de
ces Serpens qui furent trouvés dans
le tombeau de Charles Martel , &
qu , dit-on , s’étoient engendrés
e fon corps.
Prefque tous les Vers qui fe pro-
duifent dans l'Homme vivant, le
rendent fujet à diverfes maladies ;
nous allons examiner les effets qu'ils
produifent.
des Vers. 298
Bebe he he dede dde de Sete de dd de DE DE Ge
CHAPITRE IV.
Des effets des Vers dans Je corps
humain.
Eux ArTrcrésdiviferont
ce Chapitre. Dans le premier,
nous expoferons les effets que pro-
duifent les Vers qui naiflent hors
des inteftins; & dans le fecond,
ceux que produifent les Vers qui
naiïflent dans les inteftins.
ss
ARTICLEPREMIER.
E s Vers qui viennent hors des
intefins ue , comme nous
l'avons déja obfervé, 1°. les Encé-
phales ; fcavoir , les Encéphales,
proprement dits, les Rinaires, les
Ophthalmiques, les Auriculaires,
les Dentaires & les Salivaires,
2°. Les Pulmonaires, les Hépati-
ques , les Spléniques, les Cardiai-
Bbij
282 De la Génération
res, les Pcricardiaires, les Sanguins,
les Véficulaires , les Elcophages ,
les Cutanés , les Umbilicaux , les
Vénériens , les Oclophagiens , &
les Sper matiques.
Les EFFETS que produifent
les Encéphales, proprement dits,
font des douleurs extraordinaires
de tête , quelquefois des fiévres vio-
lentes , ainfi qu’il a été obfervé dans
le Chapitre précédent , Article pre-
mier. : |
Les effets que produifent les Ri-
naires , les Ophrhalmiques , les Au-
riculaires & les Dentaires , font
fuifamment marqués dansle même
Chapitre, Article premier; il faut
y recourir.
_ Les PULMOGNAIRES peuvent exci-
ter des toux violentes : monter
quelquefois dans la trachée-artére ,
& y caufer par leurs picottemens
des efforts femblables à ceux que
lon a coûtume de faire quand il
eft entré quelque goutte de boiflon
dans le larynx. Ils rongent quel-
quefois les poumons, & y peuvent
produire des ulcéres. |
Les Hépatiques doivent caufer
Le
des Vers. 297
#réceflairement des pefanteurs de
de foye , avec des élancemens dans
le côté droit. Ils peuvent aufli cau-
fer quelquefois un fentiment excef-
fif de chaleur dans tout le corps,
avec une grande mélancolie, s'ilen
faut juger par le fait fuivant.
On lit dans les Obfervations de
Borelli , qu’un Chien, qui avoit un
gros Ver dans le foye, ainfi qu'on
Je reconnut après en l’ouvrant , (4)
alloit, toutes les fois qu’il pleuvoit,
fe mettre fous les goutieres , & s'y
plaifoit tant , qu’on ne l’en pouvoit
chaffer : que ce Chien étoit outre
cela fort mélancolique , & fuyoit
tous les autres Chiens. Ce fut M.
Tardin , Médecin de Tournon,
qui ouvrit le Chien, & qui y trou-
va le Ver.
, Les Cardiaires & les Péricardiai-
res cauient fouvent des {yncopes,
- & quelquefois cette maladie , ap-
pellée Paflion Lunatique, attribuce:
fauflement à la Lune: ils caufent fou-
vent des morts fubites , & quel-
quefois des Epilepfies. Voyez là-
(a) Borell, Obferu. Medico-Phyfic, Cent. II. Obfero.
23.
Bb ii
LA
294 De la Génération
deflus les pages 99. & 100. où les
maux que ces Vers produifent, font
décrits au long.
Les Vers Sanguins ne font fentir
aucuné douleur, ils fe tiennent tran-
quilles dans les vaifleaux, & nagent
au milieu du fang , comme les Vers
du vinaigre nagent dans le vinaigre.
Ces Vers font ordinairement très-
menus, & il y a de l'apparence qu’a-
prés avoir été portés au cœur avec
le fang , 1ls entrent dans les artéres
avec ce même fang , & font con-
duits dans les chairs , d’où ils font
repris par les veines. I eft vraifem-
blable aufi qu'étant quelquefois
trop gros pour pouvoir fe dégager
des filieres extrémement fines des
chairs , & pañler de-là dans les vei-
nes , ils reftent dans ces mêmes
chairs, où ils produifent des furom-
cles, desélevures, & fouvent ces
gales univerfelles qui afigent tout”
le corps.
Les Cardiaires pourroient bien.
être de ces Vers Sanguins , arrêtés
dans les inégalités des ventricules
du cœur , où enfuite ils srofliflent ,
& acquicrent par l'accroiflement
des Vert. 296
affez de force pour ronger le cœur.
Les Véficulaires , qui s’engen-
drent dans les reins , & qui fortent
par la veflie , caufent fouvent des
rétentions d'urine, & de violentes
douleurs au col de la veffie, lorfque
lon urine. M. Thomas Mermann,
premier Médecin du Duc de Ferra-
re , traitant une Femme malade
d’une Dyflurie , c’eft-à-dire, d’une
difficulté d’uriner, accompagnée de
douleur , lui fit rendre par les uri-
nes un Ver long d’une coudée, après
quoi elle fut guérie par le moyen:
de quelques évacuans.
Les Elcophages rongent lés ulcé-
res, & y caufent une grande cor-
tuption. |
Quant aux Cutanés & aux Um-
bilicaux , nous en avons fuffifam-
ment rapporté les effets dans Îe’
Chapitre HI. Article I. j'ajouterai:
feulement ici une remarque au fu-
jet des Crinons , quiseft que M.
Leeuvwenhoek prétend que ce font
de véritables poils, & non des Vers.
II dit qu’en les examinant avec le
microfcope, il lui fembloit, à la vé-
rité, y voir une maniere de tête, qui:
Bb iv
296 De la Génération
auroit pu faire croire que c'étoiént
des animaux ; mais que cette appa-
rence de tête venoit de ce que
l'extrémité de poil qui étoit dehors,
avoit une couleur différente du ref-
te ; qu'après tout, il ny avoit jamais
remarqué ni mouvement. ni forme
d'animal.
À Aix-la-Chapelle la maladie des
Crinons eft aflez ordinaire, & c’eft
la coûtume dans ce pays-là, de frot-
ter le corps des Enfans avec du miel,
auprès du feu. Alors ces petits Cri-
nons deviennent plus vifbles, &
on les coupe avec le razoir, croyant
couper autant detêtes de Ver, quoi-
que , felon tôutes les apparences, on
ne coupe que des poils que le miel
a fait paroître ; car on fçait que le
miel appliqué fur la peau, fait croi-
tre le poil promptement.
Le fentiment de M. Lecuwen-
hock , que les Crinons font des
Vers imaginaires , paroît d'autant
plus vraifemblable , que les poils
qui pouflent fous lépiderme , font
capables par eux-mêmes, de pro-
duire beaucoup d'incommodités ,
lorfqu’ils ne trouvent pas une iflue
des Fers. 297
affez libre pour fortir. Cet. Auteur
rapporte l'exemple d’un Homme
de qualité, qui aprés être relevé
d’une grande maladie , vint le trou-
ver, pour lui dire qu’encore qu'il
eût bon appetit , il craignoit de n’€-
tre pas parfaitement guéri , à caufe
d'une démangeaifon incommode
qu’il fentoit par tout le corps : Que
les Médecins attribuoient cette dé-
mangeaifon à un fang trop âcre , &
qu'en travaillant à corriger cette
acreté , ils prétendoient le guérir.
M, Lecuwenhock en jugea tout au-
trement; il apprit du Malade que
les cheveux lui étoient tombés pen-
dant fa maladie. Sur cela il foutint
que la démangeaifon venoit de ce
que-les poils qui étoïent en méme-
temps tombés par-tout le corps, re-
croifloient , & ne trouvant pas une
fortie aflez facile, piquoient l’épi-
derme ; ce qui ne fe pouvoit faire
fans une grande démangeaifon.
Ce raifonnement paroït s'accor-
_ der avec l'expérience ; car fur la fin
des Hyvers, au Printemps, qui eft
le temps auquel le poil commence à
recroître , on nc manque guère dc
298 De la Génération »,
fentir d@ grandes démangeaifons;.
car le poil du corps fe renouvelle
tous les ans, & il y a des perfonnes.
qui quand ce poil leur reviént, quoi--
qu'il foit preique imperceptible: ;,
s'en trouvent fort incommodeées ;,
femblables en cela aux Oileaux qui
font tout malades lortqu'ils muent.
Quant aux Vers véneriens, M.
Hartfoeker, comme nous l'avons.
remarqué, page 147. eft de fen-
timent (4) qu'ils caufent tous les ra-
vages qui arrivent dans les mala-
dies vénériennes , qu'ils mordent
& qu'ils rongent rout ce qu'ils trou-
vent; & que fi le mercure guérit ces
maladies , c’eft parce qu'il tue les.
Vers. Ce fentiment me paroît ha-
fardé. I y a des Vers dans plufieurs
maladies vénériennes ; mais que ces
maladies viennent de Vers, comme:
le prétend entre autres, l’Auteur-
d'une Théfe foutenue à Montpel-
lier au mois de Juillet 1713. laquel-
le à pour titre: An Lues Venera a Ver-
mibus ; c'eft, comme nous l'avons:
déja dit, page 147. ce qu'il eft dif-
(a) Hart{oeker dans fa feconde Lettre rapportée:
dans ce Livre.
des Vers. 299
ficile de prouver. Aufli l’Auteur de
cette Théfe , ainfi que nous l'avons.
remarqué dans la même page 147.
n’appuye-t-il fon fentiment fur au-
cune preuve convaincante.
Pour ce qui eff des effets que pro-
duifent les Vers Oeflophagiens &
les Vers Spermatiques , nous avons.
fuifamment traité ce fujet à la pa-
ge 150. Il eft temps de pañler aux
effets des Vers qui font dans les in-
teftins.
ARTICLE SECOND. #
Des effets des Vers qui font dans: |
les Inteftins.
Es VERS DES INTESTINS#
font de trois fortes , aïnfi que
nous favons remarqué dans le
Chapitre II. fçavoir, les ronds &
longs, appellés Stronglesgles ronds
& courts , appellés Afcarides ; &
les plats , appellés Tænia par les.
Auteurs , & que j'appelle Solitai-
ICS,
305 De ba Génération
Nous parlerons des effets des uñs
& desautres , & nous commence-
rons par les Vers longs & ronds,
enfuite nous viendrons aux Afcari-
des & aux Tænia. V
Les maux que caufent les Vers
Jongs & ronds , font des naufées.,
des vomiflemens , une haleine ai-
gre, des tranchées , des coliques,
des diarrhées, des tenefmes ou
épreintes , des tenfions de ventre ,
des défaillances , des hoquets, des
dégoûts, & quelquefois au contrai-
re, des faims dévorantes , { foit de
la nature de celle qui s'appelle Pic,
“oit de. la nature de celle qui fe
nomme Aalacia , ou de celle qui
eft appellée Bulimia , ) des fiévres
crratiques , des convulfions, des
épilepfies , des fyncopes, des étour-
diflemens , des chancellemens étant
debout, & quelquefois des pertes
de parole : Quant à ce dernier arti-
cle, je me fouviens de ce que rap-
porte Alexandre Benoît , fcavant
Médecin, lequel parlant des caufes
qui peuvent rendre muet , dit que
cette maladie eft quelquefois pro-
duite par des Vers qui font dans les
des V'ers. 301
iateflins : 1l cite là-deflus l'exemple
d’une petite Fille qui fut muette
huit jours , & qui guérit après avoir
rendu quarante Vers par bas. Fo-
reftus (4) cire un exemple fembla-
ble d’un Enfant de douze ans, de-
venu furieux dans une fiévre mali-
one , lequel fut muet deux femai-
nes entieres , & recouvra la paro-
Je & la raifon après avoir rendu par
bas un nombre extraordinaire de
Vers, enfuite d’un médicament qui
lui fut donné à ce fujet.. M. Paulini
dans une Diflertation curieufe (b)
fur les Vers, raconte l’hiftoire d’u-
ne Fille, devenue tout d’un coup
aveugle & muette, & enfuite gue-
rie , ans avoir pris autre chofe que
des remedes contre les Vers.
Mais fans recourir ici à des exem-
ples étrangers, en voici un dont je
fuis témoin. Le 22. de Décembre de
l'année 1700. M. Lobel, Marchand
Perruquier , demeurant alors au
Carrefour des Barnabites à Paris,
(a) Foref?. de Febrib, cum Morb. Epidem, publ. graff.
Lib. VI.
(b) Chriffiant Francifcs Paulini , difquifitio curiofa ,
An Morb. naturalis plerumque fit [ubftantia Fermi
nofa,
La
302 De la Génération |
me pria d'aller voir fa Fille, qui
étoit âgée de fe1ze ans laquelle de-
puis quatre jours ne pouvoit articu-
ler aucune parole, & qui avec de
violentes convulfions qui lagi-
toient depuis un mois , avoit un
rire involontaire , accompagné de
vives douleurs. J’ai déja parlé de
cette Malade,pag. 190. mais en paf-
fant : il eft important de rappeller
ici le fait. Quand,j'eus confideré la
Malade, je lui fis prendre de l’eau
vermifuge de fougere, au moyen
de quoi elle rendit un nombre con-
fiderable de Vers , recouvra la pa-
role , fut délivrée de fes convul-
fions ; & en-peu de jours rétablie
dans une fanté entiere. Les Vers
qu'elle jetta étoient ronds & longs ;
j'en mis un à part, qui me parut un
peu différent des autres, à caufe d’u-
neefpéce de gueule que j'y apperçus.
Je l'ai confervé plufieurs années,
& je l’ai laiffé perdre enfuite pat
mégarde ; mais en 1714. que je l’a-
vois encore , j'ai eu foin de le faire
graver tel qu'on le voit à la page
190. Où il eft repréfenté au naturel ,
nous y fENVOyons.
des Vers. 303
Quant à la faim que caufent les
Vers , nous remarquerons qu'il s'eft
vu des maladies-Epidémiques ver-
imineufes qui étoient accompagnées
d’une fi grande faim , qu’on n’ap-
pelloit point autrement ces mala-
dies , que les maladies de la faim.
Il y en eurune de cette nature à Sar-
ragofle , dont prefque tout le mon-
de mouroit, & contre laquelle on
ne trouva point de meilleur reme-
de que le Bol d'Arménie, donné
tantOt feul, & tantôt avec de la
Thériaque, ce qui faifoit fortir des
quantités prodigieufes de Vers, &
guérifloit prefque tous les malades.
(Foref. Lib. XXI. Obferv. 28. 1» Schol.)
Au regard des Convulfions, les
Vers des inteftins en excitent quel-
quefois de fi horribles, qu’on les
prendroit prefque pour des effets
de poñléffion. 11 s’eft vu des Enfans
travaillés de ces Vers, fe renverfer
en arricre , jufqu’à faire toucher
leur crane à leurs talons. Trinca-
velle (4) aflüure en avoir vu plufieurs
exemples.
(a) Trincan. Lib, IX, Cap, a1, de Rat, Curand. paré,
bom, corp. affeût, ”
ÿO4. De la Génération
Pour ce qui eft de l’Epilepfie , la
plüpart des Enfans qui en font afki-
sés, ne le font qué par les Vers.
Un autre effet des Vers des intef-
tins, eft de piquer quelquefois les
inteftins, de les percer, de fe répan-
dre dans toute la capacité du bas-
ventre , & de dévorer les malades
jufqu’a les confumer ; ainfi qu’il ar-
riva à cet Herode Agrippa , dont il
eft fait mention dans les Aétes des
Apôtres (4).
Grafftius ( b ) écrit qu'ayant été
appellé pour voir un jeune Hom-
mé de quinze ans qui étoit fort ma-
lade , & qu'ayant reconnu qu'il
avoit des Vers , il lui fit prendre
trois matins de fuite, d’une poudre
qu'il compofa lui-même, laquelle
chaffa par les felles , plus de cent
Vers. Le ventre , nonobftant cela,
ne laiffant pas de demeurer dur &
tendu vers le nombril, il y fit ap-
pliquer un cataplafme émollient ,
& vingt-quatre heures après , com-
mencerent à fortir par le nombril
(a) AT. Apoft. Cap. 11. v, 15.
(6) Grafftins ; apud Guillelm. Fabric, Cent. 2. Ob=
ferv. 2:
pluficurs
, des Vers. 30 $
plufieurs Vers aflez longs, ce qui
dura plufieurs jours. Cependant le
ventre perfiflant toujours à être ter-
du , Grafitius fit continuer le même
cataplafme , & comme c’éroit le
temps des fraifles, & que ce jeune
Homme en mangeoit beaucoup, il
arrivoit quelquefois qu’en levant le
cataplafme, qn y trouvoit des grains
de fraifes attachés ; ce qui ne per-
mit pas de douter que les Vers
n'euflent percé les inteftins & les
parties contenantes. Le Malade
mourut peu de jours aprés.
On trouve dans les Auteurs plu-
fieurs exemples femblables ; com-
me dans Hollier (4), dans Nicolas
Florentin (4) ,. dans Foreftus(c) , &
dans Trincavelle (4).
£= AScARIDES caufent des
déMangeaifons dans le fondement ,
& fouvent par Pirritation qu'ils
font à l'inteftin, dés défaillances,
des fyncopes, & très fouvent des:
tenc{mes où épreintes.
La) Holder. Lib, I, cap. 54. de Morb. Tnt.
. {b) Nicol. Florent. Serm. $.traû.8.Cap. 54,
(c) Foreft. Lib. VII. Obferv. 35.infchol,
(d) Trincawv. Lib. IX, cap.r1. de Rat. Cur. part, bunes
sorp. affect. Tob. Creulinus de Obferv. propriis,
Tome E. CC
æ
306 De la Génération
Les EFFETS pu l'ÆENIA , ou So=
litairé, font prefque les mêmes que
ceux des Vers ronds & longs, quel-
quefois même ils font plus violens,
comme le remarque Arnauld de-
Villeneuve(4#) , & il y en a trois.
que ce Ver produit plus ordinaire-
ment ; fcavoir , le fyncope, la per-
te de parole, & la difficulté de fe
rétablir , quand on eft tombé dans.
RE maladie , par quelque cau--
€ que ce foit.
Pour la faim , on peut dire que-
files Vers afament quelquefois, le:
Solitaire et celui-de trous qui affâme:
le plus. Je remarquerai là-deflus que
le Malade qui à rendu celui qui a
donné occalion à ce Livre, & qui.
eftrepréfenté dans la planche IV. de:
Ja Préface , croit prefque touj@urs-
tourmenté d’une faim dévorante,
& cela depuis fon enfance, ainfi que-
je l'ai appris de lui-même ; ce qui
vient de ce que ce Ver confumeune-
partie du chyle & corrompt Pau-
tre ; car alors le corps eff fruftré de-
{1 nourriture.
(a) Signurs folii , eff cum patmniurpræditla fympte
mala , interfiora &9° fortioræs Arnold, V'ilianov, Bre
miar, Lib, IT, Cap, 25,
des Vers. n°54
Cette régle cependant n'eft pas fi:
générale , qu'elle n'ait des excep-
tions , & nous fommes témoins:
qu'elle en à plufieurs. :
Pour ce qui eft de la difficulté de:
fe rétablir lorfque par quelque cau-
fe que ce puifle étre , l’on vient à.
tomber malade:, c’eft l'effet ordi-
naire du Ver dontil s’agit. Comme
la chaleur naturelle s’affoiblit dans
les maladies , on fait alors moins
de bon chyle, ce peu de chyle qui
devroit fervir au foutien du corps ,.
eft prefque” tout dévoré par ce Ver ;
d’où s'enfuit que l’6n doit tomber:
dans un épuifement & un abbate-
ment fi confidérable', qu'il eft dif.
ficile de fe rétablir parfaitement.
C’eft ce qui arrive à là plüpart de’
ceux qui ayant ce Ver, tombent:
malades. Si celui dans le corps:
duquel loge cet Infeéte, vient à.
tomber malade, 37 ne [eauroit, dit:
Hippocrate , fe rétablir qu'a peine , (a).
dy la raifon de cette dificulté , pourfuit-.
il, (b) c’eft que ce Ver confume:
(a) sat àragéçerus.- Liv, 1V. des Maladies, -
(dé) Gipp. sbid,
, GC ciÿ:
308 De la Génération |
une partie de la nourriture travail
Ce dans l’eflomac. : :
C'eft quelquefois de-là que vien-
nent ces fangueurs qui reftent après
certaines maladies, & contre lef-
uclles tous les remedes ordinaires
one inutiles, parce qu'on ne penfe
pas à cette caule.
Le même Hippocrate dit que ce
Ver ne fait jamais beaucoup de
mal (4); mais il y a apparence que
cet Auteur n’a parlé de la forte que
par rapport au grand mal qu'il dit
que ce Ver ne caufe pas, qui eftla
mort. On peut voir -deflus fon
IVe. Livre des Maladies. D'ailleurs
il appelle cet Infe&te du nom de
dnpror | qui fignifie particulierement
dans le langage des Médecins, une
bête dangereufe de fa nature.
Ceux cui ont le Solitaire , fup-
portent avec peine la fatigue ;, le
moindre exercice les abbat, & leur
corps devient de plus en plus dé-
bile. -
Hippocrate femble dire le con-
traire feton la Traduétion de Van-
(a) Seiror Ti xapre dun Gr JT
Hipp. sb.
des Vers. 30
der Linden , qui rend ces mots
grecs que nous venons de rappor-
ter au bas de la page 308. par ceux-"
ci: Qu hoc ansmalculum habet; toto qui-
dem tempore valde debilis fieri non pote-
rit: C’elt-à-dire, Celui qui a cet In-
Jeite, ne fcauroit pendant tout le temps
qu'il l’a , devenir fort débile. Mais cette
Traduêtion n’eft pas jufte ; le grec
porte : ZI warrive point de mal tron
confidérable à celui quia ce Ver ; ce qui
cit bien différent.
Le Solitaire produit dans les
femmes , des effets plus fâcheux
que dans les hommes. Il leur caufe
des coliques violentes , de longs
délires, des fyncopes fréquens , &
avec cela des fuppreflions de re-
gles, des tumeurs de ventre, des
dégouts, & des appétits bifarres,
que l’on prendroit aifément pour
des fignes de groffefle. On y à été
trompé quelquefois, & Spigelius(4)
en rapporte un exemple digne de
remarque. : Une Demoifelle de
quinze ans , dit-il , avoit tous les,
dégouts & tous les appctits ordi-
naires aux femmes grofles ; avec
{a) Syigel, de Lumbriea late, ”
.
ÿTO De l4 Génération
cela le ventre fort élevé , & une:
fuppreflion ‘entiere de regles ; fes.
parens allarmés la firent examiner:
par les Médecins & par les Sages-
femmes , qui aflurerent tous qu'elle:
étoit enceinte ; ce qui fut caufe
qu'on ne lui fit aucun. remede.
Cette fille ainfi dépourvue de fe--
cours, tomba dans un defféche--
ment univerfel de tout le corps.
8 mourut peu de temps aprés...
On l’ouvrit & au lieu d’un enfant:
qu'on s’attendoit de trouver dans
la matrice, on trouva dans le ven-
tre un grand amas d'eaux & un:
Ver plat qui occupoit toute la:
longueur des inteftins.
Nous avons obfervé que le Pleu--
rétique qui a rendu le Ver Solitat
re repréfenté page 1v. dela Préface,
fe trouva guéri prefque aufli-tôt
après l’avoir rendu. 1 ne faut point
aller plus avant, fans examiner comt-
ment s’eft pu faire cette guérifon:
Nous remarquerons premiere-
ment, qu'il n’eft pas étonnant de:
voir des pleurcfies vermineufes 3:
on en voit fouvent, & plufieurs-
Auteurs en font mention. Gabucis-
des Vers. 318
nus entre autres , en rapporte une,
dont la guérifon a beaucoup de rap-
port avec celle-ci. (*) Il raconte
qu'une fille ayant tous les fymptô-
mes ordinaires dans la pleuréfie ;.
fçavoir , une douleur piquante au
côté , une toux feche, un pouls.
dur & récurrent, une courte ha--
Jeine, & une, fiévre continue; il
remarqua que le corps de cette fille:
étoit tantôt froid, tantôt chaud
& que lorfqu’il y avoit de la cha--
leur , une des joues rougifloit, &
que l’autre demeuroit pâle. Que fur
cela , il donna à la Malade un mé--
dicament contre les Vers, lequef
en fit fortir une grande quantité ..
& que la pleuréfie ceffa.
C’eft ce que nous avons vu arri--
ver dans le Pleurctique dent nous.
venons de-parler , c’eft-a-dire , dans.
le Malade qui à rendu le Ver qu’on
voit gravé à la page r1v. de la Pré.
face de ce Livre. Il fe trouva gueri:
de fa pleuréfie prefque auffitôt après.
la fortie du Ver. Il ne-fant pas croi-
re cependant que lorfque ce Ver:
fe trouve dans une pleurcfie , &
(2) Gabuc, de Lumbr, Cap. 33.
312 De la Génération
qu'il vient à fortir , la maladie gné-
rifle toujours pour cela. On voit
un fait contraire à cette penfée dans
lHiftoire de l'Académie des Scien-
ces , année 1709. pag. 31. ou 1l ef
parlé d’un Malade mort d’une pleu-
réle , lequel avant que de mourir
jetta un Ver plat & fort long.
Quoi qu'il en foit , voici com-
ment le rétabliflement du Malade
dont nous avons rapporté l’hiftoire
pag. 1v. & fuiv. de la Préface de
ce Livre , fe peut expliquer.
On fçait que la pleuréfie eft une
maladie entretenue par le féjour
d'une humeur arrêtée dans la pleure.
Or jedis que le féjour de cette hu-
meur étoit entretenu par celui du
Ver, & voicicomment : Rien n’eft
plus capable de réfoudre une hu-
meur arrêtée que l'abondance &
la vivacité des efprits animaux.
Ces efprits fe produifent par le
moyen de la diftribution d’un bon
fang à tout le corps. Le bon fang
fe fait du bon chyle ; or le bon
chyle eft dévoré par ce Ver quien
confume la partie [a plus fine & la
plus délicate, comme il eft facile
de
des Vers. 313
de Île juger par la finceffe de fon col,
qui eft prefque auñli nxince que du
papier. {1 ne reftoit donc dans le
corps du Malade qu'un chyle épais
& groflier, peu propre à fe diftri-
bucr.
Ce chyle faifoit un fang épais,
êc ce fang épais des efprits qui n’é-
toient pas aflez fubtils pour réfou-
dre les parties de fang arrêtées dans
la plevre , & pour leur donner la
fubtilité nécefaire , afin d’être re-
prifes par les vaifleaux, & de ren-
trer dans le commerce de la circu-
lation. Lors donc que ce Ver eft
forti , lebon chyle , au lieu d’étre
employé à lanourriture de l'Infe-
&e , l'a été à celle du Malade. Il
s’en eft fait un fang plus délié, des
cfprits animaux plus vifs & plus
abondans,; l'humeur amafñlée den
la plevre a été par conféquent pé-
métrée par des parties fubtiles &
infinuantes, qui l’ont rendue pro-
pre à étre reprilc par les vaifleaux,
enforte que certe humeur étant dif-
fipée, la gucrifon à du s’en fui-
vre.
J'ajoûte à cela que c’eft une erreur
Tome I. |
314 De la Génération
de croire que les Vers ne puiffent
pas caufer latpleuréfie. Ils la caufent
quelquefois , comme le remarque
Quercetan; & pour le compren-
dre, il n’y a qu’à faire réflexion fur
ce que peut produire cette matiere
corrompue qui accompagne tou-
jours les Vers; car on n’a pas de
peine à concevoir qu’elle peut aife-
ment affecter la plevre & l’enflam-
mer , fans qu'il foit néceflaire de
recourir pour cela à d’autres caufes.
Quercetan (4) rapporte qu'ayant
fait ouvrir plufieurs vieillards, qui
étoient morts de pleuréfes, il Icur
trouva les inteftins remplis de gros
Vers , qu'il regarda comme la caufe
véritable de leurs pleuréfies.
J'ai dit plus haut, que les Vers
ronds & longs piquoient fouvent
les inteftins. Je remarquerai ici que
le Tænia ou Solitaire , ne pique ja-
mais , parce qu'il n'a pas la tête:
faite d’une maniere propre pour
cela, ayant cette partie fort molle,
ainfi que l'obfervent Spigelius ()&
(a) Quercet. Rediv.
(b) Spigel, de Lumbr. lai Cap. 6.
LD
des Vers. 315$
Sennert, (4) & que je puis l’aflurer
moi-même comme témoin.
On peut connoître par tout ce
que nous avons dit jufqu’ici, que
les maladics que caulent les Vers,
ne font point indifférentes ; mais
voici des Obfervations qui le pour-
ront encore confirmer.
PREMIERE OBSERVATION.
Feu M. Daval le pere, Do“teur-
Régent de la Faculté de Médecine
_ de Paris, m'a dir qu'ayant un jour
laiffé pour mort un Malade qu'il
traitoit, il s’avifa néanmoins d'y
pañer le lendemain ; qu'ayant trou-
vé alors le Malade dans la même
extrémité , fans connoiffance, fans
pouls & fans chaleur, il foupçon-
na fur quelques fignes dont il s’ap-
percut , que tout cela pouvoit être
caufé par des Vers ; qu'aufli-tôt
fans différer , il fit prendre au Ma-
lade plufieurs chofes contre les
Vers , lefquelles chafferent de fon
corps un animal jaune, ayant deux
cornes pardevant ; que ce mal ne
(a) Sennert, Lib. III. p,21,Seût. 1 Cap.s.
Ddij
zu6 De la Génération
diminuant point pour cela, il fit
réitérer les mêmes remedes, qui
chaflerent encore un Ver fembla-
ble au premier ; après quoi le Ma-
lade revint à lui, & recouvra peu
à peu la fanté.
11. OBSERVATION.
M.Hartfoecker m’a mandé d’Am-
fterdam , qu'ayant un de fes enfans
fort malade , & qui paroïfloit hors
d'efpérance de guérifon 5 il lui don-
na quelques grains de tartre émé-
tique, qui ce jour-là ne fit en ap-
parence aucun effet ; mais que le
lendemain lenfant rendit trois gros
Vers , & fur guéri aufli-tôt.
1IL OBSERVATION.
Une Dame de Dunkerque,
venoit d’accoucher heureufement
pour la quatriéme fois. Comme elle
avoit de la fiévre , de fréquentes
naufées , une difficulté de Ms À
qui alloit jufqu'à une efpéce d’é-
tranglement , de grandes douleurs
dans lebas-ventre, fans néanmoins
des Vers. 317
aucune tention; fon Médecin qui
étôit M. Gandolphe Médecin de la
Marine à Dunkerque, crut qu'il y
avoit quelque chofe d’extraordi-
‘naite dans le bas-ventre, & or-
donna de la manne avec un peu de
tartre émétique. La Malade qui
dans fa troifiéme groffeffe, avoit pris
pour {e guérir d’une fiévre intermit-
tente, des tablettes vomitives , qui
chafférent beaucoup d’humeurs
fans aucun Ver, rendit par le moyen
de cette manne mélée d’émétique,
un Tænia de cinquante pouces de
long ,(4) nonentier , mais avec la
tête, alaquelle paroifloient deux
trous & une petite éminence ron-
de au-deflus. La Malade qui avoit
ce Tænia , avoit rendu plufieurs
fois par les felles de ces petits corps
blancs, dont nous avons parlé plus
haut. lefquels refflemblent à des
graines de citrouilles, & qui font
des morceaux rompus de ce Ver.
Ce n’eft point un fait firare, de
voir rendre des Tania, ou Vers So-
litaires, à des femmes en couche.
(a) Hift. de l'Acad, Roy. des Sciences, année
F709. p. 30,
Ddiij
318 De la Génération
1 y a quelques annees que M. Cen-
tugi Docteur Régent de la Faculté
de Médecine de Paris , m’écrivit
la Lettre fuivante , en m’envoyant
un Ver de cette efpéce.
» Je vous prie, Monfieur , d’e-
» xaminer le Ver que je vous en-
» voye. Il fort du ventre d’une fem-
» me nouvellement accouchée. Elle
» l’a rendu par un lavement, qu’a-
» prés une faignée du pied , je lui
»ai ordonné pour faire venir les
» purgations fupprimées. Le nœud
»que vous remarquerez dans ce
» Ver mérite attention, aufli-bien
» que fa figure platte & fon excefi-
»ve longucur, avec les différens
»anneaux dont il eft compolc. Je
»vous prie de m'écrire là-dcflus
» votre fentiment. Vous obligerez
»votre affeétionné ferviteur &
» » Confrére, ConNTucr.
IV. OBSERVATION.
Cette Obfervation a été commu-
niquée il y a plufieurs années par
un Médecin d'Hanover ,à Madame
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des Vers. 319
Ha Ducheffe de Bouillon , qui auffi-
tôt eut la bonté de m'en faire part.
Il s’y agit d’un Animal extraordi-
naire rendu par la femme d’un
Maréchal d'Hanover deux jours
avant que de mourir. La figure qui
en fur envoyée du pays à Madame
la Ducheffe de Bouillon , & dont
je fis tirer une copie, me parut fi
finguliere ,; que je crus devoir fuf-
. pendre là-defflus mon jugement.
M. Paullini, fçavant Médecin de
* Francfort, a depuis donné la figure
. de cet Infeéte dans une Differtation
particuliere fur les Vers, avec la re-
fation de la maladie de cette fem-
me. Il ajoute que cette rélation eft
écrite par le Médecin même de la
Malade, nommé Chrétien-Louis:
Kotzebve, ce quine confirme pas:
peu la vérité du fait. Comme la re-
lation que Madame la Ducheffe de:
Bouillon m'a mife entre les mains.
s'accorde avec celle qui cft dans la:
Diflertation de M. Paullini , &
qu'elle a cet avantage d’être mieux:
circonftanciée , nous la préférerons:
ici.
La voici mot à mot : » En 1697.
Ddiv
320 De la Génération
» ]a femme d’un Maréchal d'Hano-
» ver s’étoit trouvée fort mal dans
»sune couche. D'abord après fon
» accouchement , il lui fortit aux
» bras 87 aux jambes des ampoules
» fort groffes & fort dures, & elle
» devint toute perclufe. On lui ap-
» pliqua des véficatoires qui tire-
» rent une grande quantité d'eaux ;
» on fit plufieurs autres remedes,
» 8 la Malade après avoir gardé le
»lit pendant dix-fept femaines ,
» guérit enfin, & l’année d’après ac-
» coucha heureufement. Elle porta
» cette nouvelle fante jufqu’à laPen-
» tecôte feulement, qu’étant allée fe
» promener à la campagne,elle but
» beaucoup de lait, & futaufli-tôt
» attaquée d’une violente colique,
# qui la tourmenta toute lanuit. Le
»# mal devint fi preffant , que le len-
» demain elle ne put fe lever : des
» vomiflemens qui furvinrent, l’'em-
“pêcherent de prendre aucune nour-
»riture. M. Kotzebve fon Méde-
» cin , lui fit prendre , avec affez de
» fuccès , des pilules compofces
» d'aloës, de fcammonée, de tro-
» chifques d’halandal, & de mer-
des Vers 321
» cure doux ; mais peu de temps
» enfuite la maladie augmenta , &
» cette pauvre femme tomba dans
»”un€e maigreur fi étrange, qu’elle
» devint comme un- fpeûre. Le
» Médecin s’apperçut de quelques
» fignes de Vers ; il donna aufli-tôt
»-les remedes qu’il crut les plus fpé-
» Cifiques contre ces Animaux , &
» Ja Malade jetta par haut & par
» bas quantité de Vers, fans enref-
» fentir aucun foulagement, ce qui
»arriva à [a faint Jean-Baptifte.
» Après cela elle fe plaignit de gran-
des douleurs dans les côtes &
» dans le bas-ventre, & elle difoit
» qu'il lui fembloit que Aide
» chofe fe promenoit dans fon
» corps. Quelquefois on la contrai-
» gnoit à avaler un-peu de potage ,
»mais elle le rendoit dés le. mo-
»ment , & le rendoit de couleur
» verte & jaune; ce qu’elle vomif-
» foit, étant gardé, fe tournoit en
“une eau gluante , femblable à
»celle qu'on voit dans un alembic
» où l’on diftile des Vers de terre.
»-Peu de jours avant que de mourir
w#ayant pris une médecine , elle
422 De la Génération
» vomit un morceau de fang cailié,
» aprés quoi elle devint fi foible,
» qu'on n’efpéra plus de guériion.
» Une vicil'e femme qui la gar-
» doit , voyant qu'onne faifoit plus
» de remede à fa Malade qui fouf-
» froit toujours, lui appliqua fur le
» ventre de la fiente de Cheval
» toute chaude, ce qui la foulagea
» pendant quatre jours. Mais le’
» mal redoubla fi fortement, que:
» la Malade vouloit fe faire ouvrir
» le côté , pour en tirer , difoit-
» clle , un Animal qu’elle fentoit
qui cherchoit à Port Peu de-
» jours aprés .. elle s’appercçut que
» quelque chofe lui fortoit par le
» fige , clle appella aufli-tôt fon
# mari & fa garde, qui virent l’A-
» nimal repréfenté dans cette plan-
» che. La Malade mourut deux
»jours après, d’une mort très-dou-
» ce. Nous avons fait graver cette
figure fur celle dont Madame la
Duchefle de Bouillon nous a fait
part, laquelle à été tracce d’abord
après que l’Animal fut {orti.
Il y a dans la relation manufcri-
te que nous avons entre les mains ;.
des Vers. . 323
une circonftance qu’il ne faut point
oublier , & qui n'eft pas marquée
dans a Diferration de M. Paullini ;
c’eft que la peau de cet Infeéte que
Fon conferve dans de l'efprit de
vin, eft life & verdâtre commela
peau d’une Anguille, que fon corps:
eft fans os, que les pieds même,
dont l'un paroît comme une griffe
d’oifeau, n’ont point d'os non plus,
& que la chair en eft trés-molaffe,
aufli-bien que l’efpéce de crête qui
eft fur larète.
V. OBSERVATION.
En 1701.M. de Rongerolle, Mai-
tre Chirurgien de Verneuil, écrivit
à la Faculté de Médecine de Paris:
ha Lettre fuivante.
Messreurs.
» Vous voulez bien me permet-
“tre de vous écrire à l’occafion
» d’une femme de notre Ville, la-
».quelle à rendu par le fiége un Ver
» d'une figure & longueur extraor-
324 De la Génération |
» dinaire , & lequel j'ai été requis
» de vous adrefler. Elle l'a rendu
» vivant, ayant plufeurs inégalités
» en forme de têtes, & cheminant
» fur tous les nœuds cartilagineux
» de fon corps, comme:fur fes pro-
»pres pieds. l'contient en fa lon-
» gueur une aulne de ce Pays, étant
» d’une ftruure fort extraordinai-
»re , quoiqu'il ait beaucoup de
» rapport à celui que Fon appelle
»le Platée. (4) Je croi qu'il eft a
» propos par même occafion Ge
» vous informer des fymptômes qui
» ont précédé fa fortie de’cet Ani-
» mal. La femme qui la jetté ft
n âgée environ de quarante ans,
» étant d'un tempérament pitui-
» teux & phlegmatique ; reflentant
» depuis long-temps des douleurs
» d'eftomac, accompagnées d’in-
» fomnie , enforte que le neuviéme
»jour du mois coùrant , elle fut
» prife le matin d’une douleur très-
» grande & fubite , laquelle com-
» mença par le dedans de la ma-
»trice, & fe communiqua bien-
» tôt après , par tout le bas-ventre,
(a) C'eft-à-dire, le Ver plat.
des Vers. 325
#avec des frifons , accompagnés
» de lipotimies fréquentes ; ce qui
» m'obligea y étant appellé pour la
» fecourir en un tel befoin, de lui
» faire donner un clyftere purga-
»tif, lequel réitéré trois heures
»aprés, fut fuivi de tout le fuccès
» qu’on pouvoit efpérer ; puifqu'ef-
5 LA us tous les fymptômes
» cefferent, ne lui reflant plus qu'un
» pen de foiblefle ; enfuite de quoi
» le deuxiéme jour fuivant elle ren-
» dit.cet Animal, Je veux croire que
.» vous trouverez bon la hardieffe
» que je prens en cette occafion .
» perfuadé que je fuis qu'il n'ya
» rien de nouveau pour vous dans
»la nature, & dont vous n'ayez
une parfaite.connoiffance. Je re-
» cevrai avec une entiere foûmiflion
»le jugement qu'il vous plaira faire
» fur ce fujet, étant Juges fouve-
» rains-pour décider de tous les êve-
” nemens & prodiges qui arrivent
» dans la Naturc ; pardonnez donc,
» S'il vous plaît, Mefficurs, ma har-
»dicfle & témérité d’ofer entre-
» prendre de mettre la main à la
»plume pour importuner une fi
EU
216 De la Génération
» célébre Société. C’eft peut-être
»un effet de mon ignorance qui
» m'y engage. Mais je fuis hi prévenu
» de toutes vos bontés , que j’efpere
5 QUE VOUS m'exculcrez , puifque je
nfuis & veux être toute ma vie
» avec un refpett profond ,
MESSIEURS,
Votre trés-humble & tréès-
fidéle ferviteur , De Rox-
GEROLLE , Me. Chirurgien
à Verneuil au Perche.
A Verneuil au Perche, ce 18.Août 1701.
La Faculté de Médecine ayant
recu cette Lettre, qui fut lue dans
une Affemblée , me chargea de l’e-
xaminer , & d'écrire à l’Auteur de
la Lettre mon fentiment fur ce {u-
jet : je le is, & trois mois après je
reçus la réponfe que voici , laquelle
5
cit digne de remarque.
» M. fi j'ai été fi long-temps fans
»me donner l'honneur de vous
ȃcrire pour vous remercier de
- des Vers. 327
n toutes Vos honnêétetés ; ce n’a été
#.que parce queje croyois que notre
» Malade prendroit bien plutôr les
»remedes contre {on Ver plar,
» qu'elle n’a fait; car elle ne les a
» pris que depuis peu , & avec d'in-
» ftantes prieres & follicitations de
“tous fes amis, de forte que Di-
» manche dernier elle prit la po-
» tion qu’il vous a plu lui ordonner,
» 8c la nuit fuivante elle rendit en
“forme de peloton par le fiése, un
» morceau de Ver plat , quoique
» mort, lequel fut fuivi d'un grand
» nombre de portions pourries , tel-
» les qu'elles font défignées & gra-
» vées dans les planches qu’il vous
»a plu m'envoyer , defquelles je
+ vous remercie. Profitant donc de
» vos avis, je réfolus de laifler un
»jour d'intervalle, & puis de lui
» faire prendre une deuxiéme fois
» delapotion, ce que je fis mardi
» dernier avec aflez de fuccès, puif
» qu'il s’en cft fuivi une autre efpe-
»ce de Ver, rond, de ja longueur
» du petit doigt, d’une fubftance
» fort folide; accompagné de plu:
n fieurs autres portions fort pour-
328 De la Génération
» ries, que la Malade a encore jet-
»tées depuis ce temps-là. Mais
» quant au Ver plat , vous m'avez
» fait l'honneur de me marquer par
» votre Lettre que cette Malade
» avoit encore dans le corps plus de
» deux auines du même Ver plat,
» & beaucoup plus large que ce que
»javois pris la liberté de vous en-
» voyer, cela s’eft trouvé vrai, puif-
» que celui-ci contient trois aulnes,
» mais il n'eft pas plus large qe
» dans la premiere portion. Je ne
» puis vous remercicr afez , Mon-
…fieur, &c. Fe fuis...
VI OBSERVATION.
Le 6. May 1701. un frere que
j'avois à Lyon m'écrivit la Lettre
qui fuit.
» I y a quelque temps, que je
» me fentois des frayeurs extraor-
» dinaires , qui me prenoient fubi-
» tement, fur-tout , lorfque je me.
» trouvois feul, ou que j'étois enga-
» gé dans quelque Eglife, ouautre
»lieu. Jene fçavois que m'imagi-
ner
des Vers. 329
“ner une telle foibleffe ; mais un
» jour fans que j'y penfañle, & fans:
»avoir pris aucun remede , je fis
» un grand Ver, & depuis ce temps-
»là je ne fuis plus fujét à ces
» frayeurs,de quoi je remercieDieu.
» Mandez-moi, je vous prie ; votre
» fentiment fur ce fujet , &c.
Cette Lettre fait voir que les Vers:
caufent quelquefois des frayeurs 3
mais voici une Obfervation qui va
montrer que les frayeurs peuvent
auf quelquefois à leur tour , don-
ner lieu à la production des Vers,
chofe qu’il. eft bon de remarquer ,
puifque l’occafion s’en préfente.
Thomas Cornelius, de la Ville
de Confenfe en Calabre , homme
très-doéte, rapporte { 4) avoir vu
une petite fille, qui après un faifif-
fement de peur dont elle penfx
mourir fur l'heure, tomba infenfi-
blement en langueur, prit un teint
pâle , devint fujette à des douleurs
dans la poitrine; fut enfuite atta-
quée de fréquens accès d’épilephe..
(a) Thom. Cornelii Confentini , progymmn. de’:m=-
_#icat, prog. 6.
Tome I. E €:
j 30. De la Génération
& mourut aprés avoir cruellement
fouffert. [| raconte qu’on ouvrit le-
corps de cette fille, & qu'après
avoir bien cherché, l’on n’y dé-
couvrit d'autre caufe de fa mort,
que des Vers qui lui avoient rongé
les vaifleaux du cœur. Cet Auteur
remarque que la peur produit dans.
les Animaux le même effet. » Un
» Etourneau, di-11, que l’on nour-
» rifloit dans une baffe- cour , & que:
» des enfans effarouchoiïent fans.
» cefle en courant aprés, devint fu-
»jet à des convulfions quile firent
» tomber du haut mal. J’eus la cu-
» riofité d'ouvrir cet Oifeau, & j'y
» trouvai la bafe du cœur toute en-
» trelaffée de Vers ; cela me porta.
» à cflayer fi en épouventant {ou-
» vent des Poules, il fe produiroit
» aufli des Vers dans ces Animaux.
» Je me mis à en effaroucher plu-
» fieurs pendant quelques jours , je
» les ouvris enfuite , & je leur trou-
» vai à chacunc, de grands Vers à
» la région du cœur.
Voilà de quoi faire bien des ré-
fléxions.
* des Vers. 331
Vu. OBSERVATION:
Le 22. de Février 1712..je füs
appellé avec M. Fontaine Doéteur*
en Médecine de la Faculté: deParis,
mon Confrere ,. chez les Dames de
l’'Affomption , pour y voir une jeu--
ne Penfionnaire malade-de convul-
fions terribles, qui la prencient de’
temps en temps. Elle avoit été fai-
gnce deux fois du pied, & les fai-
gnées. n’avoient fervi qu'a rendre:
les convulfons encoré plus fréquen--
tes. Nous trouvâmés" des fignes:
confidérables de Vers, & nous ré-.
folumes M. Fontaine & moi, de:
donner à la Malade quelques ver-
mifuges, ce qui eut un fuccés fi heu- *
reux , qu'elle rendit cinq gros Vers:
vivans .. dont la fortie la délivra de:
fes convulfions. L’Infirmiere mit:
ces Vers dans de l’eau fur une fe-
nêtre à l'air, où ils vécurent prés:
d'un mois, ;
_X Pere de M, Fontaine , nouveau Doëtéur de :
fa même Faculté,
Eci
332 De la Générarion
VIIL OBSERVATION.
Lettre qui ma été communiquée
r Li
par Monfieur le Procureur Gé-
néral JoLi DE FLEURY, à qui
elle a éré écrite dAlais en 1723.
par M. de Rochebouet ; alors
V’icaireGénéral du Diocefe d'A-
lais, © aujourd'hui Curé de
S. Germain-le-vieil à Paris ;
lequel a trouvé bon qu'elle fur
änfêrée ici.
Monsieur,
» J A1 fait defliner le Ver que
» jai rendu comme j'étois à la cam-
» pagne , je n’ai pu trouver de Fef-
» prit de vin pour leconferver ; de
quoi je fuis bien fâché. Je le rap-
» portai à Alais, mais il étoit {cc,
» & bientôt il fut réduit en pouflic-
»re. Vous en trouverez ici' la figure
» exacte , à l'exception de la cou-
» leur, çar ilétoit noir comme de
LS
… des Vers: LE
» l'encre, & luifant. On y à expri-
» mé les plis & les, ondulations-
» qu'il avoit fur la peau. J'ai tou-
»Jours foupçonné que cet Animal
»Ctoit la caufe de mes incommo-
» dités.
» Lorfque je le rendis , il y avoit
» prés de deux ans que javois été
» attaqué de vapeurs violentes :
» elles me prirent à une maifon de
» campagne à une lieue de cette
» Ville, où je m’étois retiré avec
» Monficur notre Evêque dans le
* temps qu’on leva notre Blocus du
» côte du pays prohibé. Elles fu-
»rent fi terribles , que javois le
» menton appuyé. fur l’eftomac , &
» que lorfque je voulois faire un
» cflort pour lever la tête. je per-
» dois connoiffance ; je ne pouvois.
» me foûtenir , & j'avois de temps
« en temps, des trémouflemens par-
» tout le corps. Je me fis:tirer du
» fang, & alors je me fentis beau-
»coup dégagé ; je levai la tête,
» mais elle tomboit en arriere, &
»j'avois peine à trouver une fitua-
» tion un peu tranquille ; je n’avois
» point perdu l'appétit , & je n'eu
7 .
374 De la Génération
» jamais de ficvre. Certe premiere
“attaque pañlée, j'en eus ici une
» feconde , mais moins violente. Je:
» me fis encore faigner , &z je fus
» foulagé. Pendant trois femaines:
ajeus prefque tous les jours, quel--
» que légére attaque , oùJe voyois-
» tout tourner, où javois des tré-
» mouflemens quelquefois par tout
»le corps, quelquefois feulement
» un tremblement dans Îles genoux.
» Ces tremblemens me réveilloient
» la nuit en furfaut, & toùjours dans .
» des fonges épouventables. Mais
»Ce qui vous furprendra, c'eft que
le jour même, éveillé, j'avois-
» peine à éloigner de mon efprir ,
» les images les plus triftes, que la:
» raifon vouloir inutilement chaf-
» fer. . .. Lorfqu'on nous ent rendu:
ytout-à-fait la liberté, 8 que no--
»tre Blocus fut levé, je fus impa-
tient de jouir de la liberté qu'on:
»nous accordoit, je me rendis à:
»trois lieues d'ici dans une Com-
» munauté de Prêtres de S. Jofeph:
» dé Lyon que je connois. J’avois:
» heureufement mené avec moi,
»-un Médecin de mes amis, qui alloit-
des Vers. 72€
» Voir fa famille qui demeure dans:
» ce lieu-la. :
» Pendant les deux premiers jours
» que je fus chez eux, j'eus encore:
» quelques légcres atreintes de mes.
» vapeurs , telles que celles que j’a-
» Vois eues avant de partir d’Alais,
» & qui m'avoient pris une fois, di-
3 fant la Grand'Meffe dans notre
» Cathédrale, & une autre fois en.
»préchant. Mais le troifiéme jour
»au foir , je fus attaqué violem-
» ment au fortir du Helene: ÊT
» deux de ces Meflieurs me recon-
» duifirent avec peine, à ma cham-
» bre, en me tenant fous les bras.
_» J'envoyai querir mon Médecin
» qui n'étoit qu'a deux pas; & il
» me dit qu’il falloit abfolument me
» purger. Il me fit Iui-même une-
» médecine avec fené, rhubarbe.
» manne , fleurs de pêcher. abfyn.
»the, & quelques grains de jalap..
» Cette médecine que je pris le len-
» demain matin aprés toutcs Îles in-
» quiétudes & les agirations de [a
»nuit, Mme mena quinze ou feize
»-fois, jufqu’à onze heures du ma--
» tin. Le Médecin vint alors , je me
336 De la Génération
» plaignis d’un grand mal de cœur.
» Comme la médecine avoit déja
» bien agi, il me confeilla de pren-
» dre de l’eau ticde, & d’eflayer de
» vomir. Je le fis, & comme je
» n'ai pas grand peine à vomir , Je
» rendis peu de temps aprés ,.la mé-
» me cautiede , avec des morceaux
»de truffes que javois mangés la
» veille à diner, & que je rendis
» comme je les avois pris, il yavoit
» vingt-quatre heures. (4) Jerepris
» de l’eau tiede, & rendis encore
_» par le vomiflement, des morceaux
» de truffes. Le Médecin examinant
» avec le bout de fa canne, triant &
» comptant tous les. morceaux de
» truffes , fe mit à faire uncris, &
» me dit : Voilà quelque chofe qui
»remue. Il prit le Ver au bout de
» fa canne : nous le mîmes fur la ta-
» ble. Il vécut peut-être, quatre mi-
»nutes aprés que je l'eus rendu.
» Jamais je n’ai vû Médecin fi fur-
» pris. Il m'avoua qu'iln’avoit ja-
3 mais vu pareille chofe, nientendu
{4) Voyez cy-après, au Chap, vr. vers le mi-
fieu, ce qui eft dit des champignons , avec l'Hiftoire-
que je rapporte fur ce fujet.
parler
des Vers:
nparler de parcils Vers. Celui-ci
» étoit noir , ayant des pattes com-
fill 7 RO : art LULU
th CEA MAL | LABS Ti & kr 1 Lea | RAT ne di most!
& TR EU %
\ AN a À ant SA AR A à
Ê \ : À
\ AS AT TE
» me une Chenille, un peu velu,
» une bouche dont l'extrémité étoit
» feuille morte , & deux yeux aufli
s feuille morte, faits comme deux
» petites têtes d’épingles, 8 fortant
»de la tête. Je fentis un foulage-
» ment que je ne puis vous exprimer,
» &c depuis ce temps-là, je n'ai pas
» la moindre atteinte de ces vapeurs
» inquictantes. On jugea à propos
» de me faire prendre ici les eaux
»@e Balaruc, excellentes pour l'efto-
» mac, & qui m'ont fait du bien.
;, Le Ver n’étoit ni plus gros ni plus
, long que vous le voyez dans le
., deflein que j’ai l'honneur de vous
Tome I. Ff
43% De la Génération
,, Cnvoyer. Je croi que ceux qui at-
,, tribuent la caufe de la pefte à des
. Infeétes & à des Vers qui fe trou-
,, vent dans les étoffes & dans les ali-
»,inens, pourroicnt tirer des con-
fequences de mon avanture; &
» dire que c’eft un de ces Vers qui
, à agi fur les alimens, & quina
3, pas trouvé le corps difpolé à y
, faire les ravages qu'il auroit fait
,, dans d’autres... Les corps des
,, Peltiferés qu'on. ouvroit , four-
,, milloicnt de Vers; non pas, à la
vérité de cette efpéce.
_ ,, Voilà, Monfieur, comme vous
., l'avez fouhaité , le détail au jufte
de mes accidens. Je vous en au-
trois fait part plutôt, fi la perfon-
ne qui à defliné le Ver , ne m'a-
,, Voit manqué de parole trois ou
» quatre fois. 11 m'a même fait beau-
,, coup d’ébauches, avant que d’en
attraper Îa véritable reAemblan-
> CE: «+. J'ai l'honneur d’être avec
;, un profond refpeét,
ES TTONSTEMRS
Votre, &cc. DE RocHEBOUET,
Vicaire Général. :
Æ Alais, ce 15. Février 1723.
des Vers. 339
Les fymptômes qu’on remarque
dans les maladies de Vers , vien-
nent fouvent autant de l'humeur
vermineufe qui les a fait éclorre, &
qui leur fert d’aliment , que des
Vers mêmes. Cette humeur vermi-
neule eft quelquefois fi corrofive,
qu'elle endommage confidérable-
ment les inteftins ; fouvent même
venant à fe méler dans le fang , &
a être portée avec la mafñle à toutes
les parties , elle peut caufer des
tremblemens , des convulfions, des
fiévres , destoux , des fyncopes , &
autres accidens , felon qu’elle eft
plus ou moins piquante , plus ou
moins grofliere, ou qu’elle {e méle
plus ou moins avec le fang.
On n’examine pas aflez s'il y a
des Vers dans les Malades, foit Vers
* des inteltins , ou autres; de-là vient
que pluficurs perfonnes , faute d’a-
voir pris des remcdes ou des pré-
fervatifs contre les Vers, tombent
quelquefois en langueur , & meu«
rent fans qu’on en fçache la vérita-
ble caufe. Ces infeétes s'engendrent
peu à peu dans le corps, & s'y en-
gagent après , de telle forte , Lorf-
| FFij
$40 De la Génération
qu'on néglige les remedes qui Îes
pourroient chafler , qu’on n’eft fou-
vent plus à temps de les combattre
Jorfqu’on le voudroit, On en a trou-
vé de fort longs jufques dans le
tronc de la veine-porte : En 16o1.
Spigelius faifant une Anatomie pu-
blique , & préparant le foye du {u-
jet , qui étoit le cadavre d’une fem-
me d'un âge médiocre , morte dans
une maigreur extraordinaire , trou-
va quatre gros Vers ronds & longs
(a) d’un palme , dans le tronc de la
veine-porte , où s’étoit forme une
obftruction qui avoit caufé la mort
à la Malade. 11 montra ces Vers à
Fabricius Aquapendente , fon mai-
tre, lequel les fit voir le lendemain
dans l'Amphithéatre à tous Les afif-
tans, comme une chofe extraordi-
naire.
Il n'y a pas jufqu’à la Catalepfie,
qui ne vienne quelquefois de Vers.
Marcel Donat (b) & Schenchius en
rapportent(c) des exemples. Ettmul-
Jer (d) eft de même fentiment.
(a) £pigel de Lumb. lato , not4 quartä.
{b) Marcel. Dowat. Lib. II, Hifior. Arab, cap. 2,
(c) Schench. Obferv.
{d) Ertmuller de Epilepf.
des Vers. 341
Qui croiroit qu'une telle (4) ma:
fadie pût être caufée par des Vers 2
Plufieurs Auteurs attribuent aux
Vers la eaufe des fiévres malignes :
Kircher (b) & Hauptman (5) préten-
dent qu’elles ne viennent prefque
jamais que de là. Foreftus (4) rap-
porte un grand nombre d'exemples
de fiévres malignes & peftilentiel-
les vermineufes, dont il dit avoir
été témoin; & dans les Journaux de
Thomas Bartholin , il eft parlé d’u-
ne pefte qui regna à Vienne en Au-
triche , de laquelle les Médecinsne
reconnurent d'autre caufe que les
Vers(e). |
Quelques Auteurs vont plus loin,
& prétendent que toutes les fiévres
malignes , toutes les peftes, fans ex-
ception, font les effets des Vers.
Peut-être ces maladies font elles
la plûpart accompagnées de Vers;
(a) La Caralepfe eft-une maladie foporeufe où Le
Malade refte comme une ftatue , fans fentir , fans
voit, & fans entendre ; fi oiï remue fes membres,
on les voit garder la même fituation où on les a mis,
(b) Kirch. in fcrutinio peflis.
(c) Hauptn. de vijä mortis imagin, Cr Traëiat. de
Therm. Wolckenf?.
(d) Foret, de Intef}. affeitib. Lib, XXI. Obferv. 16.
in fchol.
(e) Thom. Barth. AG. Med, Tom. F.p.83.
FF ii
342 De la Génération
mais , comme le remarque Tho-
mas Bartholin , ïl ne s'enfuit pas
pour cela, qu'elles foient l'effet des
Vers(z). D’autres vont encore plus
Yoin , & veulent que la rage même
{oit caufée par les Vers.
Ces queftions au refte , méritent
qu'on les examine, & c’eft ce que
nous allons effayer de faire.
Si la Pelle eff caufee par les V. ers ?
Les Auteurs font fort partagés fur
les caufes de la pefte. Les uns attri-
buent cette maladie aux influences
des Aîïtres; les autres , comme les.
Galeniites, à la corruption de l'air
& des humeurs ; les autres, com-
me Van-Helmont & fes Scétateurs.
à l’irritation de l'archée ; les autres,
comme Willis, à un {el acide ; les
autres , comme Sylvius , à un fel
alKali; les autres enfin, à de petits
Infectes , ou Vers répandus dans
Vair , lefquels s’introduifent dans.
nos corps.
(a) Omnem peflem à Vermibus advocat Kircherus 3:
credo verd sffettum ele putredinis , non caufam. Quid
plura V'ermiculi nos torquent C7 mortuos confumunt ; uë
\ verè Job. cap 7.0.5. Caromeaundiqne V'ermino[a ef.
Thom, Barth. A4; Med, 1bid.
Le
: des Vers. 48
De ce dernier fentiment font plu-
fieurs Modernes , & entre autres-
l’Auteur de la Queftion de Médeci-
ne : S5 la Pelle de Marfeille à été caufee
par des Vers ? An Peffis Maffilienfis à
feminio Verminofo (a)? & celui des Ob-
fervations faites fur La Pefle de AAarfeil-
Le & de Provence (b). Le premier, qui
cft M. le Beoue, célébre Médecin
de Befançon , dit que la Pefte tire
{on origine d’une foule d'œufs de
Vers, qui infeétent premicrement
la falive ou les alimens , puis le fuc
nerveux, & enfin les parties {olides.
Ces œufs de Vers, continue-t-il
font d’abord avalés avec la falive .
ou avec les alimens, puis la chaleur
de l'eftomach, dans lequel ils en-
trent , vivifie ces œufs, & fait éclor-
re.les Vers qui y font renfermés.
Ces Vers éclos dévorent avec avi--
dité une partie de l'aliment qu'ils
trouvent dans l’eftomach,; cet ali-
ment dévoré les fait croître jufqu’à
une certaine grofleur , & alors de--
(a) Brochure in-8. imprimée en 1721. à Befançon,
L’Auc ur eft M.le Begue , Médecin de Befançon.
(b) Brochure :#-12. imprimée à Lyon en 172%:-
Auteur eft M, Goiffon, Médecin de Lyon.
fiv
344 De la Génération
venus vigoureux , ils excitent [es
premiers fymptômes de la Pefte ;
{çavoir , les vomifilemens, les maux
de cœur , les défaillances ,-les ho-
quets, les douleurs & les inflamma-
tions de l’eftomach, &c. fymptô-
mes , pourfuit-il, que ces infeétes
peuvent caufer d'autant plus facile-
ment, qu'ils ont, dit-il, un bec cro-
chu , fait en forme d’ameçon.
On demandera fans doute , com-
ment cet Auteur a pu parvenir à {ça-
voir que les Vers dont il parle, ont
le bec ainfi conftruit >? mais il ré-
pond 1°. que Hauptman en a ob-
fervé de pareils dans une Dyflente-
rie peftilentielle. 2°. Que les Pefti-
ferés en rendent fouvent de fembia-
bles dans leurs déjections. 3°. Qu'on
en trouve aufli de tels dans les ca-
davres de ceux qui meurent de
pelle. sf
Cela polé , il dit que fi ces Vers
{ont portés en grand nombreavec
le chyle dans la mafñe du fang , ils
en empéchent la circulation, d’où
arrivent des palpitations de cœur ,
des fyncopes , un abattement de
toutes les forces, un trouble dans
des Vers. 345
les yeux , des tintemens d'oreilles,
une fécherefle de langue , des dou-
leurs dans les lombes. L’Auteur ex-
plique par le même moyen , quieft
aflurement trés-commode, tous les
autres fymptômes de la pefte, &
nous pouvonsdire , pour rappeller
ici la réflexion, que nous avons déja
faite (4) ailleurs là-deflus , que cela
ne lui coute rien.
I} n’a pas de peine non-plus, com-
me nous l'avons aufli remarqué dans
le Journal cotté au bas de la page, à
rapporter des exemples de bubons
& de charbons ou il y avoit des
Vers; les Auteurs font pleins, & pour
ainfi dire, farcis de ces fortes d’hif-
toires. 11 s'agit de prouver que les
Vers en queftion font la caufe de
ces bubons |, comme il s’agiroit de
prouver que les Vers qu’on verroit
dévorer le corps d’un homme apres
fa mort, feroient la caufe de la mort
de cet homme. |
On trouve des Vers dans l'eau ,
dans le laic, dansle vinaigre; on
en trouve dans prefque tous les ca-
davres. L’Auteur ne manque pas de
(2) Journal des Sçavans , 23. Février 1722,
346 De la Génération
citer toutes ces obfervations , & ff
grand nombre d’autres femblables
qui s'offrent en foule. Il joint à cela
{ept différentes raifons ; fçavoir ,
1°. que la multiplication du venin
peltilentiel ne fcauroit s'expliquer
bien naturellement , qu'en fuppo-
fant qu'elle fe fait par des Vers 5
ees Vers, comme l’on fcait, mul-
tipliant avec une facilité incroya-
ble. 2°. Que le tabac, & autres cho-
fes femblables qui contrarient les
Vers, font de bons remedes contre:
la pefte. 3°. Que les cauteres font
d'un grand fecours pour fe préfer-
ver de la pefte , & qu'il eft facile de
voir que cela vient de ce que les
Vers s’enfuyent par l’onverture du:
cautére. Nemo, dit-il, non videt , fe-
minium pefiiientiale Verminofum per pa-
tulas fonticulorum vias facile fugain ca-
pefiere
Ce terme Nemo non videt, eft une:
propofition bien exagerée, pour ne
rien dire de plus. 4°. Que la pefte:
cefle ordinairement aux approches
de l’'Hyver , faifon qui eft contraire:
aux Vers. $°. Qu'à Marfeille, des
€ouvens entiers de Filles, ont été
des Vers. 347
exempts de la pefte qui regnoit dans
le pays; ce qui prouve, dit l'Auteur,
que cette maladie ne venoit point
de l'air , mais des Vers , puifque
l'air fe communique par-tout , ce
que ne font pas les Vers. Il eft vrai
que fi ces Vers avoient des aîles,
comme le prétend M. Goiffon , ain-
fi que nous le verrons plus bas , ils
auroient pu aller dans ces Couvens;
mais lPAuteur de la Differtation ne
leur en donne point, il fe contente,
ainfi que nous l'avons dit , de leur
donner un bec crochu , en forme
d'amecon. 6°. Que la pefte de Mar-
feille à attaqué leshommes, fans at-
taquer les animaux; ce qu'il eft fa-
cile , dit-il , d'expliquer dans le
fyftême des Vers, parce que les
Vers qui éclofent dans le corps hu-
main, font d’une autre nature que
ceux qui éclofent dans le corps des
animaux , & que même les Vers
qui éclofent dans les animaux, font
d'autant d’efpéces différentes , qu'il
a de fortes d'animaux. 7°. Qu'a-
rès que la pefte a eu enlevé dans.
Marfeille la plus grande partie des:
Habirans, elle a ceflé, parce que les:
348 De La Génération
Vers mouroient alors de faim ; &
pourquoi mouroient-ils de faim:
c'eft que, dit l’Auteur, les perfon-
nes qui furvivent à la pefte, n’y fur-
vivent que parce qu’elles n’ont pas
en clles, l'aliment qui convient aux
Vers peitilentiels (4) : notre Auteur
conclud de toutes ces belles-raifons,
que la pelte a les Vers pour caufe.
Nous avons dit dans le huitiérme
Journal de 1722. que nous laifions
aux Lecteurs à juger d’une telle con-
clufion , nous repetons ici la même
chofe.
Le fecond Auteur que nous avons.
cité , cft M. Goiffon, célébre Mé-
decin de Lyon ; il prétend tout de
même , que ce qui fait ja pelle font
de petits Vermifleaux invifbles qui
voltigent dans l'air , & qui s'infi-
auent dans nos corps. Il regarde
comme contraire à la raifon & à
l'expérience , toutes les autres opi-
nions fur ce fujer. | |
La multiplication de la peñte ;
dit-il, fa durée , fa réprodu&iorn,
(a) Homines autem qui à pefle liberi fuper[unt , aptuns
alimentum Vermiculis pefédlentibus frppeditare pen,
poflunt.
des Vers. 349
fon adhéfion , ne peuvent bien s’ex-
pliquer qu’en fuppofant des infec-
tes invifibles qui fe reproduifent par
leurs œufs , & fe multiplient de gé-
nérations €n générations, jufqu’à ce
qu'une faifon contraire , ou quel-
ques remedes particuliers en étei-
gnent la race; ou que venus d’un
pays étranger , ils ne trouvent plus
dans celui ou ils arrivent , une
. nourriture convenable ; ou qu’enfin.
le nombre conlidérable des corps
qu’ils.ont tués, deviennent leur tom-
beau.
H n’y a que des êtres animés, dit-
il, qui puiflent fubfifter dans l'air,
& s'y reproduire, les autres s’y per-
dent , ou s’y altérent à ja fin; au
lieu que les corps animés y font
comme dans leur centre, s’y nour-
riflent , s’y multiplient ; & fi l’on
voit la pefte fe reveiller après avoir
été affoupie un long-temps , c’eft,
dit-il , que ces petits infeétes fe ré-
produifent & fe renouvellent.
Cette raifon , comme nous l’a-
vons obfervé ailleurs (4), eft ingé-
(a) Jourual de 1723. 12. Mars, La deroute des Goif-
fps. Ce Livre eft annoncé fous Le nom de Clifams
3$0 De la Génération
nicufe , mais elle prouve un peu
trop ; puifqu'il s’enfuivroit que le
renouvellement qui fe fait dans l'air
à tous les Printemps, ne fe feroit
que par des Vers. En effet, fi pour
expliquer la réprodudion de la
pete après qu’elle a été éteinte, il
faut dire qu'étant naturel aux ani-
maux de fe reproduire, ce font des
Vers réproduits qui par leur renou-.
«
vellement , caufent ce renouvelle-
ment de pete; il faudra dire tout
de même que les particules difper-
fées dans l'air qui font que la féve
des plantes fe reveille tous les Prin-
temps , & qu'elle monte dans les
plantes, font de petits Vermifeaux,
ou plutôt que cette féve même , qui
cit reveillée , n’eft qu'un amas de
Vermifleaux.
Les petits Vers , qui felon M.
Goiffon caufent la pefte, font fi pe-
tits, que jufqu’à préfent , il n’y a eu,
ditil, qu'un feul homme qûi ait pu
les appercevoir.
Drari. J'avettirai là-deflus que Clifano Drani eft mis
là pour Nicolas .Andry, dontileft lanagramme. J’en
ai ufé de la forte alors pour téguifer mon nom que
j'avois quelques raifons de cacher ; mais je n’en fais
plus de façon à préfenr.Ainfi je ne fuis point plagiaire
de citer comme de moi , les endroits que je rapporte .
Ci,
[2
des Vers. 3ST
Quel eft cet homme? C’eft , ré-
pond-t-il, un Hermite de Toulou-
e. Ce {era fans doute , cet Hermi-
+e qui aura informé M. Goiffon que
ces animaux ont des pieds & des ai-
les , car tous les infectes n’en ont
pas ; & de la perireffe dont on fup-
pofe ceux-ci , il femble qu'ils doi-
vent être aflez légers pour pouvoir
{c pañler d’aîles, & être répandus de
tous côtés par le moyen des vents ;
mais M. Goiffon , fur la parole de
l'Hermite , fans doute, aflure qu'ils
ont des pieds & des aïîles; & c’eft,
fi on l'en croit , à la faveur de ces
aîles qu'ils fe choififlent les domici-
les les plus convenables pour leur
entretien. Hs s’infinuent, dit-il, dans
les maifons, par les plus petites ou-
vertures quand il fait froid ; & c’eft
apparemment , ajoutc-t-il , la rai-
fon pourquoi quand la pefte eft quel-
que part en Hyver, elle y eft moins
violente, & ne fe communique pas
fi aifément aux environs , parce que
ces animaux fuyent le froid. Ce
qu'il ya de fingulier dans ce que dit
ici le Médecin de Lyon , c’eft que
ces petits infectes , aimant le chaud
352 De la Génération |
comme ils font, ne laiflent pas d’être
ibondans en plufieurs pays froids ,
où la pefte eft très-fréquente ; car fi
ce font les Vers qui font la pelle ,
pourquoi ces Vers craignant le
froid comme ils font, ne fuyent-
ils pas ces pays-là , ou n’y meurent-
ils pas ? Voilà une difficulté que M.
Goiffon auroit dû prevenir.
Quoi qu’il en foic , les Vers pefti-
lentiels qu’il fuppofe , fe nourrif-
fent d’une fubftance particuliere qui
leur convient, & ils meurent, à ce
qu’il prétend, lorfque la nourriture
dont il s’agit, leur manque. Suppo-
fons donc que la nourriture en
queftion vienne à leur manquer ,
& que faute de cette nourriture ls
meurent tous ; comment enfuite fe
réproduiront-ils > Je fuppofe qué la
faifon foit favorable à leur repro-
duétion , je fuppofe qu'aucun rene-
de ne les contrarie , il faudra nécef-
fairement pour qu'ils {e réprodui-
fent , que cette nourriture , dont le
feul manquement les aura fait mou-
rir , fe réproduife auflielle-mème;
car l’Auteur ne prétend pas fans
doute , que lorfqu'ils font morts
quelque
des Vers. 353
“quelque part faute de cette nourri-
ture , ils ne puiflent plus fe répro-
duire dans ce méme lieu. Voilà
donc la réproduétion de plufeurs
petits corps nourriciers , Mais ina-
nimés, laquelle fé fait fans Vers.
Cela étant , quel inconvénient y
aura-t-il à dire que les petits corps
inanimés dont il s’agit, Iefquels font
propres à nourrir ces infeétes , font
précifément ce qui fait la pefte. Ces
petits corps inanimés fe réprodui-
{ent aprés avoir été détruits; c’en eit
affez pour expliquer la réproduc-
tion de la pefte. Réproduétion qui
paroît incompréhenfible à M. Goif-
fon , fi on ne fuppofe qu'elle fe
fait par des Vers.
Une autre raifon que M. Goiffon
trouve des plus convaincantes pour
prouver que la pefte n’a d'autre cau-
le que les Vers, c’eft l’adhéfion du
venin peftilentiel. Ces Vers, dit-il,
ont des mains @ des pieds, ce font fes
termes-., & c’eit avec ces mains € ces
pieds , continue-t-il , qu'ils s’atta-
chent aux étoffes , aux habits, aux
hardes , & que par voye de géné-
ration , ils demeurent fixes & atta-
Tome E, Gg
zeS 4. De l4 Génération |
chés des vingt & des trente années:
à des étoffes, à des cordes, & au-
tres chofes femblables , d’où ils for-
tent enfuite quand on vient à re-
muer ces hardes & ces cordes , au
lieu , pourfuit-il , que tout ce qui
eft inanimé , & en méme-temps le-
ger, fin. délié, fabtif, ne fçauroit
réfifter au plus foible mouvement
de l'air. M. Goïifon paroît oublier
ici ce que c’eft: que les odeurs, &
combien de temps eiles demeurent
attachces à certains corps nonob-
ftant les divers mouvemens de l'air.
I oublie combien l'odeur de l’oi-
gnon cft opiniâtre; il oublie ce que”
c’eft que la piite que les Chiens fui--
vent {1 conftamment quelque vent
qu'il fafñle. Seroit-ce des Vers que’
tout cela > Mais comme il donne:
des ailes à ces Vers peltilentiels, &
qu'il veut que par le moyen de ces:
ailes, ils aillent contre l’impétuo-
fité des vents, & contre le mouve-
ment rapide de l'infenfible tranf.
piration, lequel fe faifant du de--
dans au dehors , femble devoir in-
terdire- à ces Infeétes l'entrée dans.
nos corps par les pores de la peau ;.
des Vers. 355:
comment veut-il en même temps.
qu’ils demeurent tant d'années en
repos attachés derriere un coffre, .
à une corde , ou à autres chofes
femblables, fans que durant l'ef-
pace de vingt & trente années, 1}
leur arrive de faire une fois effai de:
Iurs aîles pour voyager ? M. Goi-
fton dira-t-1l, que c’eit que derrière :
ce coffre, ils font trop à étroit pour
pouvoir fe dégager ? Mais de la pe--
titefle dont il les fuppofe , ileft dif-
ficile qu'ils puiflent étre nulle part à:
l'étroit , puifqu’ils font fi petits, fe.
lon lui, que quelque difproportion
qu'il y ait pour la groffeur entre une:
mite de fromage & un Eléphant,.
ils font peut-être aufli perits à l’é-
gard de la mite, que l’eft à l'égard :
de l’Eléphant, la Mite même. Cela:
étant , fuflent-ils dans le coffre mé-
me le mieux fermé, ce coffre fera:
à leur égard une cage à barreaux:
trop clairs & trop écartés, pour
pouvoir les emprifonner ; mais:
quelle liberté n’auront-ils donc pas, ,
_s'ils ne font que derriere le coffre ?:
+ Ingraffias ,; à ce que remarque:
M. Goiïifon.,. après plufieurs Au<-
6 gi;
356 De la Génération
teurs, raconte qu'a Milan, un Sa-
criftain ayant tiré de derriere une
vicille armoire qui étoit dans une
Sacriflie , une corde qui depuis
vingtians avoit touché à des cada-
vres de peftiférés, la pefte, quoi-
que éteinte depuis ce temps-là , fe
renouvella aufi-tôt, & fe répandit
dans toute la Ville, ou elle fit des
ravages affreux. Amian Marcellin
rapporte un fait fembiable , qu'il
dit être arrivé à Delphes , dans le
Tempic d’Apollon. Trincavelle
écrit qu'a Juftinopolis, le venin de
la pefte demeura attaché l’efpace de
vingt ans à des cordes dont on s’é- :
toit fervi pour tirer des cadavres de
peftiferés. Sennert parle d’une pefte
qui demeura adhérante pendant
yatorze ans à un linge, & quiin-
fa enfuite tout le pays » parce
qu'on vint par hazard à remuer ce
hnge qui étoit caché dans un coin
où on ne le voyoit pas. M. Goifton
fuppofe comme des vérités incon-
teftables toutes ces hiffoires, parce
qu’il les croit favorables à fon hy-
pothéfe ; quoique cependant elles y
foient tout-à-fair contraires. Je dis.
des Vers. 357
qu’il les fuppofe comme des véri-
tés, car ce font de pures fables,
comrhe le fait.voir un des plus {ça-
vans & des plus jadicieux Auteurs
qui ayent écrit fur la maladie de la
que a). Auteur d'autant plus croya-
le fur cette matiere , que non-feu-
Iement il a été témoin de plufeurs
peftes, mais qu'il a traité un nom-
bre inombrable de peftiierés , &
examiné avec une attention fcrupu-
Icufe , les différentes manieres dont
on prétend que cette maladie fe
communique. Le venin de la pefte’,
, dit ce grand Médecin , bien loin de
» fe conferver des vingt & trente
» années , comme {€ l’imaginent
» quelques perfennes, ne peut aller
»tout au plus qu'à quelques mois.
» Left vrai, sjoute-t-il, que les faits
» dont il s’agit ,. font rapportés par
» des Ecrivains dignes de foi ; mais
» ces Ecrivains ne les donnent pas
» comme chofes dont ils ayent été
» témoins ; ils avertiflent au con-
» traire, qu'ils ne parlent que fur
» des bruits répandus pe le petir
» Peuple ; or qui ne fçait combien.
: {z) Diemerbroech,
3558 De la Génération’
» le petit Peuple ceft enclin aux fx--
» bles ? Diemerbroech n’en demeu-
re pas à ce difcours , il prétend que:
les premiers auteurs de ces contes ,.
les ont fouvent inventés pour fe re-
jouir , & pour voir jufqu'ou pour-
roit aller [4 crédulité des fimples. Le:
pañage de Diemerbroech ef de trop:
grande conféquence pour ne pas.
mériter d’être rapporté en propres-
termes ; le voici donc en note au:
bas de cette page , comme il fe:
trouve page 92. de l'Ouvrage de
cet Auteur fur la pefte de Nime--
gue (2). ti
On voit par ce paflage que Die-
merbroech parle d'aprés l’expérien-
ce ; mais fi l’on veut un témoigna-
ge encore plus politif de ce Méde-
(a) Scribit Sennertus Laubanz:, à contagio quod
guatnordecim annis in linteo latnerat . peflem magrans
excitatam ; C9 ViËÎNS quoque Vitatibns communi-
catam fuiffe : verûm etfs hæc teffimonia ab . Autoribus
fde dignis confcripta fint , attamen quia ïlli hec non de:
fua proprid experientia proponunt , [ed tantüm ex re--
bain proletariorum quorumdam de vil ffima plebis fæce-
bominum ( qui non tantèm mendaces , verèm etiam
valde rudes @ creduli funt atque imaginationes facile
alirs tanquam veriffima oracula proponunt , velut ni-
anis credulosirrideant ) non videntur certe tanti MOMET>—
1, quæ noffram experientiam multi iuga obfervatione :
atque etiam ratione Confirmatain euerferequeant,
des Vers. 1 2859
cin, voici comment il s'explique:
pages 3 5. & 36.
» J'ai, dit-1l, traité plufieurs ma-
# lades dans la pefte de Nimegue
» En 1636. & comme un an aprés la:
> cefation de cette pefte, on ne fai-
» foit nulle difficulté de toucher les
» hardes des morts , & même de fe
» vétir de leurs habits, je n’ai point
» vu qu’il en foit arrivé à perfonne
» le moindre mal, quoique l'on ne:
» Craignit aucune des chofes qui
» devoient être Îes plus remplies de
» ces prétendus corpufcules peftilen-
» tiels , Licet nullus fomitis locus intac-
» tus relinjueretur.
11 affure avoir fait la même ob-
fervation dans deux autres peftes
où il s’eft trouvé après celle de Ni--
megue , qui font k peñte de Mont-
fort en 1637. & celle d'Utrech en.
1655. & 1656.
Je pourrois joindre ici les témoi--
gnages modernes de plufieurs Mc-
decins de Marfeille , mais je me:
contenterai de celui de M. Mailhes,
Ce dernier attefte qu’à Marfeille on:
remuoit impunément les matelats:
fur Icfquels venoient de mourir les
360 De la Génération ;
peftiferés , & qu'on manioit feurx
hardes fans contracter la moindre
maladic : ce font donc des fiétions
que ces Vers pcftilentiels confervés
des vingt & des trente années dans
une corde, dans un linge, dans ua
habit, &c. |
Enfin c’eft un fyflême qui nef
appuyé fur rien, que celui de lori-
gine de la pefte par les Vers ; & ce
n’eft pas fans fondement qu’un Au-
teur , pour plaifanter , a dit là-def-
fus.
Ce font les Vers qui font la pefte ;:
Et fans ces redoutables Vers,
Croyons Goiffon qui nous l’attefte ;.
Rien ne mourroit dans l'Univers.
Sans doute il faut qu’en cette pomme .
Que certain Serpent, beau parleur
Fit avaler au premier Homme,
Un Ver für caché par malheur.
Oui, c'eft delà, je m'en aflure
Que par un crifte coup du fort ,
S’eft introduit dans la nature ,.
Le fubril poifon de la mort.
Je pañfe à la feconde queftion:,
fcavoir
.
des Vers. 36:
fravoir fi la rage vient des Vers.
Si la rage a pour caufe les Vers.
M. Default Médecin de Bour-
deaux, prétend dans une Differta-
tion qu'il a donnée fur la Rage, que
cette maladie n’a point d'autre cau-
fe que des Vers que lon voit nager
dans la faline des Animaux enra-
gés, & que l’on trouve dans leur
cerveau. I] ajoûte que ces Vers s’in-
finuent dans le fang par la Plaie que
l’Animal enragé fait avec fa dent:
qu'ils fe multiplient enfuite dans le
corps qui les a reçus ; & que parve-
nus à un certain nombre, ils mor-
dent le cerveau , le gofier, les
glandes falivaires , caufent des déli-
res, des convulfions , de l’écume à
la bouche , & donnent enfin la
mort.
Si fes Vers , continue-t-il , qui
font dans les inteftins, peuvent par
Ja correfpondance des nerfs des in-
teftins, produire des délires , des
convulfions, & la mort même; à
plus forte raifon , des Vers d’une
gertaine efpéce , plus malfaifans ,
Tome I.
162 De la Génération
& qui attaquent immédiatement le
cerveau & les glandes falivaires,
doivent produire des fymptômes
femblables, & même de plus af-
freux. |
On ne doit point s'étonner , con-
tinue toujours M. Default, que ces
Vers affectent principalement le
cerveau, puifque nous voyons une
certaine efpèce de Poux gris &
cendrés qui aiment la tête ; & d'au-
res blancs répandus dans tout le
corps; de même aufli nous voyons
certaines efpéces d’oifeaux qui fe
tiennent dans les bois , d’autres
dans les marais , &c. |
. Notre Autcur entreprend enfuite
d'expliquer comment l’averfion que
tous les Animaux enragés ont pour
l'eau, peut être produite par des
Vers.
L’averfion , dit-il , que l’enragéa
pour l'eau & pour la boiflon vient
par degrés. Il à éprouvé, qu’en ava-
lant {a falive, cette falive lui cau-
Loit de vives ardeurs dans l'eftomac,
& qu’en buvant il fe procuroit ‘des
convulfions. Or ces accidens lui
vicnnent fans doute, parceque dans
des Vers. 363
la déglutition des liquides , il en-.
traîne ces Vers dans fon eftomac
où ils produifent tous ces défordres.
En faut-il d'avantage pour le rebu-
ter de la boiflon ?
M. Default n’en demeure pas là ;
Voici comme il pourfuit : » L’ame
» par les loix de l’anion, s’intérefle
» à la confervation du corps, avec
» lequel eïle eftunie ; la trifte expé-
» ricnce lui fait reflentir des maux
» cruels par la déglutition de la fa-
»live & par la boiflon. En voil4
» aflez pour lui en infpirer l'hor-
» leur,
Il s’agit à préfent de fcavoir ff.
c’eft un fait bien conftant , que dans
la falive & dans la tête des Ani-
maux enragés on découvre des
Vers, ainfi que l’aflüre M. Default.
Il cite fur cela divers Auteurs qui
le prétendent , & entre autres ,
François Paulini , dans fon Livre
intitulé, Cynographiat curiofa , Où on
lit les paroles fuivanres.
» Je voyagéois en chaife roulante
»allant de Hambourg en Saxe. Un
» Chien enragé qui appartenoit à
» un Berger , vint à nous fur le foir ;
H h 1}
564 De la Génération
» unChirurgien nommé TobieLo-
» reki , le tua d’un coup de pifto-
let. Ce Chirurgien me fit apres
» le fouper diverfes queftions fur la
» rage, & me témoigna qu'il feroit
» bien aife d'ouvrir la tête de ce
» Chien ‘pour y chercher quelque
» éclairciflement fur la caule de ce
» mal. Jj'applaudis à fon empreffc-
» ment & à fa curiofité. Nous ou-
» vrimes le crâne de cet Animal, &
» nous fümes furpris d’admiration ,
» d'en voir fortir une infinité de pe-
» tits Vers, dont les uns étoient en-
»taflés en pelottons, & les autres
»# fourmilloient vifiblement.
» Tandis que nous faifions notre
» Anatomie, un vieux Berger vint
» à nous ; & comme il nous vit
» étônnés à la vûe de ces Vers, ilfe
> prit à rire en difant : Je n'ai ja-
» mais étudié, mais ce que vous
» voyez là, & qui vous étonne fi
» fort, n’a rien de nouveau pour
» moi, Nous en voyons autant dans
» nos Brebis. Jelui demandai fi la
» chole étoit comme il le difoit ?
» Oui Meflieurs, répondit-il, je ne
+ vous dis rien que de vrai : vous
des Vers. 36;
» voyez ces Vers, ce font des Vers
» caragés , ou plutôt,.ce font ces
» Vers qui font venir la rage. Ils
» mordent aux Bêtes le cerveau , &
» les font courir enragées.
Après cette hiftoire , M. Default
cite Ettmuller , qui dans fon Traité
des Délires, dit qu’on voit de pe-
tits Infeétes dans la falive & dans
Jurine des Animaux enragés , Ani-
malcula generantur , vel confpiciuntur in
faliva vel lotio antmaleum rabidorum.
1°, M. Default au lieu de ces mots
dont fe fert Ettmuller, On voit de
petits Infectes dans la falive d dans l'u-
vine des Animaux enragés | met , On
voit fourmiller de petits Infecles ; ce qui
eft bien plus fort que de dire fim-
plement , On voit de petits Infectes,
comme le dit Ettmuller. 2°. M. De-
fault fupprime le refte du paflage
où Ettmuller ajoûte tout de fuite,
que Ces PETITS ÎNSECTFS RESSEM-
BLENT EN QUELQUE SORTE AUX ÂNI-
MAUX QUI ONT COMMUNIQUE LA
RAGE. Smilia ts quodammodo anima-
libus à quibus rabies fuit indutta. Qu'ixs
SONT FAITS, PAR EXEMPLE, COMME
DE PETITS CHIENS , OU ONT LEA
Hh ii
366 De la Génération
TESTE FAITE COMME CELIE DESPE-
TITS CHIENS. Unde , verbi-gratia, Wer-
mes Catelli formes , aut capitalis Catel-
lorum fimiles. QU'IL EST CERTAIN,
QU'ON A TROUVE’ QUELQUEFOIS DE
CES PETITS [INSECTES ;, MAIS NON
PAS TOUJOURS, ET QUE CELA ESF
RARE. Notarunt hoc jam [uo tempore
veteres Arabes , in [pecte Avicenna ,
Avenzoar , quod tamen rarum ef. Que
QUELQUES MODERNES ONT PRIS
DE-LA OCCASION DE NIER ABSÔLU-
MENT LE FAIT , MAIS MAL - À -
PROPOS ; ETANT CERTAIN QU'ON
A TROUVE QUELQUEFOIS DE CES PE=
TITS, INSECTES | QUOIQU'A LA VE
RITE ONNEN AIT PAS TOUJOURS
TROUVE’S. Unde ex Modernis quidam
plane negare volunt, [ed malè , certum
enim ef} reperta interdum fuiffe talis ani-
malcula , non tamen femper. Ettmuil. de
Rabie. |
-Si Ettmuller s’étoit contenté de
dire qu’on trouve des Vers dans la
falive & dans l'urine des Animaux
enragés , la chofe ne féroit pashors
de vraifemblance ; mais d’ajoûter
avec Avicenne, (4) que ces petits
(a) Avicen, Lib, IV. Fen, 6. traël. 4
des Vers. 267
Vers font faits comme de petits
Chiens, c’eft trop donner à l’ima-
gination ; & il n’eft pas néceflaire
d’avertir comme il fait , que LA
CHOSE EST RARE , @uod tamen rarus
ef.
M. Default outre l'Hiftoire du
Berger, que noûs avons rapportée
il y aun moment., en rapporte une
autre dont nous laiflons le jugenient
aux Leëteurs comme de la préce-
dente.
Salmuth , dit-il, raconte qu’une
femme ayant été mordue à la fran-
ge defa robe, par un Chien enra-
gé , & l'ayant fufpendue # l'air
pour la faire fécher, elle appercut
d’abord après, dans l'endroit de la
morfure , où la falive du Chien s’é-
toit répandue , de petits Animaux
dont la tête reflembloit à celle d’un
Chien.
M. Default a pris dans Ettmuller :
cette Hiftoire; mais Ettmuller qui
la rapporte d’après Salmuth , ne dit
pas comme M. Default, que cette
femme apperçut ces Vers d’abord
aprés avoir fufpendu fa robe ; mais
quelques jours aprés , Re As ve}
1h iv
363 De la Génération
alterum diem ; ce qui eft bien diffé- ‘
rent. D'ailleurs quel fond faire fur
le rapport d’une bonne femme ,
qui croit , peut-être, avoir Vu ce
qu’elle n'a point vu; mais pañlons
u’elle l'ait vu, ne fe peut-il pas
ee que ces Vers: qui n’ont paru
que deux jours après, foient venus
d’ailleurs que de ce Chien ?
M. Default auroit pu citer ici
d’Ettmuller , un paflage qui paroît
d’abord bien favorable au fyftéme
dont il s’agit; c’eft que felôn cet
Auteur, on prétend fur le témoi-
gnage de plufieurs perfonnes qui
affurent l'avoir vu , que les Chiens
enragés ont fous la langue un Ver
long : Que fi on tire ce Ver avant
que lPaccès de ia rage vienne, le
Chien cft préfervé de la rage. Mais
ce qui a peut-être empêche M.De-
fault de rapporter ce pañlage, c’eft
que Ettmuller ajoûte 1°. Que quel-
ques-uns croyent que ce prétendu
Ver n’eft point un Ver , mais
un fang grumelé , & amañlé {ous
la langue du Chien. 2°. Que
c’eft une queftion fur laquelle it
fufpend fon jugement , parce qu'el-
des Versa 369
" Je n’eft pas aflez éclaircie. { 4)
Ce que dit là Ettmuller de ce
prétendu Ver qui fe trouve fous la
langue des Chiens enragés , je le
dis de tout le fyftême de M. De-
fault, fur la produ&ion de la rage
paf les Vers. La chofe n’eft pas
afñez éclaircie pour en pouvoir por-
ter aucungugement.
Quelques Auteurs vont jufqu’à
prétendre , les uns, que toutes les
maladies généralement viennent de
Vers; les autres, qu'elles en font
du moins accompagnées. Comme
c'eftune erreur , & que cette erreur
pourroit être dangereufe dans la
pratique de Médecine , il eft im-
portant de marquer les fignes par
lefquels on peut connoître quand
il y a des Vers dans le corps. C’eft
à quoi nous allons enfployer le
Chapitre fuivant.
(a) De Cane rabido, vulzo afirmatur [ub lingu&
ejus latere Vermem quendam longum , quem alii à [e-
ipfis vifum Hi » go matwré dempto, nulles Ca-
215 rabidus ‘fat ; eodem verd increfcente , rabiem ne-
ceffarid fupervenire : Vnde quidam ad præcautionem:
folent éxtrabere bunc V’ermiculum. Quidam exifli-
mant ron ele } ermiculum, [ed p'o fanguinis congru-
matiparticula in venis raninis [:b lingua colleËt: gs
ffagnantis babent. Rem banc cen nondum [ufficientes
exploratam in medio relinquo, Etimuller , de Rabië,
-
—
ÿ
370 De La Génération
É rée tt Set A ÉRÉE Lee PARTS
CHAPITRE V.
_ Des Signes des Vers.
A
Tv Es fignes par lefquels on peut
connoître qu’il y asdes Vers
dans le corps, Due des effets pro-
duits par ces mêmes Vers; ,mais
comme ces effets différent des au-
tres, en ce qu'ils fervent en même
temps pour découvrir les Vers dont
il s'agit , nous en faifons une clafle à
part, & nous Îes mettons au rang
des fignes. |
Ces fignes font ou communs, ou
particuliers. Les premiers convien-
nent augenre, & les feconds aux
efpéces ; c'eft-à-dire , que quand ces
fignes communs fe rencontrent, on
peut dire en général qu'il y a des
Vers , fans fçavoir précifément
quelle forte de Vers c'e; & que
quand il fe trouve des fignes parti-
culiers , on peut dire non -feule.
ment qu'il y a des Vers, mais que
ecs Vers font de telle & telle efpéce,
des Vers. 371
Nous parlerons premierement ,
des fignes des Vers qui font ailleurs
que dans les inteftins, & puis des
lignes de ceux qui font dans les in-
teftins mêmes.
ARTICLE PREMIER.
Des fignes des Vers qui font ailleurs que
dans Les inteflins.
| +
pa À plûpart de ces fignes font
particuliers, parce que la diffé-
rence des Vers qu'ils dénctent, ne
fe prend guère que du lieu où ils
font, & que ces fignes qui kes dé-
notent marquent toujours le lieu.
Noûs commencerons par les fi-
gnes des Vers du cerveau ; & nous
viendrons enfuite aux fignes de tous
les autres Vers qui fetrouvent dans
les différentes parties du corps.
Ceux par lefquels on peut con-
jeéturer qu'il y a des Vers dans le
cerveau, font de violentes dou-
leurs de tête , & de violens élance-
mens dans cette partie. Ces maux
arrivent fouvent par d’autres caufes.
372 De la Génération . |
que pat celles-là ; mais quand ils
s'opiniâtrent extrémement , &
qu'ils ne cedent à aucun remede,
il fe peut faire alors qu’ils viennent
de quelques Vers. Je dis qu’il fe peut
faire, parce que ce figne n’eft pas
toûjours certain ; & je me fouviens
que comme j'étoisà Lyon, il ya
plufieurs années , un enfant de qua-
treans, fils d’un riche Marchand,
nommé M. Bon, étant mort d’une
aladie qu’une étrange douleur de
tête avoit fait croire à tout le morr-
de venir de quelque Ver dans la
tête; on ouvrit la tête de l'enfant,
dans laquelle au lieu d’un Ver, on
ne trouva qu'un amas d'eau Ce
queje dis des Vers du cerveau , je
le dis des Vers du nez, & de ceux
des oreilles ; je le dis des Vers du
foie , de ceux des-reins, & des au-
tres parties.
Quant aux Vers du nez , en voici
les fignes. 1°. On fent uhe douleur
vive au bas du front , près du nez,
ou prés de l’œil, foit du côté droit,
foit du côté gauche, felon la fitua-
tion du Vér, ( car ce Ver logedans
une cavité creufée fous le front, au-
des Vers. 3
aeflus du nez ,appellée Sinus frontal,
laquelle s'étend à droite & à gau-
che. |
2°. La douleur dont il s'agit,
n'occupe d’abord qu'un petit ef-
pace; puis elle s'étend peu à peu
jufqu’à la tempe.
30. Elle tourmente plus dans des
temps que dans d’autres.
4°. Elle eft intermittente au com-
mencement ; mais après un certain
nombre de mois, ce qui va quel-
quefois jufqu’à deux ans, elle de-
vient continue.
5°. Elle eft alors accompagnée
de convulfions & d’infomnies.
6°. Aprés cetemps-là , il arrive
fouvent qu’elle augmente fi fort,
que la raifon en eft attaquée.
70. On fent quelquefois un bour-
donnement confidérable dans l’o-
reille du côté de la douleur , & en
méme temps , une douleur fi ex-
ceflive dans l'œil du même côté,
qu'il femble qu'on aille perdre
l'œil. ,
… Pour ce qui eft des Vers des oreil-
les, les,fignes qui les dénotent ,
font, 1°. Des douleurs aflez légéres,
*
374 De la Génération
qui prennent de moment en mo-
ment le long des mufcles ciota-
phites, jufqu’à la future coronale ,
& depuis cette future juiqu’à la
racine du nez. 20. Des augmenta-
tions de douleurs, & des infom-
nics qui furviennent quelque temps
enfuite.
Au regard des Vers ophthalmi-
ques , ou Vers des yeux , ils font
très-difficiles à connoître; veu que,
felon ce qu’en rapportent les Au-
teurs qui en parlent, ilsne caufent
aucune douleur dans la partie.
Pour les Dentaires, comme ils
fe produifent fous la carie des dents,
& qu’ils font leur niche dans le
corps même de la dent, il eft dif
ficile qu'ils ne foient indiqués par
de grandes douleurs de dents.
Quant aux Vers des reins, une
longue douleur de reins, accompa-
gnée d’un fentiment d’érofion & de
piquure , eft quelquefois une mar-
que de Vers en ces parties. Un Ma-
Jade que ie célébre Jacques d’Ale-
champs traitoit un jour à Lyon d’u-
nc douleur femblable , fans qu’au-
cun remcde le püt foulager , rendit
des Vers. 375$
enfin.par l'urètre un petit Ver, qui #
avoit une tête pointue avec des cor-
nes, & un corps couvert d’une écail-
le commeune Tortuë. Jacques d’A-
lechamps fit fécher ce Ver , pour le
conferver , & le montioit par cu-
riofité à tous les Sçavans; il le fit
voir entr'autres, à Vidus Vidius le
jeune, re en a fait la defcription
comme d’une chofe qu’il a vue (4).
Il n’y a conftamment que les Vers
fanguins quine caufent point de dou-
leur, & qui par conféquent font plus
difficiles à deviner ; ils nagent dans
les vaifleaux fans fe faire fentir.
A l'égard des Vers cutanés , com-
me les Crinons , les Bouviers , &c.
on en peut connoître les fignes par
les cflets que nous en avons rappor-
tés au Chapitre troiliéme. J'ajoute-
rai fefement ici qué leséCrinons fe
manifeftent par des marques fenfi-
bles, lorfque lon met le corps de
l'enfant dans de l’eaü tiéde ; car
alors ils pouflent à travers la peau
une pointe qui les rend faciles à dif-
cerner. Nous parlerons des remedes
(a) Vidus Pidius jurior, lib, 10, cap, 14. de curat,
membratim. 1
LA
376 De la Génération
# propres contre toutes ces fortes de
Vers, dans le Chapitre neuviéme ;
venons aux fignes des Vers qui font
dans les inteftins.
ARTICLE SECOND.
Des figues des Vers qui font dans les
intefhns.
N Ous commencerons par les'fi-
gnes communs , & puis nous
viendrons aux fignes particuliers ,
felon la divifion -que nous avons
établie.
Les fignes communs de ces Vers
font des yeux allumés & étince-
lans, des joues livides, des fueurs
froides pendañt la nuit, une abon-
dance de falive qui coule de la bou-
che pendant Le fommeil , une gran-
de foif pendañt le jour , une féche-
reffe de langue & de lévres , qui fe
diffipe la nuit, une haleine puante,
tirant fur laigre , des démangeai-
fons de nez , ün vifage bleuâtre
comme s'il étoit éclairé par une lu-
micre
des Vers. 377
micre de fouphre , des grincemens
de dents MER la nuit, un conti-
auel cours de ventre , des excre-
mens blanchätres, des urines écu-
meules , blanches , quelquefois obf-
cures |, & prelque toûjours trou-
bles. Fa
Parmi les effets que nous avons
rapportés au Chapitre précédent .
il y en a quelques-uns qui peuvent.
fervir de fignes par certaines cir-
conftances qui les accompagnent >
nous avons dit, par exemple , que
les effets des Vers étoient fouvent.
des vomiflemens & des épileplies ;
mais pour connoître quand ces ac-
cidens arrivent par des Vers , n’y
a qu'à examiner fi les vomifflémens
ne font rejetter que ce que l’on 2
mangé, & fi ces épilepfies font fans
écume à la bouche ; car lorfque
cela eft , c’eft une marque de Vers ;
ceux qui ont des Vers fe levent quel--
quefois la nuit en dormant, crient,
& remuent les levres, comme s'ils.
mangeoient : cet effet peut fervir de:
figne étant bien confideré. Il y a des:
enfans à qui cela arrive fans qu’ils:
ayent des Vers, & d’autres à qui 1E
* Tome}. Le
LA
37 De la Génération
n'arrive que par des Vers : lemoyen
de le diftinguer eft de voir fi les ma-
fades fe fentent foulagés par l'abfi-
nence ; Car CEUX à qui ce que nous
venons de dire eft caufé par des
Vers, ne peuvent jeuner fans fe fen-
tir tourmentés, non par Îa faim,
car quelquefois ils n’en ont point,
mais par des tiraillemens que leur
caufent les divers mouvemens que
_font les Vers, pour chercher de la
nourriture. J'ai mis la toux féche au
rang des effets des Vers, mais quand
elle eft perféverante, cer effet de-
vient un figne aflez certain; & ce
fat par-là que Foreftus (4) connut un.
jour qu'il y avoit des Vers dans une:
petite fille de neuf ans, malade d’u-
ne fiévre quarte depuis fix mois : il
la traita par rapport à cette caufe.
&c lui donna un demi gros d’aloës , :
mêlé avec quelques grairis de corail
rouge , il la délivra de cinq Vers
par le moyen de ce remede , après
euoi la fiévre cefla.
Nous pouvons remarquer ici em
pañlant, que dans une fiévre conti-
nue ce remcde ne conviéndroit pas,
éa } Foref}, defumpt, Ecbr, lib, 7. obferz., 36.
%
des Vers. 379
parce qu’il échauffe trop; je ne vou
drois pas même le donner dans le
commencement d’une fiévre quarte.
Quant à la puanteur d’haleine,
que j'ai mife au rang desfignes , elle
en eft un fi certain, pourvu qu’on s’y
connoïffe , ( car toute haleine puan-
te n'eft pas un figne de Ver , ) que
Braflavolus (4) traitant un Vicil-
lard de quatre-vingt-deux ans , le-
quel étoit fur le ‘point de mourir ,
connut à fon haleine qu’ilétoit ma-
lade de Vers : ce qui l’obligea de lui
donner quelque chofe contre les
Vers, par le moyen de quoi il lui
fit rendre plus de cinq cens Vers,
& le guérit. Le Vieillard éroit dans.
une fi grande extrémité , dit Braffa-
volus , que le Comte Alphonfe
Trotte, parent du malade , & pre-
mier Maître d'Hôtel du Duc de
Ferrare, avoit déja donné les ordres:
néceffaires pour les obfeques.
Au regard de la grande faim que
caufent quelquefois les Vers , elle:
devient fouvent un figne quand elle
eft accompagnée de certaines cir-
conftances , comme d’une maigreur
(a) Braflav, comment. ad aphor, 26. lib, 3. Hipp,-
Lim
380. De la Génération
extraordinaire, quoique l’on marge
bien. Un enfant de douze ans, fils
d’un Fondeur , étoit , dit Fore-
fus , (4) depuis plufieurs mois à
deffécher dans un lit , fans {entir
d'autre mal qu'une légére douleur
au ventre près du nombril; comme
cette douleur n’étoit pas confidéra-
ble , & que l'enfant faifoit d’ail-
leurs toutes fes fonctiofs naturelles,
le pere négligea de confulter per-
{onne ; mais l'enfant devint fi {ec
au bout de quelques jours, qu’on:
appella Foreftus. Il admira d’abord
Je genre de mal qu’il avoit à traiter,
dont a caufe lui paroïfloit très- ca-
chée, l'enfant mangeant fort bien,
quoiqu'il ne profitt point, fes uri-
nes étant d’une bonne fubftance &
dune bonne coulçur | quoique un
peu crues & un peu claires : mais
cette douleur de ventre, dont je
viens de parler , jointe à une faim
extraordinaire , 1e porta à croire
qu'il y avoit des Vers. Dans cette
penfée il fit prendre à cet enfant
plufieurs matins de fuite, deux heu-
Tes avant que de manger , & le
(2) Foref?, de inteft, affec.frb. 21. obferv. 29.
h
des Vers. 381
foir à quatre heures un verre d’une
décoétion d’hylope , de marjolai-
ne, de fenotiül, de fumeterre def-
féchés , car c’étoit au mois de Jan-
vier , de petite centaurée & d’ab-
fynthe bouillis enfemble dans une:
pinte d’eau , le tout pañlé à travers
un linge, & mélé avec une once
d’oxymel fimple, autant de fyrop
de fumeterre, & autant de miel ro--
fat. Ce remede fit rendre à l’en-
fant , toutes les fois qu’il en prit,
un grand nombre de Vers par bas,
& le guérit parfaitement.
Les temps de l’année, & la diffc-
rence des pays, peuvent aufli fervir-
de fignes en plufeurs rencontres,
pour nous aïder à connoître quand
1 y a des Vers dans le corps. En Au-
tomne, par exemple, on y eft plus
fujet qu'aux autres faifons ; en forte
que fi dans ce temps-là on voit
qu'une périonne ait quelques fi.
gnes de Vers , on doit regarder ces
fignes comme moins équivoques
que dans un autre temps. La diffé-
rence des pays eft anfli à confide-
ser ; car l'Italie, par exemple, PAR
Iemagne , la France , l'Efpagne,
382 De la Génération
font fort fujettes aux Vers. L'âge ;.
Îc temperament , la maniere de vi-
vre, la couleur des yeux , font en-
core de grands indices ; les enfans,
par exemple , les perfonnes d’un
temperament pituiteux , ceux qui
mangent beaucoup , ceux qui d’a-
bord après le repas font un grand
exercice , Ceux qui dorment trop,
ceux qui ont les yeux bleus , ceux
qui vivent dans un trop grand re-
pos de corps, routes ces perfonnes-
à font plus fujettes aux Vers que
jes autres.
Au refte, entre les fignes géné-
raux que nous avons rapportés plus
haut, dans ce Chap. Art. IL. iyena
deux , qui font beaucoup plus ordi-
naires que les autres ; fçavoirs lo-
deur aigre de l'haleine, & lalide-
mangeaifon du nez. Quand donc
on s'apperçoit 7. enfant , où
quelqu'autre perfonne que ce foit,
à l'haleine aigre:, on doit s'aflurer
qu'il s’eft amañlé dans les premie-
res voyes, finon des Vers, au moins
une matiere vermineufe capable
d’en produire : en effet, l’haleine
n'eit aigre que parce que cetté ma-
des Vers. ER
ticre vermineule qui eft acide el
même , fermentant dans l’eftomac
& dans le duodenum , laifle échap-
per des parties volatiles qui mon-
tent jufqu’à La bouche. Le fecond fi--
gne, cft une demangeaifon extraor-
dinaire dans le nez, en forte que
les malades ne peuvent s'empêcher
d'y porter fans ceffe la main : la
caufe de ce phénomene n’eft pas
plus obfcure que celle du premier ;
car comme nous venons de remar-
quer qu’il s’éleve jufqu’à la bouche,
des parties volatiles de la matiere
vermineufe centefñue dans l'efto-
mag & dans le duodenum , lef-
quelles communiquent à l’haleine
une odeur aigre , il eft facile de
concevoir que ces mêmes parti-
cules qui font très-falines & très-
piquantes , venant, à mefure qu’el-
Îes fortent par l’œfophage, à fe me-
Jer avec l'air , & à être portées dans:
les conduits du nez, doivent péné-
trer jufqu’à l'extrémité de cet orga-
ne , & le picoter d’une maniere:
trés-Vive. ,
Quant aux fignes particuliers lg
font difiérens {elon les efpéces des:
384 De la Génération
Vers. Les fignes des Vers longs &
rondsfont des tenfions de ventre,
accompagnées de bruit & de dou-
leur , une érofion des inteftins, des.
hoquets , un fommeil palpitant ,
des reveils en furfaut fans aucune.
occafion extérieure , ces mêmes re-
veils accompagnés quelquefois de
cris , & fuivis d’un prompt retour
de fommeil , un pouls inégal, des-
fiévres intermittentes , lefquelles-
ont quelquefois trois & quatre ac-
cés fans aucune régle, des yeux ca-
ves , & quelquefois rouges , des:
joues tantôt rouges & tantôt livi-
des.. Quelques-uns ont les yeuxsde:
couleur de fang, le pouls inégal &
recurrent , quelquefois ceux qui
ont des Vers ronds manquent d’ap-
peut, & s'ils ont mangé quelque
chofe, le vomiflent ; ils ont des
fiévres accompagnées de froid aux
extrémités du corps. Tous ces fignes.
ne fe rencontrent pas enfemble ,
mais on trouve tantôt les uns &z tan-
- tôt les autres,
Les fignes des Afcarides font une-
demangéaifon continuelle dans le
fondement , laquelle caufe quel-
quefois-
des Vers. 385$
quefois des défaillances & des fyn-
copes : demangeaifon qui vient du
mouvement de ces Vers, lefquels
ne font que fourmiller , & du fen-
timent vif de la partie où ils fe
tiennent ; car il ne faut pas croire
avec Mercurial, & quelques au-
tres Auteurs , que les gros inteftins
n’ayent qu'un fentiment groflier ;
les tourmens de la colique, qui fe
font fentir dans le colon, & les
douleurs caufées à l'anus par des
vents enfermés , font une trop bon-
ne preuve du contraire.
Signes du Tama.
Avant que de venir aux fignes
de ce Ver, il faut remarquer que
les portions de Tænia que rendent
ceux qui ont cet Infeéte, & que:
nous avons remarqué plus haut être
en forme de graines de citrouille ,
ou de concombre , ne font ainfi
faites que lorfque le Tænia qu'ils
ont , eft de la premiere efpéce 5
mais que quand il eft de la feconde,
c'eft-i-dire , de l'efpéce à épine,
clles n’ont point cette figure de
Tome I. K
386 De la Génération
graines de citrouille , ou cucurbite,
puifque ce n’eft point celle qu’elles
ont quand elles tiennent au corps
du Ver; mais on y doit voir au
milieu, une petite élévation com-
pofée de ces petits grains raboteux
dont nous avons parlé ; enforte qu'à
cette marque on peut connoitre
l’efpéce de Tænia qui eft dans le
corps du Malade.
Hippocrate n’a point connu d’au-
tre efpéce de Tænia , que la pre-
micre; puifqu'il dit que ceux qui
ont ce Ver, rendent dé temps en
temps dans leurs déjcétions , de pe-
tites portions faites en forme de
graines de citrouille ou de con-
combre , & que ces portions: font
des morceaux qui fe détachent du
corps du Ver : car les portions qui
compofent le Tænia à épine , ne
font nullement de cette figure.
Cela pofé , venons aux fignes du
Tænia, tels qu'Hippocrate les à
remarqués. Les fignes du Tænia ou
Solitaire , font felon Hippocrate,
1°. des portions en forme de grai-
nes de citrouille ou‘de concombre,
lefquelles paroiflent dans les déje-
des Vers. 387
étions. 2°. Des douleurs que le
malade , quand il eft à jeun, reflent
de temps en temps à la région du
foie , où le Ver fe porte alors avec
impétuofité. 3°. Une furabondance
de falive , qui, lorfqu'il fe glifle
vers lefoie, inonde la bouche ; ce
qui néanmoins n'arrive pas toù-
jours. 4°. Uneinterruption de voix,
caufée par l'effort avec lequel il
s’'élance quelquefois vers ce vifcé-
re, & laquelle elt accompagnée
de crachemens , qui peu après, fe
fuppriment d'eux-mêmes, & font
fuivis de fréquentes trenchces.
s°. Des douleurs qui furviennent
de temps à autredans là région
du dos , eu il fe cantonne.
Tels font les fignes ordinaires
du Ver plat. Du refte il ne caufe
aucun funeite accident , & il ne
fait point mourir ; mais fi l’on vient
à tomber malade, tandis qu'il eft:
dans le corps, on ne peut fe réta-
blir qu'avec une extrême peine ;
parce qu’il dévore une bonne par-
tie des fucsnourriciers. Cependant,
pourvu que l’on foit traité avec les:
semedes & la méthode convena--
Kki
388 De la Génération
bles, l'on guérit, & le Ver aban-
donne fa demeure. Mais filon ne
sy prend comme il faut pour le
chafler , il vieillit avec: fon Hôte.
Hipp. Liv. IV. des Maladies.
Nous obferverons fur ces paro-
les d'Hippocrate, que quelques Au-
teurs anciens, comme Ætius , Paul
Eginette, & quelques Modernes,
tels entre autres, qu'Edouard T y-
{on , ajoûtent aux fignes du Ver
plat mentionnés dans ce paflage
d'Hippocrate, la maigreur du corps,
mais ils fe trompent. Ceux qui ont
ce Ver plat, autrement dit Tænia,
ou Ruban, & que jappelle Solitaire ,
{ont , les uns gras, les autres mai-
gres. M. de la Solaye, d’une con-
ftitution fort replette , lequel a ren-
du le Tænia de la page 198. & ce-
lui de la page 200. étoit tout auñfi
gras & tout aufli réplet quand il
Ya rendu. M. Bénard Marchand de
Melun, qui a rendu celui dont je
parle Chapitre III. Article IL vers
h fin, étoit un des hommes les plus
gras & les plus réplets. Mlle.
Boileau , qui a été délivrée de celui
que j'ai marqué dans [a page 204.
des Vers. _ 3897
avoit de l'embonpoint. Le fieur
Jacques Frequet , qui a rendu celui
, de la page 1v. de la Préface, n’é-
toit ni gras ni maigre. M. Coque-
ret , Gentilhomme de M. le Prince
Soubize , dont j'ai parlé page 258.
du Chap. INT. Art. IL. & quien a
rendu un grand nombre d’aulnes,
étoit maigre & pâle. M. le Mar-
quis de Montendre, à qui en 1703.
j'en ai fait rendre un de deux aul-
nes en deux morceaux ,.au dernier
defquels étoit la tête, m'étoit ni
gras ni maigre. Nous paflons plu-
fieurs autres exemples, dont le dé-
tail feroit trop long ; & nous con-
cluons, fondés en cela fur l’expé-
rience, qu'il n’y a point de regle
certaine à établir là-deflus. A la
vérité, ce Ver confume une grande
partie de chyle, & il en eft fi plein
en fortant du corps , que fi peu
après on le met dans de l’eau-de-
vie, il rend alors une quantité ex-
traordinaire de chyle, qui fe préci-
pite au fond du vale, où il reffem-
ble à du lait: Mais il y à des per-
fonnes. dont le corps abonde fi fort
-en chyle: ou fuc nourricier , qu'ils
K k ii
- 390 De l4 Generation
en ont encore plus qu'il n’en faut;
& pour eux & pour le Ver , enforte
qu'ils ne maigrifient pas: On peut
dire la même chofe de eeux d’en-
tre les Poiflons qui ont des Vers
plats. La plüpart de ces Poiflons,
ont aufli gras & aufli nourris que
les autres : (4) & Leuwenhoeck par-
le d’un Rhombus , qui ayant dans le
corps un grand Ver , ainfi qu’on le
reconnut aprés avoir ouvert le Poif-
{on , étoit fort gras & fort beau. I
n’en eft pas de même des Carpes ,
nommées en latin, Cyprim. Celles
qui ontce Ver fontfi maigres , que
certains Pécheurs connoïffent à cet-
te maigreur , qu’elles ont le Veren
queftion.
_ Mais pour revenir à ces petites
portions faites en forme de graines
de citrouille ou de concombre, on
peut voir CE que nous en avons
déja dit Chap. HI. Art. IE mais
nous remarquerons ici que non-
feulement Hippocrate à parlé de ce
figne, comme d’un figne certain
du Ver dontils'agit, mais qu’Ari-
fote fait la même chofe dans fon.
(Ça) Arc. ratur, dei, Epif. 18,
des P'ers, 395
Hiftoire des Animaux , Zi. V.
Cap. 19.
Au refte ces petits. corps blancs
faits en forme de graines de ci-
trouille , font des portions qui fe
détachent du Tænia de la premiere
efpéce , comme nous l'avons dit &
redit plus haut. Ainfi quand elles
paroiflent dans les fciles d'un Ma-
lade , il n’y à pas à douter que ce
Malade n'ait dans fon corps , le Tæ-
nia. M. Gandolphe , Médecin de
la Marine à Dunkerque , a envoyé
en 1709. à FAcadémie Royale des
Sciences, une petite Differtation fur
le Tænia, dans laquelle il dit qu'il
ne croit pas ce figne encore bien
certain ; & qu'il défireroit qu’on
obfervât plus exa@tement ces fortes.
de petits corps blancs, pour voir
$ ce font des Vers, s'ils font vi-
vans, ou S'ils Pont cté; & enfin f;
c'eft quelque chofe de différent du
Tænia. |
L’éclairciffement qu'a demandé
R-deflus , M. Gandolphe , eft chofe
faite. J'ai, examiné ces portions
long-temps avant fa Difertations
ÿen ai vu. une infinité de vivantes.
392 De l4 Génération
Ce font des détachés du grand Ver;
& quand on en rend, c’eft un figne
infaillible qu'on a le Solitaire. Je:
renvoye la-deflus à ce que j'ai dit
plus haut, Chap. II. Art. IL. au
commencement. ;
Voilà quels font les fignes du So--
litaire ; fignes expreflément mar-
qués par Hippocrate dans le qua-
triéme Livre des Maladies. Cet:
Auteur prétend que la douleur que:
Fon fent à jeun, dans le foie , quand’
on a ce Ver, vient de ceque le Ver:
va dans ce vifcére, ce qui parôit
aflez vraifemblable , fi Fon fait ré-
fléxion à la finefle du col de cet In-
feéte , à la petitefle de fa tête , & à.
h fituation du conduit qui dans:
Fhomme porte aux inteftins la bile:
du foie; car ileft facile de com-
prendre que lorfque l'on eft à jeun.
ce Ver ne trouvant plus de chyle:
dans l'eftomac , peut retirer fatète-
de cetendroit, pour chercher ail--
leurs de Ïa nourriture , & que la:
retirant dans le duodenum qui eft:
aufli-tôt aprés le pylon, & où il
trouve l'ouverture du conduit qui
vient du foie; ilpeut bien auf s’in-
des Vers. 393
finuer dans cette ouverture , & a}
ler de-là jufques au foie , fans qu'il
en foit empêché par la valvule
que Mrs Higmorre & Marchette,
difenc être à ce conduit au-dedans
du duodenum ; parce qu’en cas que
cette valvule y foit, ce Ver a la
tête afez menue , & le col affez dé-
lié, pour pouvoir fe slifler fous
cette valvule. Il n'y a qu'une diff-
culté à cela, qui eft que le fiel du
foie femble devoir empécher les
Vers de venir jufqu'à. ce vifcére ;
mais la faim où nous fuppofons
celui-ci , qui ne trouve point de
nourriture , fournit aifément la ré-
ponfe à l’objcétion. Ce que je dis
des Vers affamés n'eft point fans
exemple , & en 1572. le fils du fa-
meux Wierus difléquant le corps
d’une fille morte d’hydropifie, y.
trouva deux Vers longs d’un pal-
me , dont l’un occupoit tout le
méat chalidoque , qui va du foie
dans le duodenum ; & l’autre toute
la partie gibbe du foie ,( 4) ou ces
Vers étoient montés, fans doute, .
| (a) Joann, Wier, de Praflig, Dæmon. Eib. 1.
- Cap. 16,
394 De la Génération ù
dit Wierus , faute d’aliment.
J'ai dit plus haut, que le Pays étoit
fouvent un indice qui pouvoit mar-
quer en général, sil y avoit des
Vers dans le corps. J'ajoûte que
c’eft fouvent aufli un figne particu-
lier pour les différentes efpéces de
Vers; car fi certains Pays font plus:
fujets aux Vers que d’autres, il en
eft auffi qui font plus fujets à tels
& tels Vers; comme les uns aux
Afcarides , les autres aux Strongles,,
c'eft-à-dire , aux Vers longs &
ronds ; les autres aux Vers plats. (4)
Et fides Vers des inteftins , nous:
voulons pafler à ceux qui s'engen-
drent dans d’autres parties du corps,
nous verrons qu'il y a des Nations:
fujettes à des Vers particuliers, qui
ne fe voyent point ailleurs. Les.
Américains , par exemple , font fu-
jets à ces Versnommés Zows , dont
J'ai parlé au Chapitre troifiéme ; &
les Africains à des Vers qui leur
‘viennent ordinairement aux cuifles
& aux jambes, dont quelques-uns
font longs d'une aulne, d’autres ..
(a) Ceux-là font communs en Hollande. Voyez”
B Lettre de M, Hartfocker, à la fin de ce Traité,
des V'ers. 395
de deux, & quelquefois de trois.
Nous en avons parlé au même Cha-
pitre. :
Pour revenir au Solium , ou Tenia,
que je nomme Solitaire, je ne {ça-
che point d’autres fignes auxquels
on puifle conjeéturer qu'il eft dans
le corps , que ceux que j'ai rappor-
tés. Ce Ver a cela de particulier ,
qu'étant engendré dés le ventre de
la mere dans ceux qui Font, il eft
impofñible de nous en garantir ;
mais nous pouvons quelquefois
nous garantir des autres, parce qu'ils
ne fe produifent pas toüjours en
nous avant notre naiflance. Nous
en allons marquer les moyens.
Fin du Tome premier.
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UNIVERSITY OF ILLINOIS-URBANA
616.961AN2D1741 C002 VO01 :
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